Aincourt.

Aincourt est un petit village tranquille du Val d’Oise juché sur une colline, adossé à une forêt et entouré de terres cultivées. Rien ne saurait le distinguer d’un autre village du Vexin Français, si ce n’est la présence de l’ancien centre hospitalier de la Bucaille.

Dans les années 20, la tuberculose pulmonaire est en recrudescence. En France, 10 000 tuberculeux en meurent chaque année et en 1929, 700 000 personnes en sont atteintes. En 1930 sur l’initiative conjuguée du conseil général de la Seine et Oise (aujourd’hui le Val d’Oise), et du préfet, un vaste complexe hospitalier est envisagé.
Édouard Crevel et Paul-Jean Decaux architectes, remportent le concours en proposant un projet innovant et ambitieux.

La « Maison de la Cure » sur la colline de la Bucaille est lancée.

Commencés en avril 1931, les travaux s’achèvent en juillet 1933. L’ensemble voit le jour en un temps record et s’impose comme l’un des plus grands et des plus remarquables sanatoriums du XXe siècle.


Trois pavillons sont construits, celui des hommes, celui des femmes et celui des enfants au sein d’un parc de 73 hectares. Pour améliorer la qualité de l’air une forêt de pins des Vosges est plantée afin de recréer les conditions climatiques de la moyenne montagne. Par leur implantation et leurs proportions grandioses, les 3 pavillons semblent voguer tels des paquebots sur une mer de feuillages. Les meilleurs ouvriers et spécialistes sont appelés sur le site. L’ensemble des bâtiments est réalisé en béton armé, crépi à l’extérieur. L’orientation sud-est apporte à chaque pavillon des conditions lumineuses et d’ensoleillement jamais atteintes à cette époque pour des sanatoriums.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En 1934, 150 hommes, 141 femmes et 127 enfants sont hospitalisés.
En 1936, le centre hospitalier compte 430 patients.
En 1939, le pavillon des enfants est définitivement fermé.

En pleine zone de conflit, le sanatorium d’Aincourt est contraint en juin 1940 d’évacuer ses malades et de fermer ses portes. Disséminés dans différentes régions, de nombreux patients trouvent notamment refuge dans des centres de cure en Bretagne.

Aincourt devient un camp d’internement

En octobre 1940, le pavillon Bonnefoy-Sibour (pavillon des hommes) est réquisitionné par les autorités militaires d’occupation. Le centre hospitalier d’Aincourt devient dès lors le premier Camp d’Internement Administratif de la Zone Nord.

La transformation du centre hospitalier en camp de concentration de transit, est le résultat zélé de la collaboration du gouvernement de Vichy avec l’Allemagne nazie. Aincourt emprisonnera plus de 1500 personnes pendant 2 ans à peine (du 5 octobre 1940 au 15 septembre 1942). Résistants, suspects de tous ordres, juifs, communistes considérés comme « dangereux pour la sécurité publique », seront pour la plupart soit fusillés, soit déportés dans les camps de concentration nazis.
Après la seconde guerre mondiale, Aincourt redeviendra un sanatorium puis « Centre Hospitalier Départemental du Vexin ». Mais les normes hospitalières et les considérations économiques ont bien évoluées. Deux des trois bâtiments (le pavillon Edmond Vian et Adrien Bonnefoy Sibour) sont respectivment fermés en 1988 et 2001.

Un seul bâtiment, celui des enfants sera agrandi, rénové et maintenu en activité.

Le site et ses bâtiments aujourd’hui

Mon intention est avant tout de rendre compte en images de l’état actuel du site d’Aincourt. Il est profondément désolant de découvrir ces grands « vaisseaux » de béton dresser encore fièrement leur silhouette et offrir leur ossature à toutes sortes d’outrages.
Le pillage des lieux à été fait depuis bien longtemps et il ne reste plus rien aujourd’hui qui puisse susciter la convoitise ou offrir le moindre intérêt.
Le vandalisme a pris la relève et c’est sans doute là que se manifeste le plus visiblement la disparition des « paquebots ».


Sur les images on peut apprécier la frénésie qui anime les casseurs. Rien ne saurait survivre à leur passage. Ce qui est déjà détruit doit être réduit en poussière de plus belle manière, encore et encore, avec une rare violence.


Tags, parfois réalisés avec talent, séances de paintball, incendies (les pompiers ont utilisé le bâtiment Edmond Vian pour des exercices), il semble que tout soit fait pour effacer la mémoire des lieux.

Le scandale d’Aincourt résulte d’un « non-choix ». Destruction totale des bâtiments, réhabilitation, musée souvenir…avis et partis-pris ne manquent pas de s’exprimer sur le sujet et de parfois de façon bien animée.

Certains prétendront qu’une simple plaque commémorative suffit (une stèle fut érigée sur le site en 1994). En tout état de cause, on ne peut qu’avoir le cœur serré en découvrant ces bâtiments qui n’en finissent pas d’agoniser. Ceux qui ont souffert dans leurs murs ne tenteraient t-ils pas, à travers ce long crépuscule, de vouloir retenir encore un peu notre attention.