Fort en thème

Je ne peux pas vous parler du fort de Port-Louis sans vous en faire un petit historique à ma manière…mais néanmoins très documenté. 

À la fin du XVIème siècle, le duc de Mercœur (gouverneur de Bretagne) voit d’un mauvais œil la succession du trône de France filer au profit du roi protestant Henri de Navarre. Ni une ni deux, il appelle en renfort le roi Philippe II d’Espagne qui, tout heureux de mettre les pieds dans une si belle région, lui envoie 10 000 espagnols en armes dès 1590. Tout ce petit monde, pas toujours très catholique, prend garnison à Blavet (ancien nom de Port-Louis) sous les ordres de Don Juan del Aguila, commandant de la place. Ces gentils mercenaires, indécrottables pilleurs, saccagent avec une certaine émulation le pays Blavétin que les accueille. Ils construisent bien vite un fort qui leur assure une bonne protection contre d’éventuelles représailles. Ce fort prend le nom de « fuerte del Aguila », évidemment traduit pas « fort de l’Aigle ». Pourquoi compliquer les choses! Après bien des péripéties sans intérêt, les espagnols s’en vont en 1598 et Henri IV investi de son pouvoir de roi demande la destruction de la citadelle. On détruit un morceau à droite, on en garde un autre à gauche, et on reconstruit là. Enfin, avec du vieux, on refait du neuf, comme bien souvent. En 1641 Richelieu en bon ministre de Louis XIII y met aussi son grain de sel. Vauban en visite à Port-Louis quarante ans plus tard est admiratif du bâti défensif. Ce qui ne l’empêche pas (sans doute un peu jaloux) de formuler quelques critiques fort constructives. Tant et si bien que durant la seconde guerre mondiale, les Allemands trouvant la citadelle à leur goût, l’occupent de 1940 à 1945 en vue de protéger la rade de Lorient. Aujourd’hui la citadelle abrite une station de surveillance maritime entièrement automatisée. Le moindre esquif qui rentre et qui sort  de la rade est suivi, enregistré, capté par la vidéo, radiographié par les radars….on n’échappe pas comme ça au regard perçant du fort de l’Aigle.

Bienvenue à la citadelle de Port Louis. C’est ainsi que le petit prospectus à l’entrée du fort me souhaite une bonne visite. La gentille dame qui vend les tickets, réfugiée dans un bastion sitôt la première passerelle franchie, me paraît diluée dans la pierre. Le prospectus n’est pas de trop car l’endroit n’inspire pas la fantaisie. Sur le grand pont qui mène aux principaux bâtiments de la citadelle c’est déjà le coup de vent glacial. Avertissement. La marée commence à gagner les remparts, à les caresser de sa langue humide. En pénétrant par la voûte du corps de garde on découvre un univers entièrement minéral. Le gris est général et ce n’est pas un ou deux carrés de mauvaise herbe savamment entretenus et militairement cadrés qui donnent à l’ensemble un aspect féérique. Vauban est passé par là et son « pré carré » manque littéralement de poésie.

La citadelle est une sorte de prison construite de hauts murs à ciel ouvert. Seuls les pigeons et les goélands semblent y trouver une certaine convivialité. Il faut avoir parcouru les remparts tout du long avec le vent dans les narines pour comprendre combien il ne devait pas faire bon pour y vivre toute l’année.

Aujourd’hui, la citadelle est destinée à la visite des touristes qui souhaitent découvrir la magnificence passée de la Compagnie des Indes. Un musée de la Marine ainsi que l’épopée courageuse des sauveteurs en mer trouvent place dans les principaux bâtiments qui encadrent l’ancienne place d’armes. J’ai visité ce lieu plusieurs fois, au printemps et en automne et je n’y ai jamais trouvé foule. Par contre, j’y ai toujours eu froid. L’entrée de la rade de Lorient souffre sans doute de conditions climatiques particulières. Je me demande comment Don Juan del Aguila, habitué à la douceur de la Castille a bien pu supporter la garnison pendant des années dans ces murailles froides et humides. À moins que ce dernier profitant des honneurs dus à son rang n’ait eu un confortable hébergement en centre ville. En quittant le fort bien transi, je me suis consolé et vite réanimé avec quelques « crêpes pour soldat » dans le premier bar trouvé au delà des grandes murailles à échauguettes.

7 réflexions sur « Fort en thème »

  1. Merci pour cette visite enrichissante , j’ ai appris beaucoup de choses, superbement illustrées par ton reportage , je vais aller boire un café pour me réchauffer 🙂

  2. Quand je pense qu’avec Christian, c’était la plage de notre enfance où nous allions avec nos parents profiter depuis Landévant de la splendeur de ce lieu sans jamais avoir la curiosité de se renseigner sur l’histoire de cette merveilles, mais grâce à toi Serge voilà cette lacune comblée. Pour la petite histoire nos préoccupations étaient ailleurs c’est là que nous avions pêché un congre d »1,,40m , quand on avait une douzaine d’années, il ne s’était pas laissé faire, mais sans doute blessé, il avait fini par se rendre et avait terminé dans la marmite, merci d’avoir exhumé ces souvenirs

  3. Pour y être allée encore récemment, la citadelle a subi un relooking important. Tout y est remarquablement présenté, ludique pour les enfants. L’ennui qui y régnait auparavant et l’atmosphère poussiéreuse…. tout cela a cédé la place à un endroit vraiment passionnant, vivant, bref qui mérite absolument le détour….heureuse de ton intérêt…..

  4. un fort devant lequel je suis passé à la voile de multiples fois, mais je n’avais jamais eu l’occasion de le visiter, finalement grâce à toi c’est chose faite.

    • Il faut aussi visiter toutes les expos à l’intérieur. Il y a tout un cheminement avec des maquettes sur les bateaux de l’époque Compagnie des Indes, vraiment intéresant 😉

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