Online avec Anaïs

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Ma dernière séance de modèle vivant online, s’est passée avec Anaïs Auphan (Anaïs Popeline, comme modèle). C’est une jeune femme élégante et gracile au gestes amples et d’une grande souplesse. Son corps se tord lentement, ses grands bras caressent le vide un instant afin de trouver le bon équilibre, et après quelques mouvements qui ressemblent à une danse improvisée elle se fige pour une pose de quelques minutes. Comme toujours les poses sont échelonnées  d’une à trente minutes. Ce principe permet d’adopter différentes techniques selon le timing. Une partie des poses se feront en duo avec son ami Jordan. J’opte pour de l’encre et de l’aquarelle. Ça ne sera pas facile sur des poses en duo qui sont assez compliquées et demandent d’agir très vite. Je prépare tout le matériel suffisamment à l’avance car pendant la séance, les poses se succèdent les unes derrière les autres sans discontinuer.

L’eau, l’aquarelle, les pinceaux, les papiers tout est à portée de main pour ne pas être pris au dépourvu. L’image vidéo n’est pas très bonne, elle est relativement pixellisée et donne parfois une apparence fantomatique au modèle. Je devine plus que je ne vois. Finalement sur des croquis enlevés, les détails n’ont pas d’importance. C’est la physionomie générale qui l’emporte sur l’anecdote. Jordan est un très beau modèle, très en harmonie physique avec Anaïs et les poses en duo sont parfaites. Mais difficiles à rendre sur les poses les plus courtes car les deux corps sont mêlés et le chronomètre est intraitable. Je me suis souvent demandé quel était l’intérêt des séquences en mouvement continu du fait qu’il est impossible de fixer quoi que ce soit. Finalement c’est peindre le mouvement lui-même qui crée une narration visuelle inattendue…réussie ou pas. C’est aussi une manière pour les modèles de retrouver la fluidité de leur corps et de décontracter un peu la main du dessinateur.
http://anaispomeline.com

Portraits mai 2020

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Une variété de visages pris comme modèles et glanés ici ou là. Des portraits dessinés au stylo encre, au crayon, du lâché au plus construit. Un petit divertissement pour ne pas perdre la main.

Le fait que le modèle soit une personne réelle ou quelqu’un de fictif n’a aucune importance pour les procédés employés par l’art pour le faire connaître ; mais il en a pour le travail demandé à l’artiste. Le portrait d’une personne réelle demande à l’artiste d’être observateur et même psychologue pour pénétrer la personnalité du modèle. Le portrait d’une personne fictive lui demande une imagination très précise et complète ; et bien souvent les portraits fictifs prennent appui sur l’observation de modèles réels.

Portrait de Jean

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Le portrait est un thème récurrent dont je ne peux pas me passer. J’ai participé hier à une séance de nu par vidéo online. Nous étions plus d’une cinquantaine connectés du monde entier à nous retrouver sur internet autour d’un très beau modèle. Le modèle avait prévu, entre autre, une pose de 30 minutes consacrée uniquement au portrait. Trente minutes permettent avant tout de réaliser une pochade, une esquisse colorée des lumières, de quelques traits particuliers de la personne.

Ce petit exercice aussi rapide et minimal soit-il, a réveillé mon envie de modeler quelques figures. J’avais mis de côté des sticks huile Sennelier que j’avais peu utilisé. Il était temps d’en tirer profit. Les sticks huile, sont de gros bâtons de couleur à l’huile. La matière est très onctueuse, très grasse. Il ne faut pas les confondre avec les pastels à l’huile. Les sticks, sèchent exactement comme la peinture à l’huile alors que les pastels à l’huile ne sèchent jamais. Il en va de même pour le résultat. Une peinture réalisée avec des sticks sèche rapidement et n’a pas besoin d’être protégée. Le pastel lui, devra être systématiquement encadré. Je ne possède pas beaucoup de couleurs. En tout cas pas suffisamment de tons pour traiter facilement la couleur chair. Mais j’ai fait avec. Comme support, j’ai choisi un papier à grain, genre papier aquarelle préparé d’un enduit “Gesso” recouvert d’une couche de couleur acrylique.

Pas de dessin préparatoire. J’ai l’habitude de commencer mes peintures en dessinant/peignant. C’est la meilleure façon de placer les masses et de créer les volumes au bon endroit le plus précisément possible. Les premières couches de couleur accrochent durement sur l’apprêt. Pas facile d’étaler la matière avec les doigts. Et puis, couche après couche la couleur s’épaissit, la pâte devient de plus en plus onctueuse et là, ça devient un régal. Toute la construction du portrait se fait petite touche par petite touche et le travail avec les doigts devient essentiel. Il faut enlever, adoucir, remettre, gratter, mélanger sans cesse. Un geste trop appuyé creuse la couleur, détruit la forme ici, la modèle ailleurs. Le plus difficile avec ces gros sticks, c’est de parvenir du premier coup à placer la touche de couleur juste au bon endroit. Il faut peu de choses pour louper un détail. Il m’aura fallu deux heures trente pour réaliser le portrait. Je finis avec le bout des doigts douloureux, la peau bien entamée et les mains totalement barbouillées de peinture. 

Cinquante six

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Cinquante six, c’est le nombre personnel de mes journées de confinement. J’avais commencé un peu avant tout le monde. J’ai eu comme le sentiment que ça allait mal tourner à terme. Ici, en région parisienne, nous ne sommes pas sortis de l’auberge. C’est sans jeu de mot avec les auberges et restaurants qui risquent d’être encore fermés un petit moment. Enfin, comme je ne me décourage pas car baisser les bras et se laisser aller à la morosité ne ferait que pomper toute énergie de vie, voilà quelques peintures qui respirent l’air du Vaucluse. Profitez-en, dès lundi, je pars me dégourdir les jambes dans ma région (pas au delà de 100 km bien sûr) et ma production de peinture va sûrement baisser. On ne peut pas tout avoir n’est-il pas ?

Vieille ruelle Avignon.
Vieux mûrier en hiver (Bedoin)
Cerisiers en hiver (Bedoin)
Brume le Mouriau (Bedoin)

Nus online

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Avec le confinement les ateliers, les écoles d’art et les associations artistiques qui proposent des séances de modèle vivant, ont vu leurs portes se fermer brutalement. Du même coup, les modèles se sont retrouvés du jour au lendemain sans aucune proposition. Ici pas d’indemnités, pas d’aide sous quelque forme que ce soit. Pour survivre un certain nombre de modèles ont eu l’idée de proposer des séances de poses par vidéo en utilisant internet. L’idée n’est pas nouvelle car il existe déjà (en accès libre) sur Youtube des vidéos très bien faites, intégrant un timing de poses, qui sont dédiées aux dessinateurs et aux peintres. Avantage ou inconvénient, chacun peut en juger. Ces vidéos ou films, bien évidemment ne sont pas en direct et aucun lien n’existe ou ne se crée entre le modèle et l’artiste. J’ai donc essayé les séances vidéo en direct qui, sur l’aspect purement technique sont d’une procédure très simple. Le modèle envoie à tous les intéressés un planning sur les séances, les horaires, le contenu (pose unique portrait, nu poses rapides ou drapé etc…). Ainsi on choisit le type de modèle, son jour, sa plage horaire. Il suffit ensuite par Paypal ou autre organisme sécurisé d’apporter sa contribution à une cagnotte créée par un collectif de modèles ou directement sur le compte personnel du modèle (de 5 à 10 euros), pour recevoir un code d’accès de participation. Le tout ne prend pas plus de 5 minutes. Le jour dit, à l’heure précise, en lançant Zoom (une application de partage vidéo utilisée dans le monde entier) on rejoint la réunion et le modèle. Les présentations, salutations et mises au point sont établies et la séance commence. Ceux qui possèdent un ordinateur avec caméra intégrée peuvent dialoguer avec le modèle ou entre eux. Mais bien souvent, la session est studieuse et les commentaires ne sont échangés que pendant les repos du modèle. Lors de ma première séance, 32 paricipants étaient présents. Généralement, selon la notoriété du modèle, du jour, de l’heure etc…j’ai compté une moyenne de 12 à 18 participants. Pour ma part cette initiative parfaitement bienvenue, ne peut pas remplacer les poses en atelier où la présence physique du modèle rentre en résonnance avec le dessinateur dans une sorte de tension. Cela permet cependant à tous les modèles, femmes ou hommes, de garder un peu la tête hors de l’eau et de maintenir un lien avec de nombreux artistes jusqu’au jour où les ateliers rouvriront leurs portes.

(Séances de croquis de 2 à 10 minutes avec Maria et Flore)

Hello !

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Je n’ai rien de particulier à vous montrer, pour l’instant. Il faut que je produise et quoique cela paraisse incroyable, je manque de temps pour peindre. Alors j’avais juste envie de vous souhaiter de passer une bonne journée et de tenir bon. Pour ceux qui sont dans les régions les plus atteintes par le virus, il va falloir encore un peu de patience pour bouger. Pour les autres, l’étau va se desserrer. Il faudra tout de même faire attention au rebond de l’épidémie, qui pourrait s’annoncer plus difficile à gérer que maintenant. Soyez prudents, ne relâchez pas votre attention.

Visite guidée

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Je sais bien que ce ne sont pas vos lectures sur mon blog qui vont combler vos longues journées de confinement. J’essaie toutefois avec les moyens dont je dispose de garder un peu d’animation avec mes plus fidèles visiteurs. Je tente d’apporter un petit détournement artistique ou amusant à notre quotidien qui est aujourd’hui bien introversif. Je ne sais pas si vous êtes très absorbés, mais pour moi ces publications m’occupent suffisamment pour être presque débordé. Réfléchir au prochain sujet et le préparer, que ce soit du dessin de la peinture ou autre chose, m’occupe bien quelques bonnes heures. Aujourd’hui, je n’ai pas de peinture à montrer et comme j’avais envie de faire quelques photos (oui, ça me prend comme ça), j’ai fait une petite exploration avec l’appareil photo dans la pièce ou je peins.

Personnellement j’ai toujours aimé découvrir les ateliers des peintres. J’ai toujours cru qu’en les visitant, j’allais y découvrir des secrets. Le plus souvent j’en ai ramené des odeurs d’essence et de vernis, reçu parfois de bons conseils, vécu des moments chaleureux, mais jamais aucun secret ne me fût révélé. Et ma modeste officine dont vous ferez bien vite la visite virtuelle, ne vous délivrera elle non plus aucun secret. Chez moi, pas de “poétique capharnaüm ». J’ai dû organiser les choses de manière très rationnelle pour profiter d’un peu d’espace et de recul. Chacun organise sa manière de travailler comme il l’entend et la peinture, quoique certains puissent en penser, c’est une activité très manuelle dont les outils lui sont aussi indispensables qu’une truelle à un maçon, ou un masque à un chirurgien. Le peintre est maniaque, j’en suis convaincu. Untel préfère tels pinceaux en poil de blaireau, de telle marque en excluant toutes les autres, car ils conviennent parfaitement à sa technique. Tel autre ne jure que par les pastels qu’il fabrique lui-même.  Enfin celui-ci commande ses couleurs auprès d’une maison artisanale réputée, véritable institution fréquentée des seuls initiés. Je n’ai pas tant d’exigences et pourtant, je n’échappe pas à la règle.  J’ai aussi mes propres usages, pour ne pas dire mes habitudes. L’outil le plus indispensable (hormis le chevalet) est pour moi la palette.

J’ai fait la mienne à partir de 2 plaques de verre. L’une me sert de palette tandis que j’utilise l’autre comme couvercle pour conserver la couleur ou préparer certains mélanges. La couleur même totalement sèche après des semaines, s’enlève sans problème avec un couteau de peintre très rigide. Je suis pour les efforts faciles. Le gros pot lave-pinceaux, j’en suis amoureux ! Je le trouve beau avec son allure de chaudron hors siècle. L’acier et le cuivre rouge se marient en parfaite harmonie. Avec son ressort repose pinceaux, il ne manque pas d’allure et même d’une certaine technicité. Il est en proportion de la grosseur de mes tubes de peinture.

Je ne suis ni Rembrandt ni Bonnard. Pas de couleurs de qualité “extra fine”, simplement des couleurs “étude” de différentes marques et au meilleur prix. Une palette assez limitée qui m’oblige à chercher la teinte par des mélanges successifs. Il me manque parfois une couleur particulière, intense pour illuminer une peinture…mais je fais sans. Mes « œuvres » ne traverseront pas les siècles. Comme un bon alchimiste, j’ai essayé une bonne dizaine de médiums pour appliquer la couleur. Je n’ai jamais trouvé la « solution » idéale. Je les conserve dans des petites bouteilles comme des onguents néanmoins précieux. J’utilise parfois tel médium selon le sujet, parfois tel autre en fonction du support. Dedans ou dehors je choisis quelquefois mes émulsions selon l’humeur du moment. Ça m’amène à des découvertes toujours intéressantes.

Mes nombreux pinceaux sont au garde à vous dans des pots en verre. Pots de confitures, de haricots, de cornichons…tout est bon pour les classer. Les pinceaux neufs d’un côté, les plus usés de l’autre. Les peintures sitôt finies rejoignent des cartons obèses, où s’entassent, se pressent des dessins, des peintures en nombre attendant de trouver un espace plus généreux à la cave. J’expose peu de choses aux murs à part ce qui m’est indispensable lorsque je travaille et les peintures en cours de séchage. J’observe beaucoup la peinture pendant sa réalisation pour en poursuivre correctement son avancement. Une fois terminée celle-ci perd pour moi très rapidement de son intérêt, et s’en va rejoindre, pour s’y reposer…le carton obèse !

Voilà, vous avez fait le tour de mon domaine de 9m2.
En sortant, n’oubliez pas le guide.
Merci de votre visite et au plaisir de vous revoir bientôt.

Un peu d’innocence

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C’était quelques temps avant le confinement, les grands parents avaient encore le droit de recevoir leurs petits enfants et, comme chacun le sait, les occuper n’était pas la moindre affaire. Alors voilà ce qui est né de la collaboration entre ma petite fille de 12 ans et moi. Avec un simple appareil photo, des centaines d’images, et quelques accessoires, beaucoup de patience, de complicité et surtout beaucoup de rires nous avons réalisé cette modeste animation. Ça ne dure pas longtemps car les enfants sont toujours impatients d’avoir fini une chose pour passer à une autre. J’espère que ce petit moment d’innocence vous fera oublier l’espace d’un instant ce confinement loin de ceux que vous aimez.

Au soleil

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Village de Caromb, arrière cour (Vaucluse).

Je ne sais pas s’il est intéressant pour tout le monde de publier en tant qu’évolution, l’ébauche et la réalisation finale. Personnellement j’ai toujours eu de l’intérêt pour voir les « en cours » chez les autres.

Le premier jet donnait la tonalité générale de la scène. La couleur très ocre/rouge me faisait plus penser à un paysage d’Afrique du nord qu’à un village du Vaucluse. Tout était en place sans mettre en évidence les volumes architecturaux. Dans la réalisation j’ai surtout travaillé sur une lumière plus froide et posé des couleurs plus proches des crépis des maisons de cette région sous un soleil aux alentours de midi. Le ciel a pris plus de luminosité et de densité. La végétation à peine esquissée en première phase retrouve toute sa place sur la finalité.

À l’heure du J24

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Ce matin, deuxième sortie depuis mon vingt quatrième jour « d’internement ». Un petit tour d’une heure à la recherche de quelques photos macros pour illustrer le printemps. Et puis rien de vraiment intéressant à mettre dans la boîte. Juste cette image de la Défense et de Paris au loin dans une brume matinale traversée d’une lumière jaunâtre. Devant ce paysage qui s’éveille en silence, il est étrange de penser qu’à portée de vue, la « contagion » est en train d’œuvrer insidieusement. Toute la nuit, des gens ont dû lutter contre la maladie, autant les souffrants que les soignants, pour une bataille qui n’est pas encore gagnée. Et après, va t’on gagner la « guerre » et dans combien de temps ?

Inside one

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Ayant passé un certain temps sur le dessin avec l’encre, j’avais besoin de renouer avec l’odeur de l’essence de térébenthine et de la couleur. J’apprécie les petits formats qui permettent de changer de sujet plus rapidement, et de rester toujours à la limite d’une peinture trop finalisée. C’est aussi la possibilité de changer un peu ma manière de peindre, de faire des tentatives techniques ou tout simplement d’expérimenter des rapports de couleur différents. Les trois premières huiles ont pour sujet le Morbihan, la côte sauvage de Quiberon (comme bien souvent). Les quatre peintures suivantes sont des représentations de villages du Vaucluse. 

J’ai employé différentes manières pour traiter ces sujets. Une touche plus libre pour les paysages de mer et une expression en applat, basée davantage sur les contrastes pour les villages. J’ai imaginé les maisons comme des cubes de construction, s’emboîtant les uns dans les autres. Il y a souvent un équilibre à trouver entre le respect de la perspective et la liberté d’expression. La dernière huile est en cours de réalisation et sera plus « structurée ».

Théorie du complot

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Pourquoi les électeurs du RN croient que le coronavirus a été inventé en laboratoire.
Source Libération – Par Tristan Berteloot — 30 mars 2020 à 08:30

Marine Le Pen et Gilbert Collard à l’Assemblée nationale, le 13 février 2019.


L’extrême-droite flatte les réflexes conspirationnistes de ses sympathisants. Selon une étude publiée samedi, près d’un Français sur quatre pense que le virus Covid-19 a été créé par l’homme. Le chiffre bondit à 40% chez les électeurs de Marine Le Pen.

Plus d’un Français sur quatre (26%) croit que le virus du Covid-19 a été fabriqué en laboratoire, dont 17% «intentionnellement», révèle une étude de la fondation Jean-Jaurès et de Conspiracy Watch, publiée samedi conjointement avec l’Ifop. Le chiffre, affolant, confirme les tendances des études précédentes de ces organismes, selon lesquelles «les générations les plus jeunes et les catégories sociales les plus défavorisées demeurent les plus perméables au complotisme». Mais si l’on regarde de plus près, le chiffre bondit : 40% des sympathisants du Rassemblement national souscrivent à la thèse. Le résultat a son importance, alors que, depuis le début de la crise du Covid-19, beaucoup de fake news circulent sur Internet, relayées en partie par des personnalités d’extrême droite. Ceci expliquant cela ? Lundi matin, interrogée sur France info sur les différentes théories du complot qui circulent sur le Covid-19 jusque dans son propre camp, Marine Le Pen a en tout cas répondu ceci : «En démocratie, on a le droit de douter. Ce n’est pas un délit.» Et aussi : «Que des gens s’interrogent pour savoir si ce virus est d’origine « naturelle » ou s’il ne peut pas avoir échappé d’un laboratoire est une question de bon sens». Questions à Rudy Reichstadt, fondateur de Conspiracy Watch, et Jérôme Fourquet, directeur du pôle opinion à l’Ifop.

On sait depuis longtemps que plus les conséquences d’un événement sont choquantes, plus la population cherche spontanément des causes «ailleurs» que dans les «versions officielles». Concernant les théories autour du Covid-19, quel serait le profil type du Français complotiste ?
Jérôme Fourquet : Chaque grand événement s’accompagne quasiment instantanément de récits conspirationnistes et complotistes, qui peuvent avoir plus ou moins d’audience dans la société. Chaque événement va générer des récits propres, qu’il s’agisse de l’incendie de Notre-Dame, d’une épidémie ou d’un attentat… mais les profils qui adhèrent à ce type de récits sont souvent les mêmes.

Ce sont d’abord les tranches d’âge les plus jeunes : dans ces générations, on n’a pas forcément un recul historique important, avec une influence massive des réseaux sociaux que l’on consulte beaucoup au détriment des grands médias classiques, qui sont pourtant des remparts à la propagation de la grille de lecture conspirationniste. On est aussi sur des publics assez peu diplômés, avec moins de distance critique. Au contraire : à niveau d’étude élevé, mécaniquement, on a tendance à produire des «anticorps» face aux récits simplistes. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’exceptions, bien sûr. Mais rappelons que la principale fonction intellectuelle de la grille de lecture conspirationniste, c’est de rendre simple un fait qui paraît compliqué.

Enfin, il y a un certain nombre de formes d’esprit qui sont propices à la culture complotiste, ce sont tous les publics qui vont être plus facilement dans la défiance, qui vont dire : «Je ne crois pas ce que les puissants nous disent.» Quand on est en bas de l’échelle sociale, on a plus tendance à être méfiant vis-à-vis de ce qui vient de plus haut.

…pas étonnant donc qu’une telle proportion de sympathisants du RN adhèrent à ces théories. Mais que disent-elles ?
Jérôme Fourquet : On a des récits très classiques en matière de thèses complotistes pour une épidémie. En plus de l’histoire du laboratoire secret, il y a la théorie de l’arme de guerre biologique qui aurait échappé à ses créateurs, ou encore la question de l’argent. Les laboratoires auraient créé le virus, pour ensuite produire des traitements pour pouvoir les vendre à grande échelle. Récemment, des vidéos ont beaucoup tourné dans la sphère des gilets jaunes, qui rentrent dans ces catégories-là. Généralement, elles viennent en soutien du professeur Didier Raoult. Lui n’est pas en cause, mais ce qu’il représente peut venir porter de l’eau au moulin de cette vision-là.

Quels réflexes les thèses complotistes excitent-elles chez les gens ?
Rudy Reichstadt : Il faut dire qu’on est toujours dans le registre de l’indignation, on y dénonce des scandales d’Etat. Comme si les situations n’étaient pas encore assez graves, on rajoute une couche de scandale, de sensationnalisme. L’idée qu’on «nous prend pour des imbéciles» revient très souvent. De même que le «regardez, tout est vérifiable», tout en s’appuyant sur des faits ou des documents lus de travers, surinterprétés ou dévoyés.

Il n’y a pas toujours que de la manipulation derrière tout cela. Il y a plutôt une volonté de «savoir mieux», d’être détenteur de la vérité. Il y a un sentiment d’être héroïque. On est typiquement dans l’effet Dunning-Kruger : plus on en sait sur un sujet et plus on s’estime incompétent, et inversement, moins on en sait sur un sujet et plus on a l’illusion qu’on est compétent pour en parler. Cela donne des vidéos de vingt minutes de quelqu’un qui affirme avoir la preuve que le brevet du coronavirus a été déposé par l’Institut Pasteur : l’auteur ne sait pas que le coronavirus est une famille de virus, et il ne sait pas lire un brevet non plus.

Les sites de fact-checking se sont multipliés ces dernières années et les gens n’ont jamais eu autant d’outils à leur disposition pour différencier les informations fiables des fake news. Pourtant les adhésions aux théories complotistes n’ont pas l’air de reculer. Comment expliquez-vous cela ?
Rudy Reichstadt : Ce n’est pas parce qu’on produit des articles sourcés et sérieux et qu’on répète depuis des années qu’il est important de bien s’informer, que le message passe forcément partout. Les gens qui auraient le plus besoin d’être exposés à ce type de messages ne le sont pas. L’essentiel de tout ce que produisent les fact-checkeurs en France n’est pas vu par eux. Il faut voir que dans la manière de s’informer de ces personnes, il y a des lacunes profondes. La vidéo sur le brevet de l’Institut Pasteur a été vue plusieurs millions de fois, elle a eu des dizaines de milliers de partages, parfois par des gens qui ne l’ont pas regardée. Ces personnes ne se demandent pas si ce qu’il y a dedans est vrai car les images viennent conforter un doute qu’elles avaient déjà. Il y a enfin le fait que toute la presse classique est tenue en suspicion. Beaucoup ne prennent même pas la peine de prendre connaissance de ce qu’elle produit.

Après les confessions d’Agnès Buzyn qui dit avoir alerté le gouvernement sur la dangerosité du coronavirus dès janvier, Marine Le Pen a crié au «scandale d’Etat», et le RN a tweeté que «le gouvernement savait, mais il n’a rien fait». Un cap a-t-il été franchi ?
Rudy Reichstadt : Non, parce que chez les populistes, c’est assez classique d’expliquer que le gouvernement au pouvoir est contre le peuple. Mélenchon aussi, au sujet de Buzyn, a parlé d’«aveux» et, récemment, il a expliqué que l’ancienne ministre de la Santé «savait et a menti», presque mot pour mot ce que le RN a posté. Il y a deux manières de lire les propos d’Agnès Buzyn : de manière charitable, et de manière inquisitrice. Et les populistes les lisent, comme ils lisent le réel en général, parce que cela les arrange, de façon inquisitrice. Les populistes n’ont aucune raison de cesser de l’être du jour au lendemain parce qu’il y a une crise.

L’eurodéputé RN Gilbert Collard a raconté dans une vidéo que le mari de l’ancienne ministre de la santé avait participé à la création d’un laboratoire de type «P4» à Wuhan, «ville où le Covid-19 a soudainement surgi»… sous-entendant que le virus s’y était échappé. Quel intérêt a l’extrême droite de flatter les réflexes complotistes ?
Rudy Reichstadt : Parce que c’est sa fonction. L’extrême droite l’assume, cela consiste à raconter une histoire, comme le font les autres camps politiques. Sauf que ces histoires prennent plus ou moins de libertés avec les faits, jusqu’à les violer.

Jérôme Fourquet : avant de parler d’intérêt, on peut penser qu’une partie des leaders politiques est assez en phase avec la vision du monde de leurs électeurs. Donc il n’y a pas forcément que du cynisme ou de l’instrumentalisation derrière leurs discours. Ce que l’on mesure, c’est qu’une majorité des électeurs de Marine Le Pen ou de Gilbert Collard envisagent que le coronavirus a été créé par l’homme. Si ces responsables politiques n’adhèrent pas totalement à cette idée, elle peut en tout cas être utilisée pour essayer de délégitimer le pouvoir en place, qui est le principal adversaire du Rassemblement national. S’ils le font, c’est aussi parce qu’ils baignent dans une vision du monde pleine de méfiance. Rappelons que Marine Le Pen, responsable politique de premier ordre, puisqu’elle a été au second tour de l’élection présidentielle, s’est opposée aux onze vaccins obligatoires. De manière générale, il y a une vieille défiance de l’extrême droite, notamment, en matière de santé publique.

Horoscope

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J’ai toujours été totalement incompatible avec les lectures prévisionnelles des « oracles, numérologues, astrologues ou autres charlatans consultant cartes ou boules de cristal ». Mais je dois aujourd’hui reconnaître mon erreur et adhérer avec une réelle conviction aux dernières prévisions astrologiques. Protégez-vous bien.

Fin de série

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Je tenais à remplir complètement mon carnet avec des dessins « noir et blanc ». Voilà la chose est faite et je vais maintenant, m’investir un peu plus sur la couleur. À ce jour « mercredi 25 mars », le confinement continue et pour l’instant je ne ressens pas vraiment d’ennui. Je pense à tout ceux qui n’ont pas de passion ou de patience et qui doivent rester entre leurs murs, ça doit être terrible pour eux. Bon courage à tous.

À l’heure du J12

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De ma fenêtre, j’ai vue sur une petite rue en sens unique dédiée autant à la circulation des voitures qu’aux cyclistes. Cette voie est à certaines heures très passagère car elle donne accès d’une part à l’église et à l’entrée de la forêt et d’autre part à un modeste centre commercial. Le matin assez tôt et en fin d’après-midi, ce sont les sportifs, cyclistes et joggers que je vois passer en direction de la forêt. Vers dix heures, les cabas et chariots sont les plus nombreux sur les trottoirs à se diriger vers le centre commercial. Au cours de la journée tout un petit monde défile d’un côté et de l’autre en toute tranquillité. En général, le week-end quand il fait beau, beaucoup de promeneurs déambulent avec les enfants. C’est la promenade rituelle, le petit tour dans les bois. Et puis la messe du dimanche matin a aussi ses habitués. Les fidèles se remarquent tout de suite à la manière dont ils portent des tenues peu appropriées à la balade en forêt. Je n’oublie pas bien entendu les sorties du chien plusieurs fois dans la journée. Depuis des années cette circulation de personnages m’est assez familière et je finis par connaître un certain nombre de visages. Sans qu’ils le sachent, ils sont devenus une ponctuation dans ma journée.

J’ai pu me réjouir à une certaine époque de ces passages quotidiens qui distrayaient mon assiduité devant l’ordinateur ou le chevalet. Depuis lundi 16 mars, premier jour du confinement général, j’ai vu la rue perdre peu à peu son effervescence, abandonner au vide et au silence tout l’espace public. Et c’est quand même étrange d’éprouver aujourd’hui autant de plaisir devant ce vide urbain et de l’estimer comme un bienfait. Je constate avec soulagement que la civilité commence à se développer un peu partout dans la cité (sauf sans doute en Seine St Denis ou persistent des foyers de brutalité et d’insolence et aussi auprès des joggers véritablement shootés aux endorphines). Car on le sait maintenant, la propagation de ce virus ne se répand qu’au gré de nos propres déplacements. 

On exaltait la proximité, la relation à l’autre aussi physique que possible et l’on rejetait au diable toute cette technique du virtuel, susceptible de nous déshumaniser. Aujourd’hui, on installe « Skype et Messenger » partout pour se parler, pour se voir. Le confinement ça sauve » les vieux, les plus fragiles »de l’infection virale et en même temps, ça les isole de leur famille. L’informatique avec les réseaux sociaux, recrée les liens absents ou nécessaires, facilite les échanges, redonne de l’utilité et de la considération à cet univers tant décrié. Je reste dans bien des cas très critique quant à ces réseaux sociaux tout en reconnaissant que dans certaines circonstances ils ont leur rôle à jouer et possèdent une certaine efficacité. Mais pour l’heure, je dois m’habituer à ce que ma rue soit devenue terriblement vide.
(Je mentionne J12 car j’ai commencé ma retraite le 12 mars)

À l’heure du J5

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Les machines ne m’obéissent plus.
Je me suis dit aujourd’hui que ça serait assez amusant de raconter quelques faits et gestes d’un condamné comme tant d’autres à l’isolement.

Alors ce matin, après mon petit déjeuner et après mon documentaire à la télé (oui, je me regarde tous les matins, en craquant mes biscottes, un documentaire en replay), j’ai voulu me faire un café avec cette machine bruyante qui crache son jus avec tant de difficulté qu’on la croirait atteinte de cystite. Ah ! Pas assez d’eau dans le réservoir. Qu’à cela ne tienne, je soulève le couvercle du réservoir et muni d’une tasse pleine d’eau, je balance le liquide dans le récipient transparent…juste au moment ou le couvercle se referme ! Et vlan, toute l’eau éclabousse la cafetière, le plan de travail et cette maudite machine se met à clignoter rouge. J’éteins la cafetière. Dans le réservoir pas une goutte d’eau. J’éponge mes dégâts avant de remplir le réservoir d’eau à ras bord. Cette fois ça va gazer. Je rallume la machine qui se remet au rouge. Bon, il faut faire quelque chose. Y a urgence. J’éteins la cafetière et j’essaie de décrocher le réservoir d’eau…plein. Il résiste, mieux que ça, il se défend et ne veut pas quitter le corps de sa petite maman. On va voir qui est le plus fort ! Je tire et tord en même temps le bazar qui se détache de la cafetière et valdingue je ne sais où.
Merde ! Merde et merde ! Un litre d’eau éclabousse tout le plan de travail. Le liquide s’étale avec horreur partout, recouvre la plaque de cuisson, inonde les tiroirs, détruit entièrement le sopalin, et distribue une gerbe d’eau dans la cuisine. Merde ! Merde et merde ! Je le redis car je l’ai dit plusieurs fois pendant au moins 5 bonnes minutes pendant que j’épongeais avec du sopalin…mouillé.
Un quart d’heure après, tout est rentré dans l’ordre. La cuisine nickel chrome. Il est temps – enfin – de se faire un petit café bien mérité. Clic ! Rien ! Pas de voyant qui clignote ! La cafetière ne s’allume plus ! J’enlève le réservoir que j’avais de nouveau rempli, je vide l’eau. Je retourne la cafetière et la secoue….(vous savez comme on fait parfois avec le grille pain pour faire sortir les miettes du fond). Non, elle est bien sèche. Pas en court circuit apparemment. Au cas où, j’actionne la lumière de la cuisine. Pas de lumière, pas de jus ! Je vérifie le disjoncteur de l’appartement qui a bien entendu disjoncté. C’est fait pour ça. Je remets en route et rien ne se rallume. C’est moi qui vais disjoncter. Je cherche dans l’escalier mon compteur « Linky ». Je ne sais pas trop lequel c’est…il y en a 8, autant que de propriétaires. Linky a beau être intelligent, il ne me parle pas beaucoup. J’appuie sur des boutons, auxquels je ne comprends rien. Des chiffres des mots incohérents s’affichent. Je referme le panneau de l’armoire électrique discrètement…Au cas où j’ai tout déréglé chez les voisins. Vaut mieux ne pas me faire remarquer.
Ma femme tente de contacter le service Enedis afin que quelqu’un vérifie si notre compteur fonctionne bien. Pas d’internet pour chercher un numéro de dépannage. Et évidemment, plus de ligne téléphonique fixe…et notre téléphone mobile a cette particularité de bloquer l’accès au clavier dès qu’on est en communication. Faites le 1, puis faites étoile, puis faites le 3 si c’est…etc etc…Impossible de faire les numéros. Pas facile avec ce confinement de trouver quelqu’un à l’autre bout du fil.
On fait le bilan. Impossible de joindre quelqu’un pour un dépannage. Nous n’avons plus de chauffage, de lumière, tous nos appareils sont électriques. On a le frigo plein, mais on ne peut rien faire cuire ou réchauffer. Nous sommes condamnés à mourir de faim. Non, je plaisante ! Mais essayez d’imaginer chez vous une panne définitive, sachant que personne ne viendra vous dépanner et que vous ne pouvez même pas aller chez Castorama acheter une pièce. Bon finalement mon épouse tombe sur le service dépannage Énedis. Après interrogation à distance, le « compteur intelligent » n’est pas en cause. Une charmante dame nous guide façon tutoriel (sans vidéo bien entendu) pour les manipulations à faire sur notre compteur d’appartement. Ma femme me répète chaque mot de la « dépanneuse » et moi, juché sur une chaise devant le tableau de bord, j’appuie, j’enclenche, je déclenche. Je fais sans réfléchir ce qui m’est « ordonné »…et ça finit par marcher.
Détection faite, c’est la plaque de cuisson qui est en court-circuit. Bon et après allez vous me dire ? Et bien après, j’ai coupé le courant, désencastré la plaque de cuisson, défait tout un bazar de fils de toutes les couleurs (j’ai fait des croquis pour tout rebrancher correctement). C’est mon côté dessinateur qui ressort. Avec un sèche cheveux j’ai séché tous les contacts, nettoyé les boutons, et tutti quanti. Et ça remarche parfaitement bien. Même mieux qu’avant ! J’exagère, mais ça c’est mon auto-satisfaction qui parle.
J’y ai passé toute la matinée, j’en ai sué un tee-shirt entier et après ça, pensez-vous que j’ai encore le temps de vous écrire des histoires !
Ah, confiné, on a le temps de rien faire.

Confinement

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Mon poste de travail depuis une semaine.

Nous voilà donc tous logés à la même enseigne. Enfin quand je dis à la même enseigne c’est quand même chacun chez soi et il vaut mieux ne pas trop circuler chez l’un et chez l’autre. Il faut parfois s’approprier les mots, les tourner et les retourner dans sa tête. Il faut s’habituer à les prononcer, à bien en comprendre le sens. Quand j’ai entendu ce mot de « confinement » proliférer, au même titre que le virus, je n’ai pas pu m’empêcher d’avoir des idées amusantes. Il y a tout de même celle de « se préserver », comme se conserve une cuisse de canard dans sa graisse. Et puis confinement ça rime tellement  bien avec « condiment ». Je vois bien l’image de tous ces petits cornichons très verts, biens serrés les uns contre les autres, confinés dans leur pot. Oui, je me sens un peu cornichon. Cornichon d’être ainsi contraint, piégé chez moi et forcément confiné comme tout un chacun. Le monde tout entier se tient désormais dans un gros bocal. 

Je pense aussi à mes amis de province, petits rats des champs, qui ont vu arriver dans leurs cités et leurs campagnes, les rats des villes (désertant leur habitat exigu), leur rendre visite et peut-être même les empoisonner un peu plus. 

Comme il ne faut pas se laisser abattre face à un ennemi aussi vicieux, je me suis obligé à un planning (malgré tout assez souple) qui me permet au mieux d’occuper la journée. Voilà déjà une semaine que je me suis mis en retrait, bien avant la mesure de confinement, pour dessiner et peindre. Je me suis toujours interrogé sur la nécessité de conserver des disques durs saturés de photos. Aujourd’hui, je prends conscience de l’importance de cette bibliothèque dans laquelle je peux choisir mes sujets de dessin. Hormis la douzaine de dessins déjà réalisés en cinq jours, j’ai voulu pour une fois ralentir le rythme, l’adapter au tempo lent de ce confinement. J’ai choisi un mode précis de création, celui de la plume façon gravure. C’est une manière de laisser le temps s’écouler insensiblement tout en étant très absorbé. L’application de milliers de traits, la cadence de toutes ces petites traces noires m’ont parues en harmonie avec l’atmosphère sombre et épaisse que nous vivons. Il n’y aura donc aujourd’hui qu’un seul dessin.

Mont Ventoux côté nord. Restes de neige au mont Serein (janvier 2011). Plume et encre.
Détail du dessin à la plume.

Vent debout

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Vent debout au mont Ventoux

Pour un petit séjour dans le Vaucluse, j’ai décidé d’emporter un matériel minimaliste. Pas de couleur, juste un carnet grand format double A3, de l’encre noire et mes outils pour dessiner. Les sujets ont été très limités et se sont concentrés principalement sur les arbres qui, à cette saison sans feuillage, ont l’avantage de présenter toute leur architecture. Chaque jour a été dédié au dessin. Compte tenu de la météo favorable ou des abris que j’ai pu trouver par mauvais temps,  j’ai pu enchaîner jusqu’à 4 vues dans la même journée.
Un séjour placé sous le signe du marathon.

Contreforts sud du mont Ventoux et son émetteur au sommet. Minuscule à ses pieds, le quartier Jean Blanc.
Les Colombets au pied du mont Ventoux. Dans l’ensemble des bâtisses, se tient la « petite maison » de mes amis Bernadette et Georges.
Les Jacomets, quelques maisons perchées au milieu de vignes, tout proche des Colombets.
Vieux cerisier non taillé. On le devine à toutes ses fines branches entremêlées qui forme une sorte de cheveleure.

Lou pitchoun oustau*

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(La petite maison)

Pour la trouver il faut s’engager sur une petite route serpentant entre vignes et chênes truffiers. La voie légèrement goudronnée, laisse place peu à peu à une piste empierrée. En voiture, il faut mettre la pédale douce. Quelques trous bien placés et deux ou trois remblais pour évacuer l’eau descendue de la montagne, vous rappellent qu’ici les véhicules ne sont pas dans leur univers.

On débouche sur une place où la pierre charriée par les flots de l’orage peut bouleverser d’un coup tout le paysage. On est au bout du bout de l’urbanité, au pied des pentes du Ventoux. C’est ici que le visiteur persévérant découvre la petite maison et son îlot de tranquillité. Ce qui frappe avant tout, c’est le contraste entre l’aspect massif et minéral de l’habitation et l’impression récréative du jardin toujours bien entretenu. 

La bâtisse est rustique, restée dans son authenticité rurale. La pierre dorée des façades s’illumine au soleil. C’est le paradis des oiseaux et on peut en observer de différentes espèces. Oiseaux de métal, pour la décoration, oiseaux de plumes voletant autour des boules de graines suspendues aux branches des mûriers de Chine parfaitement taillés.
En dehors de l’hiver, le jardin resplendit de mille couleurs et de mille odeurs. Lorsqu’un inconnu approche de ce petit paradis, les chiens de chasse bouclés au chenil, font entendre leurs voix discordantes. Il faut montrer patte blanche et gare au renard qui tenterait de voler une poule.

Passé la terrasse, qu’une pergola chargée de vigne vierge en été protège de la chaleur, la double porte d’un autre siècle s’ouvre sur la pièce principale. Cette pièce de vie est le lieu de rendez-vous ouverte tout le jour à tous ceux qui s’y présentent. Originale par son aménagement, ancienne avec ses poutres apparentes, la salle à manger reçoit le volumineux poêle à bois qui consume sans faiblir bûche après bûche, du matin au soir. 

L’accueil y est chaleureux, sympathique, du moment que la « personnalité » plait aux propriétaires. Le matin, aux environs de huit heures, on y prend un café léger accompagné de quelques biscuits à l’anis réalisés par la propriétaire. À midi, sur la même toile cirée, le verre de café se transforme en incontournable verre de pastis préalable à un bon repas.

Chaque pièce est à l’image de la maitresse de maison. Décor très féminin, couleurs, bibelots, rangement optimisé. C’est une petite maison de femme et elle le fait savoir. La modeste cuisine d’un autre âge, n’empêche pas la « patronne » de mijoter quelques excellentes recettes dont elle a le secret. Les épices locales, cueillies au jardin ou dans la montagne proche sont toujours de la partie

À l’homme sont réservées la grange et la remise chargées d’outils, de bric et de broc, au sol en terre battue où la simple ampoule pendue au plafond sert d’éclairage général. Tout y est conservé, car un jour peut-être…ça pourra servir !

Ici plus qu’en ville, la nature impose son rythme et les gestes tout au long des saisons sont souvent répétitifs et deviennent avec l’âge de plus en plus difficiles à exécuter. Année après année la petite maison se transforme en lieu de vie plus fonctionnel. Sans doute perd t’elle en authenticité et en originalité, ce qu’elle gagne en confort et modernité. Ainsi va la vie aujourd’hui et sûrement demain encore. Le progrès nivelle par l’universalité et difficile de dire si tout cela est vraiment bénéfique.

Chambres d’Hôtes de Curnier
Bernadette et Georges Bérard
743 Chemin des Colombets
84410 – Bédoin.
Tel. : 04 90 62 12 50
Mob. : 06 21 72 09 65

La flamme et le crépuscule

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Passé la petite porte en fer du cimetière, mes premiers pas se font dans un profond silence. 
Pourquoi ces murs sont t’ils si hauts ?

Est-ce pour dissimuler aux vivants la solitude des défunts ou pour alléger le chagrin et les larmes des aimants.
Construits comme des remparts, il arrive pourtant qu’une croix émerge au delà de l’enceinte telle un œil audacieux fixé sur le monde des vivants.
Au soleil, sous le gel ou la pluie, la pierre dérouille, grince et se fait rebelle, repousse avec force désordonnée le grain de l’enduit. Sous un soleil latéral, comme une peau malsaine, le crépi craque, ouvre des crevasses. 
Le marbre fin ronge sa peau sous les acides atmosphériques. Dans ses veines blanches les flux d’oxydes ne coulent plus. 
Au fil des heures la flamme vibrante du jour se dissipe, s’affaiblit et périt en une lente agonie.

La pénombre annonce le crépuscule. Les formes se mêlent, se fondent, se pénètrent dans un grand ballet harmonieux. Émergent alors des granits obscurcis d’énigmatiques murmures.

Monotypes Morbihan

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J’ai déjà fait un petit article détaillé sur la technique du monotype (tout du moins la façon dont je pratiquais).  

Suivre ce lien : Monotypes essais

Ma méthode, est toujours la même et elle reste très artisanale à mettre en œuvre, mais c’est là l’avantage de cette technique. La difficulté que j’avais rencontrée la fois précédente venait principalement du manque d’une presse. Presse que je ne possède pas plus aujourd’hui. J’ai pourtant réussi à reproduire plus de subtilités dans mes transferts. Finalement j’ai tout simplement piétiné ma plaque de verre et le papier en les posant au sol…et on ne rigole pas. Ça fonctionne très bien. Faut-il encore faire un certain poids ou plutôt un poids certain !

Cette série de monotypes représente ici la côte sauvage de Quiberon dans le Morbihan avec différentes atmosphères.

Le monotype 09 est le résultat d’une première pression. Le monotype 10 est l’objet d’une seconde pression sans ajout d’encre. Ce qui signifie que l’on peut obtenir d’un seul encrage, deux version avec de valeurs très différentes.

02 Côte Sauvage de Quiberon (Morbihan)
03 Côte Sauvage de Quiberon (Morbihan)
04 Côte Sauvage de Quiberon (Morbihan)
05 Côte Sauvage de Quiberon (Morbihan)
06 Côte Sauvage de Quiberon (Morbihan)
07 Côte Sauvage de Quiberon (Morbihan)
08 Côte Sauvage de Quiberon (Morbihan)
09 Côte Sauvage de Quiberon (Morbihan)
10 Côte Sauvage de Quiberon (Morbihan)

Étapes

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J’ai entrepris une peinture de la côte sauvage de Quiberon sur une grande toile (92×65 cm). Je dois dire que j’avais un peu sous estimé le travail à effectuer compte tenu du format. Et d’ailleurs, même aujourd’hui, je ne sais pas si cette peinture est réellement terminée. Je réalise parfois quelques photos des étapes en cours. Ces images me permettent de voir ce que j’améliore et aussi ce que je perds à chaque modification ou avancée du travail. Car il est loin de croire que l’on ne fait qu’améliorer les choses. Bien souvent on dégrade certaines parties et contrairement à l’ordinateur où l’on peut faire un retour arrière…là, c’est trop tard.

Vue 1

Vue 2

Vue 3


Je passe vite fait sur les 3 premiers clichés qui ne sont que la mise en place des éléments par rapport au format. Les principales couleurs sont indiquées assez grossièrement. Si le bleu n’avait pas été aussi « brillant », le cliché 3 aurait pu constituer une bonne pochade et se suffire à elle-même.

Vue 4

Sur la vue 4, je suis à l’achèvement de la peinture. L’ensemble est pour moi beaucoup trop « coloré ». Je trouve le ciel en mauvaise adéquation avec la couleur de la mer. Les rochers à droite sont trop « orangés », ceux de gauche sont trop clairs, pas suffisamment dans l’ombre. Tous les verts sont trop acides et « crient » beaucoup trop. Le regard est surtout attiré par la zone claire de la mer.

Vue 5

La vue 5 présente une couleur générale plus harmonieuse, plus douce. Le ciel est plus cohérent avec la mer et la lumière générale. La falaise à gauche est un peu trop assombrie sur ses flancs. Par contre, à droite j’ai perdu toute la lumière sur les rochers et j’ai également perdu le dessin des blocs et les contrastes. Les verts sont moins agressifs et le chemin clair en bas à droite rentre plus dans le champ de vision.


La vue 6 est donc la version « définitive » actuelle. Le ciel est traité assez gris avec une mer dans le même rapport de couleur. La mer est bien trop lisse à mon goût. Elle manque d’animation. J’ai reconstruit et éclairci les rochers à droite. Enlevé du noir et re-dessiné un peu les rochers à gauche. La partie bord de falaise avec la butte a été retravaillée et ravivée en couleur afin de se décoller des rochers dont elle se confondait à certains endroits.

Je ne suis pas satisfait du résultat, mais j’en reste là…pour l’instant !

Mise à nus 01/2020

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Cela faisait un bon moment que je n’avais pas fait une petite mise à jour de « nus ». Voici donc un peu d’actualité sous forme de croquis à l’encre, réalisés avec mes traditionnels cure-dents taillés au cutter. Les séances de « modèle vivant » sont toujours menées de la même façon, c’est à dire avec un timing de poses courtes allant de quelques secondes à 10 minutes, voire 15 minutes maxi parfois. Je considère qu’un modèle, ne peut pas exister sans son environnement immédiat. Le fond (sa couleur claire ou foncée), les objets, les ombres etc…sont autant d’éléments qui permettent de construire le nu et de le faire exister dans l’espace. Cela étant dit, le challenge est bien de parvenir à faire figurer cet environnement (aussi minime soit-il) dans le temps imparti à la pose. Et plus la pose est courte, plus la concentration se fait sur le modèle au delà de ce qui l’entoure. Ainsi, les premiers croquis de « chauffe » de 2 ou 3 minutes sont concentrés uniquement sur le corps et ne comportent aucun autre élément.

Les dessins sur  fond blanc sont l’expression des poses les plus courtes et ils m’ont toujours donné le sentiment d’un manque, d’un résultat trop scolaire. J’essaye depuis quelques temps (selon le chrono) d’intégrer un peu de décor avec le nu. Il me semble que ça produit un croquis plus fini, plutôt ressenti comme un dessin en tant que tel. Beaucoup d’artistes dans l’atelier cherchent à représenter le modèle dans son entier. Le respect des proportions est aussi une préoccupation constante, au détriment de la vie, du dynamisme graphique ou de la qualité du trait. Je pense qu’il vaut mieux avoir un dessin vivant même faux au niveau des proportions humaines qu’un dessin juste mais totalement figé. Dans bien des cas, et en fonction du temps imparti à la pose, il est préférable de ne représenter qu’une partie du modèle.

Certains modèles adoptent des poses très complexes qui ne peuvent pas être rendues en quelques minutes. Le réflexe doit être de sélectionner un détail plus attractif (un raccourci, le mouvement d’une épaule ou d’une main) et de ne traiter que cette partie et de se consacrer à l’ensemble sur une pose plus longue..

Carbon Ink

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Un moment lors des grandes marées

Si le mois de septembre passé dans le Morbihan n’aura pas été très prolifique sur le plan de la peinture, c’est aussi parce que je me suis investi davantage dans le dessin. Le dessin est une activité qui ne réclame pas un matériel très conséquent. On peut se satisfaire d’un minimum de choses. Ce qui a l’avantage de reléguer boite-chevalet, tubes, pinceaux et autre médiums et essence à la maison. Il est vrai que parfois, j’en ai un peu marre, chargé comme une mule, de marcher à la découverte d’un coin pour peindre.
J’ai acheté un grand carnet de dessin qui me fournit une fois ouvert, un format de papier bien blanc de 42×60 cm. Il y a de quoi s’exprimer ! Le dessin avec de l’encre, s’est imposé comme une évidence puisque je voulais “voyager” léger. J’ai déjà manié le porte plumes et le stylo plume pour les croquis sur le vif. Pour croquer la mer il me fallait un outil plus rapide. Passer immédiatement d’un trait léger et vif à un trait épais et lourd, sans oublier que la matière solide comme les rochers nécessitent souvent des aplats bien contrastés. J’avais donc besoin d’un outil flexible, se laissant manipuler sans rechigner.

Des cure dents plastiques en guise de plumes

Finalement, c’est en taillant selon mes besoins des cure-dents plastique en forme plume d’oie, que j’ai trouvé l’outil idéal. Engagé dans une tige de bambou, c’est devenu mon “porte plume” préféré. Matériel très primaire, fonctionnel, léger et d’un coût ridicule, complété d’une bouteille d’encre et le tour est joué. Personnellement je n’utilise pas à l’extérieur l’encre de chine qui a tendance à sécher trop vite et qui empâte plumes et pinceaux. À cette encre épaisse et grasse, je préfère l’encre noire Colorex de chez Pébéo ou des encres indélébiles comme celles de chez Noodler’s Ink, de De Atramendis, ou Platinium Carbon Ink…qui sont très très noires et parfaitement liquides. Tous mes dessins sont réalisés avec l’encre de chez Pébéo.

Sixième extinction

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Depuis plusieurs années j’ai abandonné la macrophoto en raison de la disparition de la plupart des insectes qui présentaient un aspect intéressant sur le plan du comportement et pour ma part sur un plan surtout esthétique. J’ai toujours eu l’habitude au printemps comme à l’automne de visiter un étang auprès duquel je pouvais trouver libellules, agrions et autres bestioles…Dans un petit espace formant une zone humide, un marais de quelques dizaines de mètres carrés, il m’arrivait de rencontrer d’autres photographes, spécialistes des Odonates, parfois à la recherche de la perle rare. L’endroit était riche de prises. J’ai vu cet endroit se transformer peu à peu et perdre son intérêt pour toute espèce vivante.

Thomise

Des arbustes ont pris essor sur quelques mottes coiffées de grandes herbes. Les laîches se balancent au moindre souffle venu de l’étang voisin. L’endroit paraît mort…et pourtant, en me frayant un chemin parmi la végétation sauvagement implantée, plusieurs agrions s’envolent, quelques sauterelles me sautent dans les jambes. Est-ce le résultat d’un changement climatique plus favorable qui a fait éclore cette faune si discrète jusqu’à présent ?

Agrion

Sur une salicaire, je découvre une libellule rouge (sympetrum rouge sang), puis deux puis trois perchées sur les branches sèches d’un pin abattu.  Elles me donnent beaucoup de mal pour les approcher. De leurs gros yeux « robotisés » elles me détectent à plusieurs mètres. D’autant qu’en cette belle fin de journée, bien réchauffées, elles restent en chasse et très nerveuses. En examinant de plus près les tiges des phragmites, je découvre de nombreux agrions au thorax électrique…et même un argus bleu endormi (petit papillon beige aux ailes bleues intérieures) qui semble bien seul. Égaré sans doute, au risque de devenir la proie d’une libellule. Une grande sauterelle verte empêtrée dans les herbes me fait penser à un sauteur à la perche qui loupe son saut. Un peu plus loin, au bord d’un chemin je m’amuse avec une araignée crabe (thomise) qui passe d’un côté et de l’autre d’une fleur blanche, me menaçant de ces pattes tenailles. Quelques petits insectes ici et là complètent ma collection (mouche limnia unquicornis, araignée épeire diadème, charançon…). Finalement une récolte pas si mauvaise pour cette fin d’après-midi et cette 6ème extinction en voie de devenir.

Agrion