Paint-maton

Quel plaisir que de retrouver la simplicité de la gouache. Elle est souvent oubliée, méprisée même car elle rappelle les années scolaires, les heures de peinture autrefois sous l’œil bienveillant, mais parfois incompétent, du maître ou du prof de géographie ou d’histoire. Ces matinées ou après-midi étaient beaucoup moins l’expression d’une grande créativité que le moment de défouloir pour le plus grand nombre. On sortait alors sa boite de gouaches, en godets ou pastilles et sa pochette de papier Canson. Les mieux équipés possédaient leurs gouaches en tubes et faisaient figure de privilégiés. La différence matérielle opérait déjà une fracture entre les plus doués et les autres.


Ce sont bien des souvenirs enfouis qui surgissent à l’utilisation de la gouache. Ce qui me revient souvent en tête, ce sont les faibles moyens accordés à la peinture, au matériel lui-même. Quand une couleur était épuisée, je faisais sans, jusqu’à ce que ça ne devienne plus tenable. C’était toujours le blanc qui manquait en premier. Il fallait que je négocie avec mes parents pour acheter quelques tubes, un peu de papier. Cette fourniture créative n’étant pas la plus indispensable. J’avais donc toujours le temps d’attendre un peu. J’ai aussi en tête, l’image du bocal d’eau nuageuse qui se renversait sur la peinture, toujours au dernier moment.


Il y a une délectation toute naturelle à jouer librement avec la matière et sa couleur.
En commençant mes autoportraits à la gouache, je me suis fait plaisir sans trop de contraintes techniques. De la couleur, de l’eau et du papier. Des ingrédients d’un grand commun. J’ai étalé de la couleur sans me soucier de la gestion du temps de séchage qu’impose l’huile. Ça soulage l’esprit. Ce qui m’a vraiment impressionné en découvrant les gouaches qu’un ami avait réalisées, c’est leur aspect mat, véritablement velouté. Il s’en dégage une douceur, une sensualité très charnelle. C’est une impression que je n’avais pas perçue auparavant. Et cela ne se ressent pas du tout à travers des reproductions. Comme quoi, voir un original apporte une dimension qui fait appel à d’autres sens que celui de la vue.


Cette série d’autoportraits, n’est pas la manifestation d’un égo surdimensionné, mais plutôt le fait qu’il n’y a pas plus simple de poser soi-même devant un miroir pour travailler le portrait. Par contre, se voir autrement que de face est une réelle difficulté face au miroir. Il sera facile au visiteur d’identifier le portrait qui est réalisé à partir d’une photo. Je ne reviendrai pas sur la sempiternelle “question du sourire” sur les autoportraits. Remarque ayant été déjà tellement traitée.

9 réflexions sur « Paint-maton »

  1. C’est un grand plaisir de retrouver vos chroniques .Elles débutent avec des autoportraits
    très forts ,plein de verve .Les couleurs de la gouache sont très belles parce qu’elles sont très pigmentées je crois et satinées par la résine.

  2. Bonsoir, j’ai beaucoup aimé vos auto portraits, celui avec la main est mon préféré – oui c’est difficile devant un miroir, et l’eau plus que l’huile, du moins pour moi, j’espère que vôtre cave est bien sèche, que rien ne s’y abîme – il y a des découvertes, des trouvailles, dans des caves…dans des greniers, comme le dernier Caravage … prenez-soin de vous – à vous suivre – à vous lire – Maya

  3. De l’eau du papier et un peu de peinture…..beaucoup de talent aussi. Ce qui prouve effectivement que la gouache n’est pas …..qu’un jeu d’enfant. Ces auto-portraits sont très réussis. Le profil est très intéressant. Beaucoup de douceur grâce au peu del tons utilisés mariés avec le fluide de l’eau….. Encore une corde à ton arc qui enrichit ta recherche…..Ce ne doit pas être simple tout de même de travailler en regardant le miroir…

    • …Je ne sais jamais répondre à cette notion de “talent”…Est-ce une part innée, une part acquise culturellement. Je crois surtout qu’il faut beaucoup de persévérance et de travail. Être obstiné et parvenir à supporter les jours ou tout va bien et ceux ou plus rien ne fonctionne. Et recommencer…

    • J’aimerais bien faire les autoportraits comme Rembrandt. Tout ça va finir dans mes cartons, dans ma cave. Peut-être un jour ressortiront t’ils comme souvenir pour ma fille, petite fille ;-))

  4. Et oui la gouache, ce matériau basique qui est la porte qui va du dessin à la peinture. Economie de moyens mais franchise du résultat . Technique sans détours ni sophistication, ni effets faciles. Un matériau brut et raffiné . Un bout de papier, quelques couleurs et son reflet dans un miroir et l’heure file vite entre application d’enfant et acuité de l’homme mûr à saisir une part de réel .

    • Je dois dire qu’un jour d’été lorsque tu m’as montré tes gouaches de paysages,
      je suis resté sans voix. J’ai trouvé ça si synthétique, si fort (mais ça c’est ta qualité de peintre),
      et aussi si séduisant en raison de la matière, de son velouté…
      que je me suis dit qu’il fallait que je tente cette aventure.
      Il a fallu que je me fasse un peu à cette technique et j’ai eu du mal au départ.
      Mais je constate que c’est une bonne leçon et un excellent apprentissage
      pour l’huile. Aller un peu plus à l’essentiel plus rapidement avec la gouache…
      Oui, tu le résumes très bien “économie de moyens, franchise du résultat”.
      Finalement, une trop grosse erreur au départ avec la gouache est difficilement récupérable.
      Revenir dessus, surcharger, on finit par s’engloutir dans la matière.

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