Morbihan dessins

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Oil Stick Sennelier

C’est toujours avec beaucoup de plaisir que j’alterne le dessin ou tout du moins une autre technique plus légère avec celle de la peinture.
Cette alternance de médiums qui me fait passer d’un matériel un peu encombrant à des outils plus légers m’offre une plus grande liberté de mouvement. Je peux en l’espace d’une matinée choisir différents sujets et réaliser au moins deux ou trois dessins encrés ou graphités. Dans cette série j’ai exploité plusieurs outils qui ne demandent pas trop de matériel. 

Les arbres traités dans les bruns sont réalisés avec 3 Oil Stick de chez Sennelier. Sur toile ou sur papier enduit au Gesso, cette huile solide en bâton a l’avantage de sécher comme toute couleur à l’huile, contrairement au pastel gras qui ne sèche jamais. Un peu d’essence de térébenthine ou de médium pour en accélérer le séchage ou créer des transparences à l’aide d’un pinceau sont les seuls ingrédients à transporter.

La trilogie du vieil arbre a été réalisée dans la matinée avec 3 techniques différentes. Petite boite de graphite aquarellable Art Graf, un pinceau et un peu d’eau sur papier aquarelle pour le premier dessin. Encre noire Pébéo et plume taillée dans un cure dents plastique pour le second. Enfin pour le troisième, encres scolaires (déjà évoquées ici), pinceau et eau.

Le matériel de base.

Ces différentes techniques se retrouvent sur les dessins suivants sauf les deux derniers de la série où j’ai utilisé un crayon pastel sec pour l’un et une mine de plomb pour l’autre.

Fin de partie

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Malgré le scepticisme des gens du coin, il avait eu une bonne idée Roger en 1983 de créer ce camping à Kerlann tout près de Carnac. Entouré d’une campagne bien verte, cet écrin de calme pas loin de la mer et des plages de sable blond, avait attiré dès la deuxième saison pas mal de monde. Ce n’était pas un camping de grand standing et les prix encore modestes à l’époque convenaient bien aux familles qui voyaient là une manière de passer de bonnes vacances plutôt économiques dans une région très fréquentée en été. Un grand nombre de propriétaires d’une caravane ou d’un mobil-home, avait fait du camping des Pins leur résidence secondaire pour la famille. Le règlement semblait cool, trop cool peut-être.
En tout cas que se passe t’il réellement en 2008, difficile de le savoir. L’établissement ferme ses portes brutalement après 30 ans d’activité. Incapacité d’adaptation face à la concurrence, réponses inadéquates aux exigences des nouveaux vacanciers, mauvaise gestion ou tout simplement problèmes de santé du propriétaire. Bref, Roger met une pancarte à l’entrée du camping pour indiquer que la soixantaine de propriétaires devront enlever leur mobil-home avant l’hiver. Malgré les rumeurs qui courraient l’été précédent, c’est la douche froide. Né ici où se trouve encore la ferme familiale, Roger 80 ans, refuse de vendre et semble avoir d’autres projets pour son terrain. Sur les 4 hectares et les 200 emplacements, certains mobile-homes et caravanes resteront sur place, abandonnés au pourrissement. Roger ne réalisera aucun projet sur son terrain.
En 10 ans, le camping subira les outrages du temps, la visite de nombreux casseurs et bien entendu servira de décharge à tous ceux qui ne savent toujours pas où déposer leurs déchets. Certains disent aussi – mais ce sont sans doute de mauvaises langues – que les campings du coin, sont venus récupérer pour leur propre compte du matériel en parfait état sitôt la fermeture du site.

Aujourd’hui le camping des Pins, est entièrement dévasté. Caravanes et mobil-homes sont broyés, déchiquetés avec une telle violence qu’il est difficile d’imaginer que la main de l’homme puisse en être à l’origine. C’est triste, horrible et surtout incompréhensible que ce site soit ainsi laissé en maquis. Il y a quelque chose d’obscène dans cet abandon là. La nature foisonnante reprend peu à peu ses droits, engloutit et digère lentement les stigmates d’une société avide de loisirs. Roger lui, s’est retiré du monde des actifs. Il reste le propriétaire responsable, sans complexe, à l’origine de ce champ de dévastation. Quel avenir ? No future !

Chronologie

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Je me suis souvent servi des tutoriels qu’ils soient photo ou vidéo pour apprendre à peindre. Il est vrai que bien souvent je me suis demandé comment certains tableaux étaient faits, par quelles étapes, ils avaient pu passer pour aboutir à une forme définitive. L’inconvénient de tous les exemples que j’ai pu voir émanaient d’artistes très confirmés, des maîtres dans leur univers. La promesse de réussite et de qualité étant supposée dès le premier coup de pinceau ou de crayon, n’était pas à mettre en doute. Face à cette compétence superlative, on se sent aisément un peu ridicule, avec nos hésitations, nos faiblesses, qu’elles soient artistiques comme techniques. Pourtant, la peinture est faite de questionnements, d’hésitations, de tâtonnements et d’erreurs. C’est je pense toujours intéressant de voir l’évolution ou plutôt la construction d’une peinture à travers quelques arrêts sur l’action en cours.

1/ L’autoportrait est à l’italienne avec un assez grand dégagement à droite. Je simule un couloir avec deux portes ouvertes. Le visage est juste esquissé, avec un contraste très fort que je tiens à conserver jusqu’au final. Un cadre au mur est indiqué rapidement derrière la tête et une zone foncée derrière l’épaule signale un autre cadre.

2/ Le visage est un peu plus poussé en terme de couleur et d’éclairage. Les principales masses sont posées pour préparer le travail de ressemblance. Afin de lier le visage au fond, je peins ce dernier d’une couleur légèrement violette, couleur déjà contenue dans le visage. Dans le couloir, la deuxième porte ne me semble pas indispensable. Je supprime une porte. Je précise l’image accrochée.

3/ Je mets en place la ressemblance du visage avec des larges touches franches de lumière et d’ombre. Je rajoute la porte supprimée à l’étape précédente. Je la représente entrouverte afin qu’elle prenne la lumière froide de la pièce voisine et contraste avec les couleurs chaudes du reste de la peinture. Je supprime l’image derrière le visage et la zone foncée derrière qui casse la courbe de l’épaule.

4/ Je ne touche pas au visage. La zone à droite avec les portes me paraît bien compliquée. L’accumulation des éléments raconte une histoire trop compliquée par rapport au portrait. Autant créer une ambiance plus simple avec une pincée de “psychologique”. Je crée une porte comme si elle se situait dans la même pièce que moi. Entrouverte elle évoque un échappatoire, ou une entrée vers un autre univers. Tout autre interprétation “symbolique” (et elles sont nombreuses) restant à la charge du spectateur. J’harmonise le fond avec les couleurs un peu violettes du portrait.

5/ Je densifie le fond en contrastant la couleur tout en accentuant l’ombre et la lumière. Je tente de créer ainsi un effet un peu dramatique, voire mystérieux. Je me mets ensuite en pause. J’encadre le format d’une marie-louise blanche pour bien isoler le sujet. Je m’extrait du processus. J’observe le résultat de loin. Finalement l’aspect symbolique donné par cette porte entrouverte dans la pénombre ne me plait pas. La distance entre le visage et le mur est trop importante. La profondeur met l’autoportrait en dehors d’une zone “d’intimité” avec le spectateur. La présence est perdue au détriment d’une histoire qui transforme le sujet en une “histoire bavarde et intellectuelle”. Ce que finalement je ne veux pas puisque je veux que seule la “peinture” compte” sans artifice. 

6/ Je coupe définitivement le format pour accorder toute la présence qui manque au portrait dans l’étape précédente. C’est une décision sans retour. En peignant un encadrement frontal, assez présent et plus clair sur le mur, je réduis la distance entre le portrait et le fond. J’élimine les tonalités trop sombres de bruns et de gris foncés. Dans le format, l’autoportrait prend la place qui est la sienne. Les éléments de fond, ne sont plus des signes qui se surajoutent au portrait, mais des éléments qui participent à sa mise en valeur.

7/ Je retravaille le portrait en apportant plus de tons chauds dans la zone de lumière et dans celle de l’ombre. Je repeins les cheveux. J’essaie de retrouver une harmonie de couleur entre le visage et le fond. Pour structurer et faire vivre le fond, je tente l’apport d’une zone de lumière qui traverse la peinture d’un bord à l’autre en formant une sorte de “z”.
Je m’en suis arrêté là en considérant ce sujet comme suffisamment travaillé.

Pour celles et ceux que le processus créatif intéresse, je vous conseille de regarder la vidéo ci-dessous : 
Le chaos dans la peinture
Anne Vincent, maître conférence en esthétique, sciences et technologies des arts.

Movimento

Encre noire et pinceau sur papier aquarelle

Lundi de modèle vivant un peu spécial dernièrement puisque toute la séance a été consacrée au mouvement. Le principe en est très simple puisqu’il s’agit de demander au modèle de se mouvoir en permanence. Les gestes de la vie quotidienne, du sport, du spectacle… vont inspirer Chantal dans sa gestuelle.

Sur des poses successives d’une durée de 1 à 5 minutes, l’après midi sera intensif de concentration. Cet exercice de rapidité dont la difficulté est de capter les éléments essentiels dans une figure en action, m’était déjà familier. C’est la base même du croquis réalisé sur le vif, tout comme je l’ai pratiqué sur les concerts de jazz, le flamenco ou tout simplement dans la rue. Les participants ont très certainement apprécié cette session particulière, en tout cas ils ne semblaient pas déçus.

Encre noire et pinceau sur papier aquarelle

Pour ma part, je trouve l’exercice plutôt ludique et amusant, à défaut d’avoir été très fructueux. Je pense que certains mouvements en grande harmonie avec la musique auraient pu profiter d’une halte afin d’en saisir toute la grâce. Je regrette aussi les belles lumières, les magnifiques modelés qui se sont développés sur le corps du modèle et qui n’ont été que fugaces. Ces croquis rapides et vivants ne nécessitent pas spécifiquement un modèle.

Encre noire et pinceau sur papier aquarelle

Cet entraînement à la prise de notes peut parfaitement se réaliser dans la vie quotidienne, au spectacle, sur un quai de gare ou dans un parc public. Sur la base des croquis réalisés sur le vif, j’ai tenté d’en reprendre à postériori quelques uns à la craie de couleur. Je ne pense pas avoir réussi ce pari. Un croquis possède sa force et son dynamisme propre. C’est l’ADN de la spontanéité. Essayer d’en reprendre les ingrédients, c’est tenter d’en percer le secret et ça, c’est une autre histoire.

Petites natures

L’hiver a ceci de positif, c’est que dans la plupart des cas, la météo étant peu favorable, il est difficile de sortir et c’est un bon prétexte pour rester peindre bien au chaud. C’est le temps privilégié pour s’essayer à la nature morte, à dénicher chez soi ce que l’on pourra bien représenter. Une pomme fripée, un morceau de pain, une sardine fraîche dans une assiette ou même une cafetière cabossée peuvent faire l’affaire. L’important étant moins le sujet que la façon de le peindre (avis tout à fait personnel). 

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Copie conforme

Copie conforme ou rebelote pourrait t’on dire à propos des inondations. En juin 2016, tout ce qui coule était déjà sorti de son lit douillet en venant humidifier les campagnes comme les villes.
Et de nouveau cette année, les crues se sont généralisées dans le pays au plus grand désarroi de riverains excédés qui constatent que de tels phénomènes ont tendance à se répéter avec une fréquence de plus en plus grande. Ici, dans les Yvelines, les zones les plus basses, tout proche de la Seine se sont transformées en une suite de petites « camargues » pour la plus grande joie des cygnes et des oiseaux fluviaux. Un apiculteur vient à peine de surélever ses ruches sur une série de palettes. La colonie d’abeilles, toute endormie a sans doute été sauvée à temps de la noyade. De vieilles feuilles de choux, des artichauts résistants des précédentes récoltes traînent dans l’eau vaseuse. Derniers vestiges qui signalent que là, précisément l’homme cultive. Les machines agricoles se sont mises au repos et c’est sous un ciel bas couleur d’acier, ponctué de quelques cris de mouettes, que j’avance botté. Et ça fait des « couich » des « flopp » lorsque je force le pas dans ces chemins boueux aux flaques de la dimension d’un petit étang. Plus loin, en ville, les quais n’existent plus.


Les péniches habitent sur la rue et les passerelles improvisées qui relient encore la terre ferme et les barges sont à la limite de la rupture. Les différents courants contrariés finissent par créer des îles de détritus qui s’accumulent le long des bateaux. Véritables planchers d’ordures ils témoignent du peu de respect que peuvent avoir les humains pour l’écologie. Toute circulation qu’elle soit automobile ou pédestre est perturbée. Il faut désormais réfléchir pour aller d’un point à un autre et revoir ses plans. Le parcours habituel n’est sans doute plus possible et la petite route qui évite l’embouteillage, risque de conduire tout droit à la baignade. Sous un escalier qui dessert le quai, existait une niche, un trou en béton ou dormait un sans abri. En son absence, l’eau est montée, immergeant sa cache, imprégnant ses vêtements. Un promeneur, sans doute un habitué de l’endroit a récupéré ses effets et les a déposés hors d’eau en espérant un peu de soleil pour les sécher. À l’approche de midi, les riverains chargés de sacs plastiques, de retour de shopping, rejoignent leurs pavillons humides en équilibre sur quelques planches étayées de blocs de béton. La décrue sera lente, les sols sont gorgés d’eau de partout. Comme un signe, il se remet à pleuvoir.

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Figures

En parlant de portrait chacun s’attend à une « image » ressemblante du modèle. Un portrait n’est pas forcément l’image exacte du sujet.
L’histoire de l’art nous démontre que la représentation d’un personnages pouvait être idéalisée afin de l’ennoblir, lui donner des caractéristiques morales particulières, définir son rang social etc… Selon l’époque, à l’opposé, l’artiste pouvait s’attacher au moindre détail physique pour reproduire la réalité dans tout son aspect critique. La pose, l’expression du modèle sont autant d’indices qui véhiculent sa personnalité intérieure, sa sensibilité. Il s’agit toujours pour le dessinateur ou le peintre d’une interprétation.
Ici, j’ai utilisé le mot « Figures » au lieu de « Portraits ». Tout simplement parce que je me suis limité à travailler à partir de photos sous forme d’une série de dessins réalisés dans un temps très réduit. Le terme « portraits » me semblait usurpé. L’enchaînement continu des dessins m’a permis de conserver une certaine excitation graphique. Il existe parfois une proximité entre l’artiste et le modèle, lien familial, amical ou même simple connaissance. Ici, chaque figure représentée est une personne qui m’est totalement étrangère mais non anonyme dans le sens où ce sont des femmes et des hommes qui existent ou ont existé. J’ai sélectionné leurs photos pour des raisons techniques (taille des clichés, contraste des valeurs etc.) et aussi pour l’intérêt de leur caractère physique.
J’ai tenté de donner un peu d’humanité à ces personnages à l’aide de quelques traits denses, de griffures acérées ou du doux frottement du fusain.
(Techniques utilisées, pierre noire, crayon fusain, crayon carbone, crayon couleur Pitt pastel et Polychromos de Faber Castell, plume encre de chine et encre marron)

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Monotype (essais)

Il n’y a pas longtemps de cela, une amie m’annonçait qu’elle s’investissait désormais dans la gravure. Cela m’avait déjà maintes fois tenté, mais faute de place, de connaissances techniques et ne voulant pas trop me disperser, j’avais relégué cette idée au fin fond de mon esprit. En parcourant internet, à travers les réalisations d’artistes divers, j’ai découvert le monotype et je me suis étonné de constater combien cette technique était un véritable moyen d’expression permettant de développer une écriture très personnelle malgré son « apparente » facilité.
Le monotype est une impression unique. On obtient une « image » par la pression d’une feuille de papier sur un support préalablement encré. Cette technique requiert un matériel très simple et peu onéreux. Le support peut être constitué d’une plaque de verre, de plexiglas, de métal (cuivre, zinc…) tout support rigide pouvant recevoir un médium ne séchant pas trop vite (couleur à l’huile, pastel gras etc…) L’idéal demeurant bien entendu l’encre utilisée en imprimerie. Ces encres très grasses, collantes sont restées longtemps réservées aux ateliers de gravure ou de typographie. Leur nettoyage aux solvants présentait un gros inconvénient pour les amateurs. Il existe aujourd’hui des gammes d’encres qui se nettoient à l’eau et présentent une alternative aux produits traditionnels (Aqua Wash, Akua…). J’ai opté pour l’encre taille douce Aqua Wash de Charbonnel, noir RSR (lavable sans solvant) et d’une huile de la même marque pour fluidifier l’encre. Un petit rouleau, quelques vieux pinceaux et 3 ou 4 cotons tiges sont venus compléter le petit matériel de base. Rien de ruineux pour faire quelques essais. Sans oublier bien sûr le papier dans le matériel indispensable.
Je ne décrirai pas les différentes possibilités techniques du monotype. Il existe sur internet de nombreux tutoriels et conseils parfaitement explicites. Pour ma part je m’en suis tenu à peindre sur le support à l’aide pinceaux (ne pas hésiter à y mettre les doigts) comme on le ferait pour une peinture ou bien d’encrer l’ensemble du support puis de jouer avec des retraits d’encre…Avec un pinceau humidifié il est possible d’enlever complètement l’encre. En fin de travail, la plaque se nettoie très facilement d’un coup d’éponge avec de l’eau (avantage de l’Aqua Wash).
Mes exemples présentés ici ne sont que des essais afin de mieux comprendre les possibilités et limites de cette technique.
Sous cette apparente simplicité qui permet de produire tout de suite un monotype original, tant le rendu peut être surprenant, se cache une réelle difficulté. Celle à un moment donné de maîtriser au mieux le rendu souhaité. Certains accepteront un rendu très aléatoire et d’autres aimeront (passé le plaisir de la découverte) aller plus loin dans la démarche en restant maître du processus. Je dois reconnaître que je fais partie de la seconde catégorie. De ceux qui souhaitent réduire la chance ou le hasard afin de produire une image plus proche de leurs espérances. Au jour d’aujourd’hui, je n’y suis pas parvenu !
J’ai constaté que tout va bien tant que l’on ne joue pas trop avec les subtilités. Un support bien empâté, avec de forts contrastes réalisés par l’épaisseur de l’encre est parfaitement reproductible d’une simple pression des paumes ou le passage d’un rouleau. Il en va tout autrement dès que l’encrage devient plus léger afin de réaliser des valeurs intermédiaires. Au-delà d’une certaine limite d’encrage, il n’y a plus de report sur le papier.
Je pense que la qualité du papier, son humidification et surtout la pression exercée sur le papier sont des composantes qui doivent être parfaitement étudiées. Une pression à la main, au rouleau, ou encore à la cuillère sur un papier au moindre grain, avec une légère trame, produit une image fantômatique. Un papier aquarelle « grain torchon ou fin » ne retient l’encre que sur la partie haute du grain, l’encre ne se déposant pas dans les creux de celui-ci. Les subtilités, les valeurs de gris n’apparaissent pas et le résultat devient particulièrement pauvre. Un bon papier comme un vélin et une petite presse semblent incontournables si l’on souhaite un rendu qui respecte au mieux son original sur plaque.

Vous pourriez penser à travers mes tentatives que le monotype est après tout une technique rudimentaire. Trop rudimentaire et aléatoire pour espérer vous séduire. Pour vous convaincre du contraire, je vous invite à découvrir la galerie ci-dessous que je consacre à quelques réalisations de François Dupuis. C’est le résultat d’une maîtrise technique mise au service d’une grande sensibilité. Autres que les monotypes, je vous encourage aussi à découvrir ses gravures, dessins, peintures et sculptures. L’homme est fécond et talentueux.

Monotypes, gravures : François Dupuis blog.
Page FaceBook : François Dupuis dessins, peintures, gravures, sculptures.

 

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Quatre semaines

Quatre semaines dans le Vaucluse où j’ai retrouvé mes endroits familiers au pied du Mont Ventoux. Comme toujours, j’ai apprécié cette facilité de me déplacer d’un endroit à un autre en toute tranquillité. Peu de voitures, à part sur la route principale montant au sommet, où des hordes de cyclistes s’époumonent dès le virage de Saint-Estèphe. Le moindre chemin roulant de pierres blanches, mène tout de suite à un endroit inconnu, préservé, où il est possible de se retirer du monde. Cette année, la canicule ne m’aura pas trop affecté en ce mois de septembre. Seul le Mistral m’est apparu plus présent et les jours sans vent se sont comptés sur les doigts de la main. Contre la lumière, j’ai pu expérimenter mon petit parapluie « Best Brella » orientable en tout sens, prompt immédiatement à suivre la course du soleil. Il a su résister aussi à un vent modéré, mais j’ai vite compris qu’il était impossible de lui faire braver le moindre souffle du Mistral. De toute manière je n’ai jamais réussi à peindre lorsque ce vent est levé. Tout dans la nature n’est qu’un bruissement incessant de feuilles, de branches, de gémissements. La toile s’envole, entraînant le chevalet et ce n’est pas la grosse pierre ficelée entre les pieds de ce dernier qui le retiendra au sol. Les coups de vent surviennent en rafale, avec des coups terribles, à tel point que la main chargée du pinceau ne parvient pas à poser à l’endroit voulu la touche de peinture. Malgré tout, en me protégeant et en alternant peinture et dessin, j’ai pu travailler sur un certain nombre de sujets qui auront contribué une fois encore à me faire pénétrer un peu plus dans la peinture.

Secrets des arbres

Si tôt ce matin, la lumière perce à travers le feuillage et caresse la peau des arbres séculaires. L’écorce, en larges croûtes disjointes semble s’ouvrir à la chaleur naissante.
Ici, le couteau a fendu l’enveloppe pour y dessiner les signes de l’amour. Une blessure à vie pour une union peut-être éphémère. Là avec le temps, un fil d’acier a mutilé la chair, provoquant une boursouflure qui digère silencieusement l’ennemi qui l’étrangle. 
Sous la cathédrale de verdure, les veines mortes d’un lierre dessinent en deux discrètes lignes un symbole rédempteur. Au sol, dans l’amalgame de terreau et de pierres, inanimée, vaincue, une feuille en forme de larme jaunit lentement.
De combien de plaies ouvertes, de cicatrices mal refermées ces arbres ont t’ils à se plaindre ? De combien de promesses, de secrets, de cris des jeux d’enfants se cachant autour de leur corps, ces arbres sont t’ils les complices ? 
Le soleil blanc imprime sur les bois des silhouettes menaçantes qui, sorties du désordre végétal, s’érigent en motifs énigmatiques.  Une main géante étale ses doigts griffus pour caracoler d’un tronc à l’autre, de crevasse en lézarde. Quelques feuilles dans la transparence de la futaie, ponctuent de leur clarté ensoleillée une ligne de vie vers une sortie imminente. Les vieilles sentinelles à la peau parcheminée se tiennent particulièrement droites, les pieds ancrés dans l’humus et la tête flottant dans l’azur. Il en va aussi ainsi de certains hommes.

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