Si le mois de septembre passé dans le Morbihan n’aura pas été très prolifique sur le plan de la peinture, c’est aussi parce que je me suis investi davantage dans le dessin. Le dessin est une activité qui ne réclame pas un matériel très conséquent. On peut se satisfaire d’un minimum de choses. Ce qui a l’avantage de reléguer boite-chevalet, tubes, pinceaux et autre médiums et essence à la maison. Il est vrai que parfois, j’en ai un peu marre, chargé comme une mule, de marcher à la découverte d’un coin pour peindre. J’ai acheté un grand carnet de dessin qui me fournit une fois ouvert, un format de papier bien blanc de 42×60 cm. Il y a de quoi s’exprimer ! Le dessin avec de l’encre, s’est imposé comme une évidence puisque je voulais “voyager” léger. J’ai déjà manié le porte plumes et le stylo plume pour les croquis sur le vif. Pour croquer la mer il me fallait un outil plus rapide. Passer immédiatement d’un trait léger et vif à un trait épais et lourd, sans oublier que la matière solide comme les rochers nécessitent souvent des aplats bien contrastés. J’avais donc besoin d’un outil flexible, se laissant manipuler sans rechigner.
Des cure dents plastiques en guise de plumes
Finalement, c’est en taillant selon mes besoins des cure-dents plastique en forme plume d’oie, que j’ai trouvé l’outil idéal. Engagé dans une tige de bambou, c’est devenu mon “porte plume” préféré. Matériel très primaire, fonctionnel, léger et d’un coût ridicule, complété d’une bouteille d’encre et le tour est joué. Personnellement je n’utilise pas à l’extérieur l’encre de chine qui a tendance à sécher trop vite et qui empâte plumes et pinceaux. À cette encre épaisse et grasse, je préfère l’encre noire Colorex de chez Pébéo ou des encres indélébiles comme celles de chez Noodler’s Ink, de De Atramendis, ou Platinium Carbon Ink…qui sont très très noires et parfaitement liquides. Tous mes dessins sont réalisés avec l’encre de chez Pébéo.
Petite moisson de peintures pour cette période de septembre dans le Morbihan. Moins de campagne cette fois-ci et un intérêt renouvelé pour le bord de mer. Principalement la côte sauvage de Quiberon qui reste un point attractif pour son aspect constamment tumultueux. Les conditions d’installation ont été parfois difficiles en raison de places accidentées peu pratiques à l’installation d’un chevalet. Tenir soi-même sur une plateforme réduite ne proposant aucun recul m’a souvent demandé de l’attention. Malgré le beau temps et une mer entre le turquoise et le bleu/violet, les rafales de vent m’ont parfois empêché de poser avec précision, mon pinceau sur la toile à l’endroit voulu. Même en prévoyant les séances de peinture selon le guide des marées, il m’a été difficile de retrouver deux fois de suite soit la même lumière, soit la même hauteur d’eau.
J’ai dû m’adapter aux conditions comme toujours avec la nature. Il m’est arrivé sur une deuxième séance, de repeindre en partie ou en totalité le même sujet tant la lumière, les couleurs avaient changé. Mes peintures de mer sont des représentations cumulées des effets de la mer. Impossible de saisir dans l’instant un effet de houle, d’écume jaillissante, du fracas d’une vague sur une roche dressée comme un menhir. L’observation minutieuse du rythme des vagues permet de prévoir le moment où celles-ci reviennent avec la même intensité. Tout cela reste malgré tout du domaine de l’interprétation. Pousser trop loin le réaliste dans ses détails serait sans doute aussi figer le mouvement. Figurer la mouvance générale ma parait être le meilleur compromis.
Sous le soleil et en terme de couleur de l’eau, j’ai été surpris de l’intensité du bleu dans les zones les plus profondes. Lorsque la lumière éclaire une roche submergée à faible profondeur, et que la vague vient la recouvrir, par transparence des reflets verts apparaissent. Le rocher, dont la tête hors d’eau s’illumine au soleil levant, projette des miroitements jaunes sur la crête de la houle. Ces subtilités sont très fugitives et difficiles à rendre dans le temps de la peinture en plein air. Tous les éléments de la côte sauvage, rochers, mer, plages et pelouses rases, changent de couleur en fonction de la lumière. Au lever du soleil le jaune orangé domine pour les parties claires et les tons de marron, de violet, de bleu sont dévolus à l’ombre froide. Puis vient l’ambiance blanche, composée de gris à peine colorés ou la matière s’écrase sous la lumière. Les ombres sont dures et noires comme des taches d’encre de chine. Sous une ambiance triste et morne, la roche prend une teinte marron, rose, avec une pointe de bleu/violet pour les zones sombres. Parfois sur le motif, j’adopte la solution de la photo. Une prise de vue en début de séance de peinture et une autre en fin de séance. Si pour diverses raisons, je n’ai pas la possibilité de revenir au même endroit pour continuer la peinture, la photo me permettra d’achever tranquillement le sujet.
Cette côte sauvage de Quiberon a été peinte de nombreuses fois par Maxime Maufra, qui fut un ami de Gauguin, de Pissaro, de Sisley ou de Seurat. Maufra était un peintre paysagiste de grand talent dont la peinture très vivante ne faisait aucune concession aux détails. Arrivé le 12 septembre 1886 à Belle Ile en mer, toute proche de Quiberon, Claude Monet en repart le 25 novembre après avoir réalisé près de 40 toiles. C’est le début des réalisations en “série” qu’il produira ensuite toute sa vie (les peupliers, la cathédrale de Rouen, les nymphéas etc…) Voici ce que disait Claude Monet de son travail à Belle Ile en mer : “Pour peindre la mer, il faut la voir tous les jours, à toute heure et au même endroit pour en connaître la vie à cet endroit-là”. “Je travaille aux mêmes places par tous les temps. J’ai fait une excellente journée, j’ai travaillé à sept toiles, je ne me suis pas arrêté une heure dans toute la journée”.
Après la série de nus pour Octobre Rose, j’ai eu envie de revenir à des formats plus petits et surtout de rejouer avec la couleur. Rien de tel qu’une petite série de portraits pour se refaire la main. En choisissant un format égal ou légèrement supérieur à 21×29,7, je me suis amusé à expérimenter différentes manières de faire. Toujours sur un support papier, j’ai appliqué différents apprêts avant de me lancer dans la couleur. J’ai pu tester et obtenir des différences notables dans l’exécution des portraits. L’ajout de “primers” sur des supports devenus lisses, rugueux, ou absorbants ainsi que des combinaisons techniques comme pastel sec ou gras, plus couleur à l’huile, m’ont permis d’obtenir des effets assez variés. En allant parfois trop loin tant sur la technique que sur la forme, on enrichit souvent son écriture presque sans s’en rendre compte. Il faut pourtant être un peu attentif aux voies sans issue, aux chemins séduisants qui ne correspondent pas à “qui l’on est”.
En mai dernier mon amie Danielle Mongin, m’a proposé de participer avec André Bodin à Octobre Rose par le biais d’une exposition de peinture commune.
Octobre Rose, c’est une campagne annuelle de communication destinée à sensibiliser le public au dépistage du cancer du sein et à récolter des fonds pour la recherche. Elle a vu le jour au début des années 90 aux États-Unis à l’initiative d’Évelyn Lauder, une icône du monde des cosmétiques atteinte de la maladie. Les études statistiques démontrent qu’une femme sur huit risque de développer cette pathologie. Durant un mois, des initiatives comme des courses à pied, des ventes aux enchères, ou des collectes de toutes sortes sont organisées. Cette manifestation annuelle, permet de rassembler autour d’un thème fédérateur des associations et des professionnels de santé autour de l’information sur le dépistage du cancer du sein. L’événement est consacré aussi à l’information des aidants entourant les personnes souffrant d’un cancer du sein. Cependant, tout n’est pas rose dans un monde de bienveillance. Alors que de nombreuses actions sont menées pour lever des fonds chaque année, l’opération Octobre Rose possède quelques détracteurs qui dénoncent une pratique dite de “pinkwashing”, soit de profiter d’Octobre Rose à des fins commerciales.
(Le terme de “pinkwashing” a été inventé par la Breast Cancer Action, une association américaine de patientes souffrant du cancer du sein, en 2002 pour désigner les campagnes des entreprises qui utilisent le cancer du sein comme levier marketing. Il est aussi utilisé pour critiquer une technique de communication fondée sur une attitude bienveillante vis-à-vis des personnes LGBT par une entreprise ou par une entité politique, qui essaye de modifier son image et sa réputation dans un sens progressiste, tolérant et ouvert. Cette stratégie de “relations publiques” s’inscrit dans l’arsenal des méthodes d’influence, de management des perceptions et de marketing des idées ou des marques).
Dans le cadre d’Octobre Rose 2019, une exposition est réalisée sur une initiative du Centre Hospitalier Bretagne Atlantique de Vannes. Notre participation à cette exposition en tant que peintres est parfaitement bénévole et sans but lucratif.Notre objectif est d’animer par nos réalisations certaines parties du Centre et d’apporter aux visiteurs, aux patients, aux personnels soignants, un environnement artistique inhabituel pendant tout le mois de l’opération d’Octobre Rose. Les peintures sont toutes associées d’une manière symbolique, abstraite ou figurative au corps de la femme ou au bénéfice des traitements du cancer du sein. Pour ma part, j’ai choisi de traiter huit toiles à l’huile dans une monochromie gris/bleu (gris de payne+blanc) ainsi que cinq peintures sous encadrement verre d’une technique mixte aquarelle+acrylique. J’ai opté pour une figuration réaliste en représentant volontairement des corps de femmes loin des modèles esthétiques idéalisés. J’ai voulu des femmes réelles telles qu’elles sont présentes dans la vie quotidienne, telles qu’on les connaît et telles qu’on les aime.
L’exposition aura lieu du 4 octobre au 3 novembre 2019. Centre Hospitalier Bretagne Atlantique. 20 Boulevard Général Maurice Guillaudot. 56017 Vannes.
C’est toujours avec beaucoup de plaisir que j’alterne le dessin ou tout du moins une autre technique plus légère avec celle de la peinture. Cette alternance de médiums qui me fait passer d’un matériel un peu encombrant à des outils plus légers m’offre une plus grande liberté de mouvement. Je peux en l’espace d’une matinée choisir différents sujets et réaliser au moins deux ou trois dessins encrés ou graphités. Dans cette série j’ai exploité plusieurs outils qui ne demandent pas trop de matériel.
Les arbres traités dans les bruns sont réalisés avec 3 Oil Stick de chez Sennelier. Sur toile ou sur papier enduit au Gesso, cette huile solide en bâton a l’avantage de sécher comme toute couleur à l’huile, contrairement au pastel gras qui ne sèche jamais. Un peu d’essence de térébenthine ou de médium pour en accélérer le séchage ou créer des transparences à l’aide d’un pinceau sont les seuls ingrédients à transporter.
La trilogie du vieil arbre a été réalisée dans la matinée avec 3 techniques différentes. Petite boite de graphite aquarellable Art Graf, un pinceau et un peu d’eau sur papier aquarelle pour le premier dessin. Encre noire Pébéo et plume taillée dans un cure dents plastique pour le second. Enfin pour le troisième, encres scolaires (déjà évoquées ici), pinceau et eau.
Le matériel de base.
Ces différentes techniques se retrouvent sur les dessins suivants sauf les deux derniers de la série où j’ai utilisé un crayon pastel sec pour l’un et une mine de plomb pour l’autre.
Le comble, c’est d’avoir passé 5 semaines en Bretagne sans jamais avoir déplacé une seule fois mon chevalet vers la mer. En effet, à aucun moment je n’ai porté mon attention vers l’océan tout proche. Lorsque je suis arrivé dans le Morbihan, j’ai été littéralement saisi par l’intensité de la nature. Je n’ai eu qu’une envie, celle de me plonger dans cet univers d’arbres et de campagne qui s’imposait partout sous mes yeux. En cherchant à me perdre parmi les nombreuses petites routes entre mer et rivières, j’ai découvert de beaux endroits nichés dans un écrin verdoyant. J’ai passé un certain nombre d’heures, voire de jours auprès d’une place herbeuse entourée d’arbres vénérables. De nombreuses peintures sont nées de cet endroit très inspirant. Ces arbres séculaires, châtaigniers et chênes, sont des personnages possédant chacun une véritable personnalité. Chaque corps massif, porte les marques de son âge. Branches biscornues ou brisées, plaies béantes ouvertes aux intempéries. Comme toujours en plein air, la modification de la lumière tout au long de la séance de peinture aura été la plus grosse difficulté à surmonter. S’adapter sans cesse, et même repeindre des zones entières dont l’ambiance et les couleurs ont changé en quelques dizaines de minutes, voilà l’historique secret de chaque peinture. J’ai rarement intégré des éléments architecturaux dans mes peintures. J’ai représenté cette fois, de manière plus ou moins discrète quelques pierres, quelques toits au-delà des éléments naturels. La peinture du dolmen en est la démonstration contraire puisque la pierre même devient le principal sujet. Ce monument aura eu le mérite de favoriser une sympathique rencontre avec le propriétaire de la maison située à proximité.
Je me suis souvent servi des tutoriels qu’ils soient photo ou vidéo pour apprendre à peindre. Il est vrai que bien souvent je me suis demandé comment certains tableaux étaient faits, par quelles étapes, ils avaient pu passer pour aboutir à une forme définitive. L’inconvénient de tous les exemples que j’ai pu voir émanaient d’artistes très confirmés, des maîtres dans leur univers. La promesse de réussite et de qualité étant supposée dès le premier coup de pinceau ou de crayon, n’était pas à mettre en doute. Face à cette compétence superlative, on se sent aisément un peu ridicule, avec nos hésitations, nos faiblesses, qu’elles soient artistiques comme techniques. Pourtant, la peinture est faite de questionnements, d’hésitations, de tâtonnements et d’erreurs. C’est je pense toujours intéressant de voir l’évolution ou plutôt la construction d’une peinture à travers quelques arrêts sur l’action en cours.
1/ L’autoportrait est à l’italienne avec un assez grand dégagement à droite. Je simule un couloir avec deux portes ouvertes. Le visage est juste esquissé, avec un contraste très fort que je tiens à conserver jusqu’au final. Un cadre au mur est indiqué rapidement derrière la tête et une zone foncée derrière l’épaule signale un autre cadre.
2/ Le visage est un peu plus poussé en terme de couleur et d’éclairage. Les principales masses sont posées pour préparer le travail de ressemblance. Afin de lier le visage au fond, je peins ce dernier d’une couleur légèrement violette, couleur déjà contenue dans le visage. Dans le couloir, la deuxième porte ne me semble pas indispensable. Je supprime une porte. Je précise l’image accrochée.
3/ Je mets en place la ressemblance du visage avec des larges touches franches de lumière et d’ombre. Je rajoute la porte supprimée à l’étape précédente. Je la représente entrouverte afin qu’elle prenne la lumière froide de la pièce voisine et contraste avec les couleurs chaudes du reste de la peinture. Je supprime l’image derrière le visage et la zone foncée derrière qui casse la courbe de l’épaule.
4/ Je ne touche pas au visage. La zone à droite avec les portes me paraît bien compliquée. L’accumulation des éléments raconte une histoire trop compliquée par rapport au portrait. Autant créer une ambiance plus simple avec une pincée de “psychologique”. Je crée une porte comme si elle se situait dans la même pièce que moi. Entrouverte elle évoque un échappatoire, ou une entrée vers un autre univers. Tout autre interprétation “symbolique” (et elles sont nombreuses) restant à la charge du spectateur. J’harmonise le fond avec les couleurs un peu violettes du portrait.
5/ Je densifie le fond en contrastant la couleur tout en accentuant l’ombre et la lumière. Je tente de créer ainsi un effet un peu dramatique, voire mystérieux. Je me mets ensuite en pause. J’encadre le format d’une marie-louise blanche pour bien isoler le sujet. Je m’extrait du processus. J’observe le résultat de loin. Finalement l’aspect symbolique donné par cette porte entrouverte dans la pénombre ne me plait pas. La distance entre le visage et le mur est trop importante. La profondeur met l’autoportrait en dehors d’une zone “d’intimité” avec le spectateur. La présence est perdue au détriment d’une histoire qui transforme le sujet en une “histoire bavarde et intellectuelle”. Ce que finalement je ne veux pas puisque je veux que seule la “peinture” compte” sans artifice.
6/ Je coupe définitivement le format pour accorder toute la présence qui manque au portrait dans l’étape précédente. C’est une décision sans retour. En peignant un encadrement frontal, assez présent et plus clair sur le mur, je réduis la distance entre le portrait et le fond. J’élimine les tonalités trop sombres de bruns et de gris foncés. Dans le format, l’autoportrait prend la place qui est la sienne. Les éléments de fond, ne sont plus des signes qui se surajoutent au portrait, mais des éléments qui participent à sa mise en valeur.
7/ Je retravaille le portrait en apportant plus de tons chauds dans la zone de lumière et dans celle de l’ombre. Je repeins les cheveux. J’essaie de retrouver une harmonie de couleur entre le visage et le fond. Pour structurer et faire vivre le fond, je tente l’apport d’une zone de lumière qui traverse la peinture d’un bord à l’autre en formant une sorte de “z”. Je m’en suis arrêté là en considérant ce sujet comme suffisamment travaillé.
Quand je prends le pinceau pour faire le portrait de ma femme à partir de sa photo, je me demande plusieurs fois si je n’ai pas un peu surestimé mes compétences. La toile est relativement grande pour un portrait (50 x 65 cm) et un format de cette taille mérite une grande attention concernant la composition. L’autre précaution à prendre est de bien préparer son dessin. Une proportion mal fichue et on se traîne jusqu’à la fin une difficulté qui sera très difficile de régler. Sur la base d’un quadrillage, je mets en place la figure directement au pinceauavec une couleur sienne naturelle. Je marque les zones principales en aplats rapides. J’esquisse le visage avec quelques couleurs afin de lui donner du volume. Impérativement, mettre de la couleur partout. Remplir le tableau de matière pour avoir une vision d’ensemble et ne pas imaginer la peinture comme un puzzle à assembler.
Je laisse sécher un jour ou deux. Pendant ce temps de repos, le pull noir aux lignes colorées me hante quant à sa réalisation. Faut t’il que je réalise les lumières et les ombres du vêtement sur toute la surface ou est t’il préférable que je réserve en blanc toute la partie colorée. Je tente un “mixte”. Toute la partie foncée est travaillée en valeur de noir et de gris en créant le volume, la restitution des plis etc…Je traite en gris uniquement toute la partie sous la zone des lignes de couleur. Dans un premier temps, le pull sera noir avec une manche et les épaules grises. Je rajoute par la suite les lignes colorées en intercalant les zones noires.
J’avance sur le visage par étapes successives. Pose de couleur et séchage. En alternance, j’en profite pour travailler le fond. À l’origine c’est une surface plane, sans aucun décor, à part un cadre vaguement esquissé. Des zones sombres devant le sujet représentent des fauteuils mais trop recadrés, ils deviennent totalementincompréhensibles. Devant le visage, la surface est bien vide et pauvre. Je peins un couloir, une porte entrouverte…ça ne colle pas car la composition est coupée en plusieurs parties. J’efface ! Je reviens à l’origine avec un grand cadre…pas extra non plus. J’efface à nouveau ! Je cherche et finalement j’opte pour une plante que j’agrandirai et réduirai plusieurs fois jusqu’à satisfaction.
Le fond change plusieurs fois de couleur par rapport à la couleur du visage…Les cheveux sont traités assez rapidement et sans problème particulier. L’expression du visage me donne quelques difficultés. Sur la couleur, sur le dessin, je reviendrai de nombreuses fois retoucher le léger sourire et l’œil malicieux.
Après plusieurs jours de travail le portrait me semble être au meilleur stade auquel je peux prétendre à ce moment là. Il est temps de poser les pinceaux.
Si j’en fais aujourd’hui la critique positive, je citerai sa composition en diagonale qui fonctionne bien, commençant par la main gauche et se prolonge avec le bras et le visage. L’expression est relativement bien rendue et les couleurs sont somme toutes assez agréables. Je suis plus réservé sur la facture que je trouve trop figée, pas assez en touches libérées. Bien que cette zone soit laissée volontairement non finalisée, il existe dans le dos du personnage et le fauteuil, une liaison couleur qui est mal gérée. Autant d’éléments qui démontrent qu’une peinture n’est jamais finie et que refaire un tour sur le sujet plusieurs jours voire plusieurs mois après, est toujours bénéfique car on y pose un regard neuf. Rien n’est jamais parfaitement absolu et tout est infiniment perfectible…
Lundi de modèle vivant un peu spécial dernièrement puisque toute la séance a été consacrée au mouvement. Le principe en est très simple puisqu’il s’agit de demander au modèle de se mouvoir en permanence. Les gestes de la vie quotidienne, du sport, du spectacle… vont inspirer Chantal dans sa gestuelle.
Sur des poses successives d’une durée de 1 à 5 minutes, l’après midi sera intensif de concentration. Cet exercice de rapidité dont la difficulté est de capter les éléments essentiels dans une figure en action, m’était déjà familier. C’est la base même du croquis réalisé sur le vif, tout comme je l’ai pratiqué sur les concerts de jazz, le flamenco ou tout simplement dans la rue. Les participants ont très certainement apprécié cette session particulière, en tout cas ils ne semblaient pas déçus.
Encre noire et pinceau sur papier aquarelle
Pour ma part, je trouve l’exercice plutôt ludique et amusant, à défaut d’avoir été très fructueux. Je pense que certains mouvements en grande harmonie avec la musique auraient pu profiter d’une halte afin d’en saisir toute la grâce. Je regrette aussi les belles lumières, les magnifiques modelés qui se sont développés sur le corps du modèle et qui n’ont été que fugaces. Ces croquis rapides et vivants ne nécessitent pas spécifiquement un modèle.
Encre noire et pinceau sur papier aquarelle
Cet entraînement à la prise de notes peut parfaitement se réaliser dans la vie quotidienne, au spectacle, sur un quai de gare ou dans un parc public. Sur la base des croquis réalisés sur le vif, j’ai tenté d’en reprendre à postériori quelques uns à la craie de couleur. Je ne pense pas avoir réussi ce pari. Un croquis possède sa force et son dynamisme propre. C’est l’ADN de la spontanéité. Essayer d’en reprendre les ingrédients, c’est tenter d’en percer le secret et ça, c’est une autre histoire.
Désormais organisé tous les deux ans, le salon Couleur et Forme 2019, a ouvert ses portes aux peintres et sculpteurs de Mesnil le Roi et de sa région. Comme toujours, beaucoup de monde pour le vernissage; les artistes exposant certes, mais aussi les amis, les invités des artistes, les personnalités de différents horizons. Irène Lussou ( Lien Irène Lussou) pour la sculptureet Hratch Demirdjian ( Lien Hratch Femirdjian) pour la peinture sont les artistes invités dont l’honneur sera de magnifier cette exposition locale. Il est demandé aux visiteurs de voter pour l’œuvre qui les séduira le plus. Je fais un premier tour sans remarquer véritablement ce qui mériterait mon approbation pour constituer le choix du public. Je délaisse les sempiternelles peintures abstraites qui envahissent les salons et qui paraissent sortir tout droitdes catalogues Ikéa ou Alinéa. J’ai bien du mal à trouver une réalisation avec suffisamment de personnalité qui suscite mon intérêt. Pas mal d’œuvres reflètent cet aspect encore très “amateur” par manque de maîtrise, ou d’émotion tout autant absente. Certaines peintures manquent de dessin, de qualité picturale ou d’originalité. Je refais un tour et je remarque deux paysages assez bien campés, à la facture très personnelle ainsi que deux peintures très enlevées et vivantes ou je sens la fluidité et la qualité de dessin de l’artiste. Finalement ce dernier emportera ma décision. Le discours du maire qui se félicite (d’année en année) de la qualité de l’expo et du nombre de participants, ne me convainc pas du tout. Si l’on ne peut mettre en doute et en cause la qualité des invités d’honneur, je trouve pour ma part l’exposition d’un niveau très faible. La moitié des œuvres exposées, ne méritent pas l’accrochage pour une expo qui se veut désormais bi-annuelle. J’ai trouvé ce salon profondément triste, sans originalité et surtout avec une absence totale de jeunesse. Je ne saurais pas définir avec précision quels ingrédients manquent à la réussite. Pas assez de communication pour attirer des talents jeunes et nouveaux, sélection pas assez rigoureuse, bienveillance consentie au plus grand nombre… ou tout simplement désintérêt de la forme diptyque ou triptyque imposés. Pour ma part, je n’ai rien préparé de spécial pour ce salon et je me suis interrogé longtemps sur ma participation. J’ai ressorti trois peintures de la série “les animaux et la mort” en jouant “la provocation” par rapport à ce qui se fait de “joli et de convenu ”. Je ne vendrai rien et ne recevrai pas le prix du public, mais là n’était pas l’objet de ma contribution. Et la question de ma participation dans deux ans à ce Salon Couleur et Forme reste très incertaine.