Combas à Avignon

En raison de travaux, le musée Angladon à Avignon a fait migrer ses œuvres quelques rues plus loin, vers la Collection Lambert, musée d’art contemporain. L’Hôtel de Caumont et de Montfaucon exposent donc en ce moment, la collection Jacques Doucet (Chardin, Van Gogh, Cézanne, Degas, Vuillard, Picasso, Modigliani, Man Ray…) ainsi qu’un artiste incontournable de la figuration libre, Robert Combas.
Sous le titre “Les Combas de Lambert”, le musée réunit pas moins de 250 œuvres, rappelant le rôle fondateur de Robert Combas qui au même moment que Jean-Michel Basquiat, Keith Haring et bien d’autres grands noms, démontra que la peinture n’était pas morte, mais plus vivante que jamais.

Robert Combas est né en 1957. Au début des années 80 un vent nouveau souffle sur les arts. C’est l’ère des radios libres, du reggae, du disco et la peinture figurative qui avait été enterrée et bannie pendant 15 ans, revient sur la scène portée par un marché économique prospère. En 1983, Robert Combas obtient sa première exposition avec l’allemand Middendorf et Jean-Charles Blais à la galerie Yvon Lambert. Il y eut entre Robert Combas et son marchand, une réelle amitié, intense et réciproque pour preuve, le nombre de toiles, de dessins, d’œuvres tous supports en la possession d’Yvon Lambert. Combas est ainsi l’artiste le plus représenté dans la Collection Lambert comme Andres Serrano ou Nan Goldin (photographes).
Grâce à Y.Lambert, Combas fut exposé dans le temple de l’art New-Yorkais de Léo Castelli. Combas devint progressivement le représentant d’une nouvelle génération, symbole d’une peinture française qui semblait reprendre des couleurs. L’artiste représentait la gaieté, l’innocence associée à la boulimie d’un travail instinctif et impulsif. Hautes en couleur, ses œuvres tranchent avec les réalisations des artistes habituels exposés dans la collection Lambert.
Totalement autodidacte, comme un enfant découvrant des pots de peinture et des pinceaux, Combas joue avec les couleurs exprime sa créativité sur tous supports (papiers, toiles, cartons, draps…). À l’écart de l’actualité artistique, entre le Facteur Cheval, Gaston Chaissac et l’Art Brut, il aura commencé son œuvre sans se soucier des modes, et des artistes qui auraient pu être des points de repères. Robert Combas préférait les codes de la culture populaire, les images de la rue, et les discussions où l’on parlait de tout sauf d’art.
L’exposition présente près de 200 œuvres des années 80/90 de la Collection Lambert et de belles peintures de la collection privée de son galeriste Laurent Strouk. Des œuvres monumentales (La guerre de Troie, près de 10 mètres) aux scènes de genre, le parcours s’intéresse plus particulièrement aux thèmes chers à l’artiste comme le bestiaire, l’amour, les batailles, la musique, la religion ou encore la mythologie.
En marge de cette exposition, il faut remarquer les salles dédiées au prix Yvon Lambert pour la jeune création avec des réalisations (très mâtures) de jeunes diplômés des 7 écoles d’art de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur.

Collection Lambert
5 rue Violette
84 000 Avignon

Exposition :
Les Combas de Lambert
11 décembre 2016 au 05 juin 2017

 

 

Diverses peinture d’hiver

Mis en avant

Morbihan, côte sauvage de Quiberon (huile sur toile 60×80 cm)

Il était temps de mettre à jour ce blog.
De moins en moins de photos, de plus en plus de peintures. La photo est moins présente du fait que mon activité peinture me prend beaucoup de temps et que cette dernière devient pour moi plus excitante en “vie”, plus motivante en apprentissage, ouverte sur un nouvel univers et de nouveaux contacts. Cette passion qui n’est pas née d’hier, répond harmonieusement à une perception plus lente, plus introspective de la nature qui m’entoure. La photo n’en est pas abandonnée pour autant, mais joue un autre rôle et bien souvent se limite à quelques séries faites en “coup de cœur” ou plus banalement à une image saisie à l’improviste comme document.
Les peintures présentes dans cette galerie, ont été réalisées pour la plupart au mois de janvier 2017 dans le Vaucluse.

La partie de chasse (Le ralliement)

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Il n’est pas loin de midi. C’est l’heure fatidique ou les postés s’impatientent alors, les portables commencent à sonner. Que faire de plus désormais hormis se geler au courant d’air sur une palette accrochée à cinq mètres du sol ou se rouiller dans l’humidité du sous-bois, dissimulé derrière un cèdre ou un buisson…Tout ça pour rien. Un beau sanglier suffit pour la matinée. Par téléphone, Georges envoie à chacun le signal du retour. Quelques bons coups de klaxon finiront d’avertir les plus durs d’oreille. C’est le retour à la barrière. Certains raniment déjà le feu qui a couvé toute la matinée. Une à une, à la queue leu leu, les voitures arrivent et se garent silencieusement le long du chemin. Le cortège reprend la position de ce matin, mais dans la position inverse. Tout le monde vient examiner l’animal abattu comme pour mieux en apprécier la couleur, la taille des défenses et aussi estimer le poids. Les commentaires vont bon train. Et autour du feu qui a repris de plus belle, ça tourne vite à la véritable cacophonie. Par petits groupes, chacun refait la chasse, raconte sa chasse avec fortes intonations et jurons lorsque, revivant la situation, celle-ci a échappé à son narrateur. Les chiens sont aussi mis en cause. Celui-ci n’aboie pas assez, tel autre va trop vite, et celui-là encore suit la trace de n’importe quoi ! Gérard et Benoît s’accrochent justement à propos des chiens. La tension monte rapidement entre-eux. Par quelques plaisanteries, un membre de l’équipe essaie de détendre l’atmosphère. Mais les protagonistes demeurent imperméables aux signaux extérieurs et comptent bien mener leur désaccord jusqu’au bout.debrief-04
Avant que la troupe ne se disperse, Georges lance à la cantonade :
— N’oubliez pas de venir “espiller” cet après-midi. À partir de 14 heures !
Oui, il reste encore à dépecer le sanglier puis découper la viande en autant de parts que de chasseurs. Cette opération, requiert une bonne expérience et beaucoup de dextérité. Le dépeçage doit se faire proprement d’une seule traite, sans abîmer la viande. Les chasseurs sont habitués à cette opération qui se passe toujours chez le chef de battue dans une bonne ambiance. En moins d’une heure, dépeçage et découpe seront terminés. Chacun repartira avec son sac plastique blanc rempli d’une viande parfaitement saine…sans hormones. Pendant que les deux collègues tentent toujours de se convaincre l’un l’autre du bien fondé de leurs affirmations, les plus pressés rangent leur fusil, claquent les portières et quittent la place en saluant la compagnie. Georges examine une dernière fois les tracés des chiens sur l’écran et déconnecte les colliers GPS.debrief-02
Quelques uns ont décidé de déjeuner ici, autour du feu. Louis, qui est sans doute le plus âgé de tous tient à son confort et de sa camionnette, il sort et installe en deux secondes table et chaise pliantes. Les autres, se trouveront bien un rondin quelque part pour accueillir leur séant. Deux ou trois saucissettes, quelques pâtes, un bon vieux fromage et un vin du Ventoux issu des vignes environnantes, égayeront le repas qui sera sans doute bien arrosé. De toute façon, depuis de nombreuses années il n’y a plus de chasse l’après-midi. Ainsi en a décidé le chef de battue lorsque certains avatars se sont produits à la suite de déjeuners un peu trop chargés. La responsabilité du chef d’équipe est entièrement engagée dans tout incident causé par un membre de son équipe ou par les chiens. Après avoir suivi de nombreuses chasses, je suis un peu étonné du nombre de matinées ou l’équipe est revenue bredouille.debrief-01

Je pensais qu’une partie de chasse se soldait, compte tenu des moyens techniques existants, systématiquement par l’abattage de gibier. Il n’en est rien. De nombreux facteurs difficiles à prendre en compte ou à concilier font déjouer bien souvent les objectifs de la battue. Cependant, la population des sangliers ne fait que progresser grâce à une reproduction exceptionnelle. Dans le Vaucluse, le plan de chasse prévoyait l’élimination de 14 000 sangliers. Pour cette saison, 11 000 bêtes ont été tuées par les chasseurs. Le quota n’a pas été respecté. Dans le Gard, 24 800 sangliers ont été abattus pour la saison 2012–2013. Les indemnisations allouées pour les dégâts de la vigne, ont représenté un montant de 250 000€ en 2011–2012. Il n’est plus rare de rencontrer la bête noire près des agglomérations, le soir ou le matin tôt, en promenant son chien. Sans véritable prédateur, le sanglier tend à envahir progressivement tous les espaces de l’homme. Le retour du loup, serait-il l’épilogue souhaité à la prolifération du sanglier ? J’en doute beaucoup. La présence du loup, qui peu paraître sympathique à certains, n’est en fait qu’une aventure artificielle, tenue à bout de bras par quelques nostalgiques sans véritable connexion avec les zones rurales et pastorales du pays.
C’est fini…

 

Pour vivre quelques moments (avec l’accent) cliquer sur la vidéo ci-dessous.

 

La partie de chasse (L’incertitude)

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Les chiens glapissent d’impatience, tout fébriles qu’ils sont de poursuivre la chasse. Sitôt les cages ouvertes, ils se ruent dans le bois en désordre tout d’abord, puis se mettent en ligne sur une trace. Nul besoin au piqueur de les motiver. Mus par un puissant instinct de traque, ils filent en aboyant sans discontinuer.
— Ça part vite ! Me dit Georges.
Appuyés contre la voiture, nous restons quelques instants à écouter les chiens s’éloigner. La scène de ce matin semble se renouveler à l’identique. Pourtant, si les phases de chasse sont toujours les mêmes, leur résultat est systématiquement inattendu. Car l’animal sauvage est imprévisible et malgré la connaissance que l’on puisse avoir sur son espèce, certains individus semblent posséder un caractère tout particulier. Autant chassé depuis la nuit des temps, le sanglier finit lui aussi par connaître et les chiens et les chasseurs. Un animal adulte est capable, selon le chemin qu’emprunte les chiens au départ, de savoir si ceux-ci viennent vers lui ou pas. Dans un cas ou dans l’autre, ils sortira ou ne sortira pas de sa remise. Dans bien des situations, le sanglier aura facilement un quart d’heure à vingt minutes d’avance sur ses poursuivants. Malin, il est capable de se mettre sur la piste d’un chevreuil et ainsi de faire dévier les chiens de leur objectif. Le chevreuil devenant la proie non convoitée.
Toujours à l’attention des aboiements, Georges tend soudain le bras suivant à distance l’avancée des chiens.
— S’ils montent par là, on va entendre tirer.
— Tu m’as déjà dit ça tout à l’heure et tu sais bien qu’on n’a rien entendu !
— Oui, mais cette fois, c’est sûr, ça va péter !
Quelques minutes plus tard effectivement, un claquement sec déchire la forêt et résonne dans la pente.
— C’est une carabine. C’est sûrement Jani qui a tiré.
Georges porte la main à sa poche intérieure.
— Merde, c’est le téléphone, j’avais mis le vibreur. Qui c’est qui m’appelle encore ? Oui ! Qui c’est qui a tiré ? C’est pas Jani ?
Tout le monde semble s’interroger. Sanglier tué ou pas ? Et les chiens. Si c’est un sanglier seulement blessé au ferme, il faut vite arrêter les chiens. Ils risquent de se faire massacrer.
— On va monter voir.
Le moteur du Lada n’a jamais le temps de refroidir complètement, sollicité en permanence il faut remercier le matériel russe et vanter sa rusticité. C’est reparti et je m’accroche.incertitude-02
Arrivé au plus haut, vers la ligne de tir, nous retrouvons Paul et Gérard sans les chiens. En grande conversation avec Paul, Gérard attire toute l’attention sur lui, c’est le démonstratif de l’équipe, le volubile qui d’une simple anecdote en tire toute une histoire.
— Oh ! D’ici au cèdre, d’ici au cèdre, les chiens ils sortent comme ça ! Qu’est-ce que c’est que cette histoire de fous. Oh, il était pas arrêté devant moi ? (le sanglier)
— Con ! (étonnement partagé de Paul)
— Putain, il m’a sorti…impossible d’y envoyer le pruneau.
— Et bé ! (Paul compatissant)
Georges est de nouveau au téléphone, préoccupé qu’il est de savoir qui a tiré.
— Je vais essayer d’appeler Pierre. Allez !
Gérard intervient.
— Moi j’appelle Guy pour voir.
— Non, mais c’est pas Guy, Richard il dit que…
—Non, je sais très bien que…Non ! Non ! Mais, c’est Pierre !
Si c’est lui, il est là… Où il est ?
— Ben, il est à la “Russe”. (nom d’un emplacement)
— Et bé, c’est lui qui a tiré. C’est sûr.
— Oui ! Oui ! Ça venait d’en bas. (Paul rassurant)
— Non ! Non ! Oui, ça c’est sûr !
— Ça peut être de Flassan…(autre équipe de chasse dans le secteur)
— Non, non, non, non ! C’est quand tu as…Après là…je suis parti en courant justement au bord du rocher d’Élen pour voir s’il n’en arrivait pas d’autres. Est-ce qu’ils montaient, est-ce qu’ils descendaient, je n’en sais rien.
— Et ouais ! (Paul en conclusion, fataliste)
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Finalement, Pierre n’aura pas tiré ni vu quoi que ce soit, Richard non plus ni Guy, et c’est Rémy qui aura les félicitations de l’équipe. Les chiens ont tourné quelques minutes autour du sanglier mort en le mordillant comme une récompense à leur longue course. Épuisés, ils réintègrent le coffre de la voiture où une bonne gamelle d’eau fraîche les attend. Extrait d’un massif de buis le sanglier abattu est chargé sur le plateau d’une voiture. Pour rendre les honneurs à la bête noire, Georges coupe une petite branche de verdure et l’insère dans sa gueule. La mort de l’animal signe aussi la fin de la chasse. Il y a là quelque chose de tragique. Comment faire prolonger un moment d’intense émotion fait d’attente, de mystère, d’incertitude et d’envisager par la simple pression sur une gâchette d’en effacer toute la magie. Les plus belles chasses, ne sont-elles pas celles qui ne finissent jamais par la mort de l’animal en se perpétuant dans le temps et l’imaginaire ?
(A suivre)

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La partie de chasse (La menée)

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Le territoire de chasse de l’équipe occupe 300 hectares. Il est bordé d’un côté par la départementale qui monte au mont Ventoux et de l’autre par la combe de Canaud qui marque les limites de chasse de la ville voisine. Quelques mauvais chemins quadrillent les pentes et dessinent des transversales claires. Rien ici n’invite l’homme à s’y sentir à l’aise. Dans ce milieu asséché, même en hiver, fait de mille pierres instables et à la végétation impénétrable, les sangliers prolifèrent et y sont les plus heureux. Les buis forment une muraille verte impénétrable. Dans cette forêt épaisse ils s’y cachent, s’y déplacent à la barbe des chiens pourrait t’on dire, bien mieux que les cerfs tout empruntés qu’ils sont avec leur grande ramure. Il arrive bien souvent que devant les chiens, la bête noire ne veuille pas se lever et les affronte avec courage. Dans cette situation, au ferme, un sanglier bien armé devient très dangereux. Tout au long de sa vie, lorsque l’animal ouvre et ferme la gueule ses défenses s’aiguisent en permanence sur les grès (canines supérieures). Véritables lames de rasoir elles occasionnent des blessures parfois mortelles aux chiens. Ce matin, le chef de battue a défini une ligne là-bas, bien au-dessus de nous, le long d’un chemin et à la lisière de grands cèdres. La dizaine de chasseurs y est déjà postée depuis au moins une heure. Les chiens toujours en verve, paraissent monter rapidement vers eux. La passion de Georges, c’est avant tout la chasse au sanglier, mais son plus grand plaisir, c’est d’entendre ses chiens suivre une bonne piste en aboyant. Nous tendons l’oreille pour mieux apprécier la grosse voix caractéristique d’Éliott. C’est souvent lui qui précède les autres chiens. Leur course se dirige vers un point identifié sur la carte.
— La “Bosse” ! Claude y est placé. Si ça passe là, on va entendre tirer dans peu de temps.
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Et on attend. Un peu. Puis finalement un peu trop. Rien ne se passe, pas de détonation. Finalement, les chiens au dernier moment ont fait demi tour avant de franchir le chemin et d’arriver au chasseur posté.
— Les chiens reviennent. Ils n’ont pas sauté le chemin. Je le vois sur mon cadran.
— Le sanglier a dû sentir le posté. Et puis si ça se trouve, il a tellement d’avance sur les chiens, qu’ils ont perdu la trace. Quand ça bifurque trop comme ça, c’est parfois mauvais signe. C’est peut-être tout simplement un chevreuil qui est devant. On va monter voir Claude. Allez, on bouge !
On saute dans le Lada. Juste le temps de claquer la portière et c’est parti à fond. Enfin, presque à fond. Surtout en fonction des trous, des racines et des pierres qui entravent le chemin et font sauter le véhicule en tout sens. Afin de ne pas perdre la position des chiens, je dois changer la petite antenne du GPS par l’antenne extérieure. Pas facile de réaliser le branchement quand sur chaque bosse, le Lada fait un bond de cinquante cm. Les ceintures de sécurité sont là pour l’apparat. Il faut faire corps avec les secousses. Le moteur ronfle, ça accroche sous le plancher, ça cogne derrière, ça tape devant. Les branches nettoient la carrosserie, flagellent le pare-brise et les rétroviseurs passent à un cm des arbres. Les bruits viennent de partout. Et pourtant dans ce vacarme confus, Georges est encore capable de me dire :
— Tiens, je n’avais pas ce petit bruit ce matin !
Crise de rire !
Sur une partie plus calme, je parviens enfin à connecter la fiche mâle et femelle de l’antenne au GPS. Je retrouve le tracé des chiens.
En trombe, on arrive sur le premier posté. Moteur en route, Georges s’enquiert :
— Tu as vu quelque chose ?
— Moi, j’ai vu seulement passer les chiens. Ils aboyaient bien !
— Et tu n’as pas vu ce qu’il y avait devant ?
— Non, j’ai rien vu.
On repart. En remontant le chemin on fait la revue des chasseurs. Celui-ci a bien entendu les chiens, celui-là ne sait pas trop et tel autre a déjà quitté son emplacement.menee-01

Au poste de Claude, nous retrouvons Gérard le piqueur, complètement trempé et hors d’haleine. Mener les chiens dans ce terrain et cette végétation est une épreuve plus que sportive.
— Claude, qu’est-ce qui est monté vers toi ?
— Ah ! Je pense que c’est un sanglier. Les chiens sont venus jusque là. Ils menaient bien. Ils sont restés un moment à tourner devant, puis, ils ont fait demi-tour et ont repris la pente.
— De toute façon, les chiens n’aboient plus. Ils ont perdu la trace, c’est sûr. On va essayer de les arrêter et de les relancer.
Sitôt dit, sitôt fait. On saute dans le Lada, Georges, Gérard et moi. On détale au plus vite pour intercepter les chiens. De nouveau à trois devant, c’est maintenant Gérard qui se colle à la mauvaise place. Le GPS m’indique que les chiens, pour une fois ensemble, vont bientôt traverser le chemin sur lequel nous sommes.
— À combien ? Me demande Georges !
— Cent mètres devant. Ils arrivent sur la droite. Fonce, sinon on va les rater !menee-04
Dans la longue ligne droite en descente, devant nous apparaissent museau à ras de terre, un à un les quatre chiens. Ils furètent un peu à droite, puis à gauche comme pour retrouver une piste. La voiture est sur eux. Vite, s’éjecter et les accrocher par le collier avant qu’ils ne continuent leur course en sous-bois. Lorsqu’un chien chasse, tout à son affaire, il est impossible de l’arrêter ou de le faire revenir malgré les multiples appels. Nous avons de la chance. Ils ont perdu le pied et se laissent saisir sans problème. Les cages aménagées dans le coffre sont rouvertes et les chiens hissés dedans. En examinant le tracé sur le GPS, nous repérons l’endroit où le sanglier a dû sauter le chemin. Nous allons relancer les chiens de cet endroit.
(À suivre)

La partie de chasse (Le piqueur)

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Après le départ des véhicules, il y a un petit moment de flottement. Peut-être l’envie de savourer le silence revenu. À la barrière, nous ne sommes plus que trois. Georges le chef de battue, Gérard le piqueur et moi, sans oublier les chiens dans le Lada qui commencent sérieusement à s’impatienter. Georges étale sur le capot du véhicule un sac dans lequel il extrait quatre colliers GPS et une centrale de localisation. Il faut maintenant “habiller” chaque chien avec cet attribut électronique qui permettra de suivre leur parcours tout au long de la chasse. Le collier GPS représente une petite révolution pour le propriétaire des chiens. Les bêtes peuvent courir en toute liberté et aussi loin que possible en toute confiance. La crainte de perdre un chien est devenue inexistante. Il est possible de voir à tout instant où il se trouve, de visualiser son parcours ou de le masquer. Sur l’écran, un pictogramme affiche en permanence son activité. Chien en train de courir ou à l’arrêt. Il ne manque plus que l’indication du rythme cardiaque de l’animal et les calories dépensées. Heureusement, les bêtes ne se savent pas espionnées. Un numéro est attribué à chaque collier donc à chaque chien. Caneau aura le zéro, Ventoux le un et ainsi de suite. Les cages sont bien étudiées, une petite trappe permet de faire passer uniquement leur gueule pour leur poser le collier. Ça gesticule beaucoup dans la voiture. Géna tente de lécher le visage de Gérard qui ne semble pas lui témoigner la même affection. Éliott refuse de montrer sa tête. Ça gémi, ça aboie, ça peste, ça cogne contre la carrosserie. Georges crie un bon coup après les chiens. Le silence est immédiat ! Enfin, le haillon est refermé.le piqueur-02

À trois, on se serre à l’avant du Lada. Je me dévoue pour la mauvaise place. Je pose mon postérieur entre les deux sièges. Je ne sais pas exactement sur quoi je suis assis. J’ai une fesse dans le vide, le coccyx traumatisé par une partie contondante et la jambe bloquée contre le levier de vitesse. J’essaie de me tenir à la ceinture de sécurité côté chauffeur pour ne pas m’effondrer sur le tableau de bord. Je suis tellement compressé que mon bras droit est totalement immobilisé. On démarre. Georges essaie de passer la première :— Désolé de te caresser la cuisse, mais faut que ça passe !
Ça les fait rire ! Moi pas trop ! J’appréhende le moment ou on va rouler à fond sur le chemin plein de trous. Je serre les dents, mais surtout les fesses. On s’arrête 800 mètres plus loin au milieu des buis. Gérard descend et saisit son fusil.le piqueur-03 le piqueur-04Pendant ce temps nous délivrons enfin les chiens qui tournent quelques instants autour de nous pour uriner. Le piqueur remonte un sentier près d’un trou d’eau, en appelant les chiens. Ces derniers sillonnent au milieu des buis touffus à la recherche d’une odeur d’animal sauvage. Gérard les appelle pour les mettre sur le pied. En quelques instants bêtes et piqueur ont disparu dans l’épaisseur de la frondaison. Nous distinguons juste les grelots des chiens qui s’éloignent au fur et à mesure qu’ils prennent la pente. Avec Georges, nous montons inspecter le trou d’eau.
— Oh là là ! Regarde un peu le travail qu’ils ont fait. Il y  a eu de la visite ! Ils ont sorti presque toute l’argile du trou. Tu vois, les sangliers sont repartis par là. On voit bien les traces. Il me montre des branches basses toutes maculées d’argile grise encore fraîche.
Les sangliers sont bien venus cette nuit. Ils se sont baignés, roulés dans l’argile et frottés contre les chênes pour éliminer leurs parasites. Les nombreuses empreintes inscrites dans la glaise, sont autant celles des sangliers que celles d’un cerf qui a frotté ses bois contre un jeune arbre en arrachant toute l’écorce. Georges casse une petite branche de buis qu’il lance au milieu de la flaque.
— Comme ça, demain je saurai si quelque chose est passé cette nuit. De temps en temps, selon le vent, on perçoit par alternance le modeste son des clochettes. Je regarde le GPS et j’affiche le chemin que viennent de parcourir les chiens. Le chef de battue, au tintement des sonnailles et de leur direction n’est pas content :
— Les chiens semblent se diriger vers  Canaud. C’est pas bon ça. S’ils descendent dans la combe on est mal et pour les récupérer, on va encore rigoler. À tous les coups, ils vont remonter la pente de l’autre côté. S’il y a un sanglier devant les chiens, c’est ceux de Flassan qui vont tirer.
Sur le GPS, je constate que les chiens tournent en rond depuis quelques minutes. Soudain, l’un d’eux aboie distinctement :
— C’est Éliott ! me dit Georges, il a levé !
Les autres donnent immédiatement de la voix. Sur mon écran, le tracé est devenu plus rectiligne. Sans doute un sanglier est t’il vraiment devant les chiens. Finalement, ils n’ont pas sauté la combe. La chasse est lancée.
(À suivre)

La partie de chasse (La barrière)

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Depuis des années, le rendez-vous se fait au même endroit, au pied du Mont Ventoux, juste après quelques maisons et un restaurant fermé en ce mois de janvier.
Il y a là, une petite place arborée de panneaux d’orientation qui s’affichent fièrement en jaune pour des randonneurs inexistants. Une barrière métallique est ouverte sur un large chemin qui monte vers les pentes rugueuses ornées d’un épais massif forestier. Originalité suprême, le lieu de rendez-vous s’appelle “à la barrière”. Une dizaine de véhicules est déjà stationnée, alignés les uns derrière les autres. Beaucoup de pneus à tétines, comprenez par là beaucoup de véhicules tous terrains bordent le chemin. Du modeste Kangoo au gros Toyota, tout le monde est équipé pour affronter les terrains difficiles. Les gros 4×4 rutilants cependant, paradent plus qu’ils ne sont efficaces. Ils ne feront que quelques centaines de mètres incapables qu’ils sont d’accéder aux chemins étroits et défoncés.la barriere-05
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C’est là, autour d’un bon feu aux volutes humides et bleues que chacun se salue et se fait une place au milieu du groupe qui se referme au plus près de la flamme. Les discussions vont bon train, les blagues aussi. Le matin, comme ça, on y parle d’avantage de tout et de rien, des dernières nouvelles, de la météo, d’untel ou de tel autre, plutôt que de la chasse. Il est facile de se moquer de la volubilité des femmes, mais une équipe de chasseurs en verve, c’est tout aussi comparable. Les humeurs s’expriment ici librement. On se moque des petits que l’on traite de nains, on apostrophe les retardataires, tout est prétexte à raillerie en bonne camaraderie bien entendu. Les “mis en cause” cherchent une parade et la réponse ne tarde pas à fuser comme une banderille acérée. Les amitiés viriles ne s’embarrassent pas de délicatesses. Qui aime bien châtie bien. En hiver, pendant la période des fêtes, Rémy devient le meilleur ami de toute l’équipe. Qui donc prendrait le risque de “charrier” l’ancien boulanger qui réalise des couronnes des rois succulentes, qu’il apporte encore tièdes à chaque rendez-vous de chasse. Elles font le délice de tous les gourmands.
Georges, en tant que chef de battue intervient :
— Allez, venez signer le cahier !
Les uns après les autres, maugréant, se bousculant avec quelques éclats de voix, la file s’organise et tous signent le “cahier de battues”. L’émargement atteste que chacun a pris connaissance des consignes de sécurité, des recommandations particulières…Il sera noté sur ce cahier le lieu de chasse, le nombre de chasseurs, l’auteur du tir, le poids de chaque animal tué etc. C’est le chef de battue qui est responsable de l’équipe et du moindre incident. Georges définit à chacun son poste selon les traces du gibier, relevées la veille ou le matin très tôt. Cette observation, permet de délimiter le périmètre de chasse où les sangliers sont susceptibles de se trouver.
— Pierre, lui, il va à la “Russe”. André, toi tu montes à la palette, tu laisses ta voiture au gros pin, juste en dessous. Richard, je vais te mettre…eh bien tiens, toi Richard, tu te postes juste après “la bosse”. Ils y passent bien là !
— C’est où ça ?
— Comment ça depuis le temps que tu chasses, tu ne sais pas où est la “Bosse” !!! Mais, c’est pas vrai ça, j’ai une équipe de bras cassés. Entre ceux qui partent à 11 heures pour jouer aux boules, ceux qui n’entendent rien, ceux à qui il faut une demi-heure pour se placer, ceux qui sont toujours au téléphone ou qui ne reconnaissent pas les chiens…Les chiens, allez au moins les voir dans la voiture pour les reconnaître quand ils vous passeront devant. Oh ! Mais, vous êtes sûr de vouloir chasser !!!
Inutile de chercher la “Bosse” ou la “Russe” sur une carte, vous ne trouverez rien. Les postes sont baptisés en fonction des besoins ou des anecdotes vécus par les chasseurs ou les gens du coin. Où untel aura vu un beau sanglier avec un superbe arrière train nommera l’endroit “Brigitte Bardot” ou “Kim Kardashian”…selon ses références “culturelles”.la barriere-04
Le chef fulmine, fait entendre sa grosse voix, mais pour rien. Ses remontrances ne font que se dissoudre dans l’air, sans provoquer le moindre émoi. Sous son aspect bourru, Georges est une bonne “pâte” et tout le monde le sait.
— Allez, au lieu de raconter vos conneries, allez vous placer !
Le signal est donné et en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, les voitures démarrent en  s’éparpillant comme un vol de moineaux. Chacun se dirige vers son poste de chasse. À la barrière dans le calme revenu, le feu continue de consumer quelques branches en craquant de façon sporadique.
( À suivre)

La partie de chasse (Le Lada)

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Malgré la fraîcheur qui s’incruste ce matin au pied de la combe de Curnier, le vieux Lada 4×4 a démarré au premier tour de clé.
Aujourd’hui, c’est jour de chasse et comme d’habitude, la petite voiture russe va en voir de toutes les couleurs pendant toute une matinée. Habituée des parcours défoncés, elle connaît toutes les traîtrises des pierres roulantes, la sournoiserie des racines effleurantes et le danger des flaques d’eau boueuse, toujours prêtes à balancer le véhicule dans un cèdre placé trop près du chemin. Les buis ont depuis longtemps apposés en longue griffes rectilignes, leur signature sur chaque partie de la carrosserie.
Au premier ronflement du moteur, les chiens juste à côté, dans leur chenil, ont commencé à aboyer. Ils ont compris que l’heure est venue pour eux de sillonner les pentes du Ventoux, la truffe pointée au ras du sol, sur la trace du gibier.
depart maison-05Dans le chenil, c’est une véritable cacophonie qui redouble de fureur dès que la voiture s’approche des enclos grillagés. D’une voix ferme et autoritaire, Georges impose le silence aux bêtes particulièrement excitées. Georges connaît bien les chiens. Ce sont les siens. Sa passion, c’est la chasse au sanglier et cette passion ne peut se passer de bons chiens. Ce matin, Éliott, Géna, Ventoux et Caneau sont les heureux élus sur les 24 chiens présents au chenil. Pas de hasard dans ce choix. Chaque animal est choisi en fonction de ses qualités spécifiques. L’un aboie d’une voix forte et rauque facile à identifier au plus profond d’une combe ou d’un vallon. Cet autre est persévérant derrière un sanglier et ne change pas de trace pour celle d’un chevreuil. Ces deux là ont l’habitude de chasser ensemble et font la paire pour plus d’efficacité.
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Ainsi l’équipée de ce matin est une complexe association de races et de croisements. Chien Porcelaine, Grand Bleu de Gascogne à la grande taille et pas trop lourd, Fauve de Bretagne parfois réticent à l’appel. De plus, il faut ménager les bêtes qui ont participé à la précédente chasse. L’enthousiasme des chiens ne doit pas faire oublier qu’un animal sauvage tel que le sanglier, est habitué à une vie rude et que sa résistance à l’effort ainsi que son intégration dans la nature lui sont particulièrement favorables.
Georges a relevé le haillon du 4×4 et dégagé les portillons des deux cages situées dans le coffre. Prestement, les chiens sortis de leur enclos s’engouffrent dans le véhicule.
Le haillon refermé, je prends place côté passager je serai co-équipier. Et hop, direction le lieu de rendez-vous des chasseurs. Dans le véhicule, il ne faut pas avoir le nez trop sensible. Ça sent le fauve et pas qu’un peu. Lorsque certains chiens se libèrent, il faut choisir : descendre la vitre et se prendre l’air frais du matin en pleine face ou succomber à l’asphyxie.
(À suivre)

Work in Vaucluse.

Mis en avant

Vaucluse - Bedoin - Maison de Bernadette et Georges aux Colombets.

Vaucluse – Bedoin – Maison de Bernadette et Georges aux Colombets.

Je ne ferai pas trop de commentaires sur mon travail d’aquarelle effectué dans le Vaucluse au mois de septembre. Une partie du résultat est là, présenté sous forme de reproductions. Je m’attendais à un paysage desséché par la chaleur cumulée des mois de juillet et d’août. Étonnement de ma part. Tout y était très vert, beaucoup de vert, trop de vert à mon goût, puisque le vert est une couleur pour laquelle j’ai peu d’affinités. C’est un comble pour quelqu’un qui passe son temps à peindre à l’extérieur et le plus souvent dans des paysages noyés de verdure…et qui considère les arbres avec la meilleure intention.

J’ai entamé la réalisation de grands dessins au fusain “on live” dans lesquels je me suis jeté et régalé, en essayant de leur donner un petit aspect “fantastique”. C’est au moins ma meilleure satisfaction picturale de ce séjour dans le Vaucluse.

En parallèle à cette galerie aquarelles/dessins, j’ai pas moins réalisé une vingtaine de pochades couleur et une quinzaine de croquis sur mes carnets « Moleskine », que je présenterai sur le blog la prochaine fois.

Arbres de liberté.

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C’est avec quelque retard, que je mets en ligne les aquarelles du Cotentin réalisées cet été ainsi que les aquarelles toutes fraîches, peintes au mois de septembre dans le Vaucluse.

Les arbres font partie des principaux motifs que j’ai pu étudier ces trois derniers mois. J’ai particulièrement apprécié leurs différentes caractéristiques, qui font de chaque arbre un sujet unique, à l’égal des êtres humains. Je m’étais fixé une séance de trois heures de peinture par jour. Avec obligation de terminer chaque aquarelle dans la même séance. Objectif atteint pour le Cotentin et partiellement réussi dans le Vaucluse compte tenu de nombreuses diversions.
Le dessin d’un arbre, m’est toujours apparu comme une figure très difficile à rendre. On fait un tronc, les premières grosses branches, et puis ensuite, tout s’embrouille avec le feuillage. Les ramifications partent dans tous les sens. Il est toujours délicat d’en finir les extrémités qui vont se fondre dans le ciel.
Je vois très souvent des amateurs se lancer dans la peinture de paysages et buter sur l’expression des arbres. Ceux-ci sont souvent représentés de façon « maladroite, enfantine » car il n’y a pas eu de la part de l’artiste, de vécu, de réalité avec son sujet. L’arbre est un « personnage » à peindre pour lui-même. Et le saisir en vrai, sur le terrain, en plantant son chevalet sous son chapeau de verdure, c’est le vivre dans toute sa complexité.
En abandonnant la photo pour le pinceau, mon temps dédié à l’observation s’est rallongé considérablement. Ma relation avec le paysage et plus particulièrement avec les arbres, s’est développée jusqu’à entretenir avec certains sujets une relation amicale, familière, presque obsessionnelle. Certains arbres m’ont attiré bien plus que d’autres et je les ai peints sous différents angles sans me lasser. Normal, on devient vite intime avec quelqu’un que l’on côtoie de longues heures tout en partageant le même silence.