Faux semblant

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Un escalier mystérieux,
aux marches glissantes descendait vers la mer. Vers quelle destination et sur quels esquifs les voyageurs pouvaient-ils donc s’embarquer ! Les vagues dans une agitation obstinée, crachaient leur écume froide, attaquaient le béton avec une humeur noire. Un autre escalier se dressait raide vers le ciel. De grands murs gorgés de lichens humides encadraient cette allée qui s’ouvrait vers une hypothétique lumière. Au faîte de mon escalade, sur une terrasse en balcon, face à la mer, une femme observait l’horizon brouillé. Les flots étaient vides, d’une fade et désespérante couleur.

Derrière moi, un passage pavé débouchait sur un ensemble de ruelles bordées de maisons étranges. J’étais à la périphérie d’une ville fantôme, à la lisière du désenchantement. Des portes donnaient sur le vide. Des fenêtres obstruées d’un panneau peint, voulaient imiter un paradis fleuri. Des bâches noires semblables à des ailes de corneilles battaient mollement au gré du vent. Dans la boutique du poissonnier, sans doute perdu en mer depuis longtemps, les seuls poissons visibles ornaient désormais le tissu agraffé sur la vitrine. Tout tendait vers le mensonge.

Une façade entière avait été peinte sur une toile. L’imitation aurait pu m’abuser si une brusque rafale de vent n’avait subitement plissé le décor. Au détour des ruelles, des figures étranges, parfois cyniques  émergeaient, semblaient me dire « va-t’en d’ici ! Dégage ! ». Des signes hermétiques avaient été tracés sur le sol. Par peur d’un maléfice, j’évitais de marcher dessus.

Du monde m’apparut enfin. Ces gens là, ne semblaient pas me voir, ils se déplaçaient rapidement, en bande bruyante. Certains, sans doute par mauvaise conscience se cachaient derrière un masque. Je ne comprenais rien à leur voix déformée. Abruti par tout ce que je découvrais ici, je me réfugiais dans un édifice tout proche. Des coffres, surmontés de hauts reliefs costumés de façon excentrique, gisaient là, posés dans chaque alcôve. Le regard tourné vers la lumière, les êtres de pierre, semblaient dormir d’un sommeil réparateur. Je songeais à un long voyage dans l’au-delà. Les petits faits répétés du quotidien, sans que l’on s’en rende compte, inscrivent aussi leur histoire dans celle des hommes. Un mur devant moi contenait les signes de cette évidence. Hasard ou message codé, un cercle dessinait assez précisément un système planétaire inconnu. En creux, apparaissaient, « c’était certain », des planètes, une autre terre, un autre soleil, une autre lumière… ailleurs !

Sur une petite table cachée dans l’ombre, dans un cahier d’écolier, des inconnus avaient laissé des messages. Je lus quelques phrases tracées parfois d’une main tremblante. Elles  s’adressaient toutes à un être que je ne connaissais pas. Il y avait de l’espoir dans chaque ligne, et parfois aussi un peu de malheur traversait le papier. Je refermais la porte doucement en sortant pour ne pas déranger le silence. Le soleil s’était levé. Une allée devant moi se dirigeait vers un joli parc. Je m’y engageais discrètement en faisant crisser le gravier blanc.

7 réflexions au sujet de « Faux semblant »

  1. Très beau texte……..qui attend une suite…..
    Un peu l’ambiance des bouquins d’Olivier Adam…..

    Ville en carton pate, faux décors. La fenêtre murée est effrayante…..
    La vie a probablement déserté cet endroit.
    Photos et diapos restituent parfaitement cette ambiance de désolation et d’indifférence.

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