14 novembre 2015

14112015
Le terrorisme est avant tout un acte politique, il cherche à provoquer un effet politique. Si, à cause de lui, nous changeons notre société, il est gagnant. Nous vaincrons les terroristes en vivant comme nous le voulons, et non comme ils le veulent, eux.

(Tom Clancy – Interview de L’express 2004)

C’est quand la fête !

Père Noël, ou es-tu ?

Père Noël, ou es-tu ?

Je me demande parfois si les journalistes ne sont pas payés par les marques de l’industrie du commerce et de l’alimentation. Il faut voir combien de reportages on doit subir en ce moment sur les montagnes de foie gras, les tonnes de chocolat, les magasins débordant de jouets “en plastique made in china”. Combien d’interviews de soi disant “chefs cuisiniers” qui ont tous leurs bonnes recettes pour préparer le chapon, faire cuire les queues de langouste ou monter une mayonnaise onctueuse. Et vous n’avez sûrement pas raté le “chef patissier” qui vous bassine avec sa bûche de Noël bien grasse au chocolat et noisettes. Gavé ! Je suis déjà gavé par toutes les images qui dégoulinent sans arrêt de mon écran plasma. Les chiffres d’affaires défilent, en millions d’euros de marchandises. Les gens courent de magasins en magasins, en tous sens comme des robots aveugles, les caddies débordants. Sur les ondes, impossible d’éviter les magazines consacrés à la “bonne bouffe” avec les produits du terroir. Surtout quand on sait que la plupart des bons produits du terroir proviennent bien souvent de pays étrangers. Enfin, vous l’aurez compris, je suis écœuré et chaque année, ça devient de plus en plus insupportable. Sans doute suis-je en train de vieillir et ce monde de la consommation me paraît de plus en plus éloigné de mes préoccupations. Il faudra tout de même que je m’interroge : “suis-je en train de devenir un vieux con!”.

En attendant, je vous souhaite ce que je n’entends et ne vois nulle part en ce moment et qui ne se monnaie pas… de l’amour, de l’amitié, de la tendresse, de la tolérance. C’est tout ! Et c’est tout. À bientôt.

Filles, les mal aimées !

chloe_12_11_07_353

Dans certains pays et certaines régions, le poids de la tradition plus qu’il ne préserve de la folie dévastatrice de notre société, ne compte plus les méfaits dont il est responsable. Au Rajasthan, les filles sont tuées à la naissance, parce qu’elles coûtent trop cher. Les hommes ne supportent pas qu’une femme s’instruisent tout simplement parce que ces soi-disant descendants de guerriers, perdraient toute leur autorité. Les motifs pour légitimer les infanticides sont nombreux et ne semblent pas prêts d’être remis en cause. Choqué par ces pratiques, je mets ici pour information et partage, un article paru dans le Canard Enchaîné du mercredi 27 novembre 2013. Cet article concerne le reportage “Le pays qui n’aimait pas les femmes”, qui a été diffusé sur Arte  le 3 décembre 2013.
(Rediffusions Arte : mardi 17 décembre à 6h50 – dimanche 22 décembre à 5h00)
Clic ici pour l’extrait.

Quatre femmes puissantes.

Il y a onze ans, la mère de Saroj a refusé de tuer son bébé. Elle s’est rebellée contre sa belle-famille et les guerriers rajput qui maintiennent leur domination sur son village. Aidée de son mari, elle s’est enfuie vers la ville avec l’enfant.
La mère de Saroj était jeune lorsque sa première fille est née. « Ma belle-mère m’a demandé de la tuer, raconte la femme. – Et vous l’avez fait ? » Elle a un léger mouvement de tête : « Je l’ai étouffée avec du sable. » Quand on lui demande pourquoi elle a obéi, elle répond que c’est la tradition. Pour les hommes de sa région, une fille est une bouche inutile. Elle ne peut travailler, ne rapporte pas d’argent et coûte cher en noces. Quelque 8 000 euros offerts à la belle-famille lors des fiançailles, puis 15 000 le jour du mariage, pour être acceptée dans la maison de son mari. Alors, à la naissance de sa deuxième fille, sa belle-mère est revenue tuer. Elle a placé la nouveau-née dans une boîte, vivante, nue. Et puis l’a enterrée.
Mais Saroj, troisième fille du couple, a une fée penchée sur son berceau. Elle s’appelle Gadjendra, une autre femme du village, écoutée par les mères. Depuis des années, elle va de famille en famille pour tenter de sauver leurs filles. Elle explique que ce rituel sanglant n’a pas valeur de loi. Que l’infanticide est interdit en Inde. Que ceux qui se soumettent à la coutume sont des assassins. Convaincue par Gadjendra, la mère de Saroj s’est brusquement révoltée, abandonnant ce village du Rajasthan où tous les enfants sont des garçons.
A Delhi, Sunita est retournée chez sa mère, avec son fils. Son mari la battait. Elle saignait du nez, des oreilles, de la bouche, et sa belle-famille détournait le regard. Sunita, aussi, s’est rebellée. Police, plainte, tribunal. En attendant la décision de justice, sa propre famille l’exhorte à repartir. Sa présence est une charge, la honte des siens et leur déshonneur. « Tous les époux frappent leur épouse », explique sa mère. Elle lui dit qu’il faut accepter ce destin.
A Calcutta, Suzette a été la première victime indienne à porter plainte contre ses violeurs. Et à témoigner à visage découvert. Elle était seule, fréquentait les cafés. C’est pour cela qu’un groupe d’hommes l’a martyrisée à l’arrière d’une voiture. « Plus que le viol, leurs morsures et leurs coups, ce sont leurs rires qui me hantent aujourd’hui », dit-elle, des larmes plein les yeux.
A Vrindavan, au sud-est de Delhi, ce sont les larmes de Gulab Bai qui perlent. A 84 ans, cette femme est veuve, c’est-à-dire moins que rien. Réfugiée dans la ville de Krishna avec des milliers d’autres, elle s’est rasé les cheveux et s’est enveloppée d’un sari blanc, signe de son abandon. Fille, elle était inutile. Femme, elle était un fardeau. Veuve, elle est devenue pécheresse. Survivre à son mari est une calamité. Il y a des siècles, une veuve était jetée vive sur le bûcher de son homme. Aujourd’hui, elle est chassée de l’existence. Elle porte malheur, dort dans la rue, mendie sa poignée de riz. Gulab Bai a été mariée à 9 ans. De sa vie d’avant elle n’a pas de souvenirs. Et se bat aujourd’hui pour survivre.

Au bord du fleuve, quatre hommes portent l’une de ses sœurs, morte dans la nuit. Assis sur leurs talons, ils regardent le fagot qui la recouvre puis le feu qui la dévore.

Sorj Chalandon

Fils & filles d’immigrés

Mon père est né en 1913 à Alcazaren, dans un petit village d’Espagne. Fils d’Antonio et de Nemesia. La famille compte cinq enfants, quatre frères et une sœur, la plus jeune de la fratrie, protégée par des garçons tout à ses petits soins.

À cette époque-là, une bonne partie du peuple espagnol vit dans la misère. Je retiens cette phrase que mon père me répétait, lorsqu’il m’arrivait de me plaindre de ma situation : “En Espagne, nous n’avions que des pierres à manger. Il n’y avait rien à faire. Notre maison possédait une cour carrée faite de poussière où gamins nous traînions pieds nus au soleil !”.

Antonio & Nemesia. Toute la famille franchit les Pyrénées en 1918

Il aura sans doute fallu beaucoup de courage et pas grand chose à perdre pour que toute la famille franchisse les Pyrénées dès 1918, en direction des Landes. Un exode patriarcal bien avant les premiers réfugiés et exilés républicains que la guerre d’Espagne déversera sur le sud de la France en 1939.

Mon grand-père paternel, trouve un labeur dans la forêt landaise. Il sera charbonnier, résinier, collectant la sève d’or des grands pins. Cette résine liquide et odorante fut sans aucun doute le plus grand trésor que mon grand-père dût posséder. Frères et sœurs ne parlent pas un mot de Français, ne savent ni lire, ni écrire. Bien vite scolarisés, c’est un peu de leur liberté qu’on leur prend. Les liens familiaux se ressèrent face à l’inconnu.  Les quatre frères font corps et apprennent à se faire respecter par les autres gamins, mieux nantis. Pour une insulte, un manque de respect, ils font le coup de poing quand nécessaire. Ainsi va la petite enfance, l’adolescence et l’apprentissage de la vie adulte.

Benvenuto mon grand-père maternel.

Ma mère Rita, est née en 1921 à Sarego un village en Vénétie, au nord de l’Italie. Pour des raisons professionnelles, son père Benvenuto quitte l’Italie, et embarque sa famille pour le sud-ouest de la France.

C’est là que mes parents se rencontrent pour la première fois. Les jours sont doux et lumineux. La mer et ses immenses plages, le soleil, le foisonnement de la mauve bruyère dans la forêt landaise, sont autant d’appels favorisant l’insouciance des jeunes gens.

Rita & Séverin les fiancés des Landes

Mais, des hommes ailleurs, en décident autrement et bousculent les événements. De simple rumeur, la guerre passe à la  cruelle réalité.
En Italie, Mussolini est au pouvoir. Toute la famille italienne reprend le train pour rejoindre sa terre natale en décembre 1940.

Mon père engagé volontaire dans la Légion Étrangère.

Mon père a 26 ans. Considéré comme étranger par l’administration, il ne peut prétendre rejoindre l’armée française. Face à la montée du facisme, il rejoint dès 1939 la légion étrangère comme “engagé volontaire”. Il combattra aux côtés de tirailleurs Sénagalais dont il me vantera toujours le courage. Il recevra la croix de guerre pour “très belle conduite” au feu pendant les combats du 18 et 19 juin 1940. Fait prisonnier quelques jours plus tard, malgré plusieurs tentatives de fuite, il terminera la guerre en Allemagne au stalag XI B de Fallingbostel. Il sera un prisonnier anonyme parmi les 80.000 prisonniers que comptera ce camp.

Libéré par les alliés en avril 1945, il part à la recherche de son amour de jeunesse dans une Italie en ruines. Sans doute dans la crainte d’une deuxième séparation, il épouse Rita sur place avant de revenir dans le Sud-Ouest en couple légitimement uni. Mes parents adoptent la nationalité française en 1950.

Du vivant de Franco, aucun membre de la famille ne mettra – ne serait-ce – un seul pied en Espagne. La France est leur seul et unique pays de cœur. Les insultes racistes que la maisonnée subira de temps à autre (fils et filles de macaronis ou d’espingouins) n’altèrera pas leur amour pour le pays. Mon père reconnaissait en la France, un pays qui l’avait sorti de la misère, lui avait permis de manger à sa faim, lui avait offert la possibilité de travailler en toute liberté, de penser et de s’exprimer sans crainte de représailles.  En contrepartie, cette famille espagnole, depuis plus d’un demi siècle aura aussi donné de nombreux enfants, de nombreuses mains et esprits fondus aujourd’hui dans une France multiraciale.

Aujourd’hui, lorsque j’entends des voix “eructantes”, voulant nous faire croire que notre mal-être est dû à ces “gens venus d’ailleurs”-” des “pas comme nous” qui selon les dires “pénètrent chaque jour par milliers dans notre pays”, je ne peux malgré tout que me sentir un peu concerné. J’ai bien compris que c’est surtout vers “Rachid, Ahmed, Aïcha, ou Meimouna”, que les regards sont orientés. Mais demain, qui sait si “Nicu, Laurentiu, Mircea”, puis les “Juan, Albertino ou Agostina” ne seront pas eux aussi montrés du doigt. Il faut toujours trouver un coupable…”Adam, Déborah, Ismaël, Joshua” et tant de millions d’autres en ont déjà subi les conséquences par le passé. Sans être naïf sous prétexte de tolérance qui peut s’apparenter à du laxisme et accorder un blanc seing à tout et à n’importe quoi, il convient d’être vigilant afin de ne jamais devenir un jour, de par ses origines, le paria d’un “ordre nouveau”.

Pêcheurs écolos.

Ce matin, le soleil avait du mal à se lever. Il faisait gris, un peu froid, le jour peinait  à s’habiller de lumière. Et puis discrètement une lueur est apparue, déposant un voile légèrement ocré sur tout le décor.

Il vous est déjà arrivé de vous promener le long d’un étang ou barbotent quelques canards et quelques cygnes. Vous avez dû remarquer qu’il y a toujours un cygne plus téméraire que les autres qui vous suit à distance. Et pour peu que vous ouvriez votre sac pour en extraire un peu de pain, vous devenez l’objet de toute son attention. Et lui (le cygne) il était là ce matin pour ma promenade. Méfiant tout d’abord, il est resté à bonne distance de la berge. Puis petit bout de pain par petit bout de pain, lancés de plus en plus proche du bord, il s’est avancé majestueux. Nous sommes restés silencieux, surtout lui, durant toute sa collation. Mieux vaut ne rien dire, profiter de l’aubaine et ne pas trop s’ébattre au risque d’attirer les “copains”. Et puis au bout d’une demi-heure, il est parti sans un regret, en silence, me laissant là avec mon sac vide. Finalement je ne sais pas ce que vous en pensez, mais les cygnes ne sont pas très sympathiques.

Trois pas plus loin, je pensais rencontrer des pêcheurs. Oui, il y a aussi toujours quelques pêcheurs au bord des étangs. Ils suivent les berges, un peu comme les cygnes. Les postes étaient déserts. Je n’ai trouvé que débris et déchets. J’ai tout de suite pensé à un drame, à une agression. Peut-être l’assassinat d’un pêcheur ! Oui, j’ai tendance à tout dramatiser très vite. Plus loin en cheminant j’ai découvert d’autres restes. Des reliques en quelque sorte. J’ai finalement compris que pour quelques uns, la nature pouvait servir tout naturellement de dépotoir. Parvenu à la bonne conclusion, je m’en suis retourné soulagé tout en pensant que si les cygnes ne sont pas très sympathiques avec la main qui les nourrit, certains pêcheurs ne sont pas très reconnaissants à la nature qui leur procure du plaisir. Marie, priez pour eux “pauvres pêcheurs”.

 

Fin du monde.

Aujourd’hui 11 novembre 2011. Il parait qu’à 11 heures 11 la fin du monde va s’inviter à notre table. Pour ma part le 11 novembre signifie la fin d’une horreur, celle de la première guerre mondiale. Par ces deux images, je souhaite juste rendre hommage à tous ces humains qui ont souffert et sont morts sans comprendre parfois pourquoi, pour quels enjeux et au profit de qui. La fin du monde c’était hier!