Morbihan d’octobre 2018

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Cette année, septembre dans le Vaucluse n’aura pas été une saison peinture prolifique. Un seul et unique sujet à l’huile et trois ou quatre dessins. L’ambiance n’y était pas. Et en peinture, lorsque certaines circonstances ne s’accordent pas l’envie de sortir ses couleurs n’existe pas.

Heureusement, l’enchantement s’est présenté dans le Morbihan pendant trois semaines avec une bonne quinzaine de jours consacrés à peindre et à dessiner. La mer et ses abords toujours en perpétuels changements ont toujours un aspect magique. Loin des clichés d’une Bretagne grise toujours dans les frimas pluvieux, j’ai vécu chaque journée sous un soleil radieux et ce ne sont pas quelques heures “pluvioteuses”, justes bonnes à essuyer la sueur des feuilles qui pouvaient entamer mon ardeur retrouvée.

J’ai comme d’habitude peint sur le vif en une ou deux séances rapides selon le sujet. J’ai pour principe, de prendre une photo du sujet après l’avoir mis en place en quelques touches sur mon support. J’actualise la prise de vue en fin de séance. Cela me permet de conserver du paysage deux moment de lumière très différents. En deux heures, l’ambiance chromatique (température de couleur) change énormément. Entre 8 et 11 heures du matin, la couleur se modifie énormément. Au plus tôt, juste avant que le soleil ne perce, l’ambiance est froide, propice aux bleus et teintes sourdes. À son apparition ce sont les jaunes d’or et les ombres violettes qui émergent. Le jeu des complémentaires est optimum. En s’approchant de midi l’ambiance devient plus dure. Les teintes blanchissent, perdent leur couleur. Travailler en noir et blanc est une bonne option. Dans l’après midi, le soleil restant à une certaine hauteur plus longtemps, l’ambiance couleur évolue peu. C’est l’heure des contrastes. Lumières et ombres vont s’affronter le plus fortement au détriment d’une atmosphère colorée plus stable. La température couleur se modifie très significativement en fin d’après midi lorsque le soleil entame sa descente à l’horizon.

Les deux photos réalisées à des moment différents de la matinée sont donc une sorte de mémoire condensée de l’ambiance. Cette technique a l’avantage de me permettre de poursuivre ma peinture à l’intérieur. Je peux, soit la préciser, soit supprimer ou rajouter des éléments ou même en réaliser une nouvelle version. 

Peinture originale. La découpe de l’estran en double forme arrondie n’est ni très harmonieuse ni bien répartie et complique la lecture. Le bateau n’est pas dans les bonnes proportions. Je ne sais plus où est le sujet.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nouvelle peinture sur le même sujet. Pour ne pas couper ma peinture en deux zones distinctes (eau et estran), j’ai supprimé l’eau et redonné la priorité au sujet (bateau) après l’avoir remis dans de bonnes proportions.

Ce bassin ostréicole abandonné est tout de « guingois » et cette descente en béton construite dans un plan bizarre, heurte la compréhension de la perspective.

Reprise de la peinture originale par une correction partielle du sujet. Suppression de la descente bétonnée et recréation d’un motif nature et estran.

Après avoir exploré les parcs à huîtres avec mon chevalet, j’ai découvert un chantier ostréicole abandonné avec un environnement très intéressant. Cabane en partie ruinée, palettes, poches à naissains (sacs plastiques alvéolés pour les huîtres), bassins et épaves en cours de dislocation, m’ont apporté de nombreux sujets sur un espace très restreint.
Pour la peinture à l’huile en extérieur, je suis fidèle à la technique du papier toilé (Figueras de Canson) enduit d’une ou deux couches de Gesse, tendu à l’adhésif papier sur planche de contreplaqué. Esquisse à l’essence de térébenthine, ou Liquin + essence (ou médium 084 Talens) et poursuite du travail avec ce même mélange ou couleur directe. L’avantage est un séchage rapide et la possibilité de retravailler le même sujet le lendemain ou parfois quelques heures après.

Conjointement à la peinture à l’huile pour laquelle je plantais le chevalet le matin, j’ai aussi consacré quelques après-midi à l’encre couleur. D’une mise en route moins contraignante, avec un matériel plus léger j’ai abordé entre autre les rochers qui forment la côte sauvage de Quiberon. Exercice toujours très lié aux horaires des marées et aux conditions météo. En l’occurence plein soleil, équilibre précaire sur les rochers, souvent du vent assez fort etc…Il faut se battre avec une nature pour le moins “rustique”.

Quelques dessins à la plume et encre noire (toujours sur le motif) viennent compléter la production de cette fin d’été. À défaut de peinture, la plus grande partie de la série à la plume a été réalisée dans le Vaucluse.

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In memoriam

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Aborder la Shoah (extermination des juifs) que ce soit par l’écriture, l’image ou tout autre mode d’expression est un sujet aussi difficile que délicat à mettre en œuvre. La monstruosité, l’horreur sont telles que tout entreprise, paraît bien dérisoire, voire vouée à l’échec à en produire les moindres mots, les moindres images.
C’est justement d’une tentative d’images qu’il est question ici, d’interprétation à partir de documents photographiques existants. J’ai essayé de poser une fenêtre sur cet événement tragique comme pour mieux en appréhender toute l’inhumanité. À travers ce cadre se sont imposées des figures, silencieuses, graves, mêlées comme dans un cauchemar où chaque porte entrouverte laisse échapper un flot d’ombres et de lumières.

Aussi loin que je me retourne sur mon passé, bien des récits et bien des images concernant l’Holocauste hantent mes souvenirs. Rien, dans ma famille ou parmi mes proches amis ne peut expliquer la présence de ces spectres qui m’habitent depuis un demi siècle à part la défaillance de ma sensibilité ou de l’hypertrophie de mon émotion dont l’horreur serait la génitrice maléfique. Il me fallait produire ces images, mes images. Il me fallait un jour avec tout le respect que je dois aux victimes et une toute aussi grande répugnance pour leurs bourreaux, tenter – non pas de me débarrasser de fantômes – mais au contraire, de les rendre visibles en les faisant passer de la représentation photographique à la représentation picturale. Comme si la matière, apportée par le pinceau, le geste qui pose chaque touche intensément, pouvait permettre une ultime survie. Comme si perpétuer encore une fois le souvenir allait contribuer à une certaine “incarnation”. Mais, faire ressurgir les archives, c’était aussi rappeler son cortège de perversité. Si on peut penser que l’histoire ne se répète pas, je peux imaginer qu’il existe parmi nous tout autant de prochaines victimes que de bourreaux et les “identifier” aujourd’hui est impossible car on ne sait jamais comment se révèle l’homme dans certaines circonstances.

Il me fallait représenter les monstres qui de leur haine aveugle ont participé, persécuté, mis à mort des hommes, des femmes, des enfants en les réduisant en cendres après avoir anéanti leur dignité. Cela pouvait paraître incongru, voire inutile. Cependant ne pas montrer le tortionnaire c’était aussi l’exonérer de toute responsabilité. Et les visages de ces tortionnaires – en les observant et en les détaillant pour les peindre – se sont révélés encore plus monstrueux par leur apparente “normalité”.

Je ne prétends nullement faire une exposition historique ou documentaire à travers ces peintures et encore moins en retirer une quelconque reconnaissance morale ou artistique. Les portraits se veulent être surtout un rappel à la mémoire à l’heure où l’antisémitisme, le racisme de tout poil, l’extrémisme religieux, et toute forme de bêtise qui exclut l’autre renaît ici et là, aussi bien en Europe que dans le monde. J’aurai pu aussi, comme chacun peut le penser, m’abstenir de peindre à partir des documents sur l’Holocauste mis à ma disposition. Mais là est un autre débat concernant la relation que peut entretenir tout “être humain” avec ses propres ténèbres.

Des camps de concentration et d’extermination, il ne reste souvent en mémoire que des images de charniers, des corps démembrés, des visages émaciés sur des châlits, des êtres fantomatiques qui semblent errer parmi leurs libérateurs. Il existe une grande confusion dans les images, souvent éditées dans la précipitation de l’époque. Des photographies publiées sans grande précaution d’exactitude concernant les identités des victimes, mal légendées sur les dates, les lieux etc…Mes peintures ne sont pas la copie exacte des documents photographiques. Mais, malgré leur interprétation (souvent éloignée de la représentation photographique), j’ai essayé de les légender dans la mesure du possible sans prétendre à l’exactitude. Les comparatifs de libellés que j’ai pu entreprendre pour certaines photos et publications témoignent de grandes contradictions.

Une exposition photographique, est très souvent construite selon un cheminement bien établi. Selon une chronologie, historique, artistique ou émotionnelle et des panneaux explicatifs, accompagnent les œuvres ou documents. Cet itinéraire permet au visiteur, de photo en photo, de salle en salle, d’appréhender correctement l’exposition selon le rythme souhaité par l’organisateur. Ce processus didactique n’existe pas forcément sur internet et les les images sont le plus souvent livrées brutes à l’internaute. En réponse à cette carence j’ai tenté une sorte de progression virtuelle qui était somme toute très conceptuelle et n’a peut-être pas été bien perçue.

Sur les portraits j’ai tenté dans un premier temps la technique de “distanciation” (floutage)”. Comme le définit le peintre “Gerhard Richter” dans le texte suivant, je me suis rendu compte bien vite que cet éloignement par rapport à la réalité, ne me permettait plus de rendre les visages expressifs.
J’ai donc commencé avec une facture habituelle cette série en noir et blanc comme le sont la plupart des documents réalisés à l’époque de la libération des camps. Il m’était nécessaire tout d’abord de poser le thème en quelques images symboliques et “redondantes” des camps d’extermination. Il n’a jamais été question de céder à un voyeurisme malsain en représentant des charniers ou d’exploiter l’atrocité en utilisant des photos choquantes ou obscènes. La couleur s’est initiée progressivement dans la galerie pour rendre chaque portrait plus éloquent, comme faisant partie de notre quotidien, de notre temps d’aujourd’hui. L’idée étant de faire oublier que nous étions dans un autre espace temps, et de ne plus considérer ces hommes et ces femmes comme des silhouettes du passé, mais comme des personnes bien réelles le temps d’une vision. Il me fallait implanter chacun des personnages ici et maintenant. Puis la couleur défraichit, pâlit, se flétrit pour certains portraits comme les teintes d’une image trop longtemps exposée au soleil. D’autres peintures se sont durcies à l’exemple d’une image reproduite encore et encore telle une photocopie qui sombre dans un uniforme bitume .

Cette série de peintures a immédiatement posé le problème de la reconnaissance. Que convenait t’il de commenter ? La peinture, le style, la maîtrise du peintre, le sujet, l’émotion que l’image suscitait. Comment apprécier des images qui reposent sur un thème relatif à la monstruosité. Je n’ai pas la réponse. Je pense que les visiteurs ont leur propre idée. En tout état de cause, j’ai le sentiment d’avoir fait ce que ma conscience m’indiquait de faire.

Les images, lorsqu’elles ne deviennent pas des “icônes” tendent vers l’indifférence, vers le commun, remplacées par d’autres plus récentes, plus en accord avec notre époque. Les photos de la Shoah, leur durabilité, leur conservation sont comparables au travail de notre mémoire…fragiles, soumises à l’effacement et parfois aussi à la manipulation. Un ami me disait que la visite du camp d’Auschwitz comptait plus de touristes asiatiques que d’européens alors que nous ne sommes qu’à deux heures d’avion du site. L’oubli est-il donc en marche ?

Je rapporterai ce texte d’Arno Gisinger (dans Mémoire de camps : Photographies des camps de concentration et d’extermination nazie – 1933-1999) à propos de Gerhard Richter, qui montre la difficulté que la peinture peut avoir à traduire l’extermination de manière frontale.
“Dans les productions contemporaines, il existe enfin une dernière catégorie d’artistes qui a choisi d’utiliser comme vecteur de la mémoire culturelle les images d’archives plutôt que les objets, les lieux ou les êtres humains. La tentative du peintre Gerhard Richter, de retranscrire sous la forme de tableaux peints des photographies d’archives, peut être considérée comme un point de référence pour cette catégorie de travaux. Richter effectua dans les années 1960 des recherches préparatoires pour une série sur les camps. Comme en témoigne Atlas, son recueil « d’esquisses photographiques », il collecta alors des images d’archives dont il réalisa des reproductions volontairement floues. Aucun tableau utilisant, de près ou de loin, ces photographies ne vit cependant le jour. Richter expliqua d’ailleurs qu’il avait rapidement dû renoncer à sa technique habituelle de distanciation par le flou. Selon Fred Jahn c’est parce qu’il « ne voulait pas mettre en jeu de manière inconsidérée l’exigence morale de l’art ». La transformation de documents photographiques mimétiques en images peintes, procédé maintes fois utilisé par l’artiste, semblait vouée à l’échec car « l’horreur et les souffrances atroces montrées par les prises de vue originales ne [pouvaient] subir aucune transformation esthétique, celle-ci ayant pour résultat la disparition de l’individu, et finalement la banalisation ». Il est tentant d’interpréter cet « échec » de Richter comme un constat d’impuissance de la peinture face à l’effet percutant des photographies d’archives. Mais, à y regarder de plus près, il semble que les interrogations éthiques et esthétiques de Richter aient été finalement productives. Car, par la suite, Richter établit un rapport direct entre ce constat d’échec et la genèse en 1970 de sa série de monochromes gris. Par cette série, l’abstraction, c’est-à-dire l’impossibilité de la figuration, s’était imposée à lui comme la seule et unique solution pour représenter l’extermination.”

Mes encres scolaires

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Mes encres à l’eau pour les petits et pour moi aussi.


Ce jeudi, nous avons été gâtés avec un joli modèle aux poses très travaillées surtout dans le placement des bras et le mouvement des mains. Pour augmenter les difficultés nous nous étions fixés des poses sur un timing de 7 à 10 minutes
.
De ce fait, il y a eu pas mal de soupirs, de frustrations et de désespoir lorsque l’alarme signifiait la fin de la pose en cours et l’enchaînement immédiat sur une autre pose. J’en ai profité pour tester en modèle vivant mes encres scolaires dont quelques amis se sont “gentiment” moqués. Au prix de 4€ le flacon de 250 ml, il m’est permis de laisser fuser la couleur sans regretter mes encres Pébéo et Sennelier au tarif prohibitif. Pour plus de praticité d’emploi, j’ai trouvé des petits flacons en plastique pourvus d’un bouchon à canule très fin qui me permet pour les grands formats de dessiner directement avec l’embout.
Ici, les croquis sont réalisés au pinceau d’un seul jet. Contrairement à l’aquarelle qui reste pour une partie en surface et autorise des corrections ou atténuations, l’encre pénètre tout de suite le papier compte tenu de sa fluidité. Le rendu est éclatant, plutôt dense et saturé comparé aux résultats obtenus avec l’aquarelle. Avantage ou inconvénient pour certains sujets, l’encre sèche assez vite et fonctionne plutôt bien par glacis. La densité de la couleur réclame beaucoup d’eau et nettoyer son pinceau et passer d’un bleu foncé à un jaune clair sans polluer la teinte la plus claire est d’une grande difficulté.

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Sang noir

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Il y a un côté reposant à ne plus avoir à penser à la couleur et à ses mélanges lorsque l’on fait le choix de dessiner ou de peindre avec une seule d’entre elles. Pourquoi ne pas choisir l’encre noire, aussi sombre et profonde qu’elle peut se faire légère et fluide comme un nuage de brume. 
Quand on parle “encre à dessiner”, on pense très souvent à l’encre de chine. Traditionnelle et universelle elle est majoritairement utilisée par toutes sortes d’artistes. Il en existe de différentes qualités, plus ou moins denses, plus ou moins indélébiles. Pour ma part, j’aime aussi utiliser des encres classiques (Waterman, Sheaffer, Mont Blanc…) pour stylos plume. L’avantage est de dessiner avec un stylo dont l’encre pourra être ensuite diluée au pinceau mouillé. Cette façon de procéder permet de créer rapidement un jeu d’ombres sur son dessin.

 

À ce sang noir, sève de vie malgré tout l’historique qui lui est attaché, il faut associer l’outil interprète de l’idée, transcripteur de la forme. Ç’est le pinceau dont la touffe souple sublimera la moindre courbe, la plume dont l’acier incisif est toujours prêt à blesser le papier À l’artiste lui-même d’en obtenir les plus douces caresses, d’en moduler la pression pour en devenir le véritable maître. L’art de la calligraphie nous avait déjà habitué à un matériel spécifique dont les merveilleuses “écritures” en sont la meilleure expression. En parallèle, le fort engouement du public pour les “mangas” a fait apparaître – au delà de l’illustration – un matériel plus basique mais non moins de qualité, destiné aux dessinateurs. Encres diverses, papiers spéciaux, plumes et portes plume se distinguent des outils du calligraphe. Le manga possède son propre univers.

Par curiosité j’ai commandé un set Deleter comprenant un porte plume spécial accompagné de trois plumes (Saji-pen, G-pen et Maru-pen). L’embout caoutchouc du porte plume Déleter est conçu pour accueillir les trois types de plumes de sections différentes. À l’usage, chaque plume développe son propre caractère. La plume Saji est une merveille de douceur. La Maru, la plus fine et au plus petit diamètre est la plume qui permet les traits les plus fins. Le blister Deleter m’est parvenu du Japon. Distinction toute asiatique, dans l’enveloppe scellé, j’y ai trouvé un petit origami représentant un oiseau. Quelle société Française aurait pour un modeste client ce genre d’attention?

Je ne renie pas pour autant mes vieilles plumes que je conserve pour certaines depuis trente ou quarante ans et qui, comme un vieux moteur poussif ont parfois bien du mal à démarrer. Mais quoi de plus émouvant qu’un trait lancé dans une fière assurance, qui soudainement dérape et perdant le contrôle de son encre me dépose une flaque noire, souillure sur la feuille immaculée. Il y a de l’indulgence à avoir car nous avons vieilli et bravé bien des difficultés ensemble. Nous sommes liées d’une fidélité complice. Il y a là, au repos la mythique plume Sergent Major, dédiée à l’apprentissage de l’écriture jusque dans les années 60. J’avoue avoir un petit coup de cœur visuel pour la plume en forme de main pointant toujours son index en direction de la page blanche.
Dans ma boîte à surprises, il n’y a pas que de la noblesse pure et dure, de l’acier insensible et fonctionnel. Dans ma boîte existe ce que j’appelle modestement mes outils “rustiques”, bouts de bois, bambous, morceaux de branches et même cure dents taillés. Ils apportent de l’inattendu, de  la surprise en raison de leur caractère. Ils sont de ceux que l’on ne dompte jamais totalement parce que rien n’est fait dans leur nature pour se plier à un exercice de précision. Lorsque la main devient trop directive et tente de circonscrire l’outil “rustique” dans une norme dont il se moque, elle se heurte aux limites physique même de l’instrument. Comme on le dit parfois de quelqu’un dont on ne comprend pas l’attitude ou les prises de positions, on parlera de comportement “fantaisiste”. Et “fantaisiste” est bien le mot approprié pour mes outils faits de bric et de broc. Au fil des jours, des saisons ou des opportunités, ils évoluent ou disparaissent pour être remplacés par de nouveaux bouts de bois, de nouveaux brins, de nouveaux accessoires.

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Morbihan in pace

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Morbihan, la côte sauvage de Quiberon, pointe du Percho.


Je ne sais pas si la réussite d’un séjour peut-être liée proportionnellement à son niveau d’ensoleillement. En ce mois de mai, dans le Morbihan le temps aura été jour après jour idéal et presque constant avec de douces journées propices aux promenades méditatives et à une activité de peinture assez intense.

Les moments partagés avec de nombreux amis, autour d’un bon repas ou lors d’autres occasions moins friandes, ont aussi largement occupé mes journées. J’ai retrouvé avec plaisir mes “amis peintres”. Les “pros”, ceux qui manient avec certitude le pinceau et aussi mes “gentils élèves amateurs” dont la confiance qu’ils accordent à mes conseils ne fait que renforcer ma responsabilité envers eux.
Partager selon le niveau de sa propre expérience n’est pas toujours chose aisée, surtout dans le domaine artistique qui comprend certes une partie matérielle et technique facilement identifiable, mais et surtout, un univers du sensible et de l’interprétation qui est propre à chacun. Cette partie que je regrette toujours de ne pas pouvoir développer plus longuement est victime des disponibilités des uns et des autres. Avec un nombre de séances restreint, il faut aller au plus significatif. La confrontation avec la nature, celle qui bouge à tout instant est une bonne expérience. Mes “gentils élèves” ont été servis et surpris de se retrouver parfois dans des endroits improbables que seuls les goélands pouvaient leur disputer.

Danielle et André prêts à prendre leur envol à la pointe du Percho.

L’équilibre est instable, mais la vue imprenable.

Rester concentrée en milieu délicat.

Dans le paysage perçu des premiers jours ce qui m’a incroyablement étonné, c’est l’abondant volume de verdure, son intensité, sa variété de nuances. Des verts épais et profonds comme sculptés dans la masse, mêlés aux tonalités tendres et lumineuses, à l’instar d’une absinthe avant le trouble du goutte à goutte. Une fois de plus, je me suis battu sang et eau avec cette verdure envahissante et souvent changeante.
Alors que la douce et belle campagne m’environnait totalement sitôt le seuil de la porte franchi, la possibilité du rivage, de la mer, du roc ne m’aura attiré que dans un deuxième mouvement.
Sur cette côte hérissée de rochers, planter mon chevalet et trouver un équilibre se fit parfois avec difficulté. C’est là au milieu de ces blocs noirs, par un petit matin frais alors que le soleil pointait à peine, que j’ai vécu ma plus belle rencontre. Silencieusement, tout timide dans son allure un peu “chiffonnée” un vieux monsieur s’est approché de moi en s’excusant presque de me déranger. Il portait un bonnet de marin en laine bien enfoncé sur un visage tranquille, une veste de toile décolorée qui avait vu la mer plus qu’il n’en fallait.
“Lorsque je vous ai vu de loin, en ombre chinoise sur cette pointe de rochers en train de peindre, j’ai eu un choc !”
Il y eut un silence, le temps qu’une vague vienne se fondre à nos pieds.
“En une fraction de seconde, ça m’a fait tout drôle, je me suis senti dans un autre siècle. J’ai songé immédiatement à cette époque fantastique des impressionnistes où les peintres se rencontraient dans la nature. Vous savez, le tableau de Courbet “Bonjour monsieur Courbet”…ça m’est apparu immédiatement. Mais là maintenant, c’est la réalité. Vous ne pouvez pas savoir combien ça me fait plaisir de vous voir.”
Nous avons parlé un bon moment, de peinture, de l’importance de la contemplation, de l’avantage et de l’inconvénient de l’âge, tout simplement de la vie qui est en nous. Nos phrases étaient suivies d’un long silence comme pour en peser véritablement le sens.

Sept petits coquillages Trivia, aux appellations nombreuses…porcelaine, grains de café etc.

Plusieurs fois mon visiteur m’a rappelé son plaisir d’échanger. Nous avons partagé un sourire complice et après un silence un peu plus long que tous les autres, il fouilla dans sa poche. Dans un mouvement silencieux il déposa à mes pieds, dans le creux d’un rocher, sept petits coquillages.
“C’est pour vous, un porte bonheur, pour vous remercier de la bonne journée que je vais passer grâce à vous. Je suis très content.” 
Il prit congé et disparut aussi discrètement que pouvait le laisser supposer sa frêle silhouette. J’étais confus et heureux en même temps. Cet échange venait de renforcer mon sentiment qu’avec quelques mots simples, quand les êtres sont capables de s’ouvrir aux autres, il est facile de trouver le chemin de l’intelligence. Finalement, dénué de haine et de préjugés l’être humain n’est peut-être pas si mauvais que ça 

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La fine équipe

Quand on parle de « fine équipe », c’est souvent avec un peu de malice et beaucoup de sympathie. On sait que le qualificatif évoque le plus souvent la réunion d’une bande d’individus facétieux, dont les principaux exploits sont plus liés à ceux d’un langage railleur qu’à des actions effectives.

Réunis la plupart du temps par une activité partagée, c’est l’occasion de saisir sur un même lieu toute une série de portraits pour en composer la plus grande diversité. Pas de postures étudiées, photographiés dans des expressions naturelles, c’est à partir d’images collectées depuis quelques années que je me suis décidé à réaliser cette galerie.

La difficulté du travail d’après photo (réalisée sans préparation), se trouve la plupart du temps dans les écarts de qualité qui existent entre les clichés. Visage dans l’ombre possédant peu de détails, à contrejour ou en plein soleil avec une lumière trop forte, absence d’homogénéité de la couleur etc. Il y en a pour tous les goûts et, je dois dire que je n’ai pas cherché à uniformiser les peintures, mais plutôt de traduire au mieux les ambiances lumière/couleur pour chaque photo que j’avais sous les yeux. Au départ, je pensais réaliser deux ou trois portraits, histoire d’entretenir l’œil et la main, un peu comme on fait des gammes au piano pour rester en communion avec son art.

D’une peinture à l’autre, j’ai vite pris goût à la notion de galerie de portraits et pour cela, il m’a fallu dépasser le stade du simple « échauffement ». Contrairement à mon habitude ou je démarre le portrait directement au pinceau et à la couleur, j’ai ici organisé mon travail à travers une procédure simple. Apprêt au Gesso d’un papier toilé Figueras de Canson (sans doute le meilleur), toujours le même format 21×30 cm. Dessin au fusain du sujet et agrandissement au carreau. Les ombres sont portées par zones sur le papier car elles construisent les volumes du visage. J’ai observé que le seul dessin linéaire ne permet pas de positionner correctement un pli, un nez, une paupière etc…Étant donné que le visage est formé d’un ensemble de plans, la ligne n’existe pas en réalité et ce sont les ombrés qui sont les meilleurs indicateurs pour rendre le caractère du personnage.

Première ébauche des volumes jus de couleur et essence

À l’aide d’un ocre, d’une terre de sienne en mélange avec de l’ocre rouge et beaucoup d’essence de térébenthine, je place les ombres et indique les réserves de lumières. À ce stade, l’ébauche peut paraître peu avantageuse, trop sombre, ou dévaluée, mais elle est surtout un support au placement des valeurs. La peinture doit déjà porter en elle les caractéristiques du modèle, taillées en de larges coups de pinceaux. Je monte progressivement et en même temps, visage, vêtements et fond en faisant attention à ce que les contours du portrait s’incorporent bien au fond en ne paraissant pas découpés à bords vifs. C’est surtout le contraste de la couleur des cheveux par rapport au fond qui demande le plus d’attention. Un léger flouté de passage est à créer lorsque l’huile est encore fluide. La technique « alla prima » (peinture dans le frais ou semi-frais) permet cet effet.

Mise en couleur et fondu des couleurs

Bernard ✝

La suite n’est plus qu’un affinement des touches de couleur selon que l’on veuille donner un caractère plus « dur » ou plus « doux » à la peinture. Pour mon compte j’ai toujours trouvé qu’il était plus facile de rendre un portrait en travaillant au pinceau fin pour aller dans les plus petits détails, que de parvenir à donner ressemblance et vérité à un portrait en restant en deça du seuil « lissé ». L’hyperréalisme qui compte se substituer et même dépasser l’image photographique ne présente pour moi pas grand intérêt. Sauf à être une prouesse technique.

Guy

Ce que je trouve particulièrement difficile dans le portrait, et qui m’a souvent posé problème, c’est de peindre non pas le premier œil, mais le second. Le premier œil, vient tout seul, d’un simple coup de pinceau…mais, peindre le second, dans l’esprit du premier, dans la bonne valeur, dans l’axe correspondant au précédent est une affaire qui mérite bien des ajustements. Notre regard, parcourant incessamment modèle et peinture s’érode dans sa capacité à percevoir ce qui est juste. La première méthode pour « revivifier » sa vision est de quitter la pièce, de s’occuper un moment à autre chose puis de revenir face à son chevalet avec un œil frais. La deuxième méthode que j’emploie assez facilement, est d’observer la peinture en cours à l’aide d’un miroir. L’image visualisée à l’envers dévoile alors toutes les grossières erreurs que comporte notre travail. Il ne reste plus qu’à corriger. Il n’est pas rare, dans certains de ces portraits, d’avoir repris une bonne douzaine de fois l’œil droit ou le gauche au cours d’une même journée. Bien évidemment, il arrive à un moment de l’évolution du tableau que la modification d’un détail, entraîne la modification plus profonde de toute une zone bien plus large afin de conserver une certaine harmonie. Et par la-même, il ne faut pas hésiter de tout repeindre, de changer la couleur de la peau, de déplacer une bouche qui peu à peu s’était déformée, d’un menton qui descend bien trop bas ou d’un cou qui pénètre maladroitement dans une chemise. Le portrait peu à peu se nourrit de couches successives, des erreurs, des rectifications qui finissent pas donner cette richesse de couleur, de profondeur et vont créer la matière, la peau même du personnage.

Albert

J’ai appris que pour donner de la présence à un visage, il ne fallait pas sous-estimer le fond. Un fond sombre ou un fond clair, permettent de détacher la figure facilement. Mais attention à l’effet de découpage. D’autant plus si la coiffure est de tonalité claire sur foncé ou l’inverse. Un fond foncé avec des cheveux bruns n’est pas un sujet facile non plus. Il faut toute la délicatesse d’un Ingres (portraits de la baronne James de Rothschild, de madame Paul-Sigisbert Moitessier) pour réussir de subtiles nuances. Les tons de la figure sont généralement traités dans des couleurs chaudes. Mettre le visage en relief, revient parfois tout simplement en un fond légèrement refroidi par du bleu, du vert, du gris, qui par contraste chaud/froid va créer un effet de profondeur. Les tons chauds ayant tendance à venir en avant, plus proches et les tons froids apparaître plus éloignés.

Georges

Enfin, certains portraits, en raison de signes ou de matériels particuliers des individus sont plus compliqués à aborder. Les lunettes aux verres colorés, aux branches qui viennent perturber rides et volumes tout en projetant des ombres parasites sont des épreuves supplémentaires. Bouches entrouvertes qui laissent apparaître les dents, cavité bucale qui n’est jamais un « trou noir »sans aucune nuance, autant de pièges sur lesquels il n’est pas rare de bredouiller. Le dernier portrait, celui de Richard aura été celui sur lequel j’ai cumulé le maximum de difficultés, lumières diverses, lunettes, ombres, bouche et c’est celui auquel je suis le plus attaché. Au final la galerie devrait comporter une vingtaine de portraits. Épinglés sur mon mur, ils forment un grand « photomaton » auquel je jette parfois un regard amusé car certaines expressions valent vraiment la photo.

Rémy

Paul

Louis

Stéphane

André

Claude

Pierre

Helen ✝

Gérard

Michel

Richard

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Quelques couleurs

 Je n’ai pas grand chose à dire sur cette galerie dont certaines réalisations ont été publiées sur Facebook. Il m’arrive de ne plus savoir exactement ce qui a déjà fait l’occasion d’une publication. Les dessins et peintures, s’accrochent sur mes murs, s’entassent dans des cartons pendant un certain temps et partent comme un vin vieillir dans ma cave sur quelques étagères. Le temps bonifie t’il les peintures ? J’en doute. En tout cas ce que je sais c’est que l’absence de lumière agit sur l’huile de lin contenue dans les couleurs. Cette action assombrit les « œuvres » et il faudra une exposition à la lumière pour leur redonner leur éclat. Comme quoi, en peinture il faut aussi posséder un savoir de « petit chimiste ».

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L’argent fait le bonheur

Jean Dominique Ingres

Il y a quelques années au musée Ingres de Montauban j’avais découvert trois ou quatre dessins d’une délicate beauté. Le trait en était fin, précis, de couleur brune et s’harmonisait parfaitement avec un papier jauni par le temps. Une étiquette mentionnait que les dessins avaient été réalisés à la « pointe d’argent »
J’ai fini par comprendre que la « pointe d’argent » était l’outil de prédilection des anciens, bien avant l’apparition des craies ou les pierres comme la sanguine, la pierre noire etc. Le tracé à la pointe d’argent trouve son origine il y a bien longtemps puisque Pline l’Ancien mentionne son usage à Rome parallèlement aux stylets de bois, d’ivoire ou d’os pour écrire sur les tablettes de cire. Il semble qu’au cours des siècles, différents métaux furent employés. L’utilisation de la pointe de plomb se développe principalement au Moyen Âge à travers la réalisation des manuscrits et des nombreuses miniatures. À la Renaissance, c’est l’argent qui aura la faveur d’artistes tels que Léonard de Vinci, Raphaël. Aux Pays-Bas, la technique de la pointe d’argent acquiert ses lettres de noblesse bien avant les maîtres Italiens. Les Florentins privilégient surtout la ligne alors que les Flamands soucieux de réalisme développent le travail du volume par les ombres et les lumières. La technique de la pointe d’argent n’a pas laissé de traces iconographiques significatives en France.
L’Allemagne plus adepte de la gravure et plus proche de la plume, s’intéresse moins à la pointe d’argent. Il nous reste cependant de superbes dessins de Dürer ou de Hans Holbein réalisés avec cette technique. Au cours de l’histoire, des tentatives seront faites avec des pointes d’or et de cuivre. L’or, trop cher est peu utilisé. Le cuivre, trop dur ne procure pas la lisibilité de l’argent ou du plomb. Toutes ces techniques disparaîtront peu à peu, au profit de l’arrivée de la sanguine, de la pierre noire, des craies. Médiums moins exigeants ils sont d’une plus grande praticité et permettent de moduler le trait, de couvrir de plus larges zones, de contraster plus rapidement un sujet.

Il existe aujourd’hui un renouveau de la pointe d’argent. Effet de mode ou besoin de revenir aux fondamentaux classiques. C’est peut-être aussi un rejet de tous ces outils « modernes » faits de plastique aux couleurs vives et l’envie de posséder un outil fait à sa main, un outil de qualité qui demande virtuosité et attention. Le dessin vite fait bien fait n’est pas dans l’esprit de la pointe de métal. Pour dessiner avec cette pointe, il faut avant tout préparer son papier avec une solution que l’on peut acheter ou la réaliser soi-même. Sur un papier non apprêté la trace n’est pas visible. La marque Golden propose un apprêt spécifique « Silverpoint Drawing Ground ». Les puristes auront pour tâche de préparer leur base de cette façon : 1 volume de colle de peau, 1 volume d’eau, 1/2 volume de blanc de lithopone (ou comines)+pigment en poudre ou encre pour colorer l’apprêt. Faire fondre la colle+eau au bain-marie et incorporer la cendre d’os et le blanc par petites touches, remuer et filtrer. Appliquer cette solution en 2 à 3 couches fines et croisées sur un papier (lisse) aquarelle satiné (au moins 300 gr). Une fois l’apprêt bien sec, poncer avec un papier verre très fin. Vous êtes prêts à vous lancer !
Et bien non, il vous faut encore une bonne pointe d’argent. La première solution est de commander auprès d’une grande enseigne de fournitures pour artistes une pointe à la qualité « variable ». Je vous recommande plutôt de vous adresser à des gens spécialisés, artisans ou ateliers qui réalisent à la demande ou utilisent et proposent à la vente ce type de produit. (Adresses en fin d’article)

Il faut savoir que la pointe d’argent ne permet aucun repentir. Le trait doit être direct, car impossible de gommer, de se reprendre d’une quelconque manière. La réalisation des ombres, des valeurs se fait avant tout à l’aide de hachures finement croisées. Commencez votre dessin avec légèreté, douceur et augmentez lentement la pression et le nombre de hachures pour obtenir des valeurs plus fortes. Mais, ne vous attendez pas à produire des zones très foncées, proches d’un grisé comparable à celui d’un crayon graphite. Le dessin général est d’une teinte grise légèrement bleutée et brillante. C’est le temps, son exposition à l’air qui va peu à peu donner à l’œuvre tout son charme. L’argent, va lentement s’oxyder, se foncer et donner cet aspect brun que vous pouvez voir avec vos couverts en argent. Des passionnés, des pinailleurs ou des fous (difficile de les qualifier) ont observé que selon la région, l’environnement écologique ou la météo, l’oxydation s’accomplissait de manière différente. Alors, pourquoi ne pas déplacer ses dessins d’un endroit à l’autre pour obtenir de multiples variations.
Sur un papier apprêté de couleur, il est possible d’enrichir son dessin de rehauts blancs ou de couleur encre, aquarelle etc…comme le faisaient les anciens.
La pointe s’use insensiblement et il convient de lui donner une forme…arrondie, pointue, biseautée selon ce que l’on souhaite faire d’où la nécessité d’avoir sous la main une pierre à huile très fine.

Pointes d’argent :
Mu Bijouterie
10 rue de la République – 58300 Decize
Tel. : 06 89 10 49 70
Site : Mu Bijouterie

Atelier Michaël Greschny
La Maurinié – 81430 Marsal
Tel. : 06 83 78 61 09
Site : Atelier Greschny

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Par ma fenêtre

Ma fenêtre est un cadre, ouvert sur la rue, ouvert sur la vie.
Un tableau aux variables couleurs, parfois grises et ternes ou chaque chose se fond, se mêle en une masse sombre. Parfois aussi, c’est la gaité lumineuse qui l’emporte. Par ma fenêtre, je vois un arbre. Nu en hiver, chevelu en été. Chaque matin, il est présent pour moi comme un ami fidèle et cela sans défaillir depuis de nombreuses années. Il accueille indifféremment « l’agassement » des pies, le « jasement » des merles et frémit parfois aux beaux jours de batailles épiques entre la gente ailée. Ici bagarre pour l’emplacement d’un nid, là chahut pour un crouton de pain volé près d’une poubelle renversée. C’est mon arbre. Il n’est ni très costaud, ni très grand et l’hiver, par temps de pluie sa peau se couvre d’une inquiétante teinte verte un peu comme « Hulk », la force brutale en moins. Les élagages systématiques ont favorisé l’apparition de jeunes branches très souples qui s’orientent drues vers le ciel. Par grand vent, elles s’agitent en désordre telles de maigres pattes, fouettent l’espace, s’entrechoquent nerveusement peut-être dans l’espoir de se libérer de ce tronc trop chétif. Mais, que vaut une branche sans sa source nourricière ! En ce début d’année où le beau temps semble avoir déserté nos régions, il semble difficile de s’installer en pleine campagne et de peindre sur le motif. Les éléments traités à travers le cadre d’une fenêtre, s’ils sont relatifs à un champ visuel limité, n’en demeurent pas moins des sujets intéressants. Travailler sur le quotidien, le banal autour de soi, le rendre visible sous une forme nouvelle, dégager une expression graphique inventive, détournée de la simple réalité est aussi un challenge excitant à relever.
Je dirai que « faute de grives, je me contente de merles ».

Bonne Année à toutes et à tous.

Fusain sur papier Ingres

Huile sur papier

Pastel à l’huile sur papier

Fusain et huile sur papier

Monotype, encre typographique sur papier

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Dépouilles

Mis en avant

Une amie m’a demandé récemment ce qui m’avait amené à peindre des dépouilles d’animaux. Mon premier réflexe a été de penser « tiens, quelle drôle de question ? » comme si cette série allait de soi pour tout le monde et que le sujet ne susciterait aucune réflexion particulière.
Bien embarrassé dans un premier temps pour satisfaire en quelques mots sa curiosité, je me suis plongé plus intensément sur mon premier ressenti pour en rechercher une « justification intelligible ». Et finalement le questionnement bien innocent de cette amie me donne l’occasion de m’en expliquer.

Il est vrai que le choix d’un sujet, qui produira dans le temps une image sur un support, ne nait jamais du vide, ni de l’absence de toute matière, qu’elle soit visuelle, intellectuelle, sensible, liée à n’importe lequel de nos sens. La peinture est souvent le « réaménagement » de formes, de couleurs, de sensations dans un certain ordre pour donner une lecture de son propre monde intérieur. Et l’exposition du résultat pour une lecture publique est somme toute une contribution à la philanthropie. Cette participation même modeste n’est pas à désavouer pour autant.

Je me suis toujours interrogé (au cours de mes nombreuses promenades, en forêt ou en campagne), du peu de cadavres ou de traces que les animaux laissent lorsqu’ils meurent. Bien sûr, chacun aura un jour sur un chemin aperçu une touffe de plumes éparses, arrachées à un pigeon par quelque buse vorace. Mais que deviennent les renards, les sangliers, les chevreuils et autres cerfs en fin de vie. Des milliers de bêtes meurent chaque jour autour de nos cités. Les animaux se cachent t’ils pour mourir ? Cerfs, chevreuils sont nombreux dans nos régions. Ces mammifères perdent leurs bois chaque année. Combien de ramures, de bois pouvez-vous vous étonner d’avoir trouvés ? Et ne me dites pas que les prédateurs sont suffisamment nombreux pour éliminer toutes les charognes. La rareté cadavérique sur le terrain est en même temps une découverte émotionnelle et un questionnement immédiat sur les raisons de la mort de l’animal en présence. 


Ces dépouilles ont été découvertes pour la plupart sur des chemins, en bordure de cultures. Empoisonnement, blessures et abandons par un chasseur…Des pierres ont été projetées avec force sur le lapin de garenne comme si sa mort n’était pas suffisante. Quel plaisir peut ressentir celui qui s’acharne ainsi sur un animal mort. Contrairement à la chasse à courre (où l’animal est poussé à bout, poursuivi par une meute de chiens forcenés), le cerf ci-après, a été abattu d’une balle et sa mort a été presque instantanée. Quelle que soit la cause du décès, le passage de la vie à trépas d’un animal provoque en moi un grand vide, un regret suivi d’une grande tristesse. En me penchant sur mes documents, en les travaillant sous forme de peintures, j’ai le sentiment de redonner vie à des êtres dont notre société ignore ou méprise souvent l’existence. C’est aussi une manière d’évacuer une culpabilité, de responsabilité envers ces animaux, et de tenter par l’image une approche empathique avec eux. 

Le mystère de la mort est une des composantes de la vie et nous ne pouvons pas oublier que l’homme des premiers âges continue pour une bonne part de survivre en nous. Les peintures rupestres sont elles l’expression d’un simple plaisir pour l’art ? Les premiers hommes, en représentant les animaux, leur chasse, leur mort n’ont t’ils pas tenté d’entrer en contact par une activité chamanique, avec cette vie animale qui accompagnait leur quotidien ? Ont-ils essayé par les signes et la couleur de symboliser la réussite de la chasse et la supériorité de l’homme sur l’animal et invoqué des dieux pour les protéger de la blessure. En procédant à des rites, qu’ils soient religieux, païens, en adoptant certaines croyances ou pensées dans notre quotidien, en idolâtrant certains êtres, ne sommes nous pas à la limite de l’homme anxieux face à cette inconnue qu’est la mort ?

Il existe des artistes qui vouent leur talent à représenter les animaux vivants. On les définit comme « peintres animaliers ». Titre honorable qui sanctifie la vie. Lorsque des artistes consacrent une part de leurs réalisations à l’univers de la « camarde », on a vite fait de les qualifier d’artistes « maudits ou « de morbides ». La représentation picturale de cadavres humains ou d’animaux les place dans une sphère particulièrement critique. Pourtant, depuis les antiques, la « vanité » constituent une représentation allégorique de la mort humaine et la nature morte n’en est que sa petite jumelle.

Le cadavre humain a longtemps servi de modèle aux plus grands peintres. Il faut mentionner la leçon d’anatomie de Rembrandt, les écorchés de Léonard de Vinci, les études de membres de Géricault pour le radeau de la Méduse, le toréro encorné d’Édouard Manet, les quartiers de viande de Soutine…L’histoire de l’art rapporte une grande abondance d’œuvres représentant gibier, poissons et autres bestioles exotiques apathiques. Et nombreux sont les artistes qui se sont essayés à ce genre depuis des siècles. On peut citer Chardin, encore Géricault, Goya etc…

Ces natures mortes en atelier sont dans leur grande majorité « arrangées », c’est à dire composées. Chaque sujet, chaque objet est placé avec minutie dans une mise en scène très étudiée selon des règles de composition et en organisant le jeu de l’ombre et de la lumière. L’aspect accidentel, fortuit n’existe pas. 

En travaillant à partir de mes photos prises sur le vif, selon les conditions atmosphériques rencontrées, la mise en scène est inexistante. La prise de vue est un document « brut, neutre, sans effet et sans affect » à partir duquel j’essaie d’apporter une esthétique picturale. En ce sens, ma démarche s’éloigne de la nature morte exécutée en atelier avec le sujet réel comme objet d’observation.

Dans notre société occidentale, la mort est occultée d’une manière consensuelle. Elle devient un phénomène de rejet car son image choque, dérange. Plus personne ne visite les cimetières. Et les cortèges accompagnant le défunt jusqu’à sa tombe se font désormais dans une rapide course en voiture. Pourtant par un jeu subtil de miroirs, la mort inonde paradoxalement les écrans, les films, les jeux vidéos. Ces images pour la plupart vécues comme des fictions n’apparaissent plus que comme des artefacts de la réalité. L’image d’un cadavre d’animal émergeant au milieu d’allégories de la bienséance choque. Ça serait un bienfait s’il éveillait quelques consciences et questionnements.

À l’heure où, à chaque minute notre « humanité » voit (ou fait) disparaître son environnement écologique, où les espèces animales sont malmenées alors qu’elles font partie intégrante de notre « généalogie », mon propos tant visuel que littéraire, n’est pas de faire l’apologie de la mort ni celle d’un plaisir morbide. La mort n’est ni souhaitable, ni enviable et en aucun cas elle ne peut être belle. Elle « EST ». Elle possède une esthétique qui me touche par sa simplicité, son silence et la réflexion qu’elle génère intérieurement.
Traduire par la ligne, la couleur, sans emphase, sans excès, mais dans toute sa force la mort de ces bêtes est le challenge que je m’étais fixé, car il fallait au delà de l’image que je leur accorde une dernière célébration. 
Et votre regard face à ces images, loin de toute indifférence, qu’il soit attristé, choqué ou mal à l’aise est une belle contribution à la vie.