Fin de partie

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Malgré le scepticisme des gens du coin, il avait eu une bonne idée Roger en 1983 de créer ce camping à Kerlann tout près de Carnac. Entouré d’une campagne bien verte, cet écrin de calme pas loin de la mer et des plages de sable blond, avait attiré dès la deuxième saison pas mal de monde. Ce n’était pas un camping de grand standing et les prix encore modestes à l’époque convenaient bien aux familles qui voyaient là une manière de passer de bonnes vacances plutôt économiques dans une région très fréquentée en été. Un grand nombre de propriétaires d’une caravane ou d’un mobil-home, avait fait du camping des Pins leur résidence secondaire pour la famille. Le règlement semblait cool, trop cool peut-être.
En tout cas que se passe t’il réellement en 2008, difficile de le savoir. L’établissement ferme ses portes brutalement après 30 ans d’activité. Incapacité d’adaptation face à la concurrence, réponses inadéquates aux exigences des nouveaux vacanciers, mauvaise gestion ou tout simplement problèmes de santé du propriétaire. Bref, Roger met une pancarte à l’entrée du camping pour indiquer que la soixantaine de propriétaires devront enlever leur mobil-home avant l’hiver. Malgré les rumeurs qui courraient l’été précédent, c’est la douche froide. Né ici où se trouve encore la ferme familiale, Roger 80 ans, refuse de vendre et semble avoir d’autres projets pour son terrain. Sur les 4 hectares et les 200 emplacements, certains mobile-homes et caravanes resteront sur place, abandonnés au pourrissement. Roger ne réalisera aucun projet sur son terrain.
En 10 ans, le camping subira les outrages du temps, la visite de nombreux casseurs et bien entendu servira de décharge à tous ceux qui ne savent toujours pas où déposer leurs déchets. Certains disent aussi – mais ce sont sans doute de mauvaises langues – que les campings du coin, sont venus récupérer pour leur propre compte du matériel en parfait état sitôt la fermeture du site.

Aujourd’hui le camping des Pins, est entièrement dévasté. Caravanes et mobil-homes sont broyés, déchiquetés avec une telle violence qu’il est difficile d’imaginer que la main de l’homme puisse en être à l’origine. C’est triste, horrible et surtout incompréhensible que ce site soit ainsi laissé en maquis. Il y a quelque chose d’obscène dans cet abandon là. La nature foisonnante reprend peu à peu ses droits, engloutit et digère lentement les stigmates d’une société avide de loisirs. Roger lui, s’est retiré du monde des actifs. Il reste le propriétaire responsable, sans complexe, à l’origine de ce champ de dévastation. Quel avenir ? No future !

Chronologie

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Je me suis souvent servi des tutoriels qu’ils soient photo ou vidéo pour apprendre à peindre. Il est vrai que bien souvent je me suis demandé comment certains tableaux étaient faits, par quelles étapes, ils avaient pu passer pour aboutir à une forme définitive. L’inconvénient de tous les exemples que j’ai pu voir émanaient d’artistes très confirmés, des maîtres dans leur univers. La promesse de réussite et de qualité étant supposée dès le premier coup de pinceau ou de crayon, n’était pas à mettre en doute. Face à cette compétence superlative, on se sent aisément un peu ridicule, avec nos hésitations, nos faiblesses, qu’elles soient artistiques comme techniques. Pourtant, la peinture est faite de questionnements, d’hésitations, de tâtonnements et d’erreurs. C’est je pense toujours intéressant de voir l’évolution ou plutôt la construction d’une peinture à travers quelques arrêts sur l’action en cours.

1/ L’autoportrait est à l’italienne avec un assez grand dégagement à droite. Je simule un couloir avec deux portes ouvertes. Le visage est juste esquissé, avec un contraste très fort que je tiens à conserver jusqu’au final. Un cadre au mur est indiqué rapidement derrière la tête et une zone foncée derrière l’épaule signale un autre cadre.

2/ Le visage est un peu plus poussé en terme de couleur et d’éclairage. Les principales masses sont posées pour préparer le travail de ressemblance. Afin de lier le visage au fond, je peins ce dernier d’une couleur légèrement violette, couleur déjà contenue dans le visage. Dans le couloir, la deuxième porte ne me semble pas indispensable. Je supprime une porte. Je précise l’image accrochée.

3/ Je mets en place la ressemblance du visage avec des larges touches franches de lumière et d’ombre. Je rajoute la porte supprimée à l’étape précédente. Je la représente entrouverte afin qu’elle prenne la lumière froide de la pièce voisine et contraste avec les couleurs chaudes du reste de la peinture. Je supprime l’image derrière le visage et la zone foncée derrière qui casse la courbe de l’épaule.

4/ Je ne touche pas au visage. La zone à droite avec les portes me paraît bien compliquée. L’accumulation des éléments raconte une histoire trop compliquée par rapport au portrait. Autant créer une ambiance plus simple avec une pincée de “psychologique”. Je crée une porte comme si elle se situait dans la même pièce que moi. Entrouverte elle évoque un échappatoire, ou une entrée vers un autre univers. Tout autre interprétation “symbolique” (et elles sont nombreuses) restant à la charge du spectateur. J’harmonise le fond avec les couleurs un peu violettes du portrait.

5/ Je densifie le fond en contrastant la couleur tout en accentuant l’ombre et la lumière. Je tente de créer ainsi un effet un peu dramatique, voire mystérieux. Je me mets ensuite en pause. J’encadre le format d’une marie-louise blanche pour bien isoler le sujet. Je m’extrait du processus. J’observe le résultat de loin. Finalement l’aspect symbolique donné par cette porte entrouverte dans la pénombre ne me plait pas. La distance entre le visage et le mur est trop importante. La profondeur met l’autoportrait en dehors d’une zone “d’intimité” avec le spectateur. La présence est perdue au détriment d’une histoire qui transforme le sujet en une “histoire bavarde et intellectuelle”. Ce que finalement je ne veux pas puisque je veux que seule la “peinture” compte” sans artifice. 

6/ Je coupe définitivement le format pour accorder toute la présence qui manque au portrait dans l’étape précédente. C’est une décision sans retour. En peignant un encadrement frontal, assez présent et plus clair sur le mur, je réduis la distance entre le portrait et le fond. J’élimine les tonalités trop sombres de bruns et de gris foncés. Dans le format, l’autoportrait prend la place qui est la sienne. Les éléments de fond, ne sont plus des signes qui se surajoutent au portrait, mais des éléments qui participent à sa mise en valeur.

7/ Je retravaille le portrait en apportant plus de tons chauds dans la zone de lumière et dans celle de l’ombre. Je repeins les cheveux. J’essaie de retrouver une harmonie de couleur entre le visage et le fond. Pour structurer et faire vivre le fond, je tente l’apport d’une zone de lumière qui traverse la peinture d’un bord à l’autre en formant une sorte de “z”.
Je m’en suis arrêté là en considérant ce sujet comme suffisamment travaillé.

Pour celles et ceux que le processus créatif intéresse, je vous conseille de regarder la vidéo ci-dessous : 
Le chaos dans la peinture
Anne Vincent, maître conférence en esthétique, sciences et technologies des arts.

Pose portrait

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Quand je prends le pinceau pour faire le portrait de ma femme à partir de sa photo, je me demande plusieurs fois si je n’ai pas un peu surestimé mes compétences.
La toile est relativement grande pour un portrait (50 x 65 cm) et un format de cette taille mérite une grande attention concernant la composition. L’autre précaution à prendre est de bien préparer son dessin. Une proportion mal fichue et on se traîne jusqu’à la fin une difficulté qui sera très difficile de régler. Sur la base d’un quadrillage, je mets en place la figure directement au pinceau  avec une couleur sienne naturelle. Je marque les zones principales en aplats rapides. J’esquisse le visage avec quelques couleurs afin de lui donner du volume. Impérativement, mettre de la couleur partout. Remplir le tableau de matière pour avoir une vision d’ensemble et ne pas imaginer la peinture comme un puzzle à assembler.

Je laisse sécher un jour ou deux. Pendant ce temps de repos, le pull noir aux lignes colorées me hante quant à sa réalisation. Faut t’il que je réalise les lumières et les ombres du vêtement sur toute la surface ou est t’il préférable que je réserve en blanc toute la partie colorée. Je tente un “mixte”. Toute la partie foncée est travaillée en valeur de noir et de gris en créant le volume, la restitution des plis etc…Je traite en gris uniquement toute la partie sous la zone des lignes de couleur. Dans un premier temps, le pull sera noir avec une manche et les épaules grises. Je rajoute par la suite les lignes colorées en intercalant les zones noires.

J’avance sur le visage par étapes successives. Pose de couleur et séchage. En alternance, j’en profite pour travailler le fond. À l’origine c’est une surface plane, sans aucun décor, à part un cadre vaguement esquissé. Des zones sombres devant le sujet représentent des fauteuils mais trop recadrés, ils deviennent totalement  incompréhensibles. Devant le visage, la surface est bien vide et pauvre. Je peins un couloir, une porte entrouverte…ça ne colle pas car la composition est coupée en plusieurs parties. J’efface ! Je reviens à l’origine avec un grand cadre…pas extra non plus. J’efface à nouveau ! Je cherche et finalement j’opte pour une plante que j’agrandirai et réduirai plusieurs fois jusqu’à satisfaction.

Le fond change plusieurs fois de couleur par rapport à la couleur du visage…Les cheveux sont traités assez rapidement et sans problème particulier. L’expression du visage me donne quelques difficultés. Sur la couleur, sur le dessin, je reviendrai de nombreuses fois retoucher le léger sourire et l’œil malicieux.

Après plusieurs jours de travail le portrait me semble être au meilleur stade auquel je peux prétendre à ce moment là. Il est temps de poser les pinceaux. 

Si j’en fais aujourd’hui la critique positive, je citerai sa composition en diagonale qui fonctionne bien, commençant par la main gauche et se prolonge avec le bras et le visage. L’expression est relativement bien rendue et les couleurs sont somme toutes assez agréables. 
Je suis plus réservé sur la facture que je trouve trop figée, pas assez en touches libérées. Bien que cette zone soit laissée volontairement non finalisée, il existe dans le dos du personnage et le fauteuil, une liaison couleur qui est mal gérée. Autant d’éléments qui démontrent qu’une peinture n’est jamais finie et que refaire un tour sur le sujet plusieurs jours voire plusieurs mois après, est toujours bénéfique car on y pose un regard neuf. Rien n’est jamais parfaitement absolu et tout est infiniment perfectible…

Movimento

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Encre noire et pinceau sur papier aquarelle

Lundi de modèle vivant un peu spécial dernièrement puisque toute la séance a été consacrée au mouvement. Le principe en est très simple puisqu’il s’agit de demander au modèle de se mouvoir en permanence. Les gestes de la vie quotidienne, du sport, du spectacle… vont inspirer Chantal dans sa gestuelle.

Sur des poses successives d’une durée de 1 à 5 minutes, l’après midi sera intensif de concentration. Cet exercice de rapidité dont la difficulté est de capter les éléments essentiels dans une figure en action, m’était déjà familier. C’est la base même du croquis réalisé sur le vif, tout comme je l’ai pratiqué sur les concerts de jazz, le flamenco ou tout simplement dans la rue. Les participants ont très certainement apprécié cette session particulière, en tout cas ils ne semblaient pas déçus.

Encre noire et pinceau sur papier aquarelle

Pour ma part, je trouve l’exercice plutôt ludique et amusant, à défaut d’avoir été très fructueux. Je pense que certains mouvements en grande harmonie avec la musique auraient pu profiter d’une halte afin d’en saisir toute la grâce. Je regrette aussi les belles lumières, les magnifiques modelés qui se sont développés sur le corps du modèle et qui n’ont été que fugaces. Ces croquis rapides et vivants ne nécessitent pas spécifiquement un modèle.

Encre noire et pinceau sur papier aquarelle

Cet entraînement à la prise de notes peut parfaitement se réaliser dans la vie quotidienne, au spectacle, sur un quai de gare ou dans un parc public. Sur la base des croquis réalisés sur le vif, j’ai tenté d’en reprendre à postériori quelques uns à la craie de couleur. Je ne pense pas avoir réussi ce pari. Un croquis possède sa force et son dynamisme propre. C’est l’ADN de la spontanéité. Essayer d’en reprendre les ingrédients, c’est tenter d’en percer le secret et ça, c’est une autre histoire.

Couleur & Forme 2109

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Désormais organisé tous les deux ans, le salon Couleur et Forme 2019, a ouvert ses portes aux peintres et sculpteurs de Mesnil le Roi et de sa région. Comme toujours, beaucoup de monde pour le vernissage; les artistes exposant certes, mais aussi les amis, les invités des artistes, les personnalités de différents horizons. Irène Lussou ( Lien Irène Lussou) pour la sculpture  et Hratch Demirdjian ( Lien Hratch Femirdjian) pour la peinture sont les artistes invités dont l’honneur sera de magnifier cette exposition locale.
Il est demandé aux visiteurs de voter pour l’œuvre qui les séduira le plus. Je fais un premier tour sans remarquer véritablement ce qui mériterait mon approbation pour constituer le choix du public. Je délaisse les sempiternelles peintures abstraites qui envahissent les salons et qui paraissent sortir tout droit  des catalogues Ikéa ou Alinéa. J’ai bien du mal à trouver une réalisation avec suffisamment de personnalité qui suscite mon intérêt. Pas mal d’œuvres reflètent cet aspect encore très “amateur” par manque de maîtrise, ou d’émotion tout autant absente.
Certaines peintures manquent de dessin, de qualité picturale ou d’originalité. Je refais un tour et je remarque deux paysages assez bien campés, à la facture très personnelle ainsi que deux peintures très enlevées et vivantes ou je sens la fluidité et la qualité de dessin de l’artiste. Finalement ce dernier emportera ma décision.
Le discours du maire qui se félicite (d’année en année) de la qualité de l’expo et du nombre de participants, ne me convainc pas du tout. Si l’on ne peut mettre en doute et en cause la qualité des invités d’honneur, je trouve pour ma part l’exposition d’un niveau très faible. La moitié des œuvres exposées, ne méritent pas l’accrochage pour une expo qui se veut désormais bi-annuelle.
J’ai trouvé ce salon profondément triste, sans originalité et surtout avec une absence totale de jeunesse. Je ne saurais pas définir avec précision quels ingrédients manquent à la réussite. Pas assez de communication pour attirer des talents jeunes et nouveaux, sélection pas assez rigoureuse, bienveillance consentie au plus grand nombre… ou tout simplement désintérêt de la forme diptyque ou triptyque imposés.
Pour ma part, je n’ai rien préparé de spécial pour ce salon et je me suis interrogé longtemps sur ma participation. J’ai ressorti trois peintures de la série “les animaux et la mort” en jouant “la provocation” par rapport à ce qui se fait de “joli et de convenu ”. Je ne vendrai rien et ne recevrai pas le prix du public, mais là n’était pas l’objet de ma contribution. Et la question de ma participation dans deux ans à ce Salon Couleur et Forme reste très incertaine.

Au risque de l’asphyxie

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La météo annonçait une journée toute printanière, douce et lumineuse et une tiède brise caresserait mon visage tout juste sorti de la nuit. Et puis crac ! Tromperie sur toute la ligne, le printemps anticipé avec force calculs et probabilités ne s’est pas produit ce matin. Trois ou quatre degrés au bas mot, une grisaille funeste et humide, tout juste bonne à produire des ombres fantomatiques. Chercher un signe sur le chemin, repérer le point clé et lancer ses pas dans la bonne direction. Le paysage se découvre au fur et à mesure. Se devine plus qu’il n’existe. Là, dans ce champ, je crois deviner un animal tapi et ce n’est qu’une motte de terre grasse. Tout au long du parcours, les bois morts s’enchaînent comme autant de forêts mystérieuses. Les contours de quelques marres noires portent les traces anarchiques de l’affairement des bêtes de la nuit. Je traverse des villages inanimés, ankylosés par la brume. Des écoliers transis, écouteurs aux oreilles quittent un abri et s’engouffrent dans un autocar qui peine à virer dans les rues étroites. Incertitude. Au loin, au delà des sombres futaies, le sillon sonore de l’autoroute rejette ses gaz polluants partout dans l’atmosphère. L’alerte pollution est déclarée, l’asphyxie a déjà commencé.

Nus d’hiver 2018

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Après les portraits, les nus méritaient bien une petite mise à jour d’autant que ces 3 derniers mois ont été assez intensifs. Les séances du jeudi matin avec modèle vivant cumulées avec les reprises de croquis et les interprétations en atelier ont vite rempli quelques cartons à dessin et autres boîtes.
En atelier libre, nous avons expérimenté les croquis sur des poses courtes d’une minute. Le fait de devoir travailler à une allure “supersonique”, impose une très forte attention, ainsi qu’un matériel répondant le plus efficacement possible à la vitesse. Fusain, pinceau, encre etc…sont favorables au crayon ou à tout autre outil qui aurait tendance à imposer la ligne comme une évidence. Dans un tel exercice, il faut capter le mouvement, se servir de la lumière, des contrastes pour modeler rapidement les formes qui vont identifier le personnage.

croquis minute, pinceau et encre de chine sanguine

J’ai aussi tenté la technique de l’encre de chine et du pinceau sec, qui produit un traité assez dur, très contrasté qui met en évidence les caractéristiques particulières du modèle. La grande difficulté est de ne pas en faire de trop, sinon on tombe vite dans une réalisation très “charbonneuse”. Il faut garder des blancs, préserver des lumières et des respirations.

croquis au pinceau sec, encre de chine noire et sanguine

Pour le dessin de modèle vivant il faut se situer à une certaine distance du sujet afin d’englober d’un coup d’œil rapide tout le sujet. Bien que cette distance ne soit pas favorable à l’élaboration d’un portrait (on ne distingue pas nettement les traits), je réserve toujours quelques croquis aux visages. La ressemblance n’est pas une préoccupation majeure. La construction d’un profil en quelques touches de couleur est surtout une manière d’entretenir le “coup de patte” et la capacité d’interprétation.

croquis huile mixable à l’eau (taille environ 10 cm)

Certaines peintures sont faites sur le motif dans les temps de poses impartis qui oscillent entre dix et vingt minutes maximum. D’autres sont des reprises d’après des croquis noir et blanc, en réinventant la lumière, la couleur. Le but est de créer une nouvelle image tout en conservant les qualités particulières du dessin spontané.

Portraits

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crayon de couleur et craie sur papier gris.

WordPress, qui est l’éditeur de ce blog est en train d’évoluer vers une version totalement différente quant à la manière de créer des articles. Comme tout changement majeur, il est recommandé à tous les blogueurs d’en faire l’essai avant de basculer vers la version définitive. On peut à juste titre s’inquiéter de la totale compatibilité avec tous les articles déjà existants. Je ne compte pas aujourd’hui utiliser la nouvelle version de WordPress. Mais, dans un avenir proche, je serai obligé de mettre mon éditeur à jour puisque la version de WordPress que j’utilise sera supprimée. Le risque sera donc de voir ce blog un peu “perturbé”.

Ceci étant précisé…beaucoup de retard ! Retard dans les publications. Les dessins, croquis et peintures s’accumulent et je finis par ne plus savoir comment les organiser, ni sur quelle base les sélectionner. Portraits ensemble, noir et blanc ou couleur, croquis de modèle vivant à part, mais j’y réalise aussi des portraits alors…comment rendre tout ça cohérent pour le visiteur. Je stocke, je range, j’empile, j’élimine, j’agite le filtre et il reste encore trop de choses. Devant cette difficulté de faire le tri, le temps passé à écrire, de récupérer les photos, de les traiter pour le blog, sont autant de moments qui consument mon énergie.
Alors pour aujourd’hui, vous aurez droit à quelques portrait peints ou dessinés selon diverses techniques. Quelques autoportraits aussi, qui sont un peu comme à chaque fois des incontournables. Quoi de plus pratique entre la poire et le fromage, de se tirer le “profil”, histoire de boucher un petit creux…comme ça vite fait un “p’tit” crobard avec ce que l’on a sous la main. J’entends revenir la sempiternelle remarque “mais tu fais la gueule”, “souris un peu”. Je défie chacun de se dessiner en rigolant sans se prendre en photo. La concentration réclame un peu de sérieux…et même beaucoup. Je crois que Rembrandt a fait un autoportrait avec l’amorce d’un sourire. Mais, je ne suis pas Rembrandt. Voilà, c’est dit !

La beauté de la guerre

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Le 30 mai 1917 

Léonie chérie
J’ai confié cette dernière lettre à des mains amies en espérant qu’elle t’arrive un jour afin que tu saches la vérité et parce que je veux aujourd’hui témoigner de l’horreur de cette guerre. 
Quand nous sommes arrivés ici, la plaine était magnifique. Aujourd’hui, les rives de l’Aisne ressemblent au pays de la mort. La terre est bouleversée, brûlée. Le paysage n’est plus que champ de ruines. Nous sommes dans les tranchées de première ligne. En plus des balles, des bombes, des barbelés, c’est la guerre des mines avec la perspective de sauter à tout moment. Nous sommes sales, nos frusques sont en lambeaux. Nous pataugeons dans la boue, une boue de glaise, épaisse, collante dont il est impossible de se débarrasser. Les tranchées s’écroulent sous les obus et mettent à jour des corps, des ossements et des crânes, l’odeur est pestilentielle.

Tout manque : l’eau, les latrines, la soupe. Nous sommes mal ravitaillés, la galetouse est bien vide ! Un seul repas de nuit et qui arrive froid à cause de la longueur des boyaux à parcourir. Nous n’avons même plus de sèches pour nous réconforter parfois encore un peu de jus et une rasade de casse-pattes pour nous réchauffer.
Nous partons au combat l’épingle à chapeau au fusil. Il est difficile de se mouvoir, coiffés d’un casque en tôle d’acier lourd et incommode mais qui protège des ricochets et encombrés de tout l’attirail contre les gaz asphyxiants. Nous avons participé à des offensives à outrance qui ont toutes échoué sur des montagnes de cadavres. Ces incessants combats nous ont laissé exténués et désespérés. Les malheureux estropiés que le monde va regarder d’un air dédaigneux à leur retour, auront-ils seulement droit à la petite croix de guerre pour les dédommager d’un bras, d’une jambe en moins ? Cette guerre nous apparaît à tous comme une infâme et inutile boucherie.

Le 16 avril, le général Nivelle a lancé une nouvelle attaque au Chemin des Dames. Ce fut un échec, un désastre ! Partout des morts ! Lorsque j’avançais les sentiments n’existaient plus, la peur, l’amour, plus rien n’avait de sens. Il importait juste d’aller de l’avant, de courir, de tirer et partout les soldats tombaient en hurlant de douleur. Les pentes d’accès boisées, étaient rudes .Perdu dans le brouillard, le fusil à l’épaule j’errais, la sueur dégoulinant dans mon dos. Le champ de bataille me donnait la nausée. Un vrai charnier s’étendait à mes pieds. J’ai descendu la butte en enjambant les corps désarticulés, une haine terrible s’emparant de moi.
Cet assaut a semé le trouble chez tous les poilus et forcé notre désillusion. Depuis, on ne supporte plus les sacrifices inutiles, les mensonges de l’état major. Tous les combattants désespèrent de l’existence, beaucoup ont déserté et personne ne veut plus marcher. Des tracts circulent pour nous inciter à déposer les armes. La semaine dernière, le régiment entier n’a pas voulu sortir une nouvelle fois de la tranchée, nous avons refusé de continuer à attaquer mais pas de défendre.

Alors, nos officiers ont été chargés de nous juger. J’ai été condamné à passer en conseil de guerre exceptionnel, sans aucun recours possible. La sentence est tombée : je vais être fusillé pour l’exemple, demain, avec six de mes camarades, pour refus d’obtempérer. En nous exécutant, nos supérieurs ont pour objectif d’aider les combattants à retrouver le goût de l’obéissance, je ne crois pas qu’ils y parviendront.

Comprendras-tu Léonie chérie que je ne suis pas coupable mais victime d’une justice expéditive ? Je vais finir dans la fosse commune des morts honteux, oubliés de l’histoire. Je ne mourrai pas au front mais les yeux bandés, à l’aube, agenouillé devant le peloton d’exécution. Je regrette tant ma Léonie la douleur et la honte que ma triste fin va t’infliger.
C’est si difficile de savoir que je ne te reverrai plus et que ma fille grandira sans moi. Concevoir cette enfant avant mon départ au combat était une si douce et si jolie folie mais aujourd’hui, vous laisser seules toutes les deux me brise le cœur. Je vous demande pardon mes anges de vous abandonner.
Promets-moi mon amour de taire à ma petite Jeanne les circonstances exactes de ma disparition. Dis-lui que son père est tombé en héros sur le champ de bataille, parle-lui de la bravoure et la vaillance des soldats et si un jour, la mémoire des poilus fusillés pour l’exemple est réhabilitée, mais je n’y crois guère, alors seulement, et si tu le juges nécessaire, montre-lui cette lettre.

Ne doutez jamais toutes les deux de mon honneur et de mon courage car la France nous a trahi et la France va nous sacrifier.
Promets-moi aussi ma douce Léonie, lorsque le temps aura lissé ta douleur, de ne pas renoncer à être heureuse, de continuer à sourire à la vie, ma mort sera ainsi moins cruelle. Je vous souhaite à toutes les deux, mes petites femmes, tout le bonheur que vous méritez et que je ne pourrai pas vous donner. Je vous embrasse, le cœur au bord des larmes. Vos merveilleux visages, gravés dans ma mémoire, seront mon dernier réconfort avant la fin.

 Eugène ton mari qui t’aime tant.

 

 

 

 

 

 

 

 

Morbihan d’octobre 2018

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Cette année, septembre dans le Vaucluse n’aura pas été une saison peinture prolifique. Un seul et unique sujet à l’huile et trois ou quatre dessins. L’ambiance n’y était pas. Et en peinture, lorsque certaines circonstances ne s’accordent pas l’envie de sortir ses couleurs n’existe pas.

Heureusement, l’enchantement s’est présenté dans le Morbihan pendant trois semaines avec une bonne quinzaine de jours consacrés à peindre et à dessiner. La mer et ses abords toujours en perpétuels changements ont toujours un aspect magique. Loin des clichés d’une Bretagne grise toujours dans les frimas pluvieux, j’ai vécu chaque journée sous un soleil radieux et ce ne sont pas quelques heures “pluvioteuses”, justes bonnes à essuyer la sueur des feuilles qui pouvaient entamer mon ardeur retrouvée.

J’ai comme d’habitude peint sur le vif en une ou deux séances rapides selon le sujet. J’ai pour principe, de prendre une photo du sujet après l’avoir mis en place en quelques touches sur mon support. J’actualise la prise de vue en fin de séance. Cela me permet de conserver du paysage deux moment de lumière très différents. En deux heures, l’ambiance chromatique (température de couleur) change énormément. Entre 8 et 11 heures du matin, la couleur se modifie énormément. Au plus tôt, juste avant que le soleil ne perce, l’ambiance est froide, propice aux bleus et teintes sourdes. À son apparition ce sont les jaunes d’or et les ombres violettes qui émergent. Le jeu des complémentaires est optimum. En s’approchant de midi l’ambiance devient plus dure. Les teintes blanchissent, perdent leur couleur. Travailler en noir et blanc est une bonne option. Dans l’après midi, le soleil restant à une certaine hauteur plus longtemps, l’ambiance couleur évolue peu. C’est l’heure des contrastes. Lumières et ombres vont s’affronter le plus fortement au détriment d’une atmosphère colorée plus stable. La température couleur se modifie très significativement en fin d’après midi lorsque le soleil entame sa descente à l’horizon.

Les deux photos réalisées à des moment différents de la matinée sont donc une sorte de mémoire condensée de l’ambiance. Cette technique a l’avantage de me permettre de poursuivre ma peinture à l’intérieur. Je peux, soit la préciser, soit supprimer ou rajouter des éléments ou même en réaliser une nouvelle version. 

Peinture originale. La découpe de l’estran en double forme arrondie n’est ni très harmonieuse ni bien répartie et complique la lecture. Le bateau n’est pas dans les bonnes proportions. Je ne sais plus où est le sujet.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nouvelle peinture sur le même sujet. Pour ne pas couper ma peinture en deux zones distinctes (eau et estran), j’ai supprimé l’eau et redonné la priorité au sujet (bateau) après l’avoir remis dans de bonnes proportions.

Ce bassin ostréicole abandonné est tout de « guingois » et cette descente en béton construite dans un plan bizarre, heurte la compréhension de la perspective.

Reprise de la peinture originale par une correction partielle du sujet. Suppression de la descente bétonnée et recréation d’un motif nature et estran.

Après avoir exploré les parcs à huîtres avec mon chevalet, j’ai découvert un chantier ostréicole abandonné avec un environnement très intéressant. Cabane en partie ruinée, palettes, poches à naissains (sacs plastiques alvéolés pour les huîtres), bassins et épaves en cours de dislocation, m’ont apporté de nombreux sujets sur un espace très restreint.
Pour la peinture à l’huile en extérieur, je suis fidèle à la technique du papier toilé (Figueras de Canson) enduit d’une ou deux couches de Gesse, tendu à l’adhésif papier sur planche de contreplaqué. Esquisse à l’essence de térébenthine, ou Liquin + essence (ou médium 084 Talens) et poursuite du travail avec ce même mélange ou couleur directe. L’avantage est un séchage rapide et la possibilité de retravailler le même sujet le lendemain ou parfois quelques heures après.

Conjointement à la peinture à l’huile pour laquelle je plantais le chevalet le matin, j’ai aussi consacré quelques après-midi à l’encre couleur. D’une mise en route moins contraignante, avec un matériel plus léger j’ai abordé entre autre les rochers qui forment la côte sauvage de Quiberon. Exercice toujours très lié aux horaires des marées et aux conditions météo. En l’occurence plein soleil, équilibre précaire sur les rochers, souvent du vent assez fort etc…Il faut se battre avec une nature pour le moins “rustique”.

Quelques dessins à la plume et encre noire (toujours sur le motif) viennent compléter la production de cette fin d’été. À défaut de peinture, la plus grande partie de la série à la plume a été réalisée dans le Vaucluse.

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teamLab

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teamLab,
une exposition numérique immersive à la Villette.
Originaire du Japon et formé en 2001, le collectif protéiforme TeamLab a fait du digital son credo. Il présente à La Villette sa première exposition monographique en France, par-delà les frontières de l’art, de la science, de la technologie et du créatif.
Dans cette installation immersive et interactive, les visiteurs sont entourés d’images à 360° sorties tout droit de l’imaginaire de teamLab. D’inspiration à la fois électronique et organique, les tableaux évoluent en fonction des déplacements et des mouvements des visiteurs. L’exposition devient elle-même un organisme numérique vivant qui produit sans cesse de nouvelles images en rupture totale avec notre quotidien, pour un dépaysement onirique.

Les personnes se déplacent librement, développent des liens et des relations avec d’autres et reconnaissent le monde via leur propre corps. Ce dernier a une notion du temps. Dans l’esprit humain, les frontières entre les différentes pensées sont ambigües. Elles s’influencent donc et se mélangent parfois les unes aux autres.
Les œuvres peuvent aussi se déplacer librement et développer des liens et des relations avec le public, se calquant ainsi sur la notion du temps du corps humain. Bien que les œuvres demeurent autonomes, elles transcendent leurs frontières, donnant naissance à un monde sans limite.
Les visiteurs se perdent dans le monde des œuvres d’art. Sans cesse, celles-ci se transforment en fonction de la présence et des déplacements de chacun d’entre nous. Alors que nous nous immergeons et nous fondons en nous-mêmes dans ce monde unifié, nous explorons une nouvelle relation qui transcende les frontières entre les individus ainsi qu’entre l’humanité et le reste du monde.

Du 15 mai 2018 au 9 septembre 2018
Grande Halle de La Villette
Parc de La Villette
75019 Paris 19

In memoriam

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Aborder la Shoah (extermination des juifs) que ce soit par l’écriture, l’image ou tout autre mode d’expression est un sujet aussi difficile que délicat à mettre en œuvre. La monstruosité, l’horreur sont telles que tout entreprise, paraît bien dérisoire, voire vouée à l’échec à en produire les moindres mots, les moindres images.
C’est justement d’une tentative d’images qu’il est question ici, d’interprétation à partir de documents photographiques existants. J’ai essayé de poser une fenêtre sur cet événement tragique comme pour mieux en appréhender toute l’inhumanité. À travers ce cadre se sont imposées des figures, silencieuses, graves, mêlées comme dans un cauchemar où chaque porte entrouverte laisse échapper un flot d’ombres et de lumières.

Aussi loin que je me retourne sur mon passé, bien des récits et bien des images concernant l’Holocauste hantent mes souvenirs. Rien, dans ma famille ou parmi mes proches amis ne peut expliquer la présence de ces spectres qui m’habitent depuis un demi siècle à part la défaillance de ma sensibilité ou de l’hypertrophie de mon émotion dont l’horreur serait la génitrice maléfique. Il me fallait produire ces images, mes images. Il me fallait un jour avec tout le respect que je dois aux victimes et une toute aussi grande répugnance pour leurs bourreaux, tenter – non pas de me débarrasser de fantômes – mais au contraire, de les rendre visibles en les faisant passer de la représentation photographique à la représentation picturale. Comme si la matière, apportée par le pinceau, le geste qui pose chaque touche intensément, pouvait permettre une ultime survie. Comme si perpétuer encore une fois le souvenir allait contribuer à une certaine “incarnation”. Mais, faire ressurgir les archives, c’était aussi rappeler son cortège de perversité. Si on peut penser que l’histoire ne se répète pas, je peux imaginer qu’il existe parmi nous tout autant de prochaines victimes que de bourreaux et les “identifier” aujourd’hui est impossible car on ne sait jamais comment se révèle l’homme dans certaines circonstances.

Il me fallait représenter les monstres qui de leur haine aveugle ont participé, persécuté, mis à mort des hommes, des femmes, des enfants en les réduisant en cendres après avoir anéanti leur dignité. Cela pouvait paraître incongru, voire inutile. Cependant ne pas montrer le tortionnaire c’était aussi l’exonérer de toute responsabilité. Et les visages de ces tortionnaires – en les observant et en les détaillant pour les peindre – se sont révélés encore plus monstrueux par leur apparente “normalité”.

Je ne prétends nullement faire une exposition historique ou documentaire à travers ces peintures et encore moins en retirer une quelconque reconnaissance morale ou artistique. Les portraits se veulent être surtout un rappel à la mémoire à l’heure où l’antisémitisme, le racisme de tout poil, l’extrémisme religieux, et toute forme de bêtise qui exclut l’autre renaît ici et là, aussi bien en Europe que dans le monde. J’aurai pu aussi, comme chacun peut le penser, m’abstenir de peindre à partir des documents sur l’Holocauste mis à ma disposition. Mais là est un autre débat concernant la relation que peut entretenir tout “être humain” avec ses propres ténèbres.

Des camps de concentration et d’extermination, il ne reste souvent en mémoire que des images de charniers, des corps démembrés, des visages émaciés sur des châlits, des êtres fantomatiques qui semblent errer parmi leurs libérateurs. Il existe une grande confusion dans les images, souvent éditées dans la précipitation de l’époque. Des photographies publiées sans grande précaution d’exactitude concernant les identités des victimes, mal légendées sur les dates, les lieux etc…Mes peintures ne sont pas la copie exacte des documents photographiques. Mais, malgré leur interprétation (souvent éloignée de la représentation photographique), j’ai essayé de les légender dans la mesure du possible sans prétendre à l’exactitude. Les comparatifs de libellés que j’ai pu entreprendre pour certaines photos et publications témoignent de grandes contradictions.

Une exposition photographique, est très souvent construite selon un cheminement bien établi. Selon une chronologie, historique, artistique ou émotionnelle et des panneaux explicatifs, accompagnent les œuvres ou documents. Cet itinéraire permet au visiteur, de photo en photo, de salle en salle, d’appréhender correctement l’exposition selon le rythme souhaité par l’organisateur. Ce processus didactique n’existe pas forcément sur internet et les les images sont le plus souvent livrées brutes à l’internaute. En réponse à cette carence j’ai tenté une sorte de progression virtuelle qui était somme toute très conceptuelle et n’a peut-être pas été bien perçue.

Sur les portraits j’ai tenté dans un premier temps la technique de “distanciation” (floutage)”. Comme le définit le peintre “Gerhard Richter” dans le texte suivant, je me suis rendu compte bien vite que cet éloignement par rapport à la réalité, ne me permettait plus de rendre les visages expressifs.
J’ai donc commencé avec une facture habituelle cette série en noir et blanc comme le sont la plupart des documents réalisés à l’époque de la libération des camps. Il m’était nécessaire tout d’abord de poser le thème en quelques images symboliques et “redondantes” des camps d’extermination. Il n’a jamais été question de céder à un voyeurisme malsain en représentant des charniers ou d’exploiter l’atrocité en utilisant des photos choquantes ou obscènes. La couleur s’est initiée progressivement dans la galerie pour rendre chaque portrait plus éloquent, comme faisant partie de notre quotidien, de notre temps d’aujourd’hui. L’idée étant de faire oublier que nous étions dans un autre espace temps, et de ne plus considérer ces hommes et ces femmes comme des silhouettes du passé, mais comme des personnes bien réelles le temps d’une vision. Il me fallait implanter chacun des personnages ici et maintenant. Puis la couleur défraichit, pâlit, se flétrit pour certains portraits comme les teintes d’une image trop longtemps exposée au soleil. D’autres peintures se sont durcies à l’exemple d’une image reproduite encore et encore telle une photocopie qui sombre dans un uniforme bitume .

Cette série de peintures a immédiatement posé le problème de la reconnaissance. Que convenait t’il de commenter ? La peinture, le style, la maîtrise du peintre, le sujet, l’émotion que l’image suscitait. Comment apprécier des images qui reposent sur un thème relatif à la monstruosité. Je n’ai pas la réponse. Je pense que les visiteurs ont leur propre idée. En tout état de cause, j’ai le sentiment d’avoir fait ce que ma conscience m’indiquait de faire.

Les images, lorsqu’elles ne deviennent pas des “icônes” tendent vers l’indifférence, vers le commun, remplacées par d’autres plus récentes, plus en accord avec notre époque. Les photos de la Shoah, leur durabilité, leur conservation sont comparables au travail de notre mémoire…fragiles, soumises à l’effacement et parfois aussi à la manipulation. Un ami me disait que la visite du camp d’Auschwitz comptait plus de touristes asiatiques que d’européens alors que nous ne sommes qu’à deux heures d’avion du site. L’oubli est-il donc en marche ?

Je rapporterai ce texte d’Arno Gisinger (dans Mémoire de camps : Photographies des camps de concentration et d’extermination nazie – 1933-1999) à propos de Gerhard Richter, qui montre la difficulté que la peinture peut avoir à traduire l’extermination de manière frontale.
“Dans les productions contemporaines, il existe enfin une dernière catégorie d’artistes qui a choisi d’utiliser comme vecteur de la mémoire culturelle les images d’archives plutôt que les objets, les lieux ou les êtres humains. La tentative du peintre Gerhard Richter, de retranscrire sous la forme de tableaux peints des photographies d’archives, peut être considérée comme un point de référence pour cette catégorie de travaux. Richter effectua dans les années 1960 des recherches préparatoires pour une série sur les camps. Comme en témoigne Atlas, son recueil « d’esquisses photographiques », il collecta alors des images d’archives dont il réalisa des reproductions volontairement floues. Aucun tableau utilisant, de près ou de loin, ces photographies ne vit cependant le jour. Richter expliqua d’ailleurs qu’il avait rapidement dû renoncer à sa technique habituelle de distanciation par le flou. Selon Fred Jahn c’est parce qu’il « ne voulait pas mettre en jeu de manière inconsidérée l’exigence morale de l’art ». La transformation de documents photographiques mimétiques en images peintes, procédé maintes fois utilisé par l’artiste, semblait vouée à l’échec car « l’horreur et les souffrances atroces montrées par les prises de vue originales ne [pouvaient] subir aucune transformation esthétique, celle-ci ayant pour résultat la disparition de l’individu, et finalement la banalisation ». Il est tentant d’interpréter cet « échec » de Richter comme un constat d’impuissance de la peinture face à l’effet percutant des photographies d’archives. Mais, à y regarder de plus près, il semble que les interrogations éthiques et esthétiques de Richter aient été finalement productives. Car, par la suite, Richter établit un rapport direct entre ce constat d’échec et la genèse en 1970 de sa série de monochromes gris. Par cette série, l’abstraction, c’est-à-dire l’impossibilité de la figuration, s’était imposée à lui comme la seule et unique solution pour représenter l’extermination.”

Mes encres scolaires

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Mes encres à l’eau pour les petits et pour moi aussi.


Ce jeudi, nous avons été gâtés avec un joli modèle aux poses très travaillées surtout dans le placement des bras et le mouvement des mains. Pour augmenter les difficultés nous nous étions fixés des poses sur un timing de 7 à 10 minutes
.
De ce fait, il y a eu pas mal de soupirs, de frustrations et de désespoir lorsque l’alarme signifiait la fin de la pose en cours et l’enchaînement immédiat sur une autre pose. J’en ai profité pour tester en modèle vivant mes encres scolaires dont quelques amis se sont “gentiment” moqués. Au prix de 4€ le flacon de 250 ml, il m’est permis de laisser fuser la couleur sans regretter mes encres Pébéo et Sennelier au tarif prohibitif. Pour plus de praticité d’emploi, j’ai trouvé des petits flacons en plastique pourvus d’un bouchon à canule très fin qui me permet pour les grands formats de dessiner directement avec l’embout.
Ici, les croquis sont réalisés au pinceau d’un seul jet. Contrairement à l’aquarelle qui reste pour une partie en surface et autorise des corrections ou atténuations, l’encre pénètre tout de suite le papier compte tenu de sa fluidité. Le rendu est éclatant, plutôt dense et saturé comparé aux résultats obtenus avec l’aquarelle. Avantage ou inconvénient pour certains sujets, l’encre sèche assez vite et fonctionne plutôt bien par glacis. La densité de la couleur réclame beaucoup d’eau et nettoyer son pinceau et passer d’un bleu foncé à un jaune clair sans polluer la teinte la plus claire est d’une grande difficulté.

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Sang noir

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Il y a un côté reposant à ne plus avoir à penser à la couleur et à ses mélanges lorsque l’on fait le choix de dessiner ou de peindre avec une seule d’entre elles. Pourquoi ne pas choisir l’encre noire, aussi sombre et profonde qu’elle peut se faire légère et fluide comme un nuage de brume. 
Quand on parle “encre à dessiner”, on pense très souvent à l’encre de chine. Traditionnelle et universelle elle est majoritairement utilisée par toutes sortes d’artistes. Il en existe de différentes qualités, plus ou moins denses, plus ou moins indélébiles. Pour ma part, j’aime aussi utiliser des encres classiques (Waterman, Sheaffer, Mont Blanc…) pour stylos plume. L’avantage est de dessiner avec un stylo dont l’encre pourra être ensuite diluée au pinceau mouillé. Cette façon de procéder permet de créer rapidement un jeu d’ombres sur son dessin.

 

À ce sang noir, sève de vie malgré tout l’historique qui lui est attaché, il faut associer l’outil interprète de l’idée, transcripteur de la forme. Ç’est le pinceau dont la touffe souple sublimera la moindre courbe, la plume dont l’acier incisif est toujours prêt à blesser le papier À l’artiste lui-même d’en obtenir les plus douces caresses, d’en moduler la pression pour en devenir le véritable maître. L’art de la calligraphie nous avait déjà habitué à un matériel spécifique dont les merveilleuses “écritures” en sont la meilleure expression. En parallèle, le fort engouement du public pour les “mangas” a fait apparaître – au delà de l’illustration – un matériel plus basique mais non moins de qualité, destiné aux dessinateurs. Encres diverses, papiers spéciaux, plumes et portes plume se distinguent des outils du calligraphe. Le manga possède son propre univers.

Par curiosité j’ai commandé un set Deleter comprenant un porte plume spécial accompagné de trois plumes (Saji-pen, G-pen et Maru-pen). L’embout caoutchouc du porte plume Déleter est conçu pour accueillir les trois types de plumes de sections différentes. À l’usage, chaque plume développe son propre caractère. La plume Saji est une merveille de douceur. La Maru, la plus fine et au plus petit diamètre est la plume qui permet les traits les plus fins. Le blister Deleter m’est parvenu du Japon. Distinction toute asiatique, dans l’enveloppe scellé, j’y ai trouvé un petit origami représentant un oiseau. Quelle société Française aurait pour un modeste client ce genre d’attention?

Je ne renie pas pour autant mes vieilles plumes que je conserve pour certaines depuis trente ou quarante ans et qui, comme un vieux moteur poussif ont parfois bien du mal à démarrer. Mais quoi de plus émouvant qu’un trait lancé dans une fière assurance, qui soudainement dérape et perdant le contrôle de son encre me dépose une flaque noire, souillure sur la feuille immaculée. Il y a de l’indulgence à avoir car nous avons vieilli et bravé bien des difficultés ensemble. Nous sommes liées d’une fidélité complice. Il y a là, au repos la mythique plume Sergent Major, dédiée à l’apprentissage de l’écriture jusque dans les années 60. J’avoue avoir un petit coup de cœur visuel pour la plume en forme de main pointant toujours son index en direction de la page blanche.
Dans ma boîte à surprises, il n’y a pas que de la noblesse pure et dure, de l’acier insensible et fonctionnel. Dans ma boîte existe ce que j’appelle modestement mes outils “rustiques”, bouts de bois, bambous, morceaux de branches et même cure dents taillés. Ils apportent de l’inattendu, de  la surprise en raison de leur caractère. Ils sont de ceux que l’on ne dompte jamais totalement parce que rien n’est fait dans leur nature pour se plier à un exercice de précision. Lorsque la main devient trop directive et tente de circonscrire l’outil “rustique” dans une norme dont il se moque, elle se heurte aux limites physique même de l’instrument. Comme on le dit parfois de quelqu’un dont on ne comprend pas l’attitude ou les prises de positions, on parlera de comportement “fantaisiste”. Et “fantaisiste” est bien le mot approprié pour mes outils faits de bric et de broc. Au fil des jours, des saisons ou des opportunités, ils évoluent ou disparaissent pour être remplacés par de nouveaux bouts de bois, de nouveaux brins, de nouveaux accessoires.

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Morbihan in pace

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Morbihan, la côte sauvage de Quiberon, pointe du Percho.


Je ne sais pas si la réussite d’un séjour peut-être liée proportionnellement à son niveau d’ensoleillement. En ce mois de mai, dans le Morbihan le temps aura été jour après jour idéal et presque constant avec de douces journées propices aux promenades méditatives et à une activité de peinture assez intense.

Les moments partagés avec de nombreux amis, autour d’un bon repas ou lors d’autres occasions moins friandes, ont aussi largement occupé mes journées. J’ai retrouvé avec plaisir mes “amis peintres”. Les “pros”, ceux qui manient avec certitude le pinceau et aussi mes “gentils élèves amateurs” dont la confiance qu’ils accordent à mes conseils ne fait que renforcer ma responsabilité envers eux.
Partager selon le niveau de sa propre expérience n’est pas toujours chose aisée, surtout dans le domaine artistique qui comprend certes une partie matérielle et technique facilement identifiable, mais et surtout, un univers du sensible et de l’interprétation qui est propre à chacun. Cette partie que je regrette toujours de ne pas pouvoir développer plus longuement est victime des disponibilités des uns et des autres. Avec un nombre de séances restreint, il faut aller au plus significatif. La confrontation avec la nature, celle qui bouge à tout instant est une bonne expérience. Mes “gentils élèves” ont été servis et surpris de se retrouver parfois dans des endroits improbables que seuls les goélands pouvaient leur disputer.

Danielle et André prêts à prendre leur envol à la pointe du Percho.

L’équilibre est instable, mais la vue imprenable.

Rester concentrée en milieu délicat.

Dans le paysage perçu des premiers jours ce qui m’a incroyablement étonné, c’est l’abondant volume de verdure, son intensité, sa variété de nuances. Des verts épais et profonds comme sculptés dans la masse, mêlés aux tonalités tendres et lumineuses, à l’instar d’une absinthe avant le trouble du goutte à goutte. Une fois de plus, je me suis battu sang et eau avec cette verdure envahissante et souvent changeante.
Alors que la douce et belle campagne m’environnait totalement sitôt le seuil de la porte franchi, la possibilité du rivage, de la mer, du roc ne m’aura attiré que dans un deuxième mouvement.
Sur cette côte hérissée de rochers, planter mon chevalet et trouver un équilibre se fit parfois avec difficulté. C’est là au milieu de ces blocs noirs, par un petit matin frais alors que le soleil pointait à peine, que j’ai vécu ma plus belle rencontre. Silencieusement, tout timide dans son allure un peu “chiffonnée” un vieux monsieur s’est approché de moi en s’excusant presque de me déranger. Il portait un bonnet de marin en laine bien enfoncé sur un visage tranquille, une veste de toile décolorée qui avait vu la mer plus qu’il n’en fallait.
“Lorsque je vous ai vu de loin, en ombre chinoise sur cette pointe de rochers en train de peindre, j’ai eu un choc !”
Il y eut un silence, le temps qu’une vague vienne se fondre à nos pieds.
“En une fraction de seconde, ça m’a fait tout drôle, je me suis senti dans un autre siècle. J’ai songé immédiatement à cette époque fantastique des impressionnistes où les peintres se rencontraient dans la nature. Vous savez, le tableau de Courbet “Bonjour monsieur Courbet”…ça m’est apparu immédiatement. Mais là maintenant, c’est la réalité. Vous ne pouvez pas savoir combien ça me fait plaisir de vous voir.”
Nous avons parlé un bon moment, de peinture, de l’importance de la contemplation, de l’avantage et de l’inconvénient de l’âge, tout simplement de la vie qui est en nous. Nos phrases étaient suivies d’un long silence comme pour en peser véritablement le sens.

Sept petits coquillages Trivia, aux appellations nombreuses…porcelaine, grains de café etc.

Plusieurs fois mon visiteur m’a rappelé son plaisir d’échanger. Nous avons partagé un sourire complice et après un silence un peu plus long que tous les autres, il fouilla dans sa poche. Dans un mouvement silencieux il déposa à mes pieds, dans le creux d’un rocher, sept petits coquillages.
“C’est pour vous, un porte bonheur, pour vous remercier de la bonne journée que je vais passer grâce à vous. Je suis très content.” 
Il prit congé et disparut aussi discrètement que pouvait le laisser supposer sa frêle silhouette. J’étais confus et heureux en même temps. Cet échange venait de renforcer mon sentiment qu’avec quelques mots simples, quand les êtres sont capables de s’ouvrir aux autres, il est facile de trouver le chemin de l’intelligence. Finalement, dénué de haine et de préjugés l’être humain n’est peut-être pas si mauvais que ça 

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Dépouilles

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Une amie m’a demandé récemment ce qui m’avait amené à peindre des dépouilles d’animaux. Mon premier réflexe a été de penser « tiens, quelle drôle de question ? » comme si cette série allait de soi pour tout le monde et que le sujet ne susciterait aucune réflexion particulière.
Bien embarrassé dans un premier temps pour satisfaire en quelques mots sa curiosité, je me suis plongé plus intensément sur mon premier ressenti pour en rechercher une « justification intelligible ». Et finalement le questionnement bien innocent de cette amie me donne l’occasion de m’en expliquer.

Il est vrai que le choix d’un sujet, qui produira dans le temps une image sur un support, ne nait jamais du vide, ni de l’absence de toute matière, qu’elle soit visuelle, intellectuelle, sensible, liée à n’importe lequel de nos sens. La peinture est souvent le « réaménagement » de formes, de couleurs, de sensations dans un certain ordre pour donner une lecture de son propre monde intérieur. Et l’exposition du résultat pour une lecture publique est somme toute une contribution à la philanthropie. Cette participation même modeste n’est pas à désavouer pour autant.

Je me suis toujours interrogé (au cours de mes nombreuses promenades, en forêt ou en campagne), du peu de cadavres ou de traces que les animaux laissent lorsqu’ils meurent. Bien sûr, chacun aura un jour sur un chemin aperçu une touffe de plumes éparses, arrachées à un pigeon par quelque buse vorace. Mais que deviennent les renards, les sangliers, les chevreuils et autres cerfs en fin de vie. Des milliers de bêtes meurent chaque jour autour de nos cités. Les animaux se cachent t’ils pour mourir ? Cerfs, chevreuils sont nombreux dans nos régions. Ces mammifères perdent leurs bois chaque année. Combien de ramures, de bois pouvez-vous vous étonner d’avoir trouvés ? Et ne me dites pas que les prédateurs sont suffisamment nombreux pour éliminer toutes les charognes. La rareté cadavérique sur le terrain est en même temps une découverte émotionnelle et un questionnement immédiat sur les raisons de la mort de l’animal en présence. 


Ces dépouilles ont été découvertes pour la plupart sur des chemins, en bordure de cultures. Empoisonnement, blessures et abandons par un chasseur…Des pierres ont été projetées avec force sur le lapin de garenne comme si sa mort n’était pas suffisante. Quel plaisir peut ressentir celui qui s’acharne ainsi sur un animal mort. Contrairement à la chasse à courre (où l’animal est poussé à bout, poursuivi par une meute de chiens forcenés), le cerf ci-après, a été abattu d’une balle et sa mort a été presque instantanée. Quelle que soit la cause du décès, le passage de la vie à trépas d’un animal provoque en moi un grand vide, un regret suivi d’une grande tristesse. En me penchant sur mes documents, en les travaillant sous forme de peintures, j’ai le sentiment de redonner vie à des êtres dont notre société ignore ou méprise souvent l’existence. C’est aussi une manière d’évacuer une culpabilité, de responsabilité envers ces animaux, et de tenter par l’image une approche empathique avec eux. 

Le mystère de la mort est une des composantes de la vie et nous ne pouvons pas oublier que l’homme des premiers âges continue pour une bonne part de survivre en nous. Les peintures rupestres sont elles l’expression d’un simple plaisir pour l’art ? Les premiers hommes, en représentant les animaux, leur chasse, leur mort n’ont t’ils pas tenté d’entrer en contact par une activité chamanique, avec cette vie animale qui accompagnait leur quotidien ? Ont-ils essayé par les signes et la couleur de symboliser la réussite de la chasse et la supériorité de l’homme sur l’animal et invoqué des dieux pour les protéger de la blessure. En procédant à des rites, qu’ils soient religieux, païens, en adoptant certaines croyances ou pensées dans notre quotidien, en idolâtrant certains êtres, ne sommes nous pas à la limite de l’homme anxieux face à cette inconnue qu’est la mort ?

Il existe des artistes qui vouent leur talent à représenter les animaux vivants. On les définit comme « peintres animaliers ». Titre honorable qui sanctifie la vie. Lorsque des artistes consacrent une part de leurs réalisations à l’univers de la « camarde », on a vite fait de les qualifier d’artistes « maudits ou « de morbides ». La représentation picturale de cadavres humains ou d’animaux les place dans une sphère particulièrement critique. Pourtant, depuis les antiques, la « vanité » constituent une représentation allégorique de la mort humaine et la nature morte n’en est que sa petite jumelle.

Le cadavre humain a longtemps servi de modèle aux plus grands peintres. Il faut mentionner la leçon d’anatomie de Rembrandt, les écorchés de Léonard de Vinci, les études de membres de Géricault pour le radeau de la Méduse, le toréro encorné d’Édouard Manet, les quartiers de viande de Soutine…L’histoire de l’art rapporte une grande abondance d’œuvres représentant gibier, poissons et autres bestioles exotiques apathiques. Et nombreux sont les artistes qui se sont essayés à ce genre depuis des siècles. On peut citer Chardin, encore Géricault, Goya etc…

Ces natures mortes en atelier sont dans leur grande majorité « arrangées », c’est à dire composées. Chaque sujet, chaque objet est placé avec minutie dans une mise en scène très étudiée selon des règles de composition et en organisant le jeu de l’ombre et de la lumière. L’aspect accidentel, fortuit n’existe pas. 

En travaillant à partir de mes photos prises sur le vif, selon les conditions atmosphériques rencontrées, la mise en scène est inexistante. La prise de vue est un document « brut, neutre, sans effet et sans affect » à partir duquel j’essaie d’apporter une esthétique picturale. En ce sens, ma démarche s’éloigne de la nature morte exécutée en atelier avec le sujet réel comme objet d’observation.

Dans notre société occidentale, la mort est occultée d’une manière consensuelle. Elle devient un phénomène de rejet car son image choque, dérange. Plus personne ne visite les cimetières. Et les cortèges accompagnant le défunt jusqu’à sa tombe se font désormais dans une rapide course en voiture. Pourtant par un jeu subtil de miroirs, la mort inonde paradoxalement les écrans, les films, les jeux vidéos. Ces images pour la plupart vécues comme des fictions n’apparaissent plus que comme des artefacts de la réalité. L’image d’un cadavre d’animal émergeant au milieu d’allégories de la bienséance choque. Ça serait un bienfait s’il éveillait quelques consciences et questionnements.

À l’heure où, à chaque minute notre « humanité » voit (ou fait) disparaître son environnement écologique, où les espèces animales sont malmenées alors qu’elles font partie intégrante de notre « généalogie », mon propos tant visuel que littéraire, n’est pas de faire l’apologie de la mort ni celle d’un plaisir morbide. La mort n’est ni souhaitable, ni enviable et en aucun cas elle ne peut être belle. Elle « EST ». Elle possède une esthétique qui me touche par sa simplicité, son silence et la réflexion qu’elle génère intérieurement.
Traduire par la ligne, la couleur, sans emphase, sans excès, mais dans toute sa force la mort de ces bêtes est le challenge que je m’étais fixé, car il fallait au delà de l’image que je leur accorde une dernière célébration. 
Et votre regard face à ces images, loin de toute indifférence, qu’il soit attristé, choqué ou mal à l’aise est une belle contribution à la vie.

 

 

Trait-portrait.

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L’automne est là, bien installé maintenant et il sera difficile d’arrêter sa progression vers l’hiver qui, il paraît devrait être rigoureux. Même si quelques belles journées fleurissent encore par-ci par là, je ne suis pas dupe, nous allons vers des journées grises, sans lumière. Tout ça n’est pas pour m’inciter à sortir peindre dans le froid ou l’humidité. Et pourtant, il y a de belles choses à faire sur le vif. J’attendrai que le courage me revienne.

Pour l’heure, je fais une petite mise à jour comme toujours en parallèle de Facebook. Pas de paysages, ni d’inspirations maritimes cette fois-ci. Je ne pensais pas me lancer avec autant de plaisir dans les portraits. Une certaine appréhension face à la difficulté que représente la figure humaine et pire encore, celle de la ressemblance surtout avec les enfants, m’a longtemps fait hésiter à me lancer. Quelques rencontres, quelques échanges avec des amis peintres, m’ont encouragé à mettre mon appréhension de côté. Mais, comme la chose n’est jamais gagnée, il y a encore un grand écart entre ce que je vois et ce dont je suis capable de réaliser. Il me reste comme toujours, de sérieux progrès à faire.

John Singer Sargent - Autoportrait 1906

John Singer Sargent – Autoportrait 1906

John Singer Sargent, était un peintre américain qui excellait dans les portraits, il disait avec une pointe d’humour :
“Chaque fois que je peins un portrait,
je perds un ami.”

 

 

 

 

 

 

Mesnil, motif du jour

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Les cultures maraîchères inondées par la Seine, forment un magnifique lac.

Comme chaque année, la municipalité organisait une journée peinture en plein air “dans et autour” de la ville. Le temps était bien gris en ce dimanche 5 juin, et le lointain noyé dans une brume bleutée ne se découvrit que tard en début de soirée.
Les inondations écoulaient tranquillement leurs eaux boueuses et on pouvait se poser la question de la réussite de cette manifestation artistique. Les peintres ne sont pas venus en grand nombre, mais nous étions un petit groupe très motivé et finalement, c’était le principal pour passer une bonne journée conviviale…en plein air. Le matin nous fûmes accueillis de façon chaleureuse par l’équipe organisatrice, toute à nos petits soins. Un vrai petit déjeuner avec café, jus de fruits, croissants et plus qu’il n’en fallait nous attendait. Finalement, après cette bonne réception nous avons oublié la météo maussade et nous étions prêts à nous éparpiller dans la nature pour travailler un peu.

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Les jardins de Mesnil Le Roi inondés.

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Le petit chemin des Sablons au-dessus des cultures.

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L’église Saint Vincent et le cœur du village depuis la terrasse.

Midi, en bonne compagnie certains se sont regroupés pour partager un sandwich “ramolli” sorti du sac. Un déjeuner frugal, vite avalé. Juste le temps de quelques échanges, histoire de se connaître un peu plus et vite de nouveau sur le motif. À 17 heures, retour au point d’accueil et présentation des œuvres. Pour ma part, avec trois réalisations, j’aurai passé pas moins de sept heures debout à peindre non stop. La fatigue est bien présente et il me tarde de rentrer. Un cocktail de fin de journée nous attend en compagnie du maire Serge Caseris qui après le vote d’un jury, acquerra ma peinture pour l’hôtel de ville de Mesnil Le Roi. See you next time !

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Salle Georges Brassens, on ne rigole plus.

Danielle et André en académie

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Danielle et André, mes deux gentils élèves sur le motif.

Danielle et André, mes deux » gentils et studieux » élèves sur le motif.

Le mois dernier, j’avais décidé de donner quelques conseils de dessin et de peinture à deux amis “artistes” amateurs. Je mets le mot artistes entre parenthèses, car je sais déjà que leur modestie va s’insurger contre mon qualificatif. Le plus drôle est de voir ce qu’en dit ce bon vieux Larousse :
— Personne qui exerce professionnellement un des beaux-arts ou, à un niveau supérieur à celui de l’artisanat, un des arts appliqués.
— Personne dont le mode de vie s’écarte délibérément de celui de la bourgeoisie ; non-conformiste, marginal.
— Personne qui a le sens de la beauté et est capable de créer une œuvre d’art : une sensibilité d’artiste.
— Personne qui fait quelque chose avec beaucoup d’habileté, selon les règles de l’art : travail d’artiste.
Mais, je garde sous le coude la dernière définition qui me plaît beaucoup :
— Artiste, bon à rien, fantaisiste.

Les œuvres de Danielle.

Parc de Kéravéon à Erdeven (Morbihan) par Danielle.

En chemin vers l’abstraction, parc de Kéravéon à Erdeven (Morbihan) par Danielle.

Marée basse à l'anse du Pô à Carnac par Danielle.

Très synthétique, marée basse à l’anse du Pô à Carnac (Morbihan) par Danielle.

Portrait esquissé à l'essence et huile par Danielle.

Portrait esquissé à l’essence et huile par Danielle.

Portrait presque monochrome à l'huile par Danielle.

Portrait presque monochrome à l’huile par Danielle.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mais bien sûr, l’art ne sert à rien à l’heure où tout le monde vit sous l’influence d’une société à l’intense consommation industrielle. Alors mes petits élèves avec leurs misérables pinceaux à trois poils, ils ont une place où dans tout ce bazar. Vous en voyez beaucoup vous des artistes peintres, dehors, avec leur chevalet et leurs couleurs. Les badauds sont tellement étonnés d’en découvrir un dans la nature qu’ils se demandent si on ne tourne pas dans le coin un film sur Van Gogh, Monet ou Renoir. Il faut le reconnaître, pour la plupart des gens, la peinture s’arrête aux impressionnistes. Les bords de l’eau, les champs de blé aux coquelicots, les ambiances du petit matin. Aujourd’hui les artistes s’orientent vers l’abstrait, l’art conceptuel…tout ça en atelier. La nature n’est plus ressentie ni regardée,  elle est intellectualisée. L’acquisition, l’élaboration ne se montre pas comme ça en direct. La manière de réaliser la sauce ne regarde plus personne. Sur le motif, les gens s’approchent prudemment du peintre par peur de déranger. À moins que ce ne soit par peur de se faire “mordre” par une espèce inconnue ou tout du moins en voie de disparition.

Les œuvres d’André.

Parc de Kéravéon à Erdeven (Morbihan) par André.

Tout en nuances, parc de Kéravéon à Erdeven (Morbihan) par André.

Marée basse à l'anse du Pô à Carnac par André.

Marée basse à l’anse du Pô à Carnac par André.

Il faut oser travailler dehors, non pas à cause du regard des curieux, mais tout simplement pour dominer tous les problèmes que pose l’exercice sur le motif. Changement de lumière, vent, pluie, soleil, froid, bestioles, couleur qui sèche trop vite ou trop lentement, inconfort, fatigue, matériel inadapté etc…La liste pourrait s’allonger facilement. Mais, malgré tous ces inconvénients, rien n’est plus  formateur que cet apprentissage sur le vif. Alors, je félicite mes petits élèves (tout d’abord un peu réticents, habitués qu’ils étaient d’une part à peindre d’après photo et d’autre part, n’ayant aucune expérience du motif extérieur) d’avoir franchi le pas et de s’être lancés avec leurs pinceaux dans la nature.

Changer ses habitudes n’est pas facile, c’était une première pour eux sur le motif, comme pour moi en tant que “conseil”. Beaucoup de choses restent à travailler et à faire évoluer. Ça donnera à chacun l’occasion de se retrouver une prochaine fois et de retravailler ensemble j’espère avec plaisir.

Derniers jours

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morbihan-pointe-percho-008Les derniers jours, je me dépêche toujours pour réaliser tout ce que je n’ai pas pu faire en plusieurs semaines. Bien entendu, je n’y arrive jamais puisque le retard ne se récupère pas. Alors, je remets à l’année prochaine les vagues, les falaises, les sous-bois au fond des marais et les parcs ostréicoles à marée basse…

Flamenco y flamenca

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flamenco-05-2016-01

Sur le parking, quelques voitures stationnent, portes ouvertes, au milieu desquelles, un groupe de personnes en costume breton discutaillent joyeusement.
Avec Élysabeth, nous extrayons du coffre tout notre fourbi de dessin et, encombrés comme des sapins de Noël, nous abordons les bretons volubiles.
— Pardon, pourriez-vous nous indiquer où se passe la démonstration de flamenco ? Moment de silence dû à une incompréhension bien palpable ! Et oui, nous sommes bien ici en Bretagne pour croquer du flamenco en live.
— Allez voir par là, derrière ce bâtiment ! Nous indiquent les bretons mi-rigolards. De fait, au détour de la bâtisse, nous tombons nez à nez avec une petite dame toute souriante, au visage animé, moulée dans une robe noire avec des volants un peu partout. Les présentations avec les membres de la petite troupe sont rapides et sympathiques. La salle est grande, aérée et lumineuse. S’installer dans un tel espace est un vrai régal. Tout est fait pour nous permettre de travailler dans les meilleures conditions.
— Vous voulez une table pour vos affaires ? Là, vous avez assez de place ? On peut pousser les sièges si vous souhaitez ! Mireille Ouvrard, la présidente de l’association “El Flamenco” est à nos petits soins. Soucieuse de tout elle ne cesse de virevolter d’un endroit à l’autre, anxieuse sans doute de la bonne réussite de la journée “découverte du flamenco”. La salle se remplit lentement, un peu en désordre. Les proches, amis, famille, constituent la majorité des spectateurs. Malgré les nombreuses invitations lancées et distribuées, les sièges ne sont pas tous occupés. La déception se lit sur le visage de Mireille à cause de ses “bons voisins” qui semblent l’avoir totalement ignorée. Les élus sans doute engagés par d’autres festivités, ont aussi déserté la salle Groëz-Ven à Ploëmel. Après une présentation rapide de l’association de danse, de son rôle auprès des collectivités, de la philosophie de son apprentissage, et de la définition du flamenco, danse d’expression de la joie, de la misère et de la souffrance, tout le monde est prêt à “jouer sa partition”.
Pour Élysabeth et moi-même, les pinceaux, les couleurs, et les encres se mettent alors à l’unisson du mouvement énergique des “femmes flamenca”.

Association El Flamenco
Apprentissage Flamenco et Sévillane.
Salle Groëz-Ven à Ploëmel
Contact :
Mireille Ouvrard – 06 45 29 31 75

 

Morbihan, pointe du Percho

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Morbihan, la pointe du Percho. Ancienne batterie d'artillerie.

Morbihan, la pointe du Percho. Ancienne batterie d’artillerie.

J’ai toujours été fasciné et surtout impressionné par la puissance de la mer. Son mouvement, son vacarme accompagné du mugissement du vent. Il n’est pas nécessaire d’attendre une tempête pour se rendre à la pointe du Percho sur la côte sauvage de Quiberon. Là, quelle que soit la force ou l’amplitude de la marée, les vagues se fracassent avec puissance et parfois démence contre les blocs de granit érigés en sentinelles sombres. Le site est visité par de nombreux curieux, qu’ils soient randonneurs, touristes venus de loin ou tout simplement personnes du cru. Il y a toujours à voir et à ressentir.

Morbihan, la pointe du Percho. En surplomb, mouvement et puissance.

Morbihan, la pointe du Percho. En surplomb, mouvement et puissance.

En surplomb de la mer, cette pointe rocheuse est dès les premiers âges fréquentée par l’homme. Les hommes des mégalithes recherchent les belvédères qui seront propices à l’édification de sanctuaires. Le dolmen de la pointe du Percho orienté vers le soleil couchant, témoigne de l’intérêt du lieu et du sens sacré que l’homme a toujours concédé à la nature. Une petite bâtisse érodée, en pleine désolation marque le point le plus haut de la falaise. Injustement appelée “la maison des douaniers”, elle fut semble t’il, construite à destination militaire en 1696 et équipée de deux canons de marine. Jusqu’en 1918, elle portera le nom de “corps de garde”, ouvrage maçonné associé à une “batterie d’artillerie”. C’est en contrebas de cet endroit, dans un espace aérien, au contact de la roche que j’ai installé (dans un équilibre précaire) mon trépied et mes feuilles de papier ainsi que mes encres. Tout est solidement fixé pour éviter un catastrophique envol dû au souffle imprévisible venu de la mer.

Pointe du Percho. Encre noire sur papier.

Pointe du Percho. Encre noire sur papier.

Tout l’après-midi, les goélands me tiendront compagnie et s’approcheront insidieusement de mon sac pour tenter de me “chipper” un improbable morceau de nourriture. Gonflés les oiseaux !

Pointe du Percho. Encre noire sur papier.

Pointe du Percho. Encre noire sur papier.

 

Pointe du Percho. Encre noire et brou de noix sur papier.

Pointe du Percho. Encre noire et brou de noix sur papier.

 

Pointe du Percho. Encre noire et brou de noix sur papier.

Pointe du Percho. Encre noire et brou de noix sur papier.

 

Pointe du Percho. Encre noire, brou de noix et encre acrylique rouge sur papier.

Pointe du Percho. Encre noire, brou de noix et encre acrylique rouge sur papier.

Work in Vaucluse.

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Vaucluse - Bedoin - Maison de Bernadette et Georges aux Colombets.

Vaucluse – Bedoin – Maison de Bernadette et Georges aux Colombets.

Je ne ferai pas trop de commentaires sur mon travail d’aquarelle effectué dans le Vaucluse au mois de septembre. Une partie du résultat est là, présenté sous forme de reproductions. Je m’attendais à un paysage desséché par la chaleur cumulée des mois de juillet et d’août. Étonnement de ma part. Tout y était très vert, beaucoup de vert, trop de vert à mon goût, puisque le vert est une couleur pour laquelle j’ai peu d’affinités. C’est un comble pour quelqu’un qui passe son temps à peindre à l’extérieur et le plus souvent dans des paysages noyés de verdure…et qui considère les arbres avec la meilleure intention.

J’ai entamé la réalisation de grands dessins au fusain “on live” dans lesquels je me suis jeté et régalé, en essayant de leur donner un petit aspect “fantastique”. C’est au moins ma meilleure satisfaction picturale de ce séjour dans le Vaucluse.

En parallèle à cette galerie aquarelles/dessins, j’ai pas moins réalisé une vingtaine de pochades couleur et une quinzaine de croquis sur mes carnets « Moleskine », que je présenterai sur le blog la prochaine fois.