Algérie. Une mauvaise guerre

Raymond et Yvon Lebrun à Carteret (Manche)

Raymond Hamel et Yvon Le Brun à Carteret (Manche). Le 8 mai 2013

Je les ai rencontrés tous deux s’en allant tranquillement, leurs drapeaux sous le bras avec sans doute le sentiment d’un devoir de mémoire bien accompli.

Il y avait peu de monde pour cette commémoration du 8 mai 1944 à Carteret (Manche). C’est une évidence, presque plus personne ne se soucie de commémorer des événements qui s’éloignent de nos mémoires. Et puis, les anciens combattants, ceux de 14/18, ne vivent plus que dans les récits. Ceux de la dernière guerre sont de moins en moins nombreux et bientôt auront rejoint leurs camarades de combat. On parle toujours de 39/45 comme l’évidence de la dernière guerre. Mais n’aurait t’on pas la mémoire sélective ou mal formée pour oublier que la guerre d’Algérie fut une véritable guerre et que des milliers de soldats français sont morts sur une terre qu’ils n’avaient pas choisie.

Raymond Hamel et Yvon Le Brun, en ce jour du 8 mai 2013 représentent ces anciens combattants de la guerre d’Algérie. Qui étaient-ils ces discrets “soldats” d’une guerre qui eut du mal à dire son nom. Entre 1954 et 1962, près de 2 millions de jeunes soldats français se sont succédés en Algérie. De tous temps les politiques ont su mentir au peuple pour mener à bien leurs desseins. L’intervention en Algérie fut appelée “simple opération de maintien de l’ordre”. Il était question de réduire quelques rebelles menaçant la république française en Algérie. Et la population trompée crut longtemps cette fable. En quelque sorte, le contingent d’appelés et leurs familles imaginèrent vivre une “expérience touristique”. N’est-il pas habituel de dire que les voyages forment la jeunesse !

algerie_yvon le brun_01

Yvon Le Brun, jeune appelé en Algérie.

Cette jeunesse là, elle est revenue…ou pas ! Ces adolescents qui avaient 20 ans se sont révélés en hommes, mais en hommes morcelés, meurtris avec le sentiment d’avoir fait une guerre sans vraiment la comprendre. De retour en France, à la descente des trains, des bateaux, ils sont totalement dépaysés. L’accueil sur la terre patrie est bien indifférent, voire hostile. Ce n’est pas la fête tant attendue qui célèbre le retour des héros valeureux, ou des combattants d’une juste cause. Les appelés trouvent peu de soutien, peu d’écoute, comme si cette guerre de l’autre côté de la Méditerranée avait anesthésié peu à peu la population française. L’époque a changé, la France est entrée dans une nouvelle modernité. L’heure est à l’exubérance, à l’outrance. C’est l’heure des “yé-yé”, Claude François est une idole, outre manche les Beatles enregistrent leur premier disque. Personne ne veut plus rien avoir à faire avec cette “guerre” qui a divisé les Français. Alors, les appelés d’Algérie ont enfoui leur peur, leur sueur, leur fatigue, leur détresse au plus profond d’eux-mêmes. Leur parole s’est faite discrète, secrète même pour ne s’ouvrir qu’en de rares occasions.

L'album photo revoit le jour après des années de mise à l'écart.

L’album photo revoit le jour après des années de mise à l’écart.

C’est la femme d’Yvon Le Brun, Sabina, qui est allé cherché l’album photos là-haut, enfoui dans l’armoire de la chambre. Cet album à la couverture de cuir, c’est celui qui raconte en quelques pages toute la vie gâchée d’un adolescent parti à 19 ans contre son gré en Algérie. Il saisit l’album que lui tend Sabina.
— Ça fait longtemps que je ne l’ai pas vu celui-là ! Les 3/4 de mes photos, c’est ma sœur aînée qui les a. Quand j’écrivais, j’envoyais des photos. C’est elle qui les récupérait. J’avais envoyé des photos qui étaient assez “dures”. Elle n’a jamais voulu me les rendre. Elle ne veut même pas que je les regarde. Elle me dit “ça va te faire des misères !”.

L'ennui en poste au régiment. Yvon Le brun préfère assurer ses fonctions de radiotélégraphiste sue le terrain.

L’ennui en poste au régiment. Yvon Le brun préfère assurer ses fonctions de radiotélégraphiste sur le terrain.

Le regard s’attarde sur les premières photos dévoilées. En silence. Yvon prend son temps. Il plonge lentement dans un quotidien figé là en noir et blanc ou en sépia. Des toiles de tentes à perte de vue, des hommes en djellaba, du désert, des pierres, de la misère surtout. Le premier choc.
— Oh là là ! Je n’ai pas regardé ces photos au moins depuis 40 ans. Ça me fait tout drôle.

Dans l’album, sur les pages de gauche il ne reste plus que quelques traces de colle. Les photos ont disparu. Yvon ne sait plus ou elles sont.
— Ça, c’est Trézel. Il y avait un rassemblement. Un colonel  nous a annoncé “On vous maintient 3 mois de plus. Qu’est-ce que c’est que 3 mois dans la vie d’un homme !” Là, à l’annonce, il y a des mecs qui sont tombés dans les pommes. Faire 3 mois de plus, c’était augmenter le risque d’y passer. Moi, j’étais radio télégraphiste (morse). Quand il y avait un officier avec un radio à côté, c’est le radio qui dégustait. L’ennemi savait qu’un officier ou une compagnie ne pouvait plus rien faire sans le radio.

Sur le terrain avec les "potes.

Sur le terrain avec les “potes.

En tournant les pages, le papier cristal de protection se froisse, brise le silence. Les noms des copains peu à peu reviennent au regard des photos. Les souvenirs se font aussi plus précis. Il pose un doigt assuré sur certains visages. Hésite sur d’autres. Il me montre.
— Là, c’étaient des “potes”. Lui il a été blessé. Lui, c’était le marrant de la bande. Vous voyez, ce n’est pas du baratin ce que je vous raconte !

algerie_yvon le brun_08

Le colonel Bigeard comprend très vite l’intérêt de l’utilisation des hélicoptères (Vertol H-21C ou “bananes volantes”)

Yvon confirme de temps à autre l’authenticité de son récit, comme si ce dernier pouvait être mis en cause ou contrarié. Il y a un besoin de rendre palpable “l’indicible”.
— Au régiment, je me faisais “chier”. Pour moi, ce n’était pas ça. Il me fallait être sur le terrain malgré le danger. Lors d’une opération héliportée, un gars s’est fichu de moi parce que je me suis allongé à la porte de l’hélico. Pauvre gars. La différence c’est que moi je suis vivant et que lui est mort. Il a pris une balle. Plus vous êtes à plat, moins vous êtes une cible, surtout à une porte d’hélicoptère comme ça. L’hélico restait toujours à 2, 3 mètres du sol. Il fallait sauter. J’ai fait passer la “gégène” devant moi et j’ai plongé la tête la première. Ça m’a sauvé.

algerie_yvon le brun_05

Automitrailleuse légère Panhard.

L’homme parfois se redresse de la table en croisant les bras comme dans un geste de défense. Il semble retenir ses sentiments ou peut-être se protéger de lui-même. Peur de trop en dire, crainte de se laisser submerger par ses sentiments, par ses souvenirs. De temps en temps une larme se forme au coin de ses yeux. La souffrance intérieure est sans doute trop forte. Je ne veux pas trop insister. Je laisse à Yvon l’initiative du rythme de son récit.
— On allait vers une ville…je ne me souviens plus du nom de la ville. Nous étions dans le 4×4. Là, on était 3 radios, plus un homme de garde et le chauffeur, un normand que j’aimerai bien retrouver. Et, on se fait klaxonner par une jeep derrière nous qui avait visiblement une urgence. C’était un gradé. Notre chauffeur râle un peu, puis s’écarte pour le laisser passer. La jeep nous double à toute vitesse. 150 mètres plus loin…une boule de feu. Il a sauté sur une mine. Logiquement, c’était pour nous car on était en tête. Ça, ça fait réfléchir. La chance, le hasard, la destinée…Pourquoi lui au lieu de nous ? On en a parlé longtemps entre nous et dans la compagnie.

Sur les photos, je ne parviens pas à reconnaître Yvon. Je vois des jeunes hommes, unis, souriants, un bras posé sur l’épaule du copain, de l’ami en signe de fraternité. Il y a les visages de ceux qui sont morts, qui resteront à jamais imprimés autant dans la mémoire que sur le papier photo. Il me parle de la torture qu’il n’acceptait pas. Mais pour lui, c’était des actes pratiqués par des “équipes spéciales”. Il était rare que des appelés soient mêlés à ces exactions.
— Une fois, j’ai assisté à une scène de torture. J’ai fait halte là à tout ça. Je me suis présenté au garde à vous au capitaine et je lui ai dit que ça ne devait pas exister ça ! Mais enfin, dans le fond…après, ils faisaient ça ailleurs. Il ne fallait pas se plaindre, au 1er régiment on était “propre”. Il y avait une sorte de respect. C’est quand même un régiment qui a un sacré historique. Fondé en 1479 par Louis XI. “Praeteriti fides exemplum que futuri” (Fidélité au passé et exemple pour l’avenir). On devait aussi honorer notre devise.

Au moment du départ en opération, Yvon Le Brun agenouillé à droite sur la photo.

Au moment du départ en opération, Yvon Le Brun agenouillé à droite sur la photo.

Les moments de silence se font de plus en plus présents. Yvon me parle encore un peu de son retour en France, des regrets, du mal qu’il aura à vivre après avoir refermé l’album photos. Je comprends qu’il est temps de clore bientôt l’enregistrement.
— Le retour, s’est fait dans l’indifférence. Il fallait ménager les susceptibilités du peuple. Ma mère, elle, croyait que j’étais en vacances là-bas. La radio racontait ce qu’elle voulait. Que des mensonges. Les parents croyaient qu’on était en mission de maintien de l’ordre. Maintien de l’ordre, qu’est ce que ça veut dire. Pour éviter les manifestations. Mais, ce n’était pas du tout ça. C’est pour ça qu’on n’aime pas en parler. Là, j’ai l’estomac noué. Je suis quelqu’un d’assez calme. Mais ça, ça me travaille. Et si j’en parle, pendant 8 jours je ne vais pas dormir. Il y a trop de souvenirs qui reviennent et là, c’est pas bon. J’ai réussi à chasser ça. À ne pas en parler. Même à mes enfants quand ils voulaient savoir quelque chose…j’expliquais pourquoi je ne pouvais pas. Comme ça, ils comprenaient et n’insistaient pas trop. La guerre est un traumatisme que l’on ne peut pas comprendre quand on ne l’a pas vécue. Surtout ce genre de guerre, c’est dégueulasse, c’est pas beau.

La guerre d’Algérie aura tué plus de 30 000 soldats français – des milliers d’autres atteints de graves séquelles – 400 000 Algériens tués – 1 million 500 000 paysans déplacés.algerie_yvon lebrun_07

Yvon Le Brun, a été incorporé en 1956 (contingent 56/2C) à l’âge de 19 ans en Algérie pour une durée de 33 mois au 1er Régiment d’Infanterie . En 33 mois de guerre, il n’a obtenu que 12 jours de permission pour voir sa famille. Il était radiotélégraphiste (transmission radio des messages en morse). Aujourd’hui agé de 76 ans, c’est un membre de longue date de l’UNC (Union des Anciens Combattants). Chaque année, les anciens d’Algérie voient leur rangs diminuer. C’est une partie de notre mémoire collective qui disparaît.

Je remercie Yvon Le Brun pour avoir accepté de me livrer un peu de sa vie passée, malgré les souffrances que ma présence a dû raviver. Merci aussi à Sabina pour son accueil. Et un salut particulier à son très cher ami Raymond Hamel avec lequel il peut partager sans un mot sa jeunesse volée.

 

Vitrines

Il existe partout en France, dans cette France que l’on appelle “rurale” ou “provinciale” des petits magasins aux vitrines toutes plus belles ou plus sympathiques ou plus austères les unes que les autres. Parfois encore en activité, parfois à l’abandon, les vitrines nous racontent l’histoire de ces villages. Les vitrines que je vous propose ici, ne sont pas des vitrines rénovées, refaites au goût du jour pour satisfaire les touristes en mal de nostalgie. Non, ce sont des vraies. De celles qui vieillissent avec leurs propriétaires. Elles en ont tous les stigmates. Façades toutes de “guingois”, murs aux peintures fanées, enseignes repeintes maladroitement. Bref vous êtes dans l’authentique. Je le sais, la prochaine fois que je repasserai par là, certaines auront troqué les mots “droguerie ou modes” par “sushi ou kebab”.


Comme un dessin d’enfant

Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais j’ai toujours un sentiment partagé lors de la disparition ou de la rénovation des vieux quartiers dans une ville en pleine urbanisation.

Quelques maisons au pied des grandes tours.

Quelques maisons au pied des grandes tours.

La présence de quelques vieilles maisons nichées au pied de tours m’évoquent toujours ces batailles épiques que mènent certains petits résidents face aux grands promoteurs. Connaissez-vous le dessin animé “Là-haut”. Un petit pavillon de banlieue, cerné de toutes parts de tours en construction. Un grand-père bougon, solitaire et malheureux finit par s’envoler avec un enfant en accrochant sa maison à une multitude de ballons multicolores. Les histoires du “petit” contre “le géant”, de “l’ancien” contre “le moderne” font sans doute partie des conventions que l’on aime se raconter à tout âge. Ici, on sent le combat perdu d’avance. Inexorablement, les tours aux grands pieds avancent. Avec leurs façades de verre aux reflets gris acier, elles surplombent de leur superbe la misérable masure qui ose encore profiter de leur ombre. Demandez à un enfant de vous dessiner une maison. Il la dessinera comme l’une de celles-ci. Avec deux fenêtres, et une porte placée bien entre les deux fenêtres. Il tracera un toit à deux pentes en tuiles orange. Rien ne ressemble plus à un visage que le dessin d’une maison réalisé par un enfant. Les fenêtres sont des yeux, la porte est un nez et le toit forme la coiffure. Examinez la couleur des façades. Elles ont les teintes infinies et subtiles de la peau des hommes. Parfois blanches, parfois légèrement ambrées, ou jaunes, ou bien cuivrées, tachées, dépigmentées. Les fissures sont autant de rides concédées au temps. Autant de maisons, autant de personnalités.

On fait encore ses courses dasns les magasins du centre ville.

On fait encore ses courses dasns les magasins du centre ville.

Dans leur immuable stature, les tours toutes proches font bloc, masse, tant elles se ressemblent dans leur uniformité. Ces phallus géants, symboles de la puissance d’une société virile et surexcitée, rejettent dans les ruelles alentour les petits hommes, aux petites jambes, aux petits bras, aux petits moyens. Deux mondes cohabitent parfois sans se reconnaître. L’un ne baisse jamais les yeux, l’autre ne les lève plus vers le ciel.

Une récréation à la campagne

Il faisait bien frais ce matin à 8 heures.
Le temps idéal pour saisir quelques images au ras du sol.

Comme une toile d’araignée, la rosée recouvrait les prés, parsemant ses perles brillantes telles des diamants. Le soleil se levait à peine derrière les grands arbres. En quelques enjambées dans les hautes herbes, mes chaussures ont pris l’eau. “Encore des chaussures made in China !”. Ce qu’il y a de bien quand-même avec la macrophotographie, c’est qu’on peut “tournicoter” dans un petit périmètre et qu’il n’est pas nécessaire de faire des kilomètres pour trouver un sujet. Le problème est … qu’il faut sans cesse se coucher, se relever, s’accroupir, se relever, installer un plastique pour ne pas se mouiller entièrement, replier le plastique, le déplier un mètre plus loin, s’allonger à nouveau etc…bon, vous m’avez compris. Donc, je veux dire par là que c’est quand-même du sport. Même si on ne voit pas bien le résultat sur ma personne. Ne pensez pas que je cherchais un prétexte pour rentrer au chaud, mais au bout d’une heure de cette gymnastique, le soleil étant déjà haut, la lumière devenant sans intérêt pour mes images… j’ai rangé mon matériel. La suite est ci-dessous en cliquant sur les images.

Ateliers du Mesnil

Après le mois d’avril où l’on ne doit pas se découvrir d’un fil, voici le joli mois de mai durant lequel on peut faire ce qu’il nous plait.

Ouf il était temps ! C’est toujours au mois de mai aussi que fleurissent non seulement les petites fleurs qui n’en peuvent plus de retenue, mais également de nombreuses expositions de peinture en région. Je trouve dommage que ces événements artistiques se déroulant tous en même temps, nous empêchent d’être présents à plusieurs endroits à la fois. Ceux qui ont une production importante se sentiront à l’aise pour exposer ici et là et répartir au mieux le résultat de leur travail. Pour ma part, à l’occasion de la semaine artistique des “Ateliers de Mesnil Le Roi”, je me contenterai de présenter 3 aquarelles croquées sur le vif lors des séances de modèle vivant ainsi qu’une toile en technique mixte, réalisée à partir d’un croquis à l’encre.

Les Ateliers du Mesnil, du 25 mai au 2 juin 2013.
Du mardi au vendredi de 15h à 18h30.
Samedi et dimanche de 10h à 18h30 sans interruption.

Centre georges Brassens
(Salle d’exposition du bas).
100, rue Jules Rein
Mesnil Le Roi 78600.
Tel. : 01 34 93 49 15

Aquarelle 01

Aquarelle 01

Aquarelle 02

Aquarelle 02

Aquarelle 03

Aquarelle 03

Technique mixte

Technique mixte

Faux semblant

01_normandie
Un escalier mystérieux,
aux marches glissantes descendait vers la mer. Vers quelle destination et sur quels esquifs les voyageurs pouvaient-ils donc s’embarquer ! Les vagues dans une agitation obstinée, crachaient leur écume froide, attaquaient le béton avec une humeur noire. Un autre escalier se dressait raide vers le ciel. De grands murs gorgés de lichens humides encadraient cette allée qui s’ouvrait vers une hypothétique lumière. Au faîte de mon escalade, sur une terrasse en balcon, face à la mer, une femme observait l’horizon brouillé. Les flots étaient vides, d’une fade et désespérante couleur.

Derrière moi, un passage pavé débouchait sur un ensemble de ruelles bordées de maisons étranges. J’étais à la périphérie d’une ville fantôme, à la lisière du désenchantement. Des portes donnaient sur le vide. Des fenêtres obstruées d’un panneau peint, voulaient imiter un paradis fleuri. Des bâches noires semblables à des ailes de corneilles battaient mollement au gré du vent. Dans la boutique du poissonnier, sans doute perdu en mer depuis longtemps, les seuls poissons visibles ornaient désormais le tissu agraffé sur la vitrine. Tout tendait vers le mensonge.

Une façade entière avait été peinte sur une toile. L’imitation aurait pu m’abuser si une brusque rafale de vent n’avait subitement plissé le décor. Au détour des ruelles, des figures étranges, parfois cyniques  émergeaient, semblaient me dire “va-t’en d’ici ! Dégage !”. Des signes hermétiques avaient été tracés sur le sol. Par peur d’un maléfice, j’évitais de marcher dessus.

Du monde m’apparut enfin. Ces gens là, ne semblaient pas me voir, ils se déplaçaient rapidement, en bande bruyante. Certains, sans doute par mauvaise conscience se cachaient derrière un masque. Je ne comprenais rien à leur voix déformée. Abruti par tout ce que je découvrais ici, je me réfugiais dans un édifice tout proche. Des coffres, surmontés de hauts reliefs costumés de façon excentrique, gisaient là, posés dans chaque alcôve. Le regard tourné vers la lumière, les êtres de pierre, semblaient dormir d’un sommeil réparateur. Je songeais à un long voyage dans l’au-delà. Les petits faits répétés du quotidien, sans que l’on s’en rende compte, inscrivent aussi leur histoire dans celle des hommes. Un mur devant moi contenait les signes de cette évidence. Hasard ou message codé, un cercle dessinait assez précisément un système planétaire inconnu. En creux, apparaissaient, “c’était certain”, des planètes, une autre terre, un autre soleil, une autre lumière… ailleurs !

Sur une petite table cachée dans l’ombre, dans un cahier d’écolier, des inconnus avaient laissé des messages. Je lus quelques phrases tracées parfois d’une main tremblante. Elles  s’adressaient toutes à un être que je ne connaissais pas. Il y avait de l’espoir dans chaque ligne, et parfois aussi un peu de malheur traversait le papier. Je refermais la porte doucement en sortant pour ne pas déranger le silence. Le soleil s’était levé. Une allée devant moi se dirigeait vers un joli parc. Je m’y engageais discrètement en faisant crisser le gravier blanc.

Atelier en panne

Bon je sais, vous allez vous dire “tiens le revoilà”.
Ça faisait longtemps ! Et oui, ça faisait un petit bout de temps que ma souris se morfondait dans son coin, sans un petit bout de texte à grignoter. Quelques vacances, une lombalgie, aussi un peu de fainéantise avouée et un printemps qui tardait à venir ne m’ont pas incité à mettre à jour ce blog.

Mauvaise nouvelle pour l’atelier de “nus” du samedi. Notre dynamique intervenante, pour des raisons personnelles quitte la région Parisienne et s’installe désormais dans le Morbihan. Nous perdons une animatrice et du même coup, les séances de “croquis” vont disparaître. Le groupe sympathique que nous formions va se dissoudre. Hélas !

Pour cette avant dernière séance, comme à l’habitude, nous avons tout d’abord travaillé en croquis très rapides de 1 ou 2 minutes. Faute de modèle nu, nous avons posé chacun notre tour… Bien fait pour nous ! Nous avons pu ressentir combien poser sans bouger quelques minutes peut-être pénible, tant nous sommes habitués dans notre quotidien à remuer sans nous en rendre compte.

Les 3 planches de croquis qui suivent, sont réalisées dans l’odre chronologique de l’échauffement de l’œil. On peut voir que le couple œil/main s’améliore, devient plus précis. Pour des poses de même durée, le croquis est plus détaillé, plus présent. Fonctionnant comme un appareil photo, l’œil capte l’essentiel du modèle, et la main accélère pour retranscrire le maximum de signes dans un instant donné.01_elysabeth_03_13 02_elysabeth_03_1303_elysabeth_03_13

Pour finir la séance, nous nous sommes adonnés au “portrait” rapide de 10 à 15 minutes. L’essentiel étant non pas d’obtenir des “figures” ressemblantes, mais de saisir l’expression principale, les traits essentiels qui peuvent caractériser chaque personne. Anne, Nathalie et Nathalie se sont prêtées au jeu de la pose. Merci à elles.06_portrait_03_1305_portrait_03_13 04_portrait_03_13

Banlieue

On est souvent d’une banlieue avant dêtre d’un pays ou d’une région. Quelle que soit son implantation, une banlieue offre tout au long de la journée des visages assez similaires à la banlieue voisine. D’un point à un autre, on traverse ainsi différentes banlieues, parfois sans s’en rendre compte.
banlieue-01

banlieue-02

banlieue-03

banlieue-04

banlieue-05

banlieue-06

banlieue-07

banlieue-08

banlieue-09

banlieue-10

banlieue-11

banlieue-12

banlieue-13

banlieue-14

banlieue-15

banlieue-16

banlieue-17

banlieue-18

Un dimanche ordinaire

ssj-tele-01
Mon voisin d’immeuble a éclairé son bureau. Sans doute jette t’il un dernier coup d’œil au dossier qu’il présentera demain lundi en réunion. J’ai toujours le sentient que ce bâtiment au regard borgne me surveille dès que la nuit tombe.
ssj-tele-02
Laurent Delahousse en ce dimanche soir, a mis de côté les plus mauvaises nouvelles, elles seront pour plus tard. Il n’est pas question de gâcher la fin de week-end d’une bonne partie de la France.
ssj-tele-03
Pourtant, bien loin de là, en Afrique du Sud un drame terrible vient de se dérouler. Le Maroc, éliminé de la Coupe d’Afrique des Nations de football sombre dans l’apathie. Avec les Lions de l’Atlas, c’est toute une nation qui a le cœur brisé.
ssj-tele-04
Les enfants et petits enfants ont passé un bon moment à la maison. La journée a été bruyante et mouvementée. Ce soir, un calme reposant a envahi l’appartement. Sur son canapé, ma femme s’endort lentement, en boule comme un chat.
ssj-tele-05
Personne ne s’est occupé de la vaisselle. Quand même, ils auraient pu laver les quelques tasses et assiettes qui traînaient. Ces jeunes, jamais pressés d’arriver, toujours pressés de partir. Ça attendra donc demain.
ssj-tele-06
Mon infortune sera totale ce soir. Je me contenterai d’un plateau repas, fait d’un bol de soupe et de trois ou quatre tranches de saucisson. Delahousse…à la tienne mon ami, pour peu que tu veuilles bien partager avec moi un verre d’eau bien fraîche.