À l’heure du J5

Les machines ne m’obéissent plus.
Je me suis dit aujourd’hui que ça serait assez amusant de raconter quelques faits et gestes d’un condamné comme tant d’autres à l’isolement.

Alors ce matin, après mon petit déjeuner et après mon documentaire à la télé (oui, je me regarde tous les matins, en craquant mes biscottes, un documentaire en replay), j’ai voulu me faire un café avec cette machine bruyante qui crache son jus avec tant de difficulté qu’on la croirait atteinte de cystite. Ah ! Pas assez d’eau dans le réservoir. Qu’à cela ne tienne, je soulève le couvercle du réservoir et muni d’une tasse pleine d’eau, je balance le liquide dans le récipient transparent…juste au moment ou le couvercle se referme ! Et vlan, toute l’eau éclabousse la cafetière, le plan de travail et cette maudite machine se met à clignoter rouge. J’éteins la cafetière. Dans le réservoir pas une goutte d’eau. J’éponge mes dégâts avant de remplir le réservoir d’eau à ras bord. Cette fois ça va gazer. Je rallume la machine qui se remet au rouge. Bon, il faut faire quelque chose. Y a urgence. J’éteins la cafetière et j’essaie de décrocher le réservoir d’eau…plein. Il résiste, mieux que ça, il se défend et ne veut pas quitter le corps de sa petite maman. On va voir qui est le plus fort ! Je tire et tord en même temps le bazar qui se détache de la cafetière et valdingue je ne sais où.
Merde ! Merde et merde ! Un litre d’eau éclabousse tout le plan de travail. Le liquide s’étale avec horreur partout, recouvre la plaque de cuisson, inonde les tiroirs, détruit entièrement le sopalin, et distribue une gerbe d’eau dans la cuisine. Merde ! Merde et merde ! Je le redis car je l’ai dit plusieurs fois pendant au moins 5 bonnes minutes pendant que j’épongeais avec du sopalin…mouillé.
Un quart d’heure après, tout est rentré dans l’ordre. La cuisine nickel chrome. Il est temps – enfin – de se faire un petit café bien mérité. Clic ! Rien ! Pas de voyant qui clignote ! La cafetière ne s’allume plus ! J’enlève le réservoir que j’avais de nouveau rempli, je vide l’eau. Je retourne la cafetière et la secoue….(vous savez comme on fait parfois avec le grille pain pour faire sortir les miettes du fond). Non, elle est bien sèche. Pas en court circuit apparemment. Au cas où, j’actionne la lumière de la cuisine. Pas de lumière, pas de jus ! Je vérifie le disjoncteur de l’appartement qui a bien entendu disjoncté. C’est fait pour ça. Je remets en route et rien ne se rallume. C’est moi qui vais disjoncter. Je cherche dans l’escalier mon compteur “Linky”. Je ne sais pas trop lequel c’est…il y en a 8, autant que de propriétaires. Linky a beau être intelligent, il ne me parle pas beaucoup. J’appuie sur des boutons, auxquels je ne comprends rien. Des chiffres des mots incohérents s’affichent. Je referme le panneau de l’armoire électrique discrètement…Au cas où j’ai tout déréglé chez les voisins. Vaut mieux ne pas me faire remarquer.
Ma femme tente de contacter le service Enedis afin que quelqu’un vérifie si notre compteur fonctionne bien. Pas d’internet pour chercher un numéro de dépannage. Et évidemment, plus de ligne téléphonique fixe…et notre téléphone mobile a cette particularité de bloquer l’accès au clavier dès qu’on est en communication. Faites le 1, puis faites étoile, puis faites le 3 si c’est…etc etc…Impossible de faire les numéros. Pas facile avec ce confinement de trouver quelqu’un à l’autre bout du fil.
On fait le bilan. Impossible de joindre quelqu’un pour un dépannage. Nous n’avons plus de chauffage, de lumière, tous nos appareils sont électriques. On a le frigo plein, mais on ne peut rien faire cuire ou réchauffer. Nous sommes condamnés à mourir de faim. Non, je plaisante ! Mais essayez d’imaginer chez vous une panne définitive, sachant que personne ne viendra vous dépanner et que vous ne pouvez même pas aller chez Castorama acheter une pièce. Bon finalement mon épouse tombe sur le service dépannage Énedis. Après interrogation à distance, le “compteur intelligent” n’est pas en cause. Une charmante dame nous guide façon tutoriel (sans vidéo bien entendu) pour les manipulations à faire sur notre compteur d’appartement. Ma femme me répète chaque mot de la “dépanneuse” et moi, juché sur une chaise devant le tableau de bord, j’appuie, j’enclenche, je déclenche. Je fais sans réfléchir ce qui m’est “ordonné”…et ça finit par marcher.
Détection faite, c’est la plaque de cuisson qui est en court-circuit. Bon et après allez vous me dire ? Et bien après, j’ai coupé le courant, désencastré la plaque de cuisson, défait tout un bazar de fils de toutes les couleurs (j’ai fait des croquis pour tout rebrancher correctement). C’est mon côté dessinateur qui ressort. Avec un sèche cheveux j’ai séché tous les contacts, nettoyé les boutons, et tutti quanti. Et ça remarche parfaitement bien. Même mieux qu’avant ! J’exagère, mais ça c’est mon auto-satisfaction qui parle.
J’y ai passé toute la matinée, j’en ai sué un tee-shirt entier et après ça, pensez-vous que j’ai encore le temps de vous écrire des histoires !
Ah, confiné, on a le temps de rien faire.

15 réflexions sur « À l’heure du J5 »

  1. Humour humour, on a vraiment besoin et l’humour te va bien finalement ! bon, moi c’est l’inverse de toi ! ma machine fonctionne trop bien et je la sollicite encore plus que d’habitude. Tu connais mon goût -immodéré- pour le café et bien là je bat des records !!!!!!!Heureusement pour toi qu’il y a encore au bout …du fil, des gens capables de nous dépanner !

    • En tout cas si ta cafetière flanche, tu peux m’appeler. Je te ferai par vidéo (sur l’ordi de Serge bien entendu) un très beau dépannage ;-))

  2. Bonjour, moi aussi j’ai la même cafetière, mais loin de la plaque de cuisson – je ne serais pas capable de faire tout ce que vous avez fait, démonter la plaque….j’ai téléphoné hier à Free, je n’avais plus de télévision, sont au Maroc ( sont en confinement depuis hier soir 18 h.) alors que bizarrement il faut la journée pour les obtenir, je les ai eu tout de suite – et moi aussi j’ai eu droit, aux infos dirigées, pour refaire partir ma télévision, mais tous ces opérateurs, téléphoniques – internet, sont en flux très tendu, – et il se peut que dans quelques temps, nous ayons des coupures diverses – alors que confinés, compensons en téléphonant, regardons des films …. j’ai aimé vous lire, comme toujours – bon weekend ! Cathy

    • …Oui, si en plus nous avons coupures, délestages et autres réductions de transmissions,
      ça va être dur car ce sont des “passerelles essentielles” pour maintenir le contact avec tous ceux qui sont en dehors de nos murs (proches ou pas).

  3. Quelle histoire! Et tu la racontes tellement bien, qu’on a l’impression d’y être! Bon! en tous les cas , vu que nous avons la même cafetière, je crois que je penserai à toi dès que je l’utiliserai (sourire)

    • Ah ah ah ! la cafetière n’a plus de secret pour moi et pour les plaques de cuisson, si tu veux un conseil entre plaques à induction et halogène, tu me demandes ;-)))

  4. Pas donné à tout le monde de se sortir d un merdier comme ça le flux très tendu de tout poids dans lequel nous vivons nous épuise

    • Il y a toujours un truc qui se met à clocher au moment où ça ne devrait pas. C’est parce qu’on est environné de tant de technologie que l’on ne se rend plus compte de ce qui est essentiel.

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