Dépouilles

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Une amie m’a demandé récemment ce qui m’avait amené à peindre des dépouilles d’animaux. Mon premier réflexe a été de penser « tiens, quelle drôle de question ? » comme si cette série allait de soi pour tout le monde et que le sujet ne susciterait aucune réflexion particulière.
Bien embarrassé dans un premier temps pour satisfaire en quelques mots sa curiosité, je me suis plongé plus intensément sur mon premier ressenti pour en rechercher une « justification intelligible ». Et finalement le questionnement bien innocent de cette amie me donne l’occasion de m’en expliquer.

Il est vrai que le choix d’un sujet, qui produira dans le temps une image sur un support, ne nait jamais du vide, ni de l’absence de toute matière, qu’elle soit visuelle, intellectuelle, sensible, liée à n’importe lequel de nos sens. La peinture est souvent le « réaménagement » de formes, de couleurs, de sensations dans un certain ordre pour donner une lecture de son propre monde intérieur. Et l’exposition du résultat pour une lecture publique est somme toute une contribution à la philanthropie. Cette participation même modeste n’est pas à désavouer pour autant.

Je me suis toujours interrogé (au cours de mes nombreuses promenades, en forêt ou en campagne), du peu de cadavres ou de traces que les animaux laissent lorsqu’ils meurent. Bien sûr, chacun aura un jour sur un chemin aperçu une touffe de plumes éparses, arrachées à un pigeon par quelque buse vorace. Mais que deviennent les renards, les sangliers, les chevreuils et autres cerfs en fin de vie. Des milliers de bêtes meurent chaque jour autour de nos cités. Les animaux se cachent t’ils pour mourir ? Cerfs, chevreuils sont nombreux dans nos régions. Ces mammifères perdent leurs bois chaque année. Combien de ramures, de bois pouvez-vous vous étonner d’avoir trouvés ? Et ne me dites pas que les prédateurs sont suffisamment nombreux pour éliminer toutes les charognes. La rareté cadavérique sur le terrain est en même temps une découverte émotionnelle et un questionnement immédiat sur les raisons de la mort de l’animal en présence. 


Ces dépouilles ont été découvertes pour la plupart sur des chemins, en bordure de cultures. Empoisonnement, blessures et abandons par un chasseur…Des pierres ont été projetées avec force sur le lapin de garenne comme si sa mort n’était pas suffisante. Quel plaisir peut ressentir celui qui s’acharne ainsi sur un animal mort. Contrairement à la chasse à courre (où l’animal est poussé à bout, poursuivi par une meute de chiens forcenés), le cerf ci-après, a été abattu d’une balle et sa mort a été presque instantanée. Quelle que soit la cause du décès, le passage de la vie à trépas d’un animal provoque en moi un grand vide, un regret suivi d’une grande tristesse. En me penchant sur mes documents, en les travaillant sous forme de peintures, j’ai le sentiment de redonner vie à des êtres dont notre société ignore ou méprise souvent l’existence. C’est aussi une manière d’évacuer une culpabilité, de responsabilité envers ces animaux, et de tenter par l’image une approche empathique avec eux. 

Le mystère de la mort est une des composantes de la vie et nous ne pouvons pas oublier que l’homme des premiers âges continue pour une bonne part de survivre en nous. Les peintures rupestres sont elles l’expression d’un simple plaisir pour l’art ? Les premiers hommes, en représentant les animaux, leur chasse, leur mort n’ont t’ils pas tenté d’entrer en contact par une activité chamanique, avec cette vie animale qui accompagnait leur quotidien ? Ont-ils essayé par les signes et la couleur de symboliser la réussite de la chasse et la supériorité de l’homme sur l’animal et invoqué des dieux pour les protéger de la blessure. En procédant à des rites, qu’ils soient religieux, païens, en adoptant certaines croyances ou pensées dans notre quotidien, en idolâtrant certains êtres, ne sommes nous pas à la limite de l’homme anxieux face à cette inconnue qu’est la mort ?

Il existe des artistes qui vouent leur talent à représenter les animaux vivants. On les définit comme « peintres animaliers ». Titre honorable qui sanctifie la vie. Lorsque des artistes consacrent une part de leurs réalisations à l’univers de la « camarde », on a vite fait de les qualifier d’artistes « maudits ou « de morbides ». La représentation picturale de cadavres humains ou d’animaux les place dans une sphère particulièrement critique. Pourtant, depuis les antiques, la « vanité » constituent une représentation allégorique de la mort humaine et la nature morte n’en est que sa petite jumelle.

Le cadavre humain a longtemps servi de modèle aux plus grands peintres. Il faut mentionner la leçon d’anatomie de Rembrandt, les écorchés de Léonard de Vinci, les études de membres de Géricault pour le radeau de la Méduse, le toréro encorné d’Édouard Manet, les quartiers de viande de Soutine…L’histoire de l’art rapporte une grande abondance d’œuvres représentant gibier, poissons et autres bestioles exotiques apathiques. Et nombreux sont les artistes qui se sont essayés à ce genre depuis des siècles. On peut citer Chardin, encore Géricault, Goya etc…

Ces natures mortes en atelier sont dans leur grande majorité « arrangées », c’est à dire composées. Chaque sujet, chaque objet est placé avec minutie dans une mise en scène très étudiée selon des règles de composition et en organisant le jeu de l’ombre et de la lumière. L’aspect accidentel, fortuit n’existe pas. 

En travaillant à partir de mes photos prises sur le vif, selon les conditions atmosphériques rencontrées, la mise en scène est inexistante. La prise de vue est un document « brut, neutre, sans effet et sans affect » à partir duquel j’essaie d’apporter une esthétique picturale. En ce sens, ma démarche s’éloigne de la nature morte exécutée en atelier avec le sujet réel comme objet d’observation.

Dans notre société occidentale, la mort est occultée d’une manière consensuelle. Elle devient un phénomène de rejet car son image choque, dérange. Plus personne ne visite les cimetières. Et les cortèges accompagnant le défunt jusqu’à sa tombe se font désormais dans une rapide course en voiture. Pourtant par un jeu subtil de miroirs, la mort inonde paradoxalement les écrans, les films, les jeux vidéos. Ces images pour la plupart vécues comme des fictions n’apparaissent plus que comme des artefacts de la réalité. L’image d’un cadavre d’animal émergeant au milieu d’allégories de la bienséance choque. Ça serait un bienfait s’il éveillait quelques consciences et questionnements.

À l’heure où, à chaque minute notre « humanité » voit (ou fait) disparaître son environnement écologique, où les espèces animales sont malmenées alors qu’elles font partie intégrante de notre « généalogie », mon propos tant visuel que littéraire, n’est pas de faire l’apologie de la mort ni celle d’un plaisir morbide. La mort n’est ni souhaitable, ni enviable et en aucun cas elle ne peut être belle. Elle « EST ». Elle possède une esthétique qui me touche par sa simplicité, son silence et la réflexion qu’elle génère intérieurement.
Traduire par la ligne, la couleur, sans emphase, sans excès, mais dans toute sa force la mort de ces bêtes est le challenge que je m’étais fixé, car il fallait au delà de l’image que je leur accorde une dernière célébration. 
Et votre regard face à ces images, loin de toute indifférence, qu’il soit attristé, choqué ou mal à l’aise est une belle contribution à la vie.

 

 

Monotype (essais)

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Il n’y a pas longtemps de cela, une amie m’annonçait qu’elle s’investissait désormais dans la gravure. Cela m’avait déjà maintes fois tenté, mais faute de place, de connaissances techniques et ne voulant pas trop me disperser, j’avais relégué cette idée au fin fond de mon esprit. En parcourant internet, à travers les réalisations d’artistes divers, j’ai découvert le monotype et je me suis étonné de constater combien cette technique était un véritable moyen d’expression permettant de développer une écriture très personnelle malgré son « apparente » facilité.
Le monotype est une impression unique. On obtient une « image » par la pression d’une feuille de papier sur un support préalablement encré. Cette technique requiert un matériel très simple et peu onéreux. Le support peut être constitué d’une plaque de verre, de plexiglas, de métal (cuivre, zinc…) tout support rigide pouvant recevoir un médium ne séchant pas trop vite (couleur à l’huile, pastel gras etc…) L’idéal demeurant bien entendu l’encre utilisée en imprimerie. Ces encres très grasses, collantes sont restées longtemps réservées aux ateliers de gravure ou de typographie. Leur nettoyage aux solvants présentait un gros inconvénient pour les amateurs. Il existe aujourd’hui des gammes d’encres qui se nettoient à l’eau et présentent une alternative aux produits traditionnels (Aqua Wash, Akua…). J’ai opté pour l’encre taille douce Aqua Wash de Charbonnel, noir RSR (lavable sans solvant) et d’une huile de la même marque pour fluidifier l’encre. Un petit rouleau, quelques vieux pinceaux et 3 ou 4 cotons tiges sont venus compléter le petit matériel de base. Rien de ruineux pour faire quelques essais. Sans oublier bien sûr le papier dans le matériel indispensable.
Je ne décrirai pas les différentes possibilités techniques du monotype. Il existe sur internet de nombreux tutoriels et conseils parfaitement explicites. Pour ma part je m’en suis tenu à peindre sur le support à l’aide pinceaux (ne pas hésiter à y mettre les doigts) comme on le ferait pour une peinture ou bien d’encrer l’ensemble du support puis de jouer avec des retraits d’encre…Avec un pinceau humidifié il est possible d’enlever complètement l’encre. En fin de travail, la plaque se nettoie très facilement d’un coup d’éponge avec de l’eau (avantage de l’Aqua Wash).
Mes exemples présentés ici ne sont que des essais afin de mieux comprendre les possibilités et limites de cette technique.
Sous cette apparente simplicité qui permet de produire tout de suite un monotype original, tant le rendu peut être surprenant, se cache une réelle difficulté. Celle à un moment donné de maîtriser au mieux le rendu souhaité. Certains accepteront un rendu très aléatoire et d’autres aimeront (passé le plaisir de la découverte) aller plus loin dans la démarche en restant maître du processus. Je dois reconnaître que je fais partie de la seconde catégorie. De ceux qui souhaitent réduire la chance ou le hasard afin de produire une image plus proche de leurs espérances. Au jour d’aujourd’hui, je n’y suis pas parvenu !
J’ai constaté que tout va bien tant que l’on ne joue pas trop avec les subtilités. Un support bien empâté, avec de forts contrastes réalisés par l’épaisseur de l’encre est parfaitement reproductible d’une simple pression des paumes ou le passage d’un rouleau. Il en va tout autrement dès que l’encrage devient plus léger afin de réaliser des valeurs intermédiaires. Au-delà d’une certaine limite d’encrage, il n’y a plus de report sur le papier.
Je pense que la qualité du papier, son humidification et surtout la pression exercée sur le papier sont des composantes qui doivent être parfaitement étudiées. Une pression à la main, au rouleau, ou encore à la cuillère sur un papier au moindre grain, avec une légère trame, produit une image fantômatique. Un papier aquarelle « grain torchon ou fin » ne retient l’encre que sur la partie haute du grain, l’encre ne se déposant pas dans les creux de celui-ci. Les subtilités, les valeurs de gris n’apparaissent pas et le résultat devient particulièrement pauvre. Un bon papier comme un vélin et une petite presse semblent incontournables si l’on souhaite un rendu qui respecte au mieux son original sur plaque.

Vous pourriez penser à travers mes tentatives que le monotype est après tout une technique rudimentaire. Trop rudimentaire et aléatoire pour espérer vous séduire. Pour vous convaincre du contraire, je vous invite à découvrir la galerie ci-dessous que je consacre à quelques réalisations de François Dupuis. C’est le résultat d’une maîtrise technique mise au service d’une grande sensibilité. Autres que les monotypes, je vous encourage aussi à découvrir ses gravures, dessins, peintures et sculptures. L’homme est fécond et talentueux.

Monotypes, gravures : François Dupuis blog.
Page FaceBook : François Dupuis dessins, peintures, gravures, sculptures.

 

Les jours d’hier

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Il n’y a pas longtemps, j’ai ressorti les vieilles photos familiales que nous avons tous pour la plupart d’entre nous, reléguées au fond d’une armoire, dans un tiroir de la commode ou, pour les plus misanthropes dans une malle poussiéreuse au grenier. Je sais que la traditionnelle boîte à chaussures, n’est plus trop d’actualité et que l’album photo l’a remplacé avantageusement. Il y a toujours des sentiments mêlés à la consultation de ces clichés parfois encore très proches de nous qui nous rappellent combien nous avons vécu de moments merveilleux en compagnie d’êtres délicieux. Mais oui, la photo familiale n’est là que pour saisir les bons moments, les fêtes, les anniversaires, les naissances. On ne sort pas l’appareil photo pour les heures sombres. À quoi cela servirait-il de graver sur la pellicule les fatidiques malheurs, qui de toute façon vont nous laisser une trace indélébile au fond du cœur. Feuilleter ces portraits saisis pour la plupart dans le bouillonnement du quotidien, permet de faire revivre en nous dans une dimension sensible des êtres perdus, éloignés, séparés, disparus.
J’ai déjà remarqué que nous n’avons pas une attention suffisamment concentrée sur les images. L’œil ne voit souvent que le sujet principal, occultant ici et là un certain nombre de détails. De très nombreux signes nous échappent, nous rendant certaines corrélations hermétiques. J’avais envie de pénétrer plus avant dans ces images familiales. Au delà du simple regard, je souhaitais passer plus de temps en compagnie de ces photos. Il me fallait partager un moment de ma vie en leur compagnie pour rattraper un temps passé trop vite défilé. M’imprégner de l’image en la dessinant allait me permettre de faire revivre quelques instants la présence familiale et de croire qu’une communion, au delà de l’absence, pouvait encore exister.
Pénétrer dans les détails (qui sont la nourriture de la vie quotidienne) me feraient découvrir comme un archéologue les substrats enfouis dans les zones trop charbonneuses de la photo.
Les dessins ont été réalisés directement, sans repentir, d’un seule traite, c’est ainsi qu’ils présentent pour certains des imperfections. Mais ils expriment avant tout une certaine spontanéité au détriment d’une grande justesse. Réunis dans un seul et même petit carnet, ils reforment à eux seuls une sorte d’album de souvenirs qui s’étoffera au fil du temps.

 

Après l’été

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Les vacances d’été, ont vu l’atelier de modèle vivant fermer ses portes autour d’un repas bien convivial. La rentrée de septembre tant attendue après 3 mois de diète, s’est déroulée très mollement. L’atelier doit supporter une perte de quelques adhérents ce qui, pour une petite association qui ne fonctionne que sur la participation de ses membres, représente un danger majeur pour sa survie.
Trop peu de membres, trop peu de cotisations et l’équilibre déjà précaire de notre petite communauté est mis à mal.
L’avenir est imprévisible et rien n’est inéluctable. Il est encore possible de retrouver à terme un effectif nécessaire et suffisant pour continuer notre activité.
Une année de travail et d’espoir s’ouvre devant nous alors que, déjà de nouveaux croquis viennent compléter, bousculer ma précédente publication.

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Diverses peinture d’hiver

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Morbihan, côte sauvage de Quiberon (huile sur toile 60×80 cm)

Il était temps de mettre à jour ce blog.
De moins en moins de photos, de plus en plus de peintures. La photo est moins présente du fait que mon activité peinture me prend beaucoup de temps et que cette dernière devient pour moi plus excitante en “vie”, plus motivante en apprentissage, ouverte sur un nouvel univers et de nouveaux contacts. Cette passion qui n’est pas née d’hier, répond harmonieusement à une perception plus lente, plus introspective de la nature qui m’entoure. La photo n’en est pas abandonnée pour autant, mais joue un autre rôle et bien souvent se limite à quelques séries faites en “coup de cœur” ou plus banalement à une image saisie à l’improviste comme document.
Les peintures présentes dans cette galerie, ont été réalisées pour la plupart au mois de janvier 2017 dans le Vaucluse.

Gerberoy l’authentique

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gerberoy-01

 

Il faisait bien froid ce matin là et le ciel encore couleur d’acier pesait glacialement sur Gerberoy. J’empoignai mon appareil photo, en songeant combien ce petit village du pays de Bray m’était apparu chaleureux au printemps, avec ses ruelles gorgées de fleurs qui s’accordaient si bien avec les vieilles maisons d’inspiration normande. Convaincu que la matinée allait être rude, j’enfilai trois polaires les unes sur les autres et mon vieux bonnet vint recouvrir mon crâne déjà partiellement figé.

Gerberoy est un magnifique petit village tout proche de Beauvais et à quatre-vingt kilomètres au nord ouest de Paris. Une rue principale, traversant le village, dessert des ruelles pavées, bordées de vieilles maisons de bois et de torchis, qui semblent ne pas avoir changé depuis le 17 ème siècle. Il faut dire que la petite cité, qui conserve quelques vestiges de remparts, a vécu maints tourments historiques dont ceux de la guerre de cent ans. Tout est silence ce matin. Pas de cris d’enfants joyeux à l’heure de l’école. Beaucoup de maisons aux volets fermés semblent endormies pour l’hiver. C’est aussi l’un des plus petits villages de France avec moins de cent habitants, une démographie en baisse et une population relativement âgée. Pourtant, la place connaît bien des temps forts grâce à de nombreuses animations. C’est un peu comme un cœur qui vit au rythme de ses battements. Temps forts et temps de repos. Bien des manifestations, bien des animations sont programmés toute l’année.
le-sidaner-01L’événement le plus important qui attire sans doute le plus de monde est la Fête des Roses. Une fois par an, (le troisième week-end de juin), Gerberoy fête son emblème. La journée est dédiée à la rose et chacun peut déambuler dans les ruelles comme dans un immense jardin embaumé. Roses et hortensias s’étalent à foison et exhalent leur subtil parfum pour le plus grand plaisir visuel et olfactif des amateurs. Et c’est bien grâce à un peintre que cette tradition perdure depuis  1928. À l’instar d’un certain Claude Monet, Henri Le Sidaner cherche une maison à la campagne pour y produire une peinture toute intimiste. Il se fixe à Gerberoy dans l’ancienne maison des religieuses. Il transforme le verger en jardin qu’il ne cessera d’agrémenter, construit sont atelier d’artiste, crée une roseraie…et s’implique au plus près dans la vie des villageois, les incitant à planter fleurs et arbres, allant jusqu’à les conseiller pour les couleurs des façades de leurs maisons. Il crée en 1909 la société des amis de Gerberoy qui devient l’une des premières associations de sauvegarde du patrimoine en France. Cet embellissement du village est un héritage qui se perpétue encore aujourd’hui.
le-sidaner-04Pour l’heure, le village aux ruelles glacées et venteuses est désert. Je passerai deux heures solitaire, déambulant  parmi les rosiers transis et les hortensias fanés. Village endormi, village figé, je voulais des images absentes de toute vie, de tout signe de vie moderne. J’ai bien entraperçu ici ou là quelque antenne de télévision, et aussi quelque engin à quatre roues…mais j’ai pu pendant quelque temps m’imaginer avoir fait un retour vers le passé. En quittant Gerberoy et son silence, la vie m’apparut sous la forme d’un petit troupeau de moutons qui vint vers moi et après quelques familiarités, chacun s’en fût de son côté du grillage.

Pour en savoir plus :

Musée Mendjiski

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Par dépit, faute de pouvoir visiter “Rembrandt Intime” au musée Jacquemart-André (vu le monde, l’intimité n’était pas au rendez-vous), et après avoir cherché une exposition ouverte et facilement accessible un lundi, je me suis rendu compte combien tous ces établissements avaient réussi à compliquer la vie des visiteurs. Vous n’avez pas remarqué ! Ils se sont tous donné le mot pour brouiller leurs jours d’ouverture. Certains musées sont fermé le lundi, d’autres le mardi, d’autres le jeudi. D’autres, plus rarement, sont ouvert tous les jours. Et puis, il faut désormais prendre rendez-vous, pour visiter son expo. Tel jour et à telle heure ! Prendre son billet à l’avance, son ticket de passage pour faire la queue comme pour acheter un bifteck au rayon viande…chez Leclerc. mendjiski-01

À force de chercher et un peu désespéré, je me suis tourné vers le petit musée Mendjiski, que je ne connaissais même pas de nom (ouvert en 2014 seulement). Le musée des Écoles de Paris. Le terme “École” désigne l’ensemble des artistes étrangers arrivés au début du XXe siècle dans la capitale, à la recherche de débouchés artistiques. De 1900 au début de la Première Guerre Mondiale, un afflux d’artistes arrive à Paris provenant souvent d’Europe centrale. La première école regroupe les artistes de 1912 à 1939. La deuxième école de Paris débute en 1945 jusqu’en 1960. C’est d’avantage un regroupement géographique que stylistique dont font partie, pour les plus connus, Pierre Alechinsky, Camille Bryen, Bernard Buffet, François Desnoyer, Jean Fautrier ou Simon Hantaï. 
L’exposition en cours s’intitule “Les insoumis de l’art moderne, Paris les années 50”. Les insoumis, ce sont des jeunes peintres épris d’humanité, qui se sont battus tout comme Francis Bacon, Balthus, Lucian Freud, Edward Hopper ou Giorgio Morandi pour imposer une figuration que la modernité voulait à jamais dissoudre. Je vous avouerai que l’événement n’est pas majeur et la douzaine d’artistes présentés ne représentait pas grand chose pour moi (à part Paul Rebeyrolle et l’éternel Bernard Buffet dont l’œuvre me laisse totalement indifférent). Par contre, j’ai adoré le musée qui était à l’origine l’atelier de Louis Barillet un grand maître verrier. C’est l’architecte Robert Mallet-Stevens qui a édifié le bâtiment en 1932. L’atelier transformé aujourd’hui en musée, offre quatre niveaux d’exposition. La pièce la plus impressionnante se situe au quatrième niveau. Elle est inondée de lumière par une grande verrière et possède une superbe mezzanine. Une architecture qui voulait aussi proclamer à l’époque la réussite sociale de son propriétaire. La maison se situe au fond d’une impasse privée et arborée dont il ne faut pas rater l’entrée tant le cadre est intimiste.
Si vous n’êtes pas féru d’art des années cinquante, ne vous précipitez pas pour l’expo en cours (jusqu’au 31 décembre 2016)…allez-y pour le bâtiment, pour changer d’univers dans un tout petit coin du 15ème arrondissement. Allez-y enfin pour comprendre ce qu’est un atelier de rêve…sans doute inaccessible et irréalisable aujourd’hui à Paris.

Musée Mendjiski
15 square de Vergennes – Paris 15ème
(Entrée sous le porche à hauteur du 279 rue de Vaugirard)

Trait-portrait.

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L’automne est là, bien installé maintenant et il sera difficile d’arrêter sa progression vers l’hiver qui, il paraît devrait être rigoureux. Même si quelques belles journées fleurissent encore par-ci par là, je ne suis pas dupe, nous allons vers des journées grises, sans lumière. Tout ça n’est pas pour m’inciter à sortir peindre dans le froid ou l’humidité. Et pourtant, il y a de belles choses à faire sur le vif. J’attendrai que le courage me revienne.

Pour l’heure, je fais une petite mise à jour comme toujours en parallèle de Facebook. Pas de paysages, ni d’inspirations maritimes cette fois-ci. Je ne pensais pas me lancer avec autant de plaisir dans les portraits. Une certaine appréhension face à la difficulté que représente la figure humaine et pire encore, celle de la ressemblance surtout avec les enfants, m’a longtemps fait hésiter à me lancer. Quelques rencontres, quelques échanges avec des amis peintres, m’ont encouragé à mettre mon appréhension de côté. Mais, comme la chose n’est jamais gagnée, il y a encore un grand écart entre ce que je vois et ce dont je suis capable de réaliser. Il me reste comme toujours, de sérieux progrès à faire.

John Singer Sargent - Autoportrait 1906

John Singer Sargent – Autoportrait 1906

John Singer Sargent, était un peintre américain qui excellait dans les portraits, il disait avec une pointe d’humour :
“Chaque fois que je peins un portrait,
je perds un ami.”

 

 

 

 

 

 

Mesnil, motif du jour

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Les cultures maraîchères inondées par la Seine, forment un magnifique lac.

Comme chaque année, la municipalité organisait une journée peinture en plein air “dans et autour” de la ville. Le temps était bien gris en ce dimanche 5 juin, et le lointain noyé dans une brume bleutée ne se découvrit que tard en début de soirée.
Les inondations écoulaient tranquillement leurs eaux boueuses et on pouvait se poser la question de la réussite de cette manifestation artistique. Les peintres ne sont pas venus en grand nombre, mais nous étions un petit groupe très motivé et finalement, c’était le principal pour passer une bonne journée conviviale…en plein air. Le matin nous fûmes accueillis de façon chaleureuse par l’équipe organisatrice, toute à nos petits soins. Un vrai petit déjeuner avec café, jus de fruits, croissants et plus qu’il n’en fallait nous attendait. Finalement, après cette bonne réception nous avons oublié la météo maussade et nous étions prêts à nous éparpiller dans la nature pour travailler un peu.

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Les jardins de Mesnil Le Roi inondés.

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Le petit chemin des Sablons au-dessus des cultures.

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L’église Saint Vincent et le cœur du village depuis la terrasse.

Midi, en bonne compagnie certains se sont regroupés pour partager un sandwich “ramolli” sorti du sac. Un déjeuner frugal, vite avalé. Juste le temps de quelques échanges, histoire de se connaître un peu plus et vite de nouveau sur le motif. À 17 heures, retour au point d’accueil et présentation des œuvres. Pour ma part, avec trois réalisations, j’aurai passé pas moins de sept heures debout à peindre non stop. La fatigue est bien présente et il me tarde de rentrer. Un cocktail de fin de journée nous attend en compagnie du maire Serge Caseris qui après le vote d’un jury, acquerra ma peinture pour l’hôtel de ville de Mesnil Le Roi. See you next time !

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Salle Georges Brassens, on ne rigole plus.

Danielle et André en académie

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Danielle et André, mes deux gentils élèves sur le motif.

Danielle et André, mes deux » gentils et studieux » élèves sur le motif.

Le mois dernier, j’avais décidé de donner quelques conseils de dessin et de peinture à deux amis “artistes” amateurs. Je mets le mot artistes entre parenthèses, car je sais déjà que leur modestie va s’insurger contre mon qualificatif. Le plus drôle est de voir ce qu’en dit ce bon vieux Larousse :
— Personne qui exerce professionnellement un des beaux-arts ou, à un niveau supérieur à celui de l’artisanat, un des arts appliqués.
— Personne dont le mode de vie s’écarte délibérément de celui de la bourgeoisie ; non-conformiste, marginal.
— Personne qui a le sens de la beauté et est capable de créer une œuvre d’art : une sensibilité d’artiste.
— Personne qui fait quelque chose avec beaucoup d’habileté, selon les règles de l’art : travail d’artiste.
Mais, je garde sous le coude la dernière définition qui me plaît beaucoup :
— Artiste, bon à rien, fantaisiste.

Les œuvres de Danielle.

Parc de Kéravéon à Erdeven (Morbihan) par Danielle.

En chemin vers l’abstraction, parc de Kéravéon à Erdeven (Morbihan) par Danielle.

Marée basse à l'anse du Pô à Carnac par Danielle.

Très synthétique, marée basse à l’anse du Pô à Carnac (Morbihan) par Danielle.

Portrait esquissé à l'essence et huile par Danielle.

Portrait esquissé à l’essence et huile par Danielle.

Portrait presque monochrome à l'huile par Danielle.

Portrait presque monochrome à l’huile par Danielle.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mais bien sûr, l’art ne sert à rien à l’heure où tout le monde vit sous l’influence d’une société à l’intense consommation industrielle. Alors mes petits élèves avec leurs misérables pinceaux à trois poils, ils ont une place où dans tout ce bazar. Vous en voyez beaucoup vous des artistes peintres, dehors, avec leur chevalet et leurs couleurs. Les badauds sont tellement étonnés d’en découvrir un dans la nature qu’ils se demandent si on ne tourne pas dans le coin un film sur Van Gogh, Monet ou Renoir. Il faut le reconnaître, pour la plupart des gens, la peinture s’arrête aux impressionnistes. Les bords de l’eau, les champs de blé aux coquelicots, les ambiances du petit matin. Aujourd’hui les artistes s’orientent vers l’abstrait, l’art conceptuel…tout ça en atelier. La nature n’est plus ressentie ni regardée,  elle est intellectualisée. L’acquisition, l’élaboration ne se montre pas comme ça en direct. La manière de réaliser la sauce ne regarde plus personne. Sur le motif, les gens s’approchent prudemment du peintre par peur de déranger. À moins que ce ne soit par peur de se faire “mordre” par une espèce inconnue ou tout du moins en voie de disparition.

Les œuvres d’André.

Parc de Kéravéon à Erdeven (Morbihan) par André.

Tout en nuances, parc de Kéravéon à Erdeven (Morbihan) par André.

Marée basse à l'anse du Pô à Carnac par André.

Marée basse à l’anse du Pô à Carnac par André.

Il faut oser travailler dehors, non pas à cause du regard des curieux, mais tout simplement pour dominer tous les problèmes que pose l’exercice sur le motif. Changement de lumière, vent, pluie, soleil, froid, bestioles, couleur qui sèche trop vite ou trop lentement, inconfort, fatigue, matériel inadapté etc…La liste pourrait s’allonger facilement. Mais, malgré tous ces inconvénients, rien n’est plus  formateur que cet apprentissage sur le vif. Alors, je félicite mes petits élèves (tout d’abord un peu réticents, habitués qu’ils étaient d’une part à peindre d’après photo et d’autre part, n’ayant aucune expérience du motif extérieur) d’avoir franchi le pas et de s’être lancés avec leurs pinceaux dans la nature.

Changer ses habitudes n’est pas facile, c’était une première pour eux sur le motif, comme pour moi en tant que “conseil”. Beaucoup de choses restent à travailler et à faire évoluer. Ça donnera à chacun l’occasion de se retrouver une prochaine fois et de retravailler ensemble j’espère avec plaisir.

Derniers jours

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morbihan-pointe-percho-008Les derniers jours, je me dépêche toujours pour réaliser tout ce que je n’ai pas pu faire en plusieurs semaines. Bien entendu, je n’y arrive jamais puisque le retard ne se récupère pas. Alors, je remets à l’année prochaine les vagues, les falaises, les sous-bois au fond des marais et les parcs ostréicoles à marée basse…

Flamenco y flamenca

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Sur le parking, quelques voitures stationnent, portes ouvertes, au milieu desquelles, un groupe de personnes en costume breton discutaillent joyeusement.
Avec Élysabeth, nous extrayons du coffre tout notre fourbi de dessin et, encombrés comme des sapins de Noël, nous abordons les bretons volubiles.
— Pardon, pourriez-vous nous indiquer où se passe la démonstration de flamenco ? Moment de silence dû à une incompréhension bien palpable ! Et oui, nous sommes bien ici en Bretagne pour croquer du flamenco en live.
— Allez voir par là, derrière ce bâtiment ! Nous indiquent les bretons mi-rigolards. De fait, au détour de la bâtisse, nous tombons nez à nez avec une petite dame toute souriante, au visage animé, moulée dans une robe noire avec des volants un peu partout. Les présentations avec les membres de la petite troupe sont rapides et sympathiques. La salle est grande, aérée et lumineuse. S’installer dans un tel espace est un vrai régal. Tout est fait pour nous permettre de travailler dans les meilleures conditions.
— Vous voulez une table pour vos affaires ? Là, vous avez assez de place ? On peut pousser les sièges si vous souhaitez ! Mireille Ouvrard, la présidente de l’association “El Flamenco” est à nos petits soins. Soucieuse de tout elle ne cesse de virevolter d’un endroit à l’autre, anxieuse sans doute de la bonne réussite de la journée “découverte du flamenco”. La salle se remplit lentement, un peu en désordre. Les proches, amis, famille, constituent la majorité des spectateurs. Malgré les nombreuses invitations lancées et distribuées, les sièges ne sont pas tous occupés. La déception se lit sur le visage de Mireille à cause de ses “bons voisins” qui semblent l’avoir totalement ignorée. Les élus sans doute engagés par d’autres festivités, ont aussi déserté la salle Groëz-Ven à Ploëmel. Après une présentation rapide de l’association de danse, de son rôle auprès des collectivités, de la philosophie de son apprentissage, et de la définition du flamenco, danse d’expression de la joie, de la misère et de la souffrance, tout le monde est prêt à “jouer sa partition”.
Pour Élysabeth et moi-même, les pinceaux, les couleurs, et les encres se mettent alors à l’unisson du mouvement énergique des “femmes flamenca”.

Association El Flamenco
Apprentissage Flamenco et Sévillane.
Salle Groëz-Ven à Ploëmel
Contact :
Mireille Ouvrard – 06 45 29 31 75

 

Morbihan, pointe du Percho

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Morbihan, la pointe du Percho. Ancienne batterie d'artillerie.

Morbihan, la pointe du Percho. Ancienne batterie d’artillerie.

J’ai toujours été fasciné et surtout impressionné par la puissance de la mer. Son mouvement, son vacarme accompagné du mugissement du vent. Il n’est pas nécessaire d’attendre une tempête pour se rendre à la pointe du Percho sur la côte sauvage de Quiberon. Là, quelle que soit la force ou l’amplitude de la marée, les vagues se fracassent avec puissance et parfois démence contre les blocs de granit érigés en sentinelles sombres. Le site est visité par de nombreux curieux, qu’ils soient randonneurs, touristes venus de loin ou tout simplement personnes du cru. Il y a toujours à voir et à ressentir.

Morbihan, la pointe du Percho. En surplomb, mouvement et puissance.

Morbihan, la pointe du Percho. En surplomb, mouvement et puissance.

En surplomb de la mer, cette pointe rocheuse est dès les premiers âges fréquentée par l’homme. Les hommes des mégalithes recherchent les belvédères qui seront propices à l’édification de sanctuaires. Le dolmen de la pointe du Percho orienté vers le soleil couchant, témoigne de l’intérêt du lieu et du sens sacré que l’homme a toujours concédé à la nature. Une petite bâtisse érodée, en pleine désolation marque le point le plus haut de la falaise. Injustement appelée “la maison des douaniers”, elle fut semble t’il, construite à destination militaire en 1696 et équipée de deux canons de marine. Jusqu’en 1918, elle portera le nom de “corps de garde”, ouvrage maçonné associé à une “batterie d’artillerie”. C’est en contrebas de cet endroit, dans un espace aérien, au contact de la roche que j’ai installé (dans un équilibre précaire) mon trépied et mes feuilles de papier ainsi que mes encres. Tout est solidement fixé pour éviter un catastrophique envol dû au souffle imprévisible venu de la mer.

Pointe du Percho. Encre noire sur papier.

Pointe du Percho. Encre noire sur papier.

Tout l’après-midi, les goélands me tiendront compagnie et s’approcheront insidieusement de mon sac pour tenter de me “chipper” un improbable morceau de nourriture. Gonflés les oiseaux !

Pointe du Percho. Encre noire sur papier.

Pointe du Percho. Encre noire sur papier.

 

Pointe du Percho. Encre noire et brou de noix sur papier.

Pointe du Percho. Encre noire et brou de noix sur papier.

 

Pointe du Percho. Encre noire et brou de noix sur papier.

Pointe du Percho. Encre noire et brou de noix sur papier.

 

Pointe du Percho. Encre noire, brou de noix et encre acrylique rouge sur papier.

Pointe du Percho. Encre noire, brou de noix et encre acrylique rouge sur papier.

Naïa, la sorcière

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Naïa, la sorcière de Rochefort-en-Terre, photographiée par Charles Géniaux.

Naïa, la sorcière de Rochefort-en-Terre, photographiée par Charles Géniaux.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Depuis la nuit des temps, bien avant l’érection des menhirs des landes de Lanvaux, j’étais là. J’en ai rencontré des compagnies humaines avec ses cortèges de misère, ses espoirs déçus et ses ambitions destructrices. Je connais la destinée de chaque homme, de chaque femme, de chaque bête et de tout ce que Dieu a mis sur terre.

On me craint plus qu’on me respecte. À mon passage, on fait place. Les gens me tournent le dos et cachent leur parole dans le creux de la main de peur qu’elle ne s’échappe. Mais je sais ce qui se dit. Ceux là même qui me traitent de sorcière, sont les premiers à venir me consulter pour leurs affaires courantes. Beaucoup sont préoccupés par l’avenir de leur richesse. Ont t’ils fait le bon placement qui va les rendre beaucoup plus respectables aux yeux de la communauté. La cupidité rend aimable et hypocrite n’importe quel affairiste. Et cette tendron toute fraîche, qui me parvient encore tremblante et au bord de l’évanouissement, prête à tout pour conquérir le cœur d’un quelconque avorton. Je me souviens d’autant d’un vieux qui voulait connaître absolument l’heure de sa mort.
— Tu mourras le dimanche des Rameaux, lorsque sonnera la troisième sonnerie de la grand’messe ! Je lui ai dit comme ça.
Sitôt dit, sitôt le coquin fila chez le docteur de la ville tout effrayé.
— Docteur, docteur, je ne veux pas mourir. La sorcière m’a jeté un sort. Faites quelque chose, je vous en prie !
Le vieux était vigoureux et bien portant. Le médecin le rassura.
— Mais, vous n’allez pas mourir, je vous assure.
Cependant la terreur envahissait le vieillard. Une hallucination monstrueuse lui occupait tout l’esprit. De minute en minute il défaillait, devint blanc comme marbre et au premier coup de cloche s’accrocha au cou du médecin en le suppliant de le sauver. L’homme de santé essaya bien de le réconforter en vantant les capacités de sa science. Mais au deuxième tintement le vieux s’effondra mollement au sol. Quand le troisième carillon retentit le pauvre diable était mort. Les yeux dilatés, de la laideur qu’il avait entrevue avant le trépas.
Il ne faut pas jouer avec l’au-delà et encore moins défier la puissance de Gnâmi dont je suis l’humble servante. Gnâmi est un démon bien plus fort que la mort. Il est Celui qui peut, Celui qui veut, Celui qu’on ne voit pas !
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Et contre lui, les carabins ne sont que de modestes mouches effrayées par l’odeur du vinaigre. Ça fait bien longtemps que je me tiens éloignée de la science morbide qui découpe les corps et épluche les cerveaux en pensant découvrir le sens de la vie. Je n’ai jamais aimé les médecins et ils me le rendent bien.
Depuis toujours, ils font une guerre méprisable aux pauvresses de mon genre en les accusant de tuer leurs malades par la persuasion. “Malfaisantes” clament t’ils à notre encontre. Leurs malades…ils me font rire. Comme si le pus qui infecte les corps et les âmes noires pouvait être extrait en absorbant une simple pastille. J’en ai sauvé des âmes venues à moi dans les profonds et obscurs souterrains du vieux château. J’en ai dévié des destins qui fonçaient tête baissée vers l’ultime rendez-vous. J’en ai redressé des tordus, raccommodé des brisés grâce à la science de mon père, le rebouteux de Malensac. Que sa mémoire soit honorée.
L’église aussi me regarde d’un mauvais œil. Je fais concurrence au curé paraît-il. En réalité quand je communique avec l’au-delà, le prince en jupe noire prétend que j’empiète sur son commerce. Combien donc se signent à mon apparition comme si j’étais le diable. Je ris de ce que ma silhouette provoque lorsque je file le long des ruelles grises. Nul ne saurait dire comment je peux fréquenter plusieurs endroits en même temps. Celui-ci m’a vu à Questembert et tel autre à Rochefort le même jour, à la même heure. Pourtant, je ne quitte jamais les ruines du château et c’est toujours là que l’on peut me trouver. On dit de moi que je n’ai pas d’âge, que personne ne m’a jamais vu manger. Mais les anges ont t’ils besoin de manger ? Alors !
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Croyez moi, malgré mes yeux malades, blancs comme le lait d’un jeune bique, je les vois tous autant qu’ils sont. Apeurés et méfiants à mon égard. Curieux aussi, comme tous ces étrangers qui viennent de bien loin voir la sorcière de Rochefort en Terre. C’est ce maudit aubergiste qui les pousse vers ma retraite. Ma réputation lui profite à bien remplir sa bourse. Une fois, c’est un monsieur très bien qui est venu de Paris pour me photographier. Je m’en souviens très bien. Il se nommait Charles…Charles Géniaux même. En s’approchant de la vieille poterne où je me tenais avec mon bâton ferré en main, son jeune guide s’esquiva furtivement. Mon visiteur se retrouva seul.
— Bonjour, mon fils! je t’attendais. Assieds-toi donc sur cette pierre et causons.
Je sentis tout de suite sa stupéfaction de me trouver en pareil endroit.
— Ah ! ah! mon fils! tu voulais voir la sorcière ! Il m’expliqua son souhait de mieux me connaître.
— Oui, tu viens pour rire ensuite avec les autres!
Il protesta vivement et je me rendis compte de la sincérité de l’homme. Il m’expliqua vouloir faire des photographies de moi, .
— Non, non, pas aujourd’hui, je ne veux pas. Ainsi tu parleras de moi dans les journaux, et tu dessineras ma figure? Dis-leur aussi que je ne suis pas une sotte bonne femme, comme leurs somnambules de ville. J’ai la puissance, moi, et Gnâmi est plus fort que la mort!
Il était drôle après tout ce monsieur. Il me demanda si, avec la puissance, je possédais des richesses fabuleuses.
— Celui qui peut tout avoir n’a besoin de rien, lui dis-je.
Là-dessus, en lui signifiant congé, je lui promis solennellement de me mettre à sa disposition pour les photographies.
La semaine suivante, au jour fixé, il arriva au château avec son appareil sous le bras. Je le vis subir une soudaine averse et se réfugier sous l’ancien pont-levis. Je l’interpelai.
— Mon fils ! mon fils ! je t’ai deviné, et je sors de là- bas !
En jouant de la surprise, je me jetai à genoux devant lui, les bas levés dans la posture effrayante d’une évocation. Je m’amusai de son ahurissement.
— Tu vois, je ne suis pas méchante. Promets-moi de l’affirmer quand tu parleras de moi. Ah ! Ah ! Viens-t’en voir ce qu’ils appellent la cuisine de Naïa. Là, vois-tu cette ancienne cheminée du château ? Eh bien ! ces sots prétendent que je prépare en cet endroit ma nourriture, moi qui ne mange pas !
Je fis la pose avec plaisir. Finalement mon hôte était charmant et de bonne conversation. Voici ce qu’il écrivit par la suite dans un livre qu’il me consacra.

“Ensuite nous allâmes nous asseoir auprès de la niche enlierrée où je l’avais rencontrée la première fois. J’acquis la conviction que je me trouvais avec une femme intelligente et instruite; cette sorcière de campagne lisait même les journaux, et ses réflexions dénotaient du bon sens. Après un moment, la causerie languit. J’écrivais sur mon carnet quelques notes, quand j’entendis la conversation de deux personnes qui s’approchaient de nous. Je regardai; les voix paraissaient se rapprocher. Cependant les causeurs mystérieux semblaient stationner derrière un muret de terre, à quelques mètres de là. Je me levai, et j’en fis le tour sans rien découvrir. La sorcière dormait paisiblement, bouche close, dans une posture abandonnée. Vivement intrigué, je repris mon crayon et mon papier, lorsque mon nom fut prononcé trois fois, derrière moi et assez haut, comme descendant des arbres qui entourent les ruines de leur forêt miniature. Cette fois, je ne quittai pas des yeux Naïa, laquelle reposait innocemment. Je la secouai et lui racontai l’aventure. Son visage demeura impassible et elle termina :
— Tu as rêvé, mon fils !”

Jamais personne d’autre ne me fit un portrait aussi élogieux ! Quand je vous disais que c’était un vrai “Monsieur”. Ce jour là, il me pria de faire devant lui l’épreuve du feu sans doute pour vérifier les dires des uns et des autres concernant mon insensibilité à la brûlure. Il me mit entre les mains des allumettes enflammées sans que j’en fus affectée. De mon propre chef, pour l’impressionner un peu plus, je sortis du feu des tisons rougeoyants et les posai sur ma paume ouverte en les laissant se consumer jusqu’à ce qu’ils noircissent.
— Oh ! Tu ne me prendras pas en défaut, mon fils, et je te dirai, si tu le veux, tous tes secrets d’amour. Ah ! vois-tu, il m’en vient des galants d’ici et d’ailleurs, cherchant des pouvoirs pour être aimés; et aussi des filles, des chambrières, des gardeuses de bêtes, qui rêvent d’être choisies du fils de leur fermier pour devenir bourgeoises et maîtresses du logis. Tiens, regarde là-bas cette jolie fille de la métairie de Rieux; elle est ma petite amie. Jeanie épousera le fils d’un monsieur de la ville. Je le lui ai promis, et elle sera une dame.
Tout en laissant mon sympathique photographe dans une grande perplexité et profitant d’un souffle qui agitait les grands marronniers, je m’en fus en silence dans un léger bruissement. Je ne revis jamais ce Charles Géniaux, mais grâce à lui, je peux réapparaître ici et là, aujourd’hui et demain. Il m’arrive toujours de hanter les souterrains du château de Rieux. Un jour, si vous y faites une petite visite pour me rencontrer (si ma foi, la révélation de votre misérable destinée ne vous effraie pas trop), prononcez doucement mon nom trois fois: “Naïa, Naïa, Naïa !” Et vous verrez !

Rochefort-en-Terre est une jolie cité du Morbihan nichée sur une crête rocheuse. Elle est bordée au nord par les Landes de Lanveaux et est entourée de Pluherlin et de Malansac. Vannes est à une quarantaine de kilomètres.

Un mois de peinture.

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Un mois de peinture résumé en une dizaine de toiles.

Portraits, nus, et natures mortes s’entremêlent selon le temps, selon l’envie ou tout simplement en fonction de la lumière qui, en ce mois de décembre décline bien trop tôt.

Les natures mortes ne sont pas ma tasse de thé, mais elles sont comme une petite friandise  dégustée en douce histoire d’arrêter un instant le cours du quotidien. J’ai expérimenté la peinture à l’huile sur carton, sur fond noir, sur toile et aujourdhui sur panneau MDF (panneau de fibres de bois). Chaque support oblige à une technique particulière à laquelle il faut s’habituer. L’aquarelle est dédiée pour l’instant au croquis préparatoires et aux séances de modèle vivant.

C’est le temps des préparatifs pour les fêtes, quelque peu désenchantées en cette fin d’année. À toutes et à tous cependant, je vous souhaite de profiter pleinement des instants de bonheur et de complicité que les retrouvailles en famille ou les réunions entre amis peuvent procurer.

Work in Vaucluse.

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Vaucluse - Bedoin - Maison de Bernadette et Georges aux Colombets.

Vaucluse – Bedoin – Maison de Bernadette et Georges aux Colombets.

Je ne ferai pas trop de commentaires sur mon travail d’aquarelle effectué dans le Vaucluse au mois de septembre. Une partie du résultat est là, présenté sous forme de reproductions. Je m’attendais à un paysage desséché par la chaleur cumulée des mois de juillet et d’août. Étonnement de ma part. Tout y était très vert, beaucoup de vert, trop de vert à mon goût, puisque le vert est une couleur pour laquelle j’ai peu d’affinités. C’est un comble pour quelqu’un qui passe son temps à peindre à l’extérieur et le plus souvent dans des paysages noyés de verdure…et qui considère les arbres avec la meilleure intention.

J’ai entamé la réalisation de grands dessins au fusain “on live” dans lesquels je me suis jeté et régalé, en essayant de leur donner un petit aspect “fantastique”. C’est au moins ma meilleure satisfaction picturale de ce séjour dans le Vaucluse.

En parallèle à cette galerie aquarelles/dessins, j’ai pas moins réalisé une vingtaine de pochades couleur et une quinzaine de croquis sur mes carnets « Moleskine », que je présenterai sur le blog la prochaine fois.

Peintures août 2015

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J’avais un peu délaissé l’actualisation de ce blog au profit de publications plus quotidiennes sur Facebook. Voilà une mise à jour des principales réalisations produites ces dernières semaines. Ceux qui me suivent sur Facebook y trouveront pêle-mêle des nouveautés et des choses déjà publiées. Pour  vaincre ma hantise des perspectives et des paysages urbains, j’ai fait une approche “minimale” en aquarelle sur les avenues de New-York. Tentative à demi-réussie pour ma part. Pour me changer la main (tout comme on fait un “trou normand” avant de poursuivre avec entrain un bon repas), le dessin de portrait en frand format et de manière “réaliste” est un travail dans lequel je me sens plus à l’aise. Enfin, et pour finir en diaporama, mes habituels paysages à travers quelques aquarelles dont certaines sont réalisées dans un format “miniature”.

Ceux qui sont sur Facebook, peuvent me retrouver sous “Serge San Juan” et aussi sur le groupe “Art entre Amis”. Un groupe que je suis en train de constituer réunissant des artistes peintres professionnels, amateurs ou débutants.

Fusain sur papier Ingres - format 50x65 cm

Fusain sur papier Ingres – format 50×65 cm

Fusain sur papier Ingres - format 50x65 cm

Fusain sur papier Ingres – format 50×65 cm

Aquarelle papier Arches - format 36x48 cm

Aquarelle papier Arches – format 36×48 cm

Aquarelle papier Arches - format 36x48 cm

Aquarelle papier Arches – format 36×48 cm

Aquarelle papier Arches - format 36x48 cm

Aquarelle papier Arches – format 36×48 cm

Femmes artistes

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Suzanne Valadon
(1865-1938)
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Fille naturelle d’une blanchisseuse, Suzanne Valadon devient acrobate de cirque en 1880, jusqu’à ce qu’une chute mette fin prématurément à cette activité. Dans le quartier de Montmartre où elle est établie avec sa mère elle a la possibilité de s’initier à l’art.
Elle devient le modèle de nombreux peintres, les observant en posant et apprenant ainsi leurs techniques. Elle est le modèle de Pierre Puvis de Chavannes, Pierre-Auguste Renoir, ou encore Henri de Toulouse-Lautrec, nouant des relations avec certains.1-valadon art
Edgar Degas remarque les lignes vives de ses dessins et peintures et encourage ses efforts. Elle connaît de son vivant le succès et réussit à se mettre à l’abri des difficultés financières de sa jeunesse, pourvoyant aux besoins de son fils, qui prendra plus tard le nom d’Utrillo. Suzanne Valadon peint des natures mortes, des bouquets et des paysages remarquables par la force de leur composition et leurs couleurs vibrantes. Elle est aussi connue pour ses nus. Ses premières expositions au début des années 1890 comportent principalement des portraits, parmi lesquels celui d’Erik Satie avec qui elle a une relation en 1893. En 1894, Suzanne Valadon est la première femme admise à la Société nationale des beaux-arts.
Son mariage, en 1896, avec un agent de change, prend fin en 1909. Suzanne quitte son mari pour le peintre André Utter. Cette union, houleuse, dure près de trente ans. À la fin de sa vie, Suzanne Valadon se lie d’amitié avec le peintre Gazi le Tatar et, poussée par cette rencontre, se remet à peindre.
Suzanne Valadon meurt le 7 avril 1938, entourée de ses amis peintres André Derain, Pablo Picasso et Georges Braque, et est enterrée au cimetière parisien de Saint-Ouen.

Marie Laurencin
(1883-1956)
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Marie Laurencin est une peintre française, portraitiste, illustratrice, graveuse et poétesse. Désireuse de devenir peintre sur porcelaine, elle s’inscrit à l’école de Sèvres et à l’académie Humbert où elle suit des cours de dessin et de gravure avec talent, notamment aux côtés de Francis Picabia et de Georges Braque, ce dernier lui faisant rencontrer en 1906 Pierre Roché qui devient alors son amant et mécène.
En 1907, Marie Laurencin réalise sa première exposition et participe au salon des Indépendants. Elle rencontre Picasso qui lui présente Guillaume Apollinaire avec qui elle mène un amour passionné jusqu’en 1912. Elle vit alors en femme libre pour l’époque, entretient de nombreuses relations.
En 1913 ses tableaux se vendent hors de France et elle expose aux côtés de Marcel Duchamp à l’Armory Show de New York. Marie Laurencin se marie en 1914 au baron allemand Otto von Wätjen, mais la Première Guerre mondiale les pousse à s’exiler en Espagne jusqu’en 1919.2-laurencin art
En 1921, le couple revient à Paris et divorce la même année. Malgré un cancer de l’estomac en 1923, elle mène une carrière très prolifique et devient une artiste reconnue, réalisant de nombreuses illustrations pour Gide et Lewis Caroll par exemple, mais aussi des décors pour des ballets comme « Les biches ».
Alors que Marie Laurencin est consacrée en recevant la Légion d’honneur en 1935 et en présentant 16 de ses oeuvres lors de l’exposition universelle de 1937, la Seconde Guerre mondiale éclate. Elle continue toutefois ses portraits durant cette dure période et publie en 1942 « Le carnet des nuits ». Sa santé se fait alors plus fragile.
A partir de 1945, Marie Laurencin s’affaiblit, mais continue de réaliser plusieurs oeuvres entre différentes retraites. Elle décède en 1956 d’une crise cardiaque.

Louise Bourgeois
(1911-2010)
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Ses parents étaient restaurateurs de tapisseries anciennes. Dès l’âge de dix ans, elle commençe à aider ses parents pour les dessins des tapisseries.
En 1982, elle publiera dans le magazine d’art américain Artforum un récit illustré de photographies de son enfance et intitulé « Child’s Abuse », dont l’esthétique est proche de celle des revues surréalistes des années 1930. Elle évoque dans ce texte un épisode devenu fondateur dans la critique qui se déploie autour de son œuvre. Au cours de son adolescence, sa jeune nounou anglaise est la maîtresse de son père et sa mère ferme les yeux sur cette relation.
Pour exprimer des tensions familiales insupportables, il fallait que son anxiété s’exerce sur des formes qu’elle pouvait changer, détruire et reconstruire. Elle commence des études d’art à Paris, d’abord à l’École des beaux-arts, puis dans de nombreuses académies, ainsi qu’à l’École du Louvre. Elle a comme professeurs des artistes comme Paul Colin, Cassandre ou bien encore Fernand Léger.
En 1937, elle rencontre l’historien d’art américain Robert Goldwater. Elle l’épouse et s’installe avec lui à New York dès l’année suivante. C’est là qu’elle entre en relation avec le milieu des surréalistes, dont la plupart ont quitté la France pour les États-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale et présente sa première exposition personnelle en 1945.
Elle meurt le 31 mai 2010, à l’âge de 98 ans.3-bourgeois art
Louise Bourgeois a travaillé particulièrement sur les thèmes de l’universalité, des relations entre les êtres, de l’amour et de la frustration entre des amants ou les membres d’une même famille, ainsi que l’érotisme.
Depuis ses premiers dessins, peintures et gravures, son œuvre se centre sur le sujet de la procréation, de la naissance et de la maternité, sous la forme de “femmes-maisons”, mêlant le corps à l’architecture, l’organique au géométrique, buste en brique, maison à colonnes sur les épaules, cage thoracique en forme d’escaliers et de portes. Le fil rouge de son œuvre est le phallus (le père), qu’elle baptise “fillette” et l’araignée (la mère). L’araignée représente la mère, “parce que ma meilleure amie était ma mère, et qu’elle était aussi intelligente, patiente, propre et utile, raisonnable, indispensable qu’une araignée”. L’araignée est pour elle le symbole des tapisseries que réparait sa mère (toile de l’araignée) et de tout ce qui s’y rapporte,aiguilles, fils…

Tamara de Lempicka 
(1898-1980)
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Tamara de Lempicka est née Maria Gorska le 16 mai 1898, à Varsovie, en Pologne. Elle est la peintre polonaise la plus célèbre de la période Art déco. Brillante, belle et audacieuse, inclassable, mystérieuse et contradictoire, elle a fait de sa vie une succession de mises en scène très élaborées. Fille de Boris Gorski, un juif russe, et d’une mère polonaise, son enfance se passe dans un milieu aisé et cultivé entre Saint-Pétersbourg, Varsovie et Lausanne. En 1914, elle est retenue par la guerre à Saint-Pétersbourg où elle s’inscrit à l’académie des Beaux-Arts. Elle épouse Tadeusz Lempicki, un jeune avocat polonais en 1916. La Révolution d’octobre bouleverse sa vie et après un détour par Copenhague, elle gagne Paris. Tamara commence alors avec beaucoup de ténacité une carrière de peintre. 4-lempicka art
En 1920, à l’Académie Ranson, elle reçoit l’enseignement de Maurice Denis et à l’Académie de la Grande Chaumière celle d’André Lhote. C’est là qu’elle forge petit à petit son style qui, dans une synthèse inattendue de l’art maniériste de la Renaissance et du néo-cubisme, va coller parfaitement à son époque. L’envol de sa carrière coïncide avec sa première exposition personnelle à Milan en 1925.
En 1929, appelée par Rufus Bush, un riche américain qui lui a commandé le portrait de sa fiancée, Tamara fait son premier voyage à New York. Outre le portrait de commande, elle exécutera sur place plusieurs tableaux, dont d’intéressantes études de gratte-ciel. Elle expose simultanément en Pologne, à Paris et aux États-Unis.
Fuyant les menaces de guerre, elle s’installe aux États-Unis en 1939 où elle fait trois expositions à New York et à San Francisco chez Paul Rheinardt et chez Julien Levy. Après-guerre, son œuvre tombe dans un profond oubli jusqu’à ce que la redécouverte de l’Art déco, dans les années 1970, fasse ressurgir son nom.

Frida Kahlo
(1907-1954)
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Frida Khalo est l’une des plus grandes figures de l’art mexicain du XXe siècle. Auteur de plusieurs centaines de tableaux, dont de nombreux autoportraits, elle est célèbre pour ses toiles réalistes, qui sont le reflet de ses passions et sa souffrance, mais aussi du Mexique. Elle entre en école préparatoire en 1922 et souhaite étudier la médecine. Mais, en 1925, un accident de bus la laisse gravement blessée, notamment aux jambes et à la colonne vertébrale. Elle doit rester de longs mois alitée et porter des corsets. Pour pallier ce manque d’activité, Frida commence à peindre et sa mère lui installe un miroir au-dessus de son lit. C’est ainsi qu’elle commence à réaliser ses célèbres autoportraits, notamment l' »Autoportrait à la robe de velours », en 1926. 5-kahlo art
En 1928, ayant recouvré presque toute sa mobilité, Frida Khalo s’inscrit au Parti communiste. Cette même année, elle rencontre le peintre très connu Diego Rivera et lui montre quelques-uns de ses tableaux. C’est le début d’une histoire d’amour tumultueuse. En 1929, ils se marient et s’installent l’année suivante à San Francisco, où Frida rencontre de nombreux artistes. Mais elle subit deux fausses couches en 1930 et 1932.
En 1938, Frida Khalo rencontre André Breton à Mexico. Grâce à lui, cette même année, elle peut exposer ses oeuvres dans la galerie de Julien Levy, à New York. Elle vend de nombreux tableaux. En 1953, une première exposition de son oeuvre est organisée à Mexico. Mais durant l’été, on doit lui amputer la jambe droite.
Elle meurt en 1954 à 47 ans et laisse des oeuvres importantes telles que « Quelques petites piqûres »(1935), ou encore « La Colonne brisée » (1944).

(Source des textes Internet)

Portraits d’artistes

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Auguste Renoir
(1841-1919)
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Auguste Renoir privilégie les portraits et les nus, influencé notamment par les tableaux d’Eugène Delacroix. Il s’inspire aussi tout au long de sa carrière des oeuvres de Raphaël, de Fragonard, de Courbet et de Manet. Il compte parmi les plus grands représentants du mouvement impressionniste français. Renoir commence comme apprenti dans un atelier de porcelaine. En 1862 à l’école des Beaux-Arts de Paris, il côtoie de grands noms comme Monet, Bazille et Sisley, avec qui il se lie d’amitié. Dès la fin des années 1860, il peint régulièrement en plein air, dans la forêt de Fontainebleau. Cette habitude marque particulièrement son style et ses sujets.
renoir-8-bis C’est en 1877, alors qu’il expose depuis plusieurs années déjà au salon des impressionnistes, qu’il réalise son célèbre tableau « Le Bal du moulin de la Galette ». Après une période de pauvreté, il revient petit à petit vers le portrait et connaît un immense succès en réalisant le « Déjeuner des canotiers ». En 1890, trois ans après les « Grandes Baigneuses », il épouse Aline Charigot. Il est atteint pour la première fois, en 1898, de rhumatismes aigus, maladie qui sera le calvaire de la fin de sa vie. De 1905 à 1909, sa maladie s’aggrave et il décide de se fixer définitivement dans le Midi. Il poursuit inlassablement son travail, ne pouvant plus peindre qu’en faisant attacher les pinceaux à ses poignets. Il meurt en 1919, reconnu et comblé. Il est le père de cinq enfants, dont Jean Renoir, célèbre réalisateur et scénariste français.

 Henri de Toulouse-Lautrec
(1864-1901)lautrecConsidéré comme l’une des sources du mouvement expressionniste, on ne peut saisir la violence d’expression de l’art de Toulouse-Lautrec sans tenir compte de sa vie, entièrement commandée par son infirmité.
Deux fractures des jambes le laissent infirme, il a quatorze ans, il ne grandira plus. Ce drame fait naître en lui le besoin d’expression d’une violence qui constituera son art. Très doué pour le dessin, il reçoit les conseils du peintre animalier René Princeteau et commence par peindre des scènes hippiques et militaires.lautrec-2-bis
Arrivé à Paris en 1882, il rencontre Émile Bernard et Van Gogh, avec lequel il se lie. Montmartre dont le monde le fascine, le voit des nuits entières au Moulin Rouge, au Moulin de la Galette, au Mirliton (le cabaret d’Aristide Bruant), crayonnant les silhouettes de la Goulue, de Jeanne Avril ou de Valentin le Désossé.
Toulouse-Lautrec ne trouve pas seulement son inspiration au cabaret, mais aussi au champ de course, dans les maisons closes, au palais de Justice et dans les hôpitaux.
L’alcoolisme et la syphilis viennent à bout de sa santé fragile en 1901, date à laquelle il se trouve paralysé. Il meurt le 9 septembre 1901 à l’âge de 37 ans et laisse inachevée sa dernière composition.

Eugène Delacroix
(1798-1863)delacroix

Eugène Delacroix est un peintre français de la première moitié du XIXe siècle, considéré comme l’un des précurseurs du mouvement romantique. Portraitiste, peintre d’Histoire et de natures mortes, paysagiste et animalier, Eugène Delacroix se veut être l’égal des grands maîtres qui firent de la peinture une encyclopédie de l’homme et de la nature. De Pierre Guérin son professeur aux Beaux-Arts, il reçoit un enseignement classique. Pour compléter sa formation, il demande à Rubens, aux vénitiens, à Constable de lui enseigner les principes de l’expression par la richesse de la couleur et de la résonnance des ombres. delacroix-5-bisUn voyage au Maroc lui révèle l’Orient en 1832. dans ses œuvres de jeunesse, la composition tourbillonnante qui traverse le tableau n’obéit à d’autre loi que celle de la vie, et l’intensité dramatique ne recule pas devant l’outrance des moyens. À l’âge mûr cependant il tend à intégrer l’expressionnisme romantique dans l’art réglé des classiques. Ces tendances l’amènent à demander des inspirations à la culture antique dans ses grandes décorations des Bibliothèques du Sénat, de la Chambre des députés et du Louvre. La chapelle des Saints-Anges, peinte à Saint-Sulpice est son testament artistique et philosophique.


Pierre Bonnard

(1867-1947)
bonnard

La personnalité de Bonnard s’est façonnée entre la fin de l’impressionnisme, le mouvement nabi dont il est l’un des principaux artisans, pour ensuite s’affranchir de tout courant artistique et de toute convention développant une image très personnelle. Il se fait remarquer en 1905 au salon d’Automne de Paris, par l’exubérance de sa peinture, à la manière des fauves et dans la lignée de Gauguin. En 1926, il acquiert sa villa au Cannet (Alpes maritimes) et voyage de moins en moins. Sa femme lui sert de modèle ainsi que tous les paysages qui l’entourent. L’entrée en guerre l’affecta, mais il sut garder la peinture en exutoire. Elle acquit une gravité nouvelle, même extrêmement lumineuse.bonnard-6-bis
En 1942, il perd sa femme Marthe, très affecté, il vit alors solitaire. Cet évènement sera un tournant dans son œuvre, elle devient alors empreinte de tristesse. Il décède au Cannet le 23/01/1947 chez lui.
Sa mort aura été comme sa vie, d’une discrétion exemplaire. Le monde peint par Bonnard a quelque chose d’originel, de pur : couleurs chatoyantes et immaculées, beauté primitive des formes, comme si la civilisation et le mal n’avaient pas encore sali le monde. On retiendra de pierre Bonnard des tableaux empreints de vie à l’image de l’Amandier en fleur (1946), son dernier tableau.
Sous une apparence de tranquille simplicité, l’oeuvre de Bonnard se révèle complexe, pleine de nuances et comme détachée du temps.

Auguste Rodin
(1840-1917)
rodin

C’est le sculpteur à l’origine de la sculpture moderne. En 1857, il tente le concours d’entrée pour l’Ecole des Beaux-Arts, soutenu par ses professeurs qui ne tarissent pas d’éloges quant à son talent. Il réussit l’épreuve de dessin, mais échoue à plusieurs reprises pour celle de la sculpture. Afin de pouvoir vivre, il travaille et apporte ses services dans des ateliers de sculpteurs.
Il rencontre en 1864 une jeune ouvrière couturière, Rose Beuret, qui lui sert de modèle. Pendant plus de 50 ans, Auguste Rodin partagera sa vie avec Rose, mais ne l’épousera qu’en 1917, peu de temps avant leur mort à tous les deux. Auguste Rodin a eu plusieurs relations en parallèle, la plus connue étant celle qu’il a entretenue avec Camille Claudel, qu’il rencontre en 1883. Leur relation artistique et amoureuse dure plus de 10 ans. Son amour passionnel pour le sculpteur se termine dans un internat psychiatrique, dans lequel elle meurt en 1943.rodin-4-bis
Rodin illustre les Fleurs du mal de Baudelaire en 1887, est sélectionné pour l’Exposition universelle de Paris en 1889 avec Le Baiser, est fait Commandeur de la Légion d’honneur en 1903. Il devient membre fondateur de la société nationale des Beaux-Arts et réalise le monument en hommage à Victor Hugo pour le Panthéon de Paris. Claude Monet et Paul Cézanne sont ses plus proches amis et collaborateurs. En 1906, l’une de ses plus célèbres œuvres, Le Penseur, est installée devant le Panthéon. En 1910, Rodin est nommé Grand officier de la Légion d’honneur. Malgré un état de santé peu avantageux, le sculpteur reçoit plusieurs commandes, comme celle d’un monument à la mémoire des combattants de Verdun. Il finit ses jours à Meudon, le 17 novembre 1917 dans la Villa des Brillants. Rodin y est enterré auprès de Rose Beuret.

(Source des textes Internet)

Aquarelles en Lozère.

Mis en avant

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Quand j’ai annoncé à des amis que je partais faire un petit séjour en Lozère, ils m’ont dit : “mais, il n’y a rien là-bas !”.

La Lozère, est sans doute le département le moins peuplé de France…ce qui n’est pas forcément un désavantage. Les rencontres y sont sans doute plus vraies, plus fortes. Il n’en demeure pas moins que la région entre gorges et causses, possède un attrait touristique évident. Ce département est constitué de quatre régions naturelles qui suivent la division géologique. La Margeride, l’Aubrac, les Cévennes et les Causses formant autant de panoramas avec chacun des caractères très originaux. Pour un premier séjour de peinture et de durée limitée, il m’a été difficile de prendre la bonne mesure des paysages. Un site, est un ensemble de formes, de couleurs, de mouvements qui forment une ambiance particulière qu’il faut rendre par d’autres formes, d’autres couleurs, et du mouvement. On peut dire qu’un paysage a son expression propre. Et la peinture doit pouvoir rendre cette expression singulière. On n’apprivoise pas un paysage, comme ça, au “débotté” par quelques artifices bien placés. Il faut comprendre la nature géologique, l’originalité floristique ainsi que la particularité météorologique d‘un endroit pour en traduire l’ambiance. La Lozère, par ses contrastes paysagers est un régal pour le peintre. Le travail d’apprentissage sur la matière karstique, la conquête des lumières incessamment fuyantes, sont autant de challenges à relever. Le fond des gorges du Tarn et le Causse Méjean ont principalement guidé mes choix d’aquarelles. Le monde minéral et hydraté d’en bas, disputant son royaume de l’ombre à celui d’en haut fait de vallonnements dénudés, survolés d’un ciel à l’étendue infinie.

Fontaine de Vaucluse

Fontaine de Vaucluse est une petite commune non loin d’Avignon, assez calme pour ne pas dire relativement triste en dehors de la période estivale. Il n’y a pas grand chose à y faire. Et les quelques ruelles et vieilles maisons du village, ne valent pas une petite étoile dans un guide touristique. Suite aux deux ou trois visites que j’ai pu y faire il ne m’est à aucun moment venu l’idée d’y séjourner au-delà de quelques heures.

Non, ce qui suscite l’intérêt ici, c’est son gouffre impressionnant au pied d’une falaise de 240 mètres de haut, au creux d’une vallée close appelée « Villa Clausa » en latin qui donna son nom en 1793 au département du Vaucluse. C’est au fond de cette vallée étroite et cadenassée que jaillit la source de la Sorgue. Elle est la plus puissante « exurgence » de France et la cinquième au monde avec un écoulement total de 630 millions de m3 par an.

La source de la Sorgue est le produit monstrueux d’un immense réseau souterrain. Les eaux jaillissantes proviennent de l’infiltration des eaux de pluie et de la fonte des neiges du Mont Ventoux, des Monts de Vaucluse, du plateau d’Albion et de la Montagne de Lure.
Le gouffre quant à lui, est un siphon qui descend très loin dans les entrailles de la Terre. Il a été exploré pour la première fois en 1878, par un scaphandrier marseillais, Mr Ottonello, qui atteint -23m de profondeur dans son scaphandre lourd. L’équipe du commandant Cousteau aussi se mesurera au gouffre en 1946 : première plongée en scaphandre autonome, il atteint -46m de profondeur. L’exploration la plus profonde à ce jour est celle de 1985 avec -308m de profondeur grâce à un sous-marin téléguidé. On ignore toujours aujourd’hui ce qui existe au delà de cette profondeur.

Entre 2001 et 2003, sous couvert de prospections archéologiques, la Société Spéléologique de Fontaine de Vaucluse explore la cavité avec le Spélénaute de -40 à -80 mètres. Ces plongées livrent à la découverte 400 pièces antiques et près de 1600 pièces datées pour les plus anciennes de -80 ans avant JC et fin du 5ème siècle pour les plus récentes. Cela atteste de la fréquentation du site depuis l’Antiquité et confirme que la source recevait des offrandes lors du culte de l’eau cher aux Romains.
En plein été, la visite de l’exurgence est profondément décevante. Après une petite marche en montée le long de la rivière ombragée (bordée de boutiques souvenirs et accompagnée d’odeurs de friture), on arrive devant un grand trou, un genre de caverne où stagne plusieurs mètres plus bas, une eau sombre, pas très propre.
Tout autour, un monde minéral, des arbres morts aux racines incrustées dans la pierre offre un spectacle d’un autre monde. On pourrait s’attendre à voir surgir de ce trou, identifié comme un anus de la terre, un monstre noir et visqueux qui emporterait en ses profondeurs tous les petits touristes aux tee-shirts bariolés que nous sommes. Et voilà, on reste là, un peu songeurs, sans savoir quoi faire. Mais, où est t’elle l’eau turquoise des photos, le lagon bleu des mers du sud ? Elle coule où cette source tant fantasmée ? Ma foi, si l’envie vous prend de connaître la force démesurée de la cinquième source au monde, il vous faudra revenir au printemps lorsque la Sorgue surgit souveraine et surpuissante, débordant de sa vasque en cascade blanche sur les rochers.

En ces mois de sécheresse, la visite du moulin à papier, en bord de rivière ne vous consolera pas du gouffre à sec. Vous y verrez sous les yeux étonnés des touristes, quelques roues en mouvement, mues par un maigre filet d’eau. Pour le reste aucune visite n’est programmée, aucune explication ne vous sera donnée. Une balustrade en surplomb de l’atelier vous conduit directement à la boutique de la papèterie où les prix prohibitifs, ne vous inciterons pas à rapporter à la famille (ou à un aimable voisin, celui qui garde votre adorable chien), un petit souvenir. En revenant vers le centre du village, une galerie dont la plupart des artisans ont déserté les boutiques ne retiendra pas non plus très longtemps votre attention. Finalement, le gouffre de la Sorgue, vous aura provoqué comme un petit creux (sans jeu de mot) et le bon réflexe avant de quitter Fontaine de Vaucluse sera de vous installer à un bar panoramique, un verre à la main tout en contemplant la Sorgue passer silencieusement.

La Sorgue en crue (Novembre 2011)
Une vidéo YouTube.

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Trognes

Ce matin pendant ma randonnée, longeant une parcelle de forêt aux fougères rougissantes, je me sentis imperceptiblement suivi du regard. On m’observait en silence. De part et d’autre du chemin qui se resserra brusquement, je perçus des êtres immobiles aux visages outragés par le temps. Attentif, bienveillant avec ces corps pourtant rigidifiés, une complicité discrète s’instaura entre nous. Chacun désireux de me confier son histoire, j’allais de l’un à l’autre empathique pour leur tirer le portrait. Que pouvais-je faire d’autre sinon vous transmettre par l’image un peu de leur vie de gardiens solitaires…

Quatre semaines

Quatre semaines dans le Vaucluse où j’ai retrouvé mes endroits familiers au pied du Mont Ventoux. Comme toujours, j’ai apprécié cette facilité de me déplacer d’un endroit à un autre en toute tranquillité. Peu de voitures, à part sur la route principale montant au sommet, où des hordes de cyclistes s’époumonent dès le virage de Saint-Estèphe. Le moindre chemin roulant de pierres blanches, mène tout de suite à un endroit inconnu, préservé, où il est possible de se retirer du monde. Cette année, la canicule ne m’aura pas trop affecté en ce mois de septembre. Seul le Mistral m’est apparu plus présent et les jours sans vent se sont comptés sur les doigts de la main. Contre la lumière, j’ai pu expérimenter mon petit parapluie « Best Brella » orientable en tout sens, prompt immédiatement à suivre la course du soleil. Il a su résister aussi à un vent modéré, mais j’ai vite compris qu’il était impossible de lui faire braver le moindre souffle du Mistral. De toute manière je n’ai jamais réussi à peindre lorsque ce vent est levé. Tout dans la nature n’est qu’un bruissement incessant de feuilles, de branches, de gémissements. La toile s’envole, entraînant le chevalet et ce n’est pas la grosse pierre ficelée entre les pieds de ce dernier qui le retiendra au sol. Les coups de vent surviennent en rafale, avec des coups terribles, à tel point que la main chargée du pinceau ne parvient pas à poser à l’endroit voulu la touche de peinture. Malgré tout, en me protégeant et en alternant peinture et dessin, j’ai pu travailler sur un certain nombre de sujets qui auront contribué une fois encore à me faire pénétrer un peu plus dans la peinture.

Secrets des arbres

Si tôt ce matin, la lumière perce à travers le feuillage et caresse la peau des arbres séculaires. L’écorce, en larges croûtes disjointes semble s’ouvrir à la chaleur naissante.
Ici, le couteau a fendu l’enveloppe pour y dessiner les signes de l’amour. Une blessure à vie pour une union peut-être éphémère. Là avec le temps, un fil d’acier a mutilé la chair, provoquant une boursouflure qui digère silencieusement l’ennemi qui l’étrangle. 
Sous la cathédrale de verdure, les veines mortes d’un lierre dessinent en deux discrètes lignes un symbole rédempteur. Au sol, dans l’amalgame de terreau et de pierres, inanimée, vaincue, une feuille en forme de larme jaunit lentement.
De combien de plaies ouvertes, de cicatrices mal refermées ces arbres ont t’ils à se plaindre ? De combien de promesses, de secrets, de cris des jeux d’enfants se cachant autour de leur corps, ces arbres sont t’ils les complices ? 
Le soleil blanc imprime sur les bois des silhouettes menaçantes qui, sorties du désordre végétal, s’érigent en motifs énigmatiques.  Une main géante étale ses doigts griffus pour caracoler d’un tronc à l’autre, de crevasse en lézarde. Quelques feuilles dans la transparence de la futaie, ponctuent de leur clarté ensoleillée une ligne de vie vers une sortie imminente. Les vieilles sentinelles à la peau parcheminée se tiennent particulièrement droites, les pieds ancrés dans l’humus et la tête flottant dans l’azur. Il en va aussi ainsi de certains hommes.

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Du vert mais pas que…

Parmi la gamme chromatique allant du jaune au violet, le bleu est la couleur préférée des Occidentaux. Viennent ensuite le rouge et le vert. Le jaune ne semble pas retenir beaucoup de suffrages.
C’est autour du vert que je porterai mon attention. On ne le sait peut-être pas, mais le vert fait partie de ces couleurs historiquement maudites. Au XVIe siècle, le pigment vert était chimiquement instable et difficile à créer. Cette couleur était issue de l’oxydation de lamelles de cuivre avec du vinaigre, du citron ou de l’urine. Ce vert-de-gris obtenu s’il suffit à imiter la couleur verte, n’en est pas moins corrosif et contaminant pour les couleurs voisines ainsi que toxique puisqu’il se transforme en un poison extrêmement violent. Au XVIe siècle, le comédien qui jouait en vert, ne portait pas un costume teint en vert, mais un costume littéralement peint en vert-de-gris.
Plusieurs comédiens moururent empoisonnés mais personne ne comprit que la peinture en était vraiment la cause. L’idée se répandit que le vert était une couleur maudite et elle fut bannie progressivement des scènes de théâtre. La légende ne s’arrêtera pas là puisqu’au XIXe siècle, la malédiction du vert prend un nouvelle tournure. Ce n’est plus le vert-de-gris qui est en cause, mais celui à base d’arsenic. On se sert de cet élément chimique pour fabriquer teintures et peintures vertes en décoration, dans le mobilier, ou objets de la vie quotidienne. Ces produits inodores étaient extrêmement dangereux puisqu’ils exhalaient, en présence d’humidité, des vapeurs nocives qui provoquèrent de nombreux accidents et ne firent qu’amplifier la méfiance vis à vis de cette couleur. Il est possible que Napoléon en ait été victime à Sainte-Hélène. Aucun historien ne croit plus que l’empereur ait volontairement été empoisonné, mais plusieurs chercheurs soulignent que les pièces de la maison où il vivait étaient tendues de vert – sa couleur préférée – , le dangereux “vert de Schweinfurt” mis au point en 1814 par dissolution de copeaux de cuivre dans de l’arsenic. D’où sans doute une explication à la présence de traces d’arsenic dans les cheveux et sous les ongles de l’empereur défunt.
(À lire l’excellent livre de Michel Pastoureau, Les couleurs de nos souvenirs.)

Si en peinture, la constitution du vert ne présente pas de toxicité particulière et n’endosse plus la moindre malédiction, elle demeure pour beaucoup une couleur délicate à mettre en œuvre. Pour un peintre de paysages la saison fatidique est celle qui se situe entre la fin du printemps et les prémisses de l’automne. C’est à ce moment là que la nature explose dans un foisonnement de verts de toutes sortes. Si nombreux et souvent si proches selon les différentes essences d’arbres dressés sur les prairies aux herbes survitaminées. Comment rendre toutes ces nuances qui changent en permanence au gré du nuage qui musarde ou du soleil qui place les ombres tantôt à droite, tantôt à gauche. Là, le peintre aurait tendance à mettre en regard ces misérable capacités d’observation et la force évocatrice de la nature. Comment rendre tout ça, sans en faire un vulgaire plat d’épinards. Je ne passe pas de la peinture à la cuisine – bien que la cuisine soit aussi un art – sans intention. Mais la hantise du coloriste est bien de se rendre compte que son paysage et particulièrement ses verts ressemblent indéniablement à la couleur des épinards. Rien de pire ! La “couleur épinard”, c’est un peu la couleur directement sortie du tube, une couleur non modulée, non travaillée, qui manque de finesse et ne correspond qu’à une observation insuffisante. Je ressens une certaine angoisse chaque fois que je dois planter mon chevalet devant un paysage tout de vert revêtu. Le niveau me paraît infranchissable au premier abord, il me faut apprivoiser le lieu, l’espace, les sonorités, les couleurs…
La proximité des nuances fait que l’œil se perd très vite dans un massif entièrement vert. Généralement, je fixe mon attention sur un arbre particulier qui constituera un axe principal. Celui-ci me servira de couleur de référence à partir duquel je vais organiser toutes les autres couleur. Je vais faire un va et vient visuel permanent pour donner à l’ensemble de la peinture, une cohérence, une harmonie qui, même si elle ne représente pas la réalité, devient sa propre réalité. Le plus difficile est d’appréhender la verdure qui se fond dans les bleus avec l’éloignement. Cézanne a longuement travaillé cet effet de vibrations dans les lointains. C’est dans une forme plus moderne et plus réaliste qu’Israël Hershberg s’est intéressé à ce phénomène de profondeur et de voile atmosphérique.

Cézanne, la montagne Sainte-Victoire.

Israël Hershberg, les Sabines 2014.

Il faut avant tout chose se focaliser sur un sujet. Bien souvent, je ne recherche pas le sujet original qui risque de constituer ce que j’appellerais l’aspect « carte postale ». Les poncifs traditionnels existent en photo comme en peinture. Certains en vivent et très bien, pour continuer à défendre leur position. Le joli petit village avec les fleurs au premier plan (le tout bien « léché » ou traité « au couteau », dont les couleurs brutales, happent l’amateur d’art qui confond peinture et imagerie), reste le modèle favori. Mes préférences thématiques, si elles ne me sont pas exclusives, résultent d’une façon de voir la nature de façon très naturelle, comme au cours d’une promenade. Le regard se pose ici sur un coin de campagne, ou là sur un bosquet parceque nous sommes entrés en résonnance avec ces éléments d’apparence anodine. C’est ce choix que je privilégie. Celui de ne représenter que des endroits dépourvus de tout intérêt « pittoresque ». Éviter l’attrait « forlklorique ». Tenter de donner l’attention à la peinture elle-même et non pas au sujet ou à l’objet représenté. Il en est de même pour les éléments des natures mortes (je préfère l’appellation anglaise « still life) qui me proposent une vision du quotidien à la place de tables chargées de fruits, de fleurs et de victuailles dont le passé nous a habitués. La chaise de Mathieu Weemaels, le plat vide de Michael East, ou le lavabo d’Antonio Lopez Garcia sont des objets du quotidien entrés dans la vision et la préoccupation des artistes d’aujourd’hui. Leur qualités picturales et leur valeur artistique ne peuvent être contestées.

Mathieu Weemaels.

Michael East.

Antonio Lopez Garcia.

Je ne cherche pas à séduire par une série d’artifices qui flattent l’œil d’un large public. On peut me le reprocher. Mais cela ne constitue pas une charge suffisante pour me faire changer de direction. L’idée est de se démunir de tout ce qui pourrait être mineur, qui pourrait troubler ou divertir l’observation. Une barrière d’arbres mêlés sans distinction, un fourré ou un lointain anonyme font l’affaire. Un sujet à l’apparence banale ne contient plus que l’essentiel à étudier, les formes et les couleurs. Le fait d’en décider la représentation lui fait perdre son rôle d’élément de piètre importance et lui confère le statut de modèle privilégié. Souvent, je pense à quelques grands peintres dont je pourrais faire référence tant leur travail fut pour moi en son temps un modèle. Corot le “moderne” avant l’heure par le synthétisme et cette force tranquille qui émane de ses paysages. Cézanne pour la touche de couleur qui construit ses paysages comme un maçon construit sa maison. Bonnard dont la couleur magique transfigure la moindre vue en un mirage féérique digne du Magicien d’Oz. Et désormais tant d’autres contemporains qui, s’ils ne sont pas des maîtres « muséifiables », sont d’excellents peintres. 

Corot.

Cézanne.

Bonnard.

L’observation du sujet verdoyant est un bon exercice pour former son œil. Les nuances sont subtiles, teintées de bleu, de jaune, de gris, d’argent pour certains feuillages. Je n’ai jamais eu le sentiment devant un paysage de me dire : “voilà, c’est un tableau fini !”. J’ai toujours envisagé le paysage comme une série d’études à chaque fois prolongées. Le premier aidant au passage et au perfectionnement du second et ainsi de suite avec des allées et venues incessantes, soit en progression, soit parfois avec des retours spectaculaires.
Certaines peintures, sont pour moi des marqueurs importants. Ainsi ce petit paysage de quelques centimètres carrés, réalisé en pochade en moins d’une heure, est le résultat d’une vision du lointain dont je n’avais jamais fait cas jusqu’à présent. J’ai été surpris de constater combien, en scrutant l’horizon, l’œil finit par discerner volumes, plans étagés en profondeur, qu’il est si difficile de rendre par la couleur en raison du voile atmosphérique. La taille du format m’empêchant de pousser bien loin la réalisation aussi bien sur l’aspect des formes que de la couleur, il me faudra revenir sur le sujet.

Environs d’Herbeville, août 2017.

Alors, certains pourraient se dire pourquoi s’ennuyer autant et vouloir toujours s’approcher au plus près de la vérité de choses, maîtriser la couleur, la forme, le vide. Pourquoi expérimenter sans cesse, et estimer que ce n’est jamais fini… À ceux là, je n’ai aucune réponse à offrir. Prendre un pinceau n’est pas un acte innocent et chacun doit trouver sa propre réponse. Quelqu’un d’autre que moi a dit ceci :
“J’essaie de faire ce que je ne sais pas faire, c’est ainsi que j’espère apprendre à le faire.” C’était tout simplement Pablo Picasso.Peintures et dessins récents :