Les jours d’hier


Il n’y a pas longtemps, j’ai ressorti les vieilles photos familiales que nous avons tous pour la plupart d’entre nous, reléguées au fond d’une armoire, dans un tiroir de la commode ou, pour les plus misanthropes dans une malle poussiéreuse au grenier. Je sais que la traditionnelle boîte à chaussures, n’est plus trop d’actualité et que l’album photo l’a remplacé avantageusement. Il y a toujours des sentiments mêlés à la consultation de ces clichés parfois encore très proches de nous qui nous rappellent combien nous avons vécu de moments merveilleux en compagnie d’êtres délicieux. Mais oui, la photo familiale n’est là que pour saisir les bons moments, les fêtes, les anniversaires, les naissances. On ne sort pas l’appareil photo pour les heures sombres. À quoi cela servirait-il de graver sur la pellicule les fatidiques malheurs, qui de toute façon vont nous laisser une trace indélébile au fond du cœur. Feuilleter ces portraits saisis pour la plupart dans le bouillonnement du quotidien, permet de faire revivre en nous dans une dimension sensible des êtres perdus, éloignés, séparés, disparus.
J’ai déjà remarqué que nous n’avons pas une attention suffisamment concentrée sur les images. L’œil ne voit souvent que le sujet principal, occultant ici et là un certain nombre de détails. De très nombreux signes nous échappent, nous rendant certaines corrélations hermétiques. J’avais envie de pénétrer plus avant dans ces images familiales. Au delà du simple regard, je souhaitais passer plus de temps en compagnie de ces photos. Il me fallait partager un moment de ma vie en leur compagnie pour rattraper un temps passé trop vite défilé. M’imprégner de l’image en la dessinant allait me permettre de faire revivre quelques instants la présence familiale et de croire qu’une communion, au delà de l’absence, pouvait encore exister.
Pénétrer dans les détails (qui sont la nourriture de la vie quotidienne) me feraient découvrir comme un archéologue les substrats enfouis dans les zones trop charbonneuses de la photo.
Les dessins ont été réalisés directement, sans repentir, d’un seule traite, c’est ainsi qu’ils présentent pour certains des imperfections. Mais ils expriment avant tout une certaine spontanéité au détriment d’une grande justesse. Réunis dans un seul et même petit carnet, ils reforment à eux seuls une sorte d’album de souvenirs qui s’étoffera au fil du temps.

 

EnregistrerEnregistrer

7 réflexions au sujet de « Les jours d’hier »

  1. Magnifique idée, magnifique exécution ! Sais-tu toujours de qui il s’agit ? Certains portraits te ressemblent de toute évidence ! On devrait toujours annoter les photos, de génération en génération, pour garder une trace de nos histoires familiales. Tu me donnes envie d’ouvrir les tiroirs et de scanner quelques vieilles images (pour mieux les garder et les transmettre !)

  2. Une magnifique idée ! une pudeur, la peur de trop d’émotion font que l’on ouvre parfois « la boite à chaussure » et qu’on la referme très vite ……à travers tes portraits, c’est une nouvelle vie que tu offres à tes personnages, tu les remets en scène et en mémoire. Le fait de les avoir traités d’un seul jet donne encore plus de vie aux personnages. Et dans ton texte tout est dit…..et si bien écrit.

  3. C’ est merveilleux délicieusement vivant , ces images nous parlent , elles sortent du cadre pour nous parler , comme si il pouvait il pouvait y avoir une autre vie à travers un miroir de sentiments partagés 🙂

  4. Nous sommes en famille (Marie Ange est chez nous pour le week- end).
    Nous venons de regarder ces magnifiques portraits étonnants de ressemblance. Ils nous
    rappellent beaucoup de bons souvenirs avec plein d’émotion et de nostalgie.

    C’est super Serge !!!

Je vous remercie de laisser un commentaire sur cet article

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.