Portraits (juillet 2019)

Mis en avant

Après la série de nus pour Octobre Rose, j’ai eu envie de revenir à des formats plus petits et surtout de rejouer avec la couleur. Rien de tel qu’une petite série de portraits pour se refaire la main. En choisissant un format égal ou légèrement supérieur à 21×29,7, je me suis amusé à expérimenter différentes manières de faire. Toujours sur un support papier, j’ai appliqué différents apprêts avant de me lancer dans la couleur. J’ai pu tester et obtenir des différences notables dans l’exécution des portraits. L’ajout de “primers” sur des supports devenus lisses, rugueux, ou absorbants ainsi que des combinaisons techniques comme pastel sec ou gras, plus couleur à l’huile, m’ont permis d’obtenir des effets assez variés. En allant parfois trop loin tant sur la technique que sur la forme, on enrichit souvent son écriture presque sans s’en rendre compte. Il faut pourtant être un peu attentif aux voies sans issue, aux chemins séduisants qui ne correspondent pas à “qui l’on est”.

Octobre Rose

Mis en avant

En mai dernier mon amie Danielle Mongin, m’a proposé de participer avec
André Bodin à Octobre Rose par le biais d’une exposition de peinture commune.

Octobre Rose, c’est une campagne annuelle de communication destinée à sensibiliser le public au dépistage du cancer du sein et à récolter des fonds pour la recherche. Elle a vu le jour au début des années 90 aux États-Unis à l’initiative d’Évelyn Lauder, une icône du monde des cosmétiques atteinte de la maladie. Les études statistiques démontrent qu’une femme sur huit risque de développer cette pathologie. Durant un mois, des initiatives comme des courses à pied, des ventes aux enchères, ou des collectes de toutes sortes sont organisées. Cette manifestation annuelle, permet de rassembler autour d’un thème fédérateur des associations et des professionnels de santé autour de l’information sur le dépistage du cancer du sein. L’événement est consacré aussi à l’information des aidants entourant les personnes souffrant d’un cancer du sein.
Cependant, tout n’est pas rose dans un monde de bienveillance.
Alors que de nombreuses actions sont menées pour lever des fonds chaque année, l’opération Octobre Rose possède quelques détracteurs qui dénoncent une pratique dite de “pinkwashing”, soit de profiter d’Octobre Rose à des fins commerciales.

(Le terme de “pinkwashing” a été inventé par la Breast Cancer Action, une association américaine de patientes souffrant du cancer du sein, en 2002 pour désigner les campagnes des entreprises qui utilisent le cancer du sein comme levier marketing. Il est aussi utilisé pour critiquer une technique de communication fondée sur une attitude bienveillante vis-à-vis des personnes LGBT par une entreprise ou par une entité politique, qui essaye de modifier son image et sa réputation dans un sens progressiste, tolérant et ouvert. Cette stratégie de “relations publiques” s’inscrit dans l’arsenal des méthodes d’influence, de management des perceptions et de marketing des idées ou des marques).

Dans le cadre d’Octobre Rose 2019, une exposition est réalisée sur une initiative du Centre Hospitalier Bretagne Atlantique de Vannes.
Notre participation à cette exposition en tant que peintres est parfaitement bénévole et sans but lucratif.  Notre objectif est d’animer par nos réalisations certaines parties du Centre et d’apporter aux visiteurs, aux patients, aux personnels soignants, un environnement artistique inhabituel pendant tout le mois de l’opération d’Octobre Rose. Les peintures sont toutes associées d’une manière symbolique, abstraite ou figurative au corps de la femme ou au bénéfice des traitements du cancer du sein.
Pour ma part, j’ai choisi de traiter huit toiles à l’huile dans une monochromie gris/bleu (gris de payne+blanc) ainsi que cinq peintures sous encadrement verre d’une technique mixte aquarelle+acrylique. J’ai opté pour une figuration réaliste en représentant volontairement des corps de femmes loin des modèles esthétiques idéalisés. J’ai voulu des femmes réelles telles qu’elles sont présentes dans la vie quotidienne, telles qu’on les connaît et telles qu’on les aime.

L’exposition aura lieu du 4 octobre au 3 novembre 2019.
Centre Hospitalier Bretagne Atlantique.
20 Boulevard Général Maurice Guillaudot. 56017 Vannes.

Chronologie

Je me suis souvent servi des tutoriels qu’ils soient photo ou vidéo pour apprendre à peindre. Il est vrai que bien souvent je me suis demandé comment certains tableaux étaient faits, par quelles étapes, ils avaient pu passer pour aboutir à une forme définitive. L’inconvénient de tous les exemples que j’ai pu voir émanaient d’artistes très confirmés, des maîtres dans leur univers. La promesse de réussite et de qualité étant supposée dès le premier coup de pinceau ou de crayon, n’était pas à mettre en doute. Face à cette compétence superlative, on se sent aisément un peu ridicule, avec nos hésitations, nos faiblesses, qu’elles soient artistiques comme techniques. Pourtant, la peinture est faite de questionnements, d’hésitations, de tâtonnements et d’erreurs. C’est je pense toujours intéressant de voir l’évolution ou plutôt la construction d’une peinture à travers quelques arrêts sur l’action en cours.

1/ L’autoportrait est à l’italienne avec un assez grand dégagement à droite. Je simule un couloir avec deux portes ouvertes. Le visage est juste esquissé, avec un contraste très fort que je tiens à conserver jusqu’au final. Un cadre au mur est indiqué rapidement derrière la tête et une zone foncée derrière l’épaule signale un autre cadre.

2/ Le visage est un peu plus poussé en terme de couleur et d’éclairage. Les principales masses sont posées pour préparer le travail de ressemblance. Afin de lier le visage au fond, je peins ce dernier d’une couleur légèrement violette, couleur déjà contenue dans le visage. Dans le couloir, la deuxième porte ne me semble pas indispensable. Je supprime une porte. Je précise l’image accrochée.

3/ Je mets en place la ressemblance du visage avec des larges touches franches de lumière et d’ombre. Je rajoute la porte supprimée à l’étape précédente. Je la représente entrouverte afin qu’elle prenne la lumière froide de la pièce voisine et contraste avec les couleurs chaudes du reste de la peinture. Je supprime l’image derrière le visage et la zone foncée derrière qui casse la courbe de l’épaule.

4/ Je ne touche pas au visage. La zone à droite avec les portes me paraît bien compliquée. L’accumulation des éléments raconte une histoire trop compliquée par rapport au portrait. Autant créer une ambiance plus simple avec une pincée de “psychologique”. Je crée une porte comme si elle se situait dans la même pièce que moi. Entrouverte elle évoque un échappatoire, ou une entrée vers un autre univers. Tout autre interprétation “symbolique” (et elles sont nombreuses) restant à la charge du spectateur. J’harmonise le fond avec les couleurs un peu violettes du portrait.

5/ Je densifie le fond en contrastant la couleur tout en accentuant l’ombre et la lumière. Je tente de créer ainsi un effet un peu dramatique, voire mystérieux. Je me mets ensuite en pause. J’encadre le format d’une marie-louise blanche pour bien isoler le sujet. Je m’extrait du processus. J’observe le résultat de loin. Finalement l’aspect symbolique donné par cette porte entrouverte dans la pénombre ne me plait pas. La distance entre le visage et le mur est trop importante. La profondeur met l’autoportrait en dehors d’une zone “d’intimité” avec le spectateur. La présence est perdue au détriment d’une histoire qui transforme le sujet en une “histoire bavarde et intellectuelle”. Ce que finalement je ne veux pas puisque je veux que seule la “peinture” compte” sans artifice. 

6/ Je coupe définitivement le format pour accorder toute la présence qui manque au portrait dans l’étape précédente. C’est une décision sans retour. En peignant un encadrement frontal, assez présent et plus clair sur le mur, je réduis la distance entre le portrait et le fond. J’élimine les tonalités trop sombres de bruns et de gris foncés. Dans le format, l’autoportrait prend la place qui est la sienne. Les éléments de fond, ne sont plus des signes qui se surajoutent au portrait, mais des éléments qui participent à sa mise en valeur.

7/ Je retravaille le portrait en apportant plus de tons chauds dans la zone de lumière et dans celle de l’ombre. Je repeins les cheveux. J’essaie de retrouver une harmonie de couleur entre le visage et le fond. Pour structurer et faire vivre le fond, je tente l’apport d’une zone de lumière qui traverse la peinture d’un bord à l’autre en formant une sorte de “z”.
Je m’en suis arrêté là en considérant ce sujet comme suffisamment travaillé.

Pour celles et ceux que le processus créatif intéresse, je vous conseille de regarder la vidéo ci-dessous : 
Le chaos dans la peinture
Anne Vincent, maître conférence en esthétique, sciences et technologies des arts.

Vaucluse en janvier

C’est le premier dessin réalisé à partir de la terrasse du gîte que j’occupe où j’ai une belle vue sur le village de Bedoin et de son église actuellement en réfection. Les couchers de soleil sont magnifiques et de beaux arbres aux espèces et aux couleurs variées occupent le premier plan.

Le temps n’aura pas été au rendez-vous dans le Vaucluse. Je pouvais raisonnablement imaginer que le réchauffement climatique apporterait de belles journées hivernales. En fait il n’en fut rien. J’ai appris bien au contraire, que l’influence du réchauffement sur la calotte glaciaire avait tendance à favoriser des hivers particulièrement durs. N’en déplaise à cet “imbécile climatosceptique” de Donald Trump. C’est ce qui expliquerait par exemple la vague de grand froid qui a sévi sur la région des Grands Lacs aux USA avec des températures ressenties de -50°.

Notre Planète Info.
https://www.notre-planete.info/actualites/2647-fonte_banquise_froid_Europe

Bref, il m’a fallu faire avec le froid, l’humidité, la grisaille et oublier les magnifiques journées successives avec ciel bleu azur que j’avais pu connaître auparavant. Après quelques heures de travail, le froid commence à figer mes doigts auxquels même des gants polaires ne parviennent pas à réchauffer. La tenue du pinceau est aléatoire, le manche vernis à tendance à glisser à chaque pression. Après de nombreux essais, un bon ami trouve la solution. C’est équipé de surgants de travail en caoutchouc qu’il me propose que je parviens à lutter contre le froid et à bien utiliser mon pinceau.
Les séances de peinture ont alterné tranquillement entre les journées de promenade, les matinées chasse ou la recherche de truffes et les moments de mauvais temps. Tout cela fait que le bilan pictural (en volume) est loin de se comparer à celui de l’automne Morbihanais
J’ai fait quelques concessions à ce que j’appelle habituellement des “anecdotes” en intégrant quelques maisons ou autre édifice…La ligne droite et la surface plane constituant pour moi un certain manque d’engouement.


 Les Demoiselles Coiffées. L’endroit sauvage que j’affectionne particulièrement pour l’originalité de sa terre rouge, ses mûriers centenaires et sa tranquillité en hiver. Les arbres y sont enchevêtrés et paraissent se tenir par les branches comme autant de bras solidaires.

Les Couguious est un lieu-dit proche des Demoiselles Coiffées. Quelques maisons forment le lieu-dit sous forme d’un compact agglomérat de ruines et de restaurations d’habitats aux façades de pierres jaunes. Il s’est mis à pleuvoir…beaucoup et j’ai dû replier le matériel.


Sur une petite hauteur, face au Mont Ventoux, les Jacomets, un petit hameau domine un environnement de vignes, de quelques parcelles plantées de fruitiers. Ces hameaux portent souvent le nom de la famille qui s’y installa en premier lieu ou le métier qu’elle exerçait. Bien placé ce groupe de maisons bénéficie du soleil toute la journée.
J’ai planté mon chevalet une bonne partie du temps aux Colombets. Autour de la maison de Georges, un ancien corps de ferme au pied du Mont Ventoux, et à l’entrée de la combe de Curnier. Il y a dans ce lieu tout ce qu’il faut pour peindre. Vues sur le Ventoux, vieux arbres, paysages, maisons, hangars, et même chiens et poules pour les plus courageux. La maison de Georges étant toujours des plus accueillantes, je ne compte plus le nombre de café dégustés chez lui pour me réchauffer.


Les vieilles granges. Une partie de la ferme de Georges au pied du Ventoux, ou vient se ranger le vieux Lada dédié à la chasse et où se conservent dans les congélateurs les morceaux de sangliers.

La Combe de Curnier vue des Colombets. Sauvage, elle ne se découvre qu’à pied, à travers un sentier étroit qui serpente encadré de parois verticales.
La tempête de neige se développe au loin sur le Mont Ventoux.

https://www.youtube.com/watch?v=4tJw8dn5xCk
Aux Colombets, les vieux arbres gris, argentés, sous un faible soleil dans un écrin verdâtre de buis et de chênes verts, révèlent des corps maigres et fragilisés par l’hiver.
Toujours au Colombets, les chênes verts regroupés en famille se parent d’une lueur chaude lorsque la lumière effleure leur tête. Dans l’ombre, les feuillages virent au gris vert, dans une couleur insaisissable.
L’église de Bedoin est ma dernière peinture avant rangement du matériel. Temps gris, pluie, vent froid, j’hérite d’un bon refroidissement qui m’accompagnera plusieurs jours après mon retour.

Nus d’hiver 2018

Après les portraits, les nus méritaient bien une petite mise à jour d’autant que ces 3 derniers mois ont été assez intensifs. Les séances du jeudi matin avec modèle vivant cumulées avec les reprises de croquis et les interprétations en atelier ont vite rempli quelques cartons à dessin et autres boîtes.
En atelier libre, nous avons expérimenté les croquis sur des poses courtes d’une minute. Le fait de devoir travailler à une allure “supersonique”, impose une très forte attention, ainsi qu’un matériel répondant le plus efficacement possible à la vitesse. Fusain, pinceau, encre etc…sont favorables au crayon ou à tout autre outil qui aurait tendance à imposer la ligne comme une évidence. Dans un tel exercice, il faut capter le mouvement, se servir de la lumière, des contrastes pour modeler rapidement les formes qui vont identifier le personnage.

croquis minute, pinceau et encre de chine sanguine

J’ai aussi tenté la technique de l’encre de chine et du pinceau sec, qui produit un traité assez dur, très contrasté qui met en évidence les caractéristiques particulières du modèle. La grande difficulté est de ne pas en faire de trop, sinon on tombe vite dans une réalisation très “charbonneuse”. Il faut garder des blancs, préserver des lumières et des respirations.

croquis au pinceau sec, encre de chine noire et sanguine

Pour le dessin de modèle vivant il faut se situer à une certaine distance du sujet afin d’englober d’un coup d’œil rapide tout le sujet. Bien que cette distance ne soit pas favorable à l’élaboration d’un portrait (on ne distingue pas nettement les traits), je réserve toujours quelques croquis aux visages. La ressemblance n’est pas une préoccupation majeure. La construction d’un profil en quelques touches de couleur est surtout une manière d’entretenir le “coup de patte” et la capacité d’interprétation.

croquis huile mixable à l’eau (taille environ 10 cm)

Certaines peintures sont faites sur le motif dans les temps de poses impartis qui oscillent entre dix et vingt minutes maximum. D’autres sont des reprises d’après des croquis noir et blanc, en réinventant la lumière, la couleur. Le but est de créer une nouvelle image tout en conservant les qualités particulières du dessin spontané.

Morbihan d’octobre 2018


Cette année, septembre dans le Vaucluse n’aura pas été une saison peinture prolifique. Un seul et unique sujet à l’huile et trois ou quatre dessins. L’ambiance n’y était pas. Et en peinture, lorsque certaines circonstances ne s’accordent pas l’envie de sortir ses couleurs n’existe pas.

Heureusement, l’enchantement s’est présenté dans le Morbihan pendant trois semaines avec une bonne quinzaine de jours consacrés à peindre et à dessiner. La mer et ses abords toujours en perpétuels changements ont toujours un aspect magique. Loin des clichés d’une Bretagne grise toujours dans les frimas pluvieux, j’ai vécu chaque journée sous un soleil radieux et ce ne sont pas quelques heures “pluvioteuses”, justes bonnes à essuyer la sueur des feuilles qui pouvaient entamer mon ardeur retrouvée.

J’ai comme d’habitude peint sur le vif en une ou deux séances rapides selon le sujet. J’ai pour principe, de prendre une photo du sujet après l’avoir mis en place en quelques touches sur mon support. J’actualise la prise de vue en fin de séance. Cela me permet de conserver du paysage deux moment de lumière très différents. En deux heures, l’ambiance chromatique (température de couleur) change énormément. Entre 8 et 11 heures du matin, la couleur se modifie énormément. Au plus tôt, juste avant que le soleil ne perce, l’ambiance est froide, propice aux bleus et teintes sourdes. À son apparition ce sont les jaunes d’or et les ombres violettes qui émergent. Le jeu des complémentaires est optimum. En s’approchant de midi l’ambiance devient plus dure. Les teintes blanchissent, perdent leur couleur. Travailler en noir et blanc est une bonne option. Dans l’après midi, le soleil restant à une certaine hauteur plus longtemps, l’ambiance couleur évolue peu. C’est l’heure des contrastes. Lumières et ombres vont s’affronter le plus fortement au détriment d’une atmosphère colorée plus stable. La température couleur se modifie très significativement en fin d’après midi lorsque le soleil entame sa descente à l’horizon.

Les deux photos réalisées à des moment différents de la matinée sont donc une sorte de mémoire condensée de l’ambiance. Cette technique a l’avantage de me permettre de poursuivre ma peinture à l’intérieur. Je peux, soit la préciser, soit supprimer ou rajouter des éléments ou même en réaliser une nouvelle version. 

Peinture originale. La découpe de l’estran en double forme arrondie n’est ni très harmonieuse ni bien répartie et complique la lecture. Le bateau n’est pas dans les bonnes proportions. Je ne sais plus où est le sujet.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nouvelle peinture sur le même sujet. Pour ne pas couper ma peinture en deux zones distinctes (eau et estran), j’ai supprimé l’eau et redonné la priorité au sujet (bateau) après l’avoir remis dans de bonnes proportions.

Ce bassin ostréicole abandonné est tout de « guingois » et cette descente en béton construite dans un plan bizarre, heurte la compréhension de la perspective.

Reprise de la peinture originale par une correction partielle du sujet. Suppression de la descente bétonnée et recréation d’un motif nature et estran.

Après avoir exploré les parcs à huîtres avec mon chevalet, j’ai découvert un chantier ostréicole abandonné avec un environnement très intéressant. Cabane en partie ruinée, palettes, poches à naissains (sacs plastiques alvéolés pour les huîtres), bassins et épaves en cours de dislocation, m’ont apporté de nombreux sujets sur un espace très restreint.
Pour la peinture à l’huile en extérieur, je suis fidèle à la technique du papier toilé (Figueras de Canson) enduit d’une ou deux couches de Gesse, tendu à l’adhésif papier sur planche de contreplaqué. Esquisse à l’essence de térébenthine, ou Liquin + essence (ou médium 084 Talens) et poursuite du travail avec ce même mélange ou couleur directe. L’avantage est un séchage rapide et la possibilité de retravailler le même sujet le lendemain ou parfois quelques heures après.

Conjointement à la peinture à l’huile pour laquelle je plantais le chevalet le matin, j’ai aussi consacré quelques après-midi à l’encre couleur. D’une mise en route moins contraignante, avec un matériel plus léger j’ai abordé entre autre les rochers qui forment la côte sauvage de Quiberon. Exercice toujours très lié aux horaires des marées et aux conditions météo. En l’occurence plein soleil, équilibre précaire sur les rochers, souvent du vent assez fort etc…Il faut se battre avec une nature pour le moins “rustique”.

Quelques dessins à la plume et encre noire (toujours sur le motif) viennent compléter la production de cette fin d’été. À défaut de peinture, la plus grande partie de la série à la plume a été réalisée dans le Vaucluse.

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Mes encres scolaires

Mes encres à l’eau pour les petits et pour moi aussi.


Ce jeudi, nous avons été gâtés avec un joli modèle aux poses très travaillées surtout dans le placement des bras et le mouvement des mains. Pour augmenter les difficultés nous nous étions fixés des poses sur un timing de 7 à 10 minutes
.
De ce fait, il y a eu pas mal de soupirs, de frustrations et de désespoir lorsque l’alarme signifiait la fin de la pose en cours et l’enchaînement immédiat sur une autre pose. J’en ai profité pour tester en modèle vivant mes encres scolaires dont quelques amis se sont “gentiment” moqués. Au prix de 4€ le flacon de 250 ml, il m’est permis de laisser fuser la couleur sans regretter mes encres Pébéo et Sennelier au tarif prohibitif. Pour plus de praticité d’emploi, j’ai trouvé des petits flacons en plastique pourvus d’un bouchon à canule très fin qui me permet pour les grands formats de dessiner directement avec l’embout.
Ici, les croquis sont réalisés au pinceau d’un seul jet. Contrairement à l’aquarelle qui reste pour une partie en surface et autorise des corrections ou atténuations, l’encre pénètre tout de suite le papier compte tenu de sa fluidité. Le rendu est éclatant, plutôt dense et saturé comparé aux résultats obtenus avec l’aquarelle. Avantage ou inconvénient pour certains sujets, l’encre sèche assez vite et fonctionne plutôt bien par glacis. La densité de la couleur réclame beaucoup d’eau et nettoyer son pinceau et passer d’un bleu foncé à un jaune clair sans polluer la teinte la plus claire est d’une grande difficulté.

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Morbihan in pace

Morbihan, la côte sauvage de Quiberon, pointe du Percho.


Je ne sais pas si la réussite d’un séjour peut-être liée proportionnellement à son niveau d’ensoleillement. En ce mois de mai, dans le Morbihan le temps aura été jour après jour idéal et presque constant avec de douces journées propices aux promenades méditatives et à une activité de peinture assez intense.

Les moments partagés avec de nombreux amis, autour d’un bon repas ou lors d’autres occasions moins friandes, ont aussi largement occupé mes journées. J’ai retrouvé avec plaisir mes “amis peintres”. Les “pros”, ceux qui manient avec certitude le pinceau et aussi mes “gentils élèves amateurs” dont la confiance qu’ils accordent à mes conseils ne fait que renforcer ma responsabilité envers eux.
Partager selon le niveau de sa propre expérience n’est pas toujours chose aisée, surtout dans le domaine artistique qui comprend certes une partie matérielle et technique facilement identifiable, mais et surtout, un univers du sensible et de l’interprétation qui est propre à chacun. Cette partie que je regrette toujours de ne pas pouvoir développer plus longuement est victime des disponibilités des uns et des autres. Avec un nombre de séances restreint, il faut aller au plus significatif. La confrontation avec la nature, celle qui bouge à tout instant est une bonne expérience. Mes “gentils élèves” ont été servis et surpris de se retrouver parfois dans des endroits improbables que seuls les goélands pouvaient leur disputer.

Danielle et André prêts à prendre leur envol à la pointe du Percho.

L’équilibre est instable, mais la vue imprenable.

Rester concentrée en milieu délicat.

Dans le paysage perçu des premiers jours ce qui m’a incroyablement étonné, c’est l’abondant volume de verdure, son intensité, sa variété de nuances. Des verts épais et profonds comme sculptés dans la masse, mêlés aux tonalités tendres et lumineuses, à l’instar d’une absinthe avant le trouble du goutte à goutte. Une fois de plus, je me suis battu sang et eau avec cette verdure envahissante et souvent changeante.
Alors que la douce et belle campagne m’environnait totalement sitôt le seuil de la porte franchi, la possibilité du rivage, de la mer, du roc ne m’aura attiré que dans un deuxième mouvement.
Sur cette côte hérissée de rochers, planter mon chevalet et trouver un équilibre se fit parfois avec difficulté. C’est là au milieu de ces blocs noirs, par un petit matin frais alors que le soleil pointait à peine, que j’ai vécu ma plus belle rencontre. Silencieusement, tout timide dans son allure un peu “chiffonnée” un vieux monsieur s’est approché de moi en s’excusant presque de me déranger. Il portait un bonnet de marin en laine bien enfoncé sur un visage tranquille, une veste de toile décolorée qui avait vu la mer plus qu’il n’en fallait.
“Lorsque je vous ai vu de loin, en ombre chinoise sur cette pointe de rochers en train de peindre, j’ai eu un choc !”
Il y eut un silence, le temps qu’une vague vienne se fondre à nos pieds.
“En une fraction de seconde, ça m’a fait tout drôle, je me suis senti dans un autre siècle. J’ai songé immédiatement à cette époque fantastique des impressionnistes où les peintres se rencontraient dans la nature. Vous savez, le tableau de Courbet “Bonjour monsieur Courbet”…ça m’est apparu immédiatement. Mais là maintenant, c’est la réalité. Vous ne pouvez pas savoir combien ça me fait plaisir de vous voir.”
Nous avons parlé un bon moment, de peinture, de l’importance de la contemplation, de l’avantage et de l’inconvénient de l’âge, tout simplement de la vie qui est en nous. Nos phrases étaient suivies d’un long silence comme pour en peser véritablement le sens.

Sept petits coquillages Trivia, aux appellations nombreuses…porcelaine, grains de café etc.

Plusieurs fois mon visiteur m’a rappelé son plaisir d’échanger. Nous avons partagé un sourire complice et après un silence un peu plus long que tous les autres, il fouilla dans sa poche. Dans un mouvement silencieux il déposa à mes pieds, dans le creux d’un rocher, sept petits coquillages.
“C’est pour vous, un porte bonheur, pour vous remercier de la bonne journée que je vais passer grâce à vous. Je suis très content.” 
Il prit congé et disparut aussi discrètement que pouvait le laisser supposer sa frêle silhouette. J’étais confus et heureux en même temps. Cet échange venait de renforcer mon sentiment qu’avec quelques mots simples, quand les êtres sont capables de s’ouvrir aux autres, il est facile de trouver le chemin de l’intelligence. Finalement, dénué de haine et de préjugés l’être humain n’est peut-être pas si mauvais que ça 

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La fine équipe

Quand on parle de « fine équipe », c’est souvent avec un peu de malice et beaucoup de sympathie. On sait que le qualificatif évoque le plus souvent la réunion d’une bande d’individus facétieux, dont les principaux exploits sont plus liés à ceux d’un langage railleur qu’à des actions effectives.

Réunis la plupart du temps par une activité partagée, c’est l’occasion de saisir sur un même lieu toute une série de portraits pour en composer la plus grande diversité. Pas de postures étudiées, photographiés dans des expressions naturelles, c’est à partir d’images collectées depuis quelques années que je me suis décidé à réaliser cette galerie.

La difficulté du travail d’après photo (réalisée sans préparation), se trouve la plupart du temps dans les écarts de qualité qui existent entre les clichés. Visage dans l’ombre possédant peu de détails, à contrejour ou en plein soleil avec une lumière trop forte, absence d’homogénéité de la couleur etc. Il y en a pour tous les goûts et, je dois dire que je n’ai pas cherché à uniformiser les peintures, mais plutôt de traduire au mieux les ambiances lumière/couleur pour chaque photo que j’avais sous les yeux. Au départ, je pensais réaliser deux ou trois portraits, histoire d’entretenir l’œil et la main, un peu comme on fait des gammes au piano pour rester en communion avec son art.

D’une peinture à l’autre, j’ai vite pris goût à la notion de galerie de portraits et pour cela, il m’a fallu dépasser le stade du simple « échauffement ». Contrairement à mon habitude ou je démarre le portrait directement au pinceau et à la couleur, j’ai ici organisé mon travail à travers une procédure simple. Apprêt au Gesso d’un papier toilé Figueras de Canson (sans doute le meilleur), toujours le même format 21×30 cm. Dessin au fusain du sujet et agrandissement au carreau. Les ombres sont portées par zones sur le papier car elles construisent les volumes du visage. J’ai observé que le seul dessin linéaire ne permet pas de positionner correctement un pli, un nez, une paupière etc…Étant donné que le visage est formé d’un ensemble de plans, la ligne n’existe pas en réalité et ce sont les ombrés qui sont les meilleurs indicateurs pour rendre le caractère du personnage.

Première ébauche des volumes jus de couleur et essence

À l’aide d’un ocre, d’une terre de sienne en mélange avec de l’ocre rouge et beaucoup d’essence de térébenthine, je place les ombres et indique les réserves de lumières. À ce stade, l’ébauche peut paraître peu avantageuse, trop sombre, ou dévaluée, mais elle est surtout un support au placement des valeurs. La peinture doit déjà porter en elle les caractéristiques du modèle, taillées en de larges coups de pinceaux. Je monte progressivement et en même temps, visage, vêtements et fond en faisant attention à ce que les contours du portrait s’incorporent bien au fond en ne paraissant pas découpés à bords vifs. C’est surtout le contraste de la couleur des cheveux par rapport au fond qui demande le plus d’attention. Un léger flouté de passage est à créer lorsque l’huile est encore fluide. La technique « alla prima » (peinture dans le frais ou semi-frais) permet cet effet.

Mise en couleur et fondu des couleurs

Bernard ✝

La suite n’est plus qu’un affinement des touches de couleur selon que l’on veuille donner un caractère plus « dur » ou plus « doux » à la peinture. Pour mon compte j’ai toujours trouvé qu’il était plus facile de rendre un portrait en travaillant au pinceau fin pour aller dans les plus petits détails, que de parvenir à donner ressemblance et vérité à un portrait en restant en deça du seuil « lissé ». L’hyperréalisme qui compte se substituer et même dépasser l’image photographique ne présente pour moi pas grand intérêt. Sauf à être une prouesse technique.

Guy

Ce que je trouve particulièrement difficile dans le portrait, et qui m’a souvent posé problème, c’est de peindre non pas le premier œil, mais le second. Le premier œil, vient tout seul, d’un simple coup de pinceau…mais, peindre le second, dans l’esprit du premier, dans la bonne valeur, dans l’axe correspondant au précédent est une affaire qui mérite bien des ajustements. Notre regard, parcourant incessamment modèle et peinture s’érode dans sa capacité à percevoir ce qui est juste. La première méthode pour « revivifier » sa vision est de quitter la pièce, de s’occuper un moment à autre chose puis de revenir face à son chevalet avec un œil frais. La deuxième méthode que j’emploie assez facilement, est d’observer la peinture en cours à l’aide d’un miroir. L’image visualisée à l’envers dévoile alors toutes les grossières erreurs que comporte notre travail. Il ne reste plus qu’à corriger. Il n’est pas rare, dans certains de ces portraits, d’avoir repris une bonne douzaine de fois l’œil droit ou le gauche au cours d’une même journée. Bien évidemment, il arrive à un moment de l’évolution du tableau que la modification d’un détail, entraîne la modification plus profonde de toute une zone bien plus large afin de conserver une certaine harmonie. Et par la-même, il ne faut pas hésiter de tout repeindre, de changer la couleur de la peau, de déplacer une bouche qui peu à peu s’était déformée, d’un menton qui descend bien trop bas ou d’un cou qui pénètre maladroitement dans une chemise. Le portrait peu à peu se nourrit de couches successives, des erreurs, des rectifications qui finissent pas donner cette richesse de couleur, de profondeur et vont créer la matière, la peau même du personnage.

Albert

J’ai appris que pour donner de la présence à un visage, il ne fallait pas sous-estimer le fond. Un fond sombre ou un fond clair, permettent de détacher la figure facilement. Mais attention à l’effet de découpage. D’autant plus si la coiffure est de tonalité claire sur foncé ou l’inverse. Un fond foncé avec des cheveux bruns n’est pas un sujet facile non plus. Il faut toute la délicatesse d’un Ingres (portraits de la baronne James de Rothschild, de madame Paul-Sigisbert Moitessier) pour réussir de subtiles nuances. Les tons de la figure sont généralement traités dans des couleurs chaudes. Mettre le visage en relief, revient parfois tout simplement en un fond légèrement refroidi par du bleu, du vert, du gris, qui par contraste chaud/froid va créer un effet de profondeur. Les tons chauds ayant tendance à venir en avant, plus proches et les tons froids apparaître plus éloignés.

Georges

Enfin, certains portraits, en raison de signes ou de matériels particuliers des individus sont plus compliqués à aborder. Les lunettes aux verres colorés, aux branches qui viennent perturber rides et volumes tout en projetant des ombres parasites sont des épreuves supplémentaires. Bouches entrouvertes qui laissent apparaître les dents, cavité bucale qui n’est jamais un « trou noir »sans aucune nuance, autant de pièges sur lesquels il n’est pas rare de bredouiller. Le dernier portrait, celui de Richard aura été celui sur lequel j’ai cumulé le maximum de difficultés, lumières diverses, lunettes, ombres, bouche et c’est celui auquel je suis le plus attaché. Au final la galerie devrait comporter une vingtaine de portraits. Épinglés sur mon mur, ils forment un grand « photomaton » auquel je jette parfois un regard amusé car certaines expressions valent vraiment la photo.

Rémy

Paul

Louis

Stéphane

André

Claude

Pierre

Helen ✝

Gérard

Michel

Richard

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De la poudre à l’art

À l’origine, j’avais l’intention de rendre une petite visite au Musée d’Orsay, sans doute mon musée préféré, autant par son contenu que par son architecture que je trouve particulièrement réussie pour une sympathique déambulation. Orsay a toujours évoqué pour moi le plaisir de flâner d’une salle à l’autre au milieu de peintures qui font plus partie de mon intimité que les magistrales œuvres du Louvre. Une exposition consacrée aux dessins de danse de Degas me faisait un clin d’œil depuis quelque temps à Orsay. Et puis, influence du climat ou inconséquence de l’esprit humain, c’est vers le petit Palais que j’ai orienté mon choix compte tenu d’une affiche alléchante “L’art du pastel de Degas à Redon”. Finalement des dessins de  Degas aux pastels du même Degas, il n’y avait pas forfaiture à se désavouer. 

Il fallait ce jour là une bonne dose de courage mais surtout d’épais vêtements pour démarrer une file d’attente au pied des marches du petit Palais. L’air y gelait même la lumière et le vent sibérien sans pitié ne laissait aucun répit aux pauvres SDF emballés tels des momies dans leurs duvets poussiéreux.
Après 20 minutes d’attente et quelques rigolades entre les visiteurs que nous sommes (le rire doit certainement tenir chaud), deux fonctionnaires ouvrent enfin la file d’attente. C’est là, que nous apprenons que l’entrée se fait à un autre endroit du bâtiment. Tout le monde râle ! Une anglaise nous confie :
“— Je ne comprends pas en France c’est toujours le bazard !”.
Résignés, mais finalement trop contents de nous mettre au chaud, en petit troupeau docile nous contournons la majestueuse entrée principale aux ferronneries dorées pour nous agglutiner devant une vilaine petite porte vitrée qui….ne s’ouvre pas ! Là derrière, quelques “ombres” s’agitent, vont et viennent dans une effervescence fébrile qui n’annonce rien de bon. Mon impatience grandit et je sens la bonne humeur de mes compagnons d’infortune tourner au vinaigre. Une baie vitrée s’ouvre, on se précipite, un groupe force le passage. Trop tard pour nous, la porte se referme brutalement. Ce n’est pas la bonne entrée. Après plusieurs tentatives, comme la mer rouge s’écartant pour laisser passer les israélites…l’accès au musée nous est enfin largement offert. “Comme vous avez pu le constater, nous avons un problème d’ouverture des portes !” Les railleurs en profitent pour demander au personnel du musée s’ils ont eu le temps de nous préparer le café et les croissants…Je vous rassure, le reste de la visite se fera dans une ambiance calme et feutrée, très intime pour cette belle exposition de pastels.

“Le pastel a une fleur, un velouté, comme une liberté de délicatesse et d’une grâce mouvante que ni l’aquarelle, ni l’huile ne pourraient atteindre.”
Joris-Karl Huysmans (Exposition des Indépendants en 1881)

L’âge d’or du pastel connaît son apogée en 1765. Il est à ce point prisé, qu’il rivalise largement avec la peinture, la sculpture et la gravure. Pour les portraits, il est même préféré à l’huile. Les grands pastellistes de l’époque se nomment Charles Le Brun, Joseph Vivien, Maurice Quentin de La Tour, Jean-Baptiste Chardin…

Au 18 ème siècle le pastel atteint la perfection, toute l’aristocratie se fait portraiturer par les meilleurs pastellistes. La révolution Française apporte un bouleversement en profondeur de la société. L’aristocratie est désormais suspecte et le pastel, reconnu pour être le mode de représentation favori de la bourgeoisie est jugé compromettant. Tout ce qui persiste de l’ancien régime devient antisocial. Perruques, vêtements amples et enrubannés, fards…tous les symboles d’une classe sociale déchue, dont la technique du pastel avait su si bien rendre les attraits, sont bannis. Le pastel devient démodé autant que les codes vestimentaires et esthétiques de la bourgeoisie. C’est le retour à la rigueur avec la peinture à l’huile.

Dans le dernier quart du 19 ème siècle, puis au début du 20 ème siècle, le pastel jouit d’un véritable intérêt et offre une alternative « nouvelle » à la peinture à l’huile. La création de la Société de Pastellistes Français en 1885, la construction d’un pavillon de pastellistes pour l’Exposition Universelle de 1889, permettent à cette technique « redécouverte » de s’imposer pour elle-même.

Auprès des Impressionnistes, le pastel se développe comme une évidence pour traduire des sensations instantanées. Sa facilité de mise en œuvre sur le terrain, sa rapidité d’exécution en fait un médium en harmonie avec leur esthétique, suggestion de mouvement, effets de lumière. Artistes paysagistes avant tout, les impressionnistes n’en délaissent pas pour autant la représentation humaine pourvu qu’elle soit rendue dans la vérité du quotidien. Degas avec les danseuses, Mary Cassatt avec les figures d’enfants, témoignent de cet intérêt.

La fin du 19 ème siècle signe le retour des grands portraits mondains. L’élite aristocratique et bourgeoise, retrouve le charme et le raffinement de la poudre de pastel. Cette époque bénie pour les artistes leur permet d’exprimer pleinement art et virtuosité et leur offre aussi de très bonnes perspectives commerciales. Hommes influents, élégance féminine en grands formats témoignent que le pastel n’a plus rien à envier à la peinture à l’huile. Les carnations sont admirablement rendues et les nus de Pierre Carrier-Belleuse ou d’Alfred Roll démontre la grande variété d’expression des pastellistes de cette époque.

Les peintres « symbolistes » trouvent dans le pastel la magie qui leur permet d’exprimer toute leur réalité intérieure. Sentiments, rêves, ils privilégient les sujets rares, littéraires, allégories ou mythes. C’est tout un univers poétique qui prend forme bien loin de l’univers réaliste et instantané des impressionnistes. Le monde étrange et fanstasmagorique d’Odilon Redon conclut cette exposition à travers 3 pastels, dont le sentiment subjectif qui est l’essence même de son œuvre reste encore aujourd’hui une énigme.

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