Le lac de Guerlédan

le barrage de Guerlédan entièrement découvert en mai.

le barrage de Guerlédan entièrement découvert en mai.


Le lac de Guerlédan à la limite du Morbihan et des Côtes d’Armor, allait être vidé afin de procéder à un minutieux examen technique du barrage du même nom. La vidange d’un lac, d’un étang ou de toute autre étendue d’eau maîtrisée par l’homme, est toujours un moment extraordinaire. La pratique attire bien toujours une foule très curieuse.

Aujourd’hui, avec une campagne media d’importance nationale, plaçant l’assec du lac sous le signe d’un événement exceptionnel et rare, il fallait vivre hors du temps pour ignorer la chose. L’idée de barrer le canal de Nantes à Brest au niveau de l’écluse de Guerlédan est imaginée dès 1921. Il faudra près de dix ans pour édifier le barrage et son inauguration se fera le 12 octobre 1930. Ainsi formé le lac stoppe l’activité des carrières de schiste et immerge les abris de carriers, de nombreuses écluses (17) et plusieurs maisons d’éclusiers. Depuis son inauguration, le lac avait été mis à sec par deux fois. En 1975 et 1985, plus deux millions de visiteurs s’étaient pressés pour découvrir la vallée engloutie.

En avril de cette année 2015, l’ouverture des vannes est décidée. L’eau s’écoulera pendant un mois jusqu’à l’assec complet du lac au mois de mai. Le Blavet retrouvera son lit ancestral et la vallée de Guerlédan se découvrira figée par trente ans de silence et d’obscurité.

Avant d'emmener des visiteurs, notre guide inspecte le circuit au fond du lac.

Avant d’emmener des visiteurs, notre guide inspecte le circuit au fond du lac.

L’occasion est trop belle pour visiter le site et prendre quelques immortelles photos. C’est décidé, on ira ce jour à Guerlédan. La météo nous annonçait une belle journée ensoleillée. Ça sera une belle journée bretonne, c’est à dire grisaille et petit crachin. Routes interdites, circulation automobile canalisée par des circuits aux couleurs vives, tout est organisé pour un débarquement en masse. La dimension des parkings, tracés à même les champs avoisinants (qui devaient produire il y a quelques semaines encore patates, artichauts ou céréales), ne me rassure pas plus. En cas de pluie persistante, le terrain risque de se transformer en véritable bourbier, duquel il sera délicat de sortir la voiture. À partir du parking, trouver le point de départ des visites du site est d’une facilité enfantine. Il suffit de suivre, comme un fil d’Ariane, le petit chemin bien marqué par les milliers de pédestres qui nous ont précédé le week-end dernier.

Nous ne serons que six à nous présenter à l'ouverture des visites.

Nous ne serons que six à nous présenter à l’ouverture des visites.

Le propriétaire va pouvoir récupérer son canoë...

Le propriétaire va pouvoir récupérer son canoë…

Attention danger. Les fonds sont encore très liquides et la vase atteint 1,20 mètres à certains endroits.

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La vase commence à sécher.

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Les berges encore très liquides du Blavet semblent si douces.

Des jeunes filles transies dans une cabane cubique attendent les premiers visiteurs et se présentent comme guides. Nous attendrons une petite demi-heure dans le vent, le froid et la bruine qu’un groupe se forme. Loin de la “populace” que je craignais, nous sommes six à enfiler des chasubles orange fluo marquées EDF. Une façon de ne pas perdre un visiteur au fond du lac, mais surtout le moyen de repérer les resquilleurs qui profitent des explications d’un guide sans  concéder la moindre obole. Je m’embrouille un peu avec la chasuble, les sangles du sac à dos, celles de l’appareil photo et la capuche du K-Way. À hauteur du barrage, je suis impressionné par la profondeur du site et par le degré de pente de la vallée découverte. Le niveau du marnage est marqué par une nette différence de couleur de la roche. Quarante mètres plus bas, le Blavet coule paisiblement bordé par des rives molles et brillantes chargées de vase olivâtre. Quelques arbres comme pétrifiés, tendent encore  leurs branches vers l’espace enfin découvert. Il règne un calme impressionnant, étrange.
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On n’entend aucun oiseau et nul d’entre eux ne survole la profonde dépression. La question fuse parmi le groupe : “— Et les poissons où sont-ils ?”. C’est vrai ça ! Que sont-ils devenus ? Le lac contenait 20 à 30 tonnes de poissons dont 4 à 5 tonnes de carnassiers qui ne pouvait pas survivre à cette vidange totale.

Les plus beaux spécimens, surtout les reproducteurs ont été transportés dans les plans d’eau les plus proches. Par ailleurs, plus de 200 kg de poissons de la vidange du lac, ont été vendus au public à Mûr-de-Bretagne. Une fois le site remis en eau, 13 tonnes de poissons sont prévus pour le rempoissonnement. Les pêcheurs devront attendre 2 ans avant de plonger leur ligne dans les eaux de Guerlédan. Notre jeune guide nous abreuve de chiffres. Tant de tonnes de ciment pour le barrage, tant de milliers de kilowattheures gagnés en énergie, et une énumération de dates des “temps anciens”. Autant de précisions que ma mémoire oublie immédiatement puisque tout ce qui ressemble à un chiffre m’est particulièrement indigeste. Moi, ce que je veux, c’est descendre au fond du “puits”. Là-bas, au plus proche de l’humide qui scintille. À pas comptés, nous descendons vers le Blavet en contrebas par un chemin en forte pente. Je félicite la guide pour le tracé du circuit. Celle-ci me réplique que tous les chemins visibles et notamment celui que nous empruntons, datent de l’époque à laquelle les habitants se rendaient dans la vallée. L’eau n’a fait que conserver en l’état tous les sentiers existants.

Le bateau langoustier coulé pendant la guerre par la RAF.

Le bateau langoustier coulé pendant la guerre par la RAF.

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La vase se pare d’une peau reptilienne.

Au plus bas, et sur la droite, à l’entrée d’une entaille profonde dans la gorge rocheuse, une épave se dévoile mi-enfouie dans la vase. Ce bateau langoustier  qui mena une vie tranquille au gré des visites officielles, fut réquisitionné par l’armée allemande pendant la guerre, et servit à la surveillance du barrage. Attaqué par la RAF en 1943, il repose désormais par plus de 40 mètres de fond sur l’ancien lit du ruisseau de Poulham. La visite est terminée. Au “Rond Point du Lac”, nous n’en verrons pas plus.

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Le nettoyage du lac ne s’est pas fait partout avec application.

Les visites sont interdites sous le niveau de marnage du lac en raison d’une part du risque d’enlisement (plus de 1,20 m de vase liquide), et de la dégradation du site par des visiteurs pas toujours là pour profiter des paysages spectaculaires. La saison estivale séchera peu à peu les berges aqueuses du lac. De la vase craquelée, émergera une végétation rase qui s’étendra en un somptueux tapis vert tendre. Pour l’heure, nous sommes déçus et nous restons sur notre faim. Sur les recommandations d’un connaisseur, nous filons à  l’anse de Trégnaton où la vue en surplomb est magnifique. Le regard embrase un vaste panorama. Mon attention est tout de suite captée par les traces de constructions et la présence d’anciennes maisons émergées qui contrastent par leurs formes géométriques dans le paysage sirupeux. Tout est parfaitement conservé, figé dans le temps. Une dénivellation dans le terrain a créé une petite cascade qui entraîne sur quelques mètres la rivière dans une course accélérée. Ce sera le seul mouvement de vie visible et auditif au fond de la vallée. Je descends de quelques mètres pour m’approcher des anciennes exploitations d’ardoises. Les trous béants (70 m de profondeur) sont bien là, comme des bouches voraces, insatisfaites ou à la recherche d’oxygène…ou prêtes à avaler un malheureux visiteur ! D’habitude cachées sous les eaux, elles conservent toute leur mystérieuse noirceur. Et bien fou celui qui tenterait de s’y aventurer. De part et d’autre, des cuvettes retiennent encore un peu d’eau croupie. Sous l’action de la chaleur, les bords de ces petits cratères se fendent dans une géométrie inattendue. La vase étend une palette de couleurs incroyables allant du blanc au rouge comme le témoignage d’une inflammation sur une peau monstrueuse.

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Des cuvettes d’eau croupie, finissent de s’assécher.

Les légendes vont bon train à propos du lac de Guerlédan. Sa forme de dragon a sans doute contribué à enflammer les imaginations. Mais, point de village englouti ou de clocher dont on pourrait entendre parfois, par une nuit sans lune, le sombre tocsin. À propos des temps historiques certains évoqueront Konomor (VIè siècle), effrayant Barbe Bleue breton qui tuait ses épouses successives dès qu’elles accouchaient. Puis de l’horrible Hervé de Kerguézangor seigneur de Ville-Audrain et de Mûr-de-Bretagne qui au XVIè siècle, rançonnait, pillait, violait tout ce qui circulait dans la région. Il s’empoisonnera pour échapper à la justice et sa femme sera décapitée en 1570 à Rennes. Plus proche de nous, on parle aussi d’un crime dans une des maisons du lac. En 1900, un règlement de compte entre carriers de l’époque qui extrayaient le schiste ardoisier provoqua l’émoi dans la région. Un contremaître fut tout simplement saigné comme un porc et dépecé sur une planche.

Une vue générale depuis l'anse de Trégnanton.

Une vue générale depuis l’anse de Trégnanton.

Novembre 2015 marquera le début du remplissage de la retenue d’eau par le débit naturel du Blavet. Il faudra plusieurs mois avant que le lac ne retrouve son niveau habituel. La centrale hydroélectrique sera remise en service début 2016. Une fois rempli, Guerlédan retrouvera sa forme de dragon chinois et les randonneurs continueront de suivre sa berge torturée en ayant parfois l’impression de revenir sur leur pas. La base de loisirs s’animera de nouveau bruyamment. Les travaux effectués sur le barrage permettront désormais à EDF d’inspecter l’édifice en toute sérénité sans procéder à la moindre vidange. 2015 est donc un événement exceptionnel, l’année ultime pour voir une dernière fois le spectacle de la vallée engloutie. Il reste encore quelques mois pour en profiter.

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Croq’Rando dans le Morbihan

Avouez le ! L’espace d’un instant, en lisant le titre vous avez pensé au “croque” que l’on s’envoie au bistrot du coin pour combler un petit creux à l’estomac. Je le reconnais volontiers, vous pourriez concevoir que cet article est destiné à vous faire l’éloge gustatif d’une sorte de sandwich à la “sauce Bretonne”.

Le Bono, un joli port miniature dans le Morbihan.

Le Bono, un joli port miniature dans le Morbihan.

Une “croq’rando”, c’est la combinaison toute naturelle d’une balade au long cours qui donne l’occasion de sortir son carnet de dessins, comme d’autres sortent leur appareil photo pour immortaliser “Josette et Maurice” devant la mer alors que le soleil décline derrière les grands pins. C’est une première expérience de dessin en “live” pour l’ensemble des participants. Élisabeth, l’intervenante, conduira le groupe sur un circuit facile, émaillé cependant de sujets adaptés à la pratique du croquis. Chacun est là pour travailler, pour approfondir sa passion pour le dessin, et développer son sens artistique. Rendez-vous est fixé pour la balade sous le pont de St Goustan à 10h. Il fait frais en ce mois de mai et le temps gris et un peu sale ne correspond pas à ce que la météo nous avait annoncé.

À marée basse, la rivière laisse place à des vasières.

À marée basse, la rivière laisse place à des vasières.

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Le Morbihan, ce n’est pas que la mer…

Danielle, Maryline, Nathalie, Renée, André et moi-même, sans oublier Élisabeth démarrons enfin notre itinéraire en suivant le rivière en direction du Bono. L’idée est de faire des haltes à des endroits stratégiques, de poser ses fesses quelques instants, de sortir le carnet de croquis, d’embraser du regard le paysage présent et d’en traduire son esprit en quelques traits bien ajustés.

À la première halte, nous  dessinons debout. La position est volontairement inconfortable afin de ne pas rentrer dans les détails du sujet. Tout comme le sportif échauffe ses muscles avant l’épreuve, nous échauffons notre regard et notre main grâce à ce premier exercice. Étirements bono_08obligatoires. Il faut aussi dissiper la bono_07peur de la première fois, cette crainte d’être ridicule ou de ne pas réussir. Loin de tout jugement de valeur, le principe est de détecter la sensibilité et les possibilités créatives propres à chacun et de les valoriser. Le soleil arrive enfin, de plus en plus lumineux de plus en plus chaud. Sa présence bienfaitrice délie les langues, assouplit les corps. La rivière se pare de reflets d’argent, les frondaisons au loin prennent du volume, toutes les nuances de vert, percées de temps à autre de l’éclat or des genêts, éclatent sous la lumière.

bono_03Au soleil, les gestes deviennent assurément plus fluides. Le crayon caressse amoureusement le papier. Le plaisir de représenter est d’autant plus grand que l’infinie richesse de la nature s’insinue par tous les pores de la peau. Quand l’équilibre entre le corps et la nature est atteint, on éprouve un immense moment de sérénité. Tout baigne et la pose s’éternise un peu tant le bien-être est resenti par tous. Le temps passe sans regret pour une fois. Il faut bien cependant se décider à pousser un peu plus loin. Une souche tortueuse dans la lumière du chemin, suscitera bien des commentaires : “- on dirait une sorcière, un corps peut-être ou un gros serpent !”. La faim et la soif, commencent à attaquer les esprits. bono_12 bono_11 bono_10 bono_09Nathalie, en dessinant un arbre chargé de bouteilles et de sandwiches, nous donnera le signal du pique-nique. Arrivés au port du Bono, un petit café et une terrasse. Devant un verre de vin rouge, récompense de notre matinée de travail, on se croque nos bobines hsitoire de rigoler un bon coup. Le pique-nique est vite avalé et sur le quai, nous sortons déjà nos carnets de dessins. Le soleil est haut dans le ciel, à la verticale. La lumière est dure, les ombres très marquées. Il faut dessiner en noir et blanc pour ainsi dire. Les contrastes, les contrastes…Ceux qui ont décidé de représenter les deux ponts (l’ancien et le nouveau) qui surplombent le port, en seront pour leur frais. Il leur sera difficile de combiner des perspectives contrariées aux points de fuites improbables. Quelques badauds de temps en temps (peut-être Josette et Maurice) nous approchent timidement, curieux, approbateurs ou pas, puis continuent leur chemin. Il y aura peu d’échanges avec le public, à croire que nos deux mondes cohabitent sans pouvoir réellement se trouver. bono_02Bref, le principe était, sur le chemin du retour de dessiner, encore et encore, de saisir d’autres sujets, de profiter d’une lumière de fin d’après-midi. La journée hélas sera trop courte et c’est avec regret que tout le monde va presser le pas pour se retrouver au point de départ. Réunis autour d’un dernier verre (ben oui, on a eu très soif), les dessins sont exposés et commentés. Chacun fera un bilan très positif de cette croq’rando en souhaitant renouveler l’expérience. Des rendez-vous de principe sont évoqués. Pour ma part je décroche un peu. Les projets, même à quelques jours, ne me concernent plus. Je rentre sur Paris bientôt. Ma prochaine croq’rando participative en bonne compagnie, ne pourra se faire au mieux que…l’année prochaine. Adieu le Morbihan, ses paysages fabuleux, sa lumière sculpturale et ses averses imprévisibles. Quatre saisons en une seule journée disent les Bretons et c’est bien vrai.

Ateliers du Mesnil

Le Club Artistique du Mesnil Le Roi, organise une exposition d’art
du 30 mai au 7 juin 2015, intitulée ; “Les Ateliers du Mesnil”.
Je participerai à cette exposition avec 6 aquarelles présentées sous forme de 3 diptyques.

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Les Ateliers du Mesnil
30 mai au 7 juin 2015.
Du mardi au samedi de 14h à 18h
Les dimanches de 10h à 18h sans interruption.

Centre Georges Brassens
100, rue Jules Rein
78600 Mesnil Le Roi

Peinture et photo

Il m’arrive rarement de peindre d’après photo. D’autant plus lorsque celles-ci ne sont pas les miennes. Je reproche tout simplement à cette pratique le manque d’intérêt et de motivation (pour ma part en tout cas) occasionné par l’absence de ressenti et de vécu. Peindre d’après une photo que l’on a soi-même réalisée, peut encore se comprendre. On a remarqué une scène, noté des éléments qui nous ont séduits, une lumière particulière qui nous a touchée ou une composition originale, alors un petit “clic” peut essayer de saisir tout cela. L’image réalisée peut entretenir ou rappeler des sensations. Pour une pratique orientée vers l’abstraction, la photo est une bonne façon de prendre des notes. Pour les portraits, une série de croquis et de photos du modèle permettent une meilleure reconnaissance du sujet tout en se dégageant de la fastidieuse pose immobile.

La photo a tout de même cet inconvénient (outre l’absence de proximité avec son sujet que j’ai déjà évoquée), de ne pas rendre les subtilités que l’œil est capable de discerner sur le vif. Une image imprimée, a bien souvent perdu grand nombre de valeurs dans les tons clairs et à l’inverse, rendu opaques et uniformes les tons dans les valeurs les plus sombres. On a donc sous les yeux, une vision simplifiée de l’image proposée. Il faut le savoir et en tenir compte. Autant en aquarelle, la réserve et le jeu du blanc du papier sont des atouts qui répondent bien à la simplification des valeurs d’une photo, autant les nuances sombres doivent être travaillées et enrichies afin de ne pas apparaître bouchées et totalement noires.

Les aquarelles ici présentées sont le fruit des mornes journées grises ou pluvieuses, pendant lesquelles, je m’impose (mais avec plaisir) quelques petits exercices pour entretenir mon coup d’œil et ma main. Ces portraits je les ai choisis spécialement pour leur pluralité : couleur de peau, aspect vestimentaire, origine géographique, personnalité…La série m’a semblé plus originale et plus picturale que les traditionnels visages “caucasiens”. Et puis, à l’heure ou le racisme “crasse” tente de faire disparaître “l’étranger” de notre paysage, un petit clin d’œil à “l’autre”, n’est pas pour me déplaire.

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Incursion en Défensie

Au centre du Parvis à l'heure de pointe, la marchande de journaux est un véritable repère visuel.

Au centre du Parvis à l’heure de pointe, la marchande de journaux est un véritable repère visuel.

Je dois vous faire une confidence. J’ai le vice dans la peau !

Si, si ! Vous ne savez pas de quoi je suis capable. Tenez par exemple, pour savourer mon temps libre – oui, j’ai parfois besoin de tester ma quiétude, de la confronter au monde agité – il m’arrive donc, comme aujourd’hui de faire une incursion dans des lieux qui furent autrefois pour moi synonymes de cauchemars. Pensez donc, moi qui suis né dans la campagne Normande, le nez dans l’herbe et qui ne songe qu’à une seule chose sitôt le pied posé à terre le matin : “Vais-je pouvoir me faire une petite promenade dans les bois, cueillir quelques violettes ? Je sais, je suis un peu fleur bleue !

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On peut être nostalgique du passé ou pas…

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La lumière d’un beau matin de printemps sur l’Esplanade.

La Défense ! Une île de béton et de verre. Un univers de travail concentrationnaire comme il n’en existe aucun autre en France. Du moins de cette taille là. Je vous entend déjà, “Oui, mais la Défense c’est aussi un immense centre commercial, pourvu de tout ce qu’il faut pour les loisirs et patati et patata…”
C’est vrai et cette Défense dédiée aux affaires en surface et au commerce en sous-sol a su se rendre intelligente. Tout ce qui est gagné au-dessus est dépensé après coup dans ses entrailles. Donné d’une main, repris de l’autre. La boucle est bouclée ! Mais, vous me faites dévier de mon propos. Je voulais surtout vous parler du plaisir que je prends, par une belle matinée de printemps à déambuler au milieu des tours, à observer tous ces gens qui filent droit, le nez dans leurs chaussures, le regard fixé sur une ligne imaginaire, qui n’est ni bleue ni des Vosges, les oreilles casquées, la bouche cousue et forment des bataillons à l’image d’un fleuve, arrivent en un flot puissant pour peu à peu se diviser en une multitude de filets au gré du parcours. Happés peu à peu jusqu’à complète disparition et dans le silence le plus total, par des tours aux corps translucides.

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Une tête décervelée. Un symbole ?

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Être indifférent à la foule. Le sentiment aussi d’être “presque seul”.

Ne croyez pas que j’ai la moindre déconsidération pour cette foule silencieuse. J’imagine tous ces actifs, salariés, employés, encore dans leurs rêves, dans la douceur de leur foyer, côtoyer sur les mêmes dalles et dans les mêmes courants d’air, le grand cadre ou le petit chef, qui tout à l’heure, dans le même bureau, affirmera sa supériorité hiérarchique. La plupart viennent de loin, et ont passé de longs moments inconfortables dans les transports en communs. Ceux là, on les reconnaît au livre qu’ils tiennent encore en main. Une manière enrichissante durant le trajet de ne pas voir le morne paysage de banlieue défiler à travers les fenêtres “cradingues” du métro ou du R.E.R.

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Le naturel en perdition.

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Au bout du chemin, une vue admirable sur le Parvis.

Des cyclistes ont trouvé des voies secrètes qui permettent d’accéder sans problème au Parvis et le traversent en tous sens aveuglés par l’obsession de leur arrivée. Et puis, parmi tout ce grouillement de petits êtres qui vont dans un sens et dans l’autre, en cherchant à ne jamais se télescoper, il y a des “Robinson”. Des solitaires, qui attendent. Quelques inquiets qui cherchent, qui tournent en rond, qui interpellent “un” parmi la masse sans obtenir la bonne réponse. Ils vont là, retournent, errent un peu et puis renoncent. Des isolés s’enfoncent dans de sombres passages souterrains comme pour se cacher de la lumière bleutée des tours qui les dominent ou…pour échapper peut-être aux nombreuses caméras qui scrutent en permance les agissements du petit peuple.

Une errance au milieu des tours.

Une errance au milieu des tours.

Il faut que je vous raconte…Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais, il m’est souvent arrivé d’imaginer l’existence d’un monde parallèle sous la dalle de la Défense. Je sens que ça vous fait…un peu sourire ! Et alors, les portes blindées cadenassées vous croyez qu’elles ouvrent sur quoi ? Un dédale de galeries techniques, des centaines de boyaux qui communiquent entre-eux, qu’il faut gravir par des échelons parfois glissants. Des kilomètres de tuyaux et de câbles assurent l’eau, le téléphone, l’électricité des milliers de bureaux, des commerces et serpentent dans les profondeurs. D’immenses souffleries posées dans des salles grandes comme des terrains de tennis, assurent le désenfumage des parkings. Il y a plus de 250 souffleries disséminées dans les sous-sols. Ça vous étonne ? Et pourtant, je vais à l’essentiel ! Continuez d’imaginer. Sous l’esplanade se trouvent de grandes cavités appelées “volumes résiduels”. C’est du vide non exploité ou presque. Dans l’une de ses cavernes modernes une ouverture laisse entrevoir le socle de la statue de Louis Ernest Barrias qui a donné son nom au quartier situé juste au-dessus, à l’air libre. Dans ces espaces, le temps a figé une épaisse poussière qui forme un tapis insonorisant des bruits extérieurs. Tous ces repaires interdits au public gardent dans leur profondeur de véritables trésors. Le Fonds International d’Art Contemporain possède un entrepôt de 4 500 mètres carrés où sont conservées près 20 000 œuvres d’art. Un autre volume abrite l’ancien atelier de 1 000 mètres carrés du plasticien Raymond Moretti. La sculpture monumentale d’un dragon de 30 mètres de long y est abandonnée. Par l’un des parkings des Quatre Temps, une trappe discrète ouvre sur une curiosité monumentale. Il s’agit d’une gare RER inachevée de 200 mètres que l’armée a utilisée quelques années comme centre d’entraînement au tir. (source Le Point.fr)

La descente vers une caverne urbaine ?

La descente vers une caverne urbaine ?

Alors, convaincus tout comme moi “qu’on ne sait rien sur tout” ! Et puis ces gens qui courent depuis ce matin vers leurs bureaux transparents, ont-ils connaissance de ce qui dort sous leurs pas. Tous ces gens que j’ai croisés ce matin, dont les visages se fondent peu à peu sous mes yeux dans une seule et même identité rêvent-ils d’un monde parallèle qui les ferait échapper à leur quotidien de surface. Peut-être ! En rangeant mon compact photo dans la poche je me sens finalement soulagé de ne plus faire partie de ce monde actif, un peu fou, et très flou. Courage ! Le temps du vieillissement, se nourrit d’humanité.

Jazz en Ville

Quelques coups de pinceaux rapides pour fixer l'attitude du bassiste. (Photo Michel Dahyot)

Quelques coups de pinceaux rapides pour fixer l’attitude du bassiste. (Photo Michel Dahyot)

L’art performance est un mode d’expression artistique contemporain, dans lequel l’œuvre est le déroulement temporel d’une mise en scène, d’un ensemble de gestes, d’actes, d’attitudes, d’événements, comportant une part d’improvisation. L’œuvre performance s’inscrit dans le temps et non dans la matière.

C’est ainsi que l’on peut définir de façon très simplifiée l’art perfomance. Je ne parlerai ici que de l’expression picturale. Il existe depuis longtemps des démonstrations  au cours desquelles, l’artiste réalise en direct une œuvre devant un public averti. Ces manisfestations répondent surtout à une nécessité d’apprentissage ou de formation. Le souhait de développer une technique, d’approfondir une maîtrise par l’exemple. L’art performance par contre n’a aucune vocation à l’apprentissage et ne laisse aucune trace matérielle de son expression. Peinture réalisée par exemple dans un entrepôt en cours de destruction. La photo reste alors la plupart du temps, le seul témoignage de l’acte artistique.

L'ambiance colorée change constamment. Il faut s'adapter.

L’ambiance colorée change constamment. Il faut s’adapter. (Photo Michel Dahyot)

Pendant le festival de Jazz en Ville de Conflans Sainte Honorine, j’ai eu l’occasion avec quelques amis (ies) de me prêter à cette expérience d’improvisation artistique. Au terme de “performance”, nous préférons celui de “Croq’Live”. Moins prétentieux et plus conforme à notre action picturale. Le concept de base en est très simple puisqu’il s’agit de dessiner ou de peindre en direct, lors des concerts de jazz, en présence du public. La première difficulté rencontrée et assurément la plus importante est celle du mouvement même des musiciens. Si un flûtiste ou un violoncelliste de concert classique observe une immobilité assez relative…c’est loin d’être le cas dans le jazz. Il faut donc anticiper certains gestes et attitudes, les mémoriser et attendrre l’instant favorable pour exprimer par le pinceau ou autre médium les quelques traits qui vont définir le sujet. Le résultat conserve un aspect d’inachevé qui est l’expression même de la spontanéité et d’une gestuelle très libre. En réalité, tout bien calculé, on ne passe que quelques minutes pour réaliser un tableau. En quelques gestes, tout doit être dit.

Frédéric Viale à l'accordéon, les rythmes Brésilens et Cubains.

Frédéric Viale à l’accordéon, les rythmes Brésilens et Cubains. (Photo Michel Dahyot)

Il ne faut pas oublier le public, qui par sa masse cohérente  et dynamique joue aussi un rôle et participe à sa façon à l’action picturale. Approbateur ou improbateur, son omniprésence est ressentie tout au long du parcours. Lors des poses musicales, la proximité permet des commentaires curieux, des échanges enrichissants, soit avec les musiciens, soit avec le public.

Dan Duparc en invité d'honneur devant ses peintures magistrales.

Dan Duparc en invité d’honneur devant ses peintures magistrales.

Le public arrive, les chevalets sont prêts, l'expo suscitera beaucoup d'intérêt.

Le public arrive, les chevalets sont prêts, l’expo suscitera beaucoup d’intérêt.

En parallèle aux concerts de jazz, donnés dans la superbe salle des fêtes de Conflans Sainte Honorine, une exposition de peintures et de photos, accompagnait les effluves musicales. Dan Duparc était cette année l’invité d’honneur avec un nombre impressionnant de peintures acryliques. Deux amies, Ariane Subrenat et Élysabeth Leyondre participaient en ma compagnie à l’expo ainsi qu’au “Croq’Live”.

En galerie ci-dessous, vous trouverez les aquarelles faites en “live” sur 3 concerts. (Quartet Frédéric Viale – JdL quartet avec Bobby Few – Quintet Raphaël Herlem…)

Salon Couleur & Forme.

Sylvie Rousseau, Serge Caseris et moi-même.

Sylvie Rousseau, Serge Caseris et moi-même.

Le 15 février dernier, le Salon Couleur & Forme du Mesnil le Roi s’est clôturé en compagnie de nombreux visiteurs et des artistes eux-mêmes venus pour le décrochage des œuvres. Absent lors du vernissage, j’ai eu l’agréable surprise de me voir décerner par Mr Serge Caseris (Maire de la ville) et Mme Sylvie Rousseau (Présidente de l’Association Artistique), le prix de la ville du Mesnil Le Roi pour mes trois aquarelles sur le jazz. Un bon moment partagé avec le maire dont les aquarelles lui rappelaient des souvenirs “de jeunesse” à la Nouvelle Orléans.

Du 30 mai au 7 juin se déroulera l’exposition des “Ateliers du Mesnil”. J’y participerai en proposant plus particulièrement une série de nus. Le 31 mai sera une journée “Rencontre avec les peintres”, un certain nombre d’artistes occuperont les rues de la ville pour une animation picturale en direct.

 

Aquarelle-Jazz

Je m’étais imposé un challenge. Celui de peindre en direct à l’aquarelle lors d’un concert de jazz. Je dois reconnaitre que le résultat ne fut pas à la hauteur de mes espérances. En cela, plusieurs facteurs cumulés n’ont pas contribué à atteindre l’objectif fixé.jazz-11-14-00
En premier lieu, je me suis rendu compte que la technique de l’aquarelle n’était pas le médium le mieux adapté pour peindre en “live” l’atmosphère d’un concert. J’ai mis un certain temps pour ne pas dire un temps certain pour m’installer, dans un coin au fond de la salle derrière le public venu nombreux. Chevalet et grandes feuilles de papier, pinceaux, palette, pots à eau, chiffons etc…J’ai essayé de disposer le plus commodément possible tous les outils dont j’avais besoin pour la session. L’aquarelle très mouillée a cette fâcheuse tendance à provoquer des coulures qui sont malvenues dans une salle de concert et dans toute autre salle d’ailleurs. J’avais donc prévu une bâche au sol dans laquelle je n’ai pas manqué maintes fois de me prendre les pieds.jazz-11-14-01jazz-11-14-02
Tout allait donc pour le mieux jusqu’au moment où, les musiciens enfin prêts, les lumières s’éteignirent dans la salle. Et…je fus plongé dans l’obscurité au point de ne plus pouvoir distinguer la moindre couleur sur ma palette.
Personne n’avait pensé me mettre un éclairage discret. Prévoyant, j’avais emporté une petite lampe frontale que j’installais pour toute la durée du concert. Le travail à la lampe frontale, pour autant qu’il soit possible, n’en est pas pour autant très confortable. Tout de suite je me suis rendu compte que, du fond de la salle, je perdais toute notion de détail des musiciens sur scène. J’avais bien une ambiance générale, mais les points d’accroches visuels me manquaient. J’ai aussi constaté combien, en demeurant concentré sur la peinture, j’en oubliais la musique au point d’avoir l’impression aujourd’hui de n’avoir profité de rien.
jazz-11-14-03Finalement, la séance de peinture en direct fut-elle stérile ? Sûrement pas !Certes, elle ne m’a pas apporté ce que j’en espérais. Le manque d’expérience de ma part face à un contexte particulier, accentué par la technique de l’aquarelle qui réclame une certaine réflexion, difficile à mettre en œuvre sur des sujets dynamiques, ont pénalisé le résultat. On apprend bien plus des ses erreurs que des ses réussites si on sait les analyser. La prochaine fois j’aborderai donc le sujet avec plus de sérénité.

J’ai pu cependant, faire quelques croquis rapides au pinceau et prendre deux ou trois mauvaises photos. Ces croquis et images m’ont permis de finaliser différents dessins d’étude qui m’ont aidé à composer en atelier quatre grandes aquarelles.jazz-11-14-05jazz-11-14-06 jazz-11-14-07 jazz-11-14-08