Tumultes

L’horizon se lève parfois convulsif, hérité de quelque main haineuse ou stupide, à moins que ça ne soit une hérésie de l’univers soudainement pris d’une fièvre suicidaire. Au dessus des petits hommes se développe, immense, un panache d’incertitude. Le jour gronde, ronfle au loin et déjà approche l’air chaud, épais, toxique qui irrite les yeux et agresse les narines.
Dans une atmosphère âcre, le ciel tourne au tragique et progresse en chevauchant les vents dominants. Ces vents qui tournent tantôt au nord, tantôt au sud, d’un côté ou de l’autre. Propulsés parfois d’un lieu inconnu sur cette terre par un esprit démoniaque qui n’a de cesse de contrarier toutes les prévisions des hommes. Déjouer les stratégies d’attaque, enrayer les techniques salvatrices et démoraliser les bonnes volontés. Par bravade, l’épaisse nuée se déploie en couches meringuées dans toute sa puissance. Immense plus haute que les plus hauts sommets enneigés, plus grondante que les torrents les plus tumultueux. L’horizon se dilue, tremble sous les vapeurs de la fournaise. Jour après jour, quand l’aube se lève déjà cramoisie, dégradée par la fiévreuse brûlure qui absorbe tout l’oxygène du ciel, hommes et bêtes à la recherche du moindre souffle de vie ouvrent largement bouches et gueules dans une impossible ventilation.
Alors les petits hommes incrédules, tout à leur orgueil de puissance voient de leurs yeux secs, leur monde se consumer et disparaître.

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