L’absence

Le tableau que tu aimais tant dans la chambre et que tu redressais chaque fois d’un doigt léger, est désormais tout de travers. Il s’abandonne à la pesanteur, tout comme moi. De guingois nous sommes. Ton absence a créé un si grand vide. J’ai l’impression que l’air de la maison tout entier est parti avec toi. Le réveil bleu marque bien l’heure, mais chaque jour qui passe me semble durer plus qu’il ne doit. Dans les placards j’ai commencé à faire du vide. Tu sais combien j’ai horreur de m’encombrer de l’inutile. Surtout pour les vêtements. Je me souviens bien du nombre de fois où nous nous sommes accrochés sur ce sujet. Tu avais honte parfois de m’accompagner tant ma tenue insouciante choquait ton sens de l’ordre et du conventionnel. Pour te taquiner, je te disais toujours de marcher devant moi comme si tu ne me connaissais pas. Sans répondant, tu enrageais et ça me faisait bien rire. Je t’ai sans doute semblé imperméable, insensible à beaucoup de petites choses qui te touchaient tant. Comme s’il n’y avait que « l’exceptionnel, le grandiose » qui pouvaient me séduire et qui méritaient d’être vécus. Mais vois-tu, j’ai gardé malgré tout tes broches, toutes tes petites breloques – comme tu disais – avec lesquelles les enfants jouaient lorsqu’ils venaient à la maison. Ils joueront encore un peu avec…le temps de grandir. Puis les années passant, ils ne viendront plus et les breloques se terniront au fond du tiroir. J’ai gardé ton livre précieusement. Le dernier que tu n’as pu finir. Il est marqué d’un coin de page repliée là où ton regard s’est posé la dernière fois. Prudente, tu avais aussi glissé un marque page que je t’avais offert. Je n’ai pas eu le courage de lire les mots de cette page cornée. Je ne veux pas savoir les secrets que tu as pu emporter au delà de moi. Ton absence, c’est surtout ce silence qui envahit chaque pièce de la maison, qui étouffe les bruits et même mes pas que je ne reconnais plus. Je ne retrouve plus ma place au milieu des objets. Sans toi tout me paraît hostile. Avant nous étions deux à leur tenir tête…aux choses…au monde. Nous étions deux, même dans les moments de silence à occuper l’espace. Dans le quotidien morne d’aujourd’hui, je ne suis plus qu’un inconnu dans ma propre maison, un orphelin du jour et de la nuit. 

Je t’en veux – mais si tendrement – d’être partie sans m’attendre.

6 réflexions sur « L’absence »

  1. Merci pour tous vos commentaires et messages. Je rassure tout le monde, ce texte est une fiction pour illustrer les photos. Nous avons tous perdu dans notre vie un être cher, famille, ami…c’est ce ressenti que la plupart d’entre nous a vécu que j’ai voulu exprimer au plus juste au regard des images.

  2. A la lecture d’ « Absence », je me suis demandée si cette poésie émanait bien de la dure réalité qui semble t’ avoir frappé cet été…Les messages de tes amis attestent ce que j’avais du mal à croire, car je ne savais pas, jen’avais pas compris que ta femme était malade, ou bien cela a-t-il été soudain ? Toujours, l’inattendu arrive , a écrit Jean Cocteau.
    L’absence, le vide, une sorte de « no future » sont sensibles à travers tes mots.
    Toutes mes pensées t’accompagnent. Affectueusement, Sylvie.

  3. Quel beau message d’amour, Serge ! Je ne sais pas si elle les reçoit aujourd’hui, mais tes mots sont si profonds, si beaux, si essentiels que tu peux être sûr qu’elle les a déjà ressentis, devinés, partagés quand vous étiez ensemble. Je t’embrasse très fort et très amicalement. Alain

  4. …….. mes mots sont sans valeur face à l’ immensité du vide , j’ essaie de le caresser pour t’ envoyer quelques quelques petites étoiles et de complices pensées

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