Figures

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En parlant de portrait chacun s’attend à une « image » ressemblante du modèle. Un portrait n’est pas forcément l’image exacte du sujet.
L’histoire de l’art nous démontre que la représentation d’un personnages pouvait être idéalisée afin de l’ennoblir, lui donner des caractéristiques morales particulières, définir son rang social etc… Selon l’époque, à l’opposé, l’artiste pouvait s’attacher au moindre détail physique pour reproduire la réalité dans tout son aspect critique. La pose, l’expression du modèle sont autant d’indices qui véhiculent sa personnalité intérieure, sa sensibilité. Il s’agit toujours pour le dessinateur ou le peintre d’une interprétation.
Ici, j’ai utilisé le mot « Figures » au lieu de « Portraits ». Tout simplement parce que je me suis limité à travailler à partir de photos sous forme d’une série de dessins réalisés dans un temps très réduit. Le terme « portraits » me semblait usurpé. L’enchaînement continu des dessins m’a permis de conserver une certaine excitation graphique. Il existe parfois une proximité entre l’artiste et le modèle, lien familial, amical ou même simple connaissance. Ici, chaque figure représentée est une personne qui m’est totalement étrangère mais non anonyme dans le sens où ce sont des femmes et des hommes qui existent ou ont existé. J’ai sélectionné leurs photos pour des raisons techniques (taille des clichés, contraste des valeurs etc.) et aussi pour l’intérêt de leur caractère physique.
J’ai tenté de donner un peu d’humanité à ces personnages à l’aide de quelques traits denses, de griffures acérées ou du doux frottement du fusain.
(Techniques utilisées, pierre noire, crayon fusain, crayon carbone, crayon couleur Pitt pastel et Polychromos de Faber Castell, plume encre de chine et encre marron)

Monotype (essais)

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Il n’y a pas longtemps de cela, une amie m’annonçait qu’elle s’investissait désormais dans la gravure. Cela m’avait déjà maintes fois tenté, mais faute de place, de connaissances techniques et ne voulant pas trop me disperser, j’avais relégué cette idée au fin fond de mon esprit. En parcourant internet, à travers les réalisations d’artistes divers, j’ai découvert le monotype et je me suis étonné de constater combien cette technique était un véritable moyen d’expression permettant de développer une écriture très personnelle malgré son « apparente » facilité.
Le monotype est une impression unique. On obtient une « image » par la pression d’une feuille de papier sur un support préalablement encré. Cette technique requiert un matériel très simple et peu onéreux. Le support peut être constitué d’une plaque de verre, de plexiglas, de métal (cuivre, zinc…) tout support rigide pouvant recevoir un médium ne séchant pas trop vite (couleur à l’huile, pastel gras etc…) L’idéal demeurant bien entendu l’encre utilisée en imprimerie. Ces encres très grasses, collantes sont restées longtemps réservées aux ateliers de gravure ou de typographie. Leur nettoyage aux solvants présentait un gros inconvénient pour les amateurs. Il existe aujourd’hui des gammes d’encres qui se nettoient à l’eau et présentent une alternative aux produits traditionnels (Aqua Wash, Akua…). J’ai opté pour l’encre taille douce Aqua Wash de Charbonnel, noir RSR (lavable sans solvant) et d’une huile de la même marque pour fluidifier l’encre. Un petit rouleau, quelques vieux pinceaux et 3 ou 4 cotons tiges sont venus compléter le petit matériel de base. Rien de ruineux pour faire quelques essais. Sans oublier bien sûr le papier dans le matériel indispensable.
Je ne décrirai pas les différentes possibilités techniques du monotype. Il existe sur internet de nombreux tutoriels et conseils parfaitement explicites. Pour ma part je m’en suis tenu à peindre sur le support à l’aide pinceaux (ne pas hésiter à y mettre les doigts) comme on le ferait pour une peinture ou bien d’encrer l’ensemble du support puis de jouer avec des retraits d’encre…Avec un pinceau humidifié il est possible d’enlever complètement l’encre. En fin de travail, la plaque se nettoie très facilement d’un coup d’éponge avec de l’eau (avantage de l’Aqua Wash).
Mes exemples présentés ici ne sont que des essais afin de mieux comprendre les possibilités et limites de cette technique.
Sous cette apparente simplicité qui permet de produire tout de suite un monotype original, tant le rendu peut être surprenant, se cache une réelle difficulté. Celle à un moment donné de maîtriser au mieux le rendu souhaité. Certains accepteront un rendu très aléatoire et d’autres aimeront (passé le plaisir de la découverte) aller plus loin dans la démarche en restant maître du processus. Je dois reconnaître que je fais partie de la seconde catégorie. De ceux qui souhaitent réduire la chance ou le hasard afin de produire une image plus proche de leurs espérances. Au jour d’aujourd’hui, je n’y suis pas parvenu !
J’ai constaté que tout va bien tant que l’on ne joue pas trop avec les subtilités. Un support bien empâté, avec de forts contrastes réalisés par l’épaisseur de l’encre est parfaitement reproductible d’une simple pression des paumes ou le passage d’un rouleau. Il en va tout autrement dès que l’encrage devient plus léger afin de réaliser des valeurs intermédiaires. Au-delà d’une certaine limite d’encrage, il n’y a plus de report sur le papier.
Je pense que la qualité du papier, son humidification et surtout la pression exercée sur le papier sont des composantes qui doivent être parfaitement étudiées. Une pression à la main, au rouleau, ou encore à la cuillère sur un papier au moindre grain, avec une légère trame, produit une image fantômatique. Un papier aquarelle « grain torchon ou fin » ne retient l’encre que sur la partie haute du grain, l’encre ne se déposant pas dans les creux de celui-ci. Les subtilités, les valeurs de gris n’apparaissent pas et le résultat devient particulièrement pauvre. Un bon papier comme un vélin et une petite presse semblent incontournables si l’on souhaite un rendu qui respecte au mieux son original sur plaque.

Vous pourriez penser à travers mes tentatives que le monotype est après tout une technique rudimentaire. Trop rudimentaire et aléatoire pour espérer vous séduire. Pour vous convaincre du contraire, je vous invite à découvrir la galerie ci-dessous que je consacre à quelques réalisations de François Dupuis. C’est le résultat d’une maîtrise technique mise au service d’une grande sensibilité. Autres que les monotypes, je vous encourage aussi à découvrir ses gravures, dessins, peintures et sculptures. L’homme est fécond et talentueux.

Monotypes, gravures : François Dupuis blog.
Page FaceBook : François Dupuis dessins, peintures, gravures, sculptures.

 

Les jours d’hier

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Il n’y a pas longtemps, j’ai ressorti les vieilles photos familiales que nous avons tous pour la plupart d’entre nous, reléguées au fond d’une armoire, dans un tiroir de la commode ou, pour les plus misanthropes dans une malle poussiéreuse au grenier. Je sais que la traditionnelle boîte à chaussures, n’est plus trop d’actualité et que l’album photo l’a remplacé avantageusement. Il y a toujours des sentiments mêlés à la consultation de ces clichés parfois encore très proches de nous qui nous rappellent combien nous avons vécu de moments merveilleux en compagnie d’êtres délicieux. Mais oui, la photo familiale n’est là que pour saisir les bons moments, les fêtes, les anniversaires, les naissances. On ne sort pas l’appareil photo pour les heures sombres. À quoi cela servirait-il de graver sur la pellicule les fatidiques malheurs, qui de toute façon vont nous laisser une trace indélébile au fond du cœur. Feuilleter ces portraits saisis pour la plupart dans le bouillonnement du quotidien, permet de faire revivre en nous dans une dimension sensible des êtres perdus, éloignés, séparés, disparus.
J’ai déjà remarqué que nous n’avons pas une attention suffisamment concentrée sur les images. L’œil ne voit souvent que le sujet principal, occultant ici et là un certain nombre de détails. De très nombreux signes nous échappent, nous rendant certaines corrélations hermétiques. J’avais envie de pénétrer plus avant dans ces images familiales. Au delà du simple regard, je souhaitais passer plus de temps en compagnie de ces photos. Il me fallait partager un moment de ma vie en leur compagnie pour rattraper un temps passé trop vite défilé. M’imprégner de l’image en la dessinant allait me permettre de faire revivre quelques instants la présence familiale et de croire qu’une communion, au delà de l’absence, pouvait encore exister.
Pénétrer dans les détails (qui sont la nourriture de la vie quotidienne) me feraient découvrir comme un archéologue les substrats enfouis dans les zones trop charbonneuses de la photo.
Les dessins ont été réalisés directement, sans repentir, d’un seule traite, c’est ainsi qu’ils présentent pour certains des imperfections. Mais ils expriment avant tout une certaine spontanéité au détriment d’une grande justesse. Réunis dans un seul et même petit carnet, ils reforment à eux seuls une sorte d’album de souvenirs qui s’étoffera au fil du temps.

 

Le nu va se rhabiller


Fin juin signifie la fermeture pour trois mois de l’atelier de modèle vivant. 

Aurevoir le ronflement des chauffages d’appoint qui font perler les gouttes de sueur au front des plus braves et griller le modèle collé tout contre. Oubliés les éclats de rire qui fusent à la sortie d’une bonne blague et qui forcément trouve toujours un écho amplifié derrière un chevalet anonyme. Adieu les petites poses café accompagnées parfois d’un biscuit, qui permettent au modèle de relaxer son corps et nous accordent quelques bavardages tout en admirant nos exploits graphiques. 

Pour bien conclure une année de travail, quoi de plus sympathique que d’organiser une petite réunion amicale autour d’un repas “presque improvisé”. Chacun ayant préparé un “en cas” différent, nous avons allègrement mélangé les plats et les saveurs, le sucré et le salé. Qu’importe la règle, le plaisir de finir cette session était là et  cette réunion autour d’une table bien garnie n’a pu que contribuer à plus de reconnaissance de l’autre.

Tous n’étaient pas présents, dommage pour certains et tant pis pour d’autres. On se dit au plaisir de se retrouver fin septembre et bonnes vacances à tous.

En galerie mes derniers croquis de modèle vivant réalisés à l’huile sur papier.

 

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Trait-portrait.

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L’automne est là, bien installé maintenant et il sera difficile d’arrêter sa progression vers l’hiver qui, il paraît devrait être rigoureux. Même si quelques belles journées fleurissent encore par-ci par là, je ne suis pas dupe, nous allons vers des journées grises, sans lumière. Tout ça n’est pas pour m’inciter à sortir peindre dans le froid ou l’humidité. Et pourtant, il y a de belles choses à faire sur le vif. J’attendrai que le courage me revienne.

Pour l’heure, je fais une petite mise à jour comme toujours en parallèle de Facebook. Pas de paysages, ni d’inspirations maritimes cette fois-ci. Je ne pensais pas me lancer avec autant de plaisir dans les portraits. Une certaine appréhension face à la difficulté que représente la figure humaine et pire encore, celle de la ressemblance surtout avec les enfants, m’a longtemps fait hésiter à me lancer. Quelques rencontres, quelques échanges avec des amis peintres, m’ont encouragé à mettre mon appréhension de côté. Mais, comme la chose n’est jamais gagnée, il y a encore un grand écart entre ce que je vois et ce dont je suis capable de réaliser. Il me reste comme toujours, de sérieux progrès à faire.

John Singer Sargent - Autoportrait 1906

John Singer Sargent – Autoportrait 1906

John Singer Sargent, était un peintre américain qui excellait dans les portraits, il disait avec une pointe d’humour :
“Chaque fois que je peins un portrait,
je perds un ami.”

 

 

 

 

 

 

Naïa, la sorcière

Naïa, la sorcière de Rochefort-en-Terre, photographiée par Charles Géniaux.

Naïa, la sorcière de Rochefort-en-Terre, photographiée par Charles Géniaux.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Depuis la nuit des temps, bien avant l’érection des menhirs des landes de Lanvaux, j’étais là. J’en ai rencontré des compagnies humaines avec ses cortèges de misère, ses espoirs déçus et ses ambitions destructrices. Je connais la destinée de chaque homme, de chaque femme, de chaque bête et de tout ce que Dieu a mis sur terre.

On me craint plus qu’on me respecte. À mon passage, on fait place. Les gens me tournent le dos et cachent leur parole dans le creux de la main de peur qu’elle ne s’échappe. Mais je sais ce qui se dit. Ceux là même qui me traitent de sorcière, sont les premiers à venir me consulter pour leurs affaires courantes. Beaucoup sont préoccupés par l’avenir de leur richesse. Ont t’ils fait le bon placement qui va les rendre beaucoup plus respectables aux yeux de la communauté. La cupidité rend aimable et hypocrite n’importe quel affairiste. Et cette tendron toute fraîche, qui me parvient encore tremblante et au bord de l’évanouissement, prête à tout pour conquérir le cœur d’un quelconque avorton. Je me souviens d’autant d’un vieux qui voulait connaître absolument l’heure de sa mort.
— Tu mourras le dimanche des Rameaux, lorsque sonnera la troisième sonnerie de la grand’messe ! Je lui ai dit comme ça.
Sitôt dit, sitôt le coquin fila chez le docteur de la ville tout effrayé.
— Docteur, docteur, je ne veux pas mourir. La sorcière m’a jeté un sort. Faites quelque chose, je vous en prie !
Le vieux était vigoureux et bien portant. Le médecin le rassura.
— Mais, vous n’allez pas mourir, je vous assure.
Cependant la terreur envahissait le vieillard. Une hallucination monstrueuse lui occupait tout l’esprit. De minute en minute il défaillait, devint blanc comme marbre et au premier coup de cloche s’accrocha au cou du médecin en le suppliant de le sauver. L’homme de santé essaya bien de le réconforter en vantant les capacités de sa science. Mais au deuxième tintement le vieux s’effondra mollement au sol. Quand le troisième carillon retentit le pauvre diable était mort. Les yeux dilatés, de la laideur qu’il avait entrevue avant le trépas.
Il ne faut pas jouer avec l’au-delà et encore moins défier la puissance de Gnâmi dont je suis l’humble servante. Gnâmi est un démon bien plus fort que la mort. Il est Celui qui peut, Celui qui veut, Celui qu’on ne voit pas !
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Et contre lui, les carabins ne sont que de modestes mouches effrayées par l’odeur du vinaigre. Ça fait bien longtemps que je me tiens éloignée de la science morbide qui découpe les corps et épluche les cerveaux en pensant découvrir le sens de la vie. Je n’ai jamais aimé les médecins et ils me le rendent bien.
Depuis toujours, ils font une guerre méprisable aux pauvresses de mon genre en les accusant de tuer leurs malades par la persuasion. “Malfaisantes” clament t’ils à notre encontre. Leurs malades…ils me font rire. Comme si le pus qui infecte les corps et les âmes noires pouvait être extrait en absorbant une simple pastille. J’en ai sauvé des âmes venues à moi dans les profonds et obscurs souterrains du vieux château. J’en ai dévié des destins qui fonçaient tête baissée vers l’ultime rendez-vous. J’en ai redressé des tordus, raccommodé des brisés grâce à la science de mon père, le rebouteux de Malensac. Que sa mémoire soit honorée.
L’église aussi me regarde d’un mauvais œil. Je fais concurrence au curé paraît-il. En réalité quand je communique avec l’au-delà, le prince en jupe noire prétend que j’empiète sur son commerce. Combien donc se signent à mon apparition comme si j’étais le diable. Je ris de ce que ma silhouette provoque lorsque je file le long des ruelles grises. Nul ne saurait dire comment je peux fréquenter plusieurs endroits en même temps. Celui-ci m’a vu à Questembert et tel autre à Rochefort le même jour, à la même heure. Pourtant, je ne quitte jamais les ruines du château et c’est toujours là que l’on peut me trouver. On dit de moi que je n’ai pas d’âge, que personne ne m’a jamais vu manger. Mais les anges ont t’ils besoin de manger ? Alors !
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Croyez moi, malgré mes yeux malades, blancs comme le lait d’un jeune bique, je les vois tous autant qu’ils sont. Apeurés et méfiants à mon égard. Curieux aussi, comme tous ces étrangers qui viennent de bien loin voir la sorcière de Rochefort en Terre. C’est ce maudit aubergiste qui les pousse vers ma retraite. Ma réputation lui profite à bien remplir sa bourse. Une fois, c’est un monsieur très bien qui est venu de Paris pour me photographier. Je m’en souviens très bien. Il se nommait Charles…Charles Géniaux même. En s’approchant de la vieille poterne où je me tenais avec mon bâton ferré en main, son jeune guide s’esquiva furtivement. Mon visiteur se retrouva seul.
— Bonjour, mon fils! je t’attendais. Assieds-toi donc sur cette pierre et causons.
Je sentis tout de suite sa stupéfaction de me trouver en pareil endroit.
— Ah ! ah! mon fils! tu voulais voir la sorcière ! Il m’expliqua son souhait de mieux me connaître.
— Oui, tu viens pour rire ensuite avec les autres!
Il protesta vivement et je me rendis compte de la sincérité de l’homme. Il m’expliqua vouloir faire des photographies de moi, .
— Non, non, pas aujourd’hui, je ne veux pas. Ainsi tu parleras de moi dans les journaux, et tu dessineras ma figure? Dis-leur aussi que je ne suis pas une sotte bonne femme, comme leurs somnambules de ville. J’ai la puissance, moi, et Gnâmi est plus fort que la mort!
Il était drôle après tout ce monsieur. Il me demanda si, avec la puissance, je possédais des richesses fabuleuses.
— Celui qui peut tout avoir n’a besoin de rien, lui dis-je.
Là-dessus, en lui signifiant congé, je lui promis solennellement de me mettre à sa disposition pour les photographies.
La semaine suivante, au jour fixé, il arriva au château avec son appareil sous le bras. Je le vis subir une soudaine averse et se réfugier sous l’ancien pont-levis. Je l’interpelai.
— Mon fils ! mon fils ! je t’ai deviné, et je sors de là- bas !
En jouant de la surprise, je me jetai à genoux devant lui, les bas levés dans la posture effrayante d’une évocation. Je m’amusai de son ahurissement.
— Tu vois, je ne suis pas méchante. Promets-moi de l’affirmer quand tu parleras de moi. Ah ! Ah ! Viens-t’en voir ce qu’ils appellent la cuisine de Naïa. Là, vois-tu cette ancienne cheminée du château ? Eh bien ! ces sots prétendent que je prépare en cet endroit ma nourriture, moi qui ne mange pas !
Je fis la pose avec plaisir. Finalement mon hôte était charmant et de bonne conversation. Voici ce qu’il écrivit par la suite dans un livre qu’il me consacra.

“Ensuite nous allâmes nous asseoir auprès de la niche enlierrée où je l’avais rencontrée la première fois. J’acquis la conviction que je me trouvais avec une femme intelligente et instruite; cette sorcière de campagne lisait même les journaux, et ses réflexions dénotaient du bon sens. Après un moment, la causerie languit. J’écrivais sur mon carnet quelques notes, quand j’entendis la conversation de deux personnes qui s’approchaient de nous. Je regardai; les voix paraissaient se rapprocher. Cependant les causeurs mystérieux semblaient stationner derrière un muret de terre, à quelques mètres de là. Je me levai, et j’en fis le tour sans rien découvrir. La sorcière dormait paisiblement, bouche close, dans une posture abandonnée. Vivement intrigué, je repris mon crayon et mon papier, lorsque mon nom fut prononcé trois fois, derrière moi et assez haut, comme descendant des arbres qui entourent les ruines de leur forêt miniature. Cette fois, je ne quittai pas des yeux Naïa, laquelle reposait innocemment. Je la secouai et lui racontai l’aventure. Son visage demeura impassible et elle termina :
— Tu as rêvé, mon fils !”

Jamais personne d’autre ne me fit un portrait aussi élogieux ! Quand je vous disais que c’était un vrai “Monsieur”. Ce jour là, il me pria de faire devant lui l’épreuve du feu sans doute pour vérifier les dires des uns et des autres concernant mon insensibilité à la brûlure. Il me mit entre les mains des allumettes enflammées sans que j’en fus affectée. De mon propre chef, pour l’impressionner un peu plus, je sortis du feu des tisons rougeoyants et les posai sur ma paume ouverte en les laissant se consumer jusqu’à ce qu’ils noircissent.
— Oh ! Tu ne me prendras pas en défaut, mon fils, et je te dirai, si tu le veux, tous tes secrets d’amour. Ah ! vois-tu, il m’en vient des galants d’ici et d’ailleurs, cherchant des pouvoirs pour être aimés; et aussi des filles, des chambrières, des gardeuses de bêtes, qui rêvent d’être choisies du fils de leur fermier pour devenir bourgeoises et maîtresses du logis. Tiens, regarde là-bas cette jolie fille de la métairie de Rieux; elle est ma petite amie. Jeanie épousera le fils d’un monsieur de la ville. Je le lui ai promis, et elle sera une dame.
Tout en laissant mon sympathique photographe dans une grande perplexité et profitant d’un souffle qui agitait les grands marronniers, je m’en fus en silence dans un léger bruissement. Je ne revis jamais ce Charles Géniaux, mais grâce à lui, je peux réapparaître ici et là, aujourd’hui et demain. Il m’arrive toujours de hanter les souterrains du château de Rieux. Un jour, si vous y faites une petite visite pour me rencontrer (si ma foi, la révélation de votre misérable destinée ne vous effraie pas trop), prononcez doucement mon nom trois fois: “Naïa, Naïa, Naïa !” Et vous verrez !

Rochefort-en-Terre est une jolie cité du Morbihan nichée sur une crête rocheuse. Elle est bordée au nord par les Landes de Lanveaux et est entourée de Pluherlin et de Malansac. Vannes est à une quarantaine de kilomètres.

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Figures (1)

figures-2015-00

Travail en cours…

Il y a de tout dans cette mise à jour. Portraits, nus, huile sur toile, sur papier et acrylique. C’est une galerie hétéroclite qui compile une partie d’un mois de travail. Les choses ne vont pas toujours à la vitesse que je souhaite. L’huile, contrairement à l’aquarelle sèche lentement et même si parfois l’envie de poursuivre mon travail sur une toile se fait sentir, la viscosité de la matière me rappelle vite à la réalité.

Aux questions que se posent parfois certaines personnes concernant l’art et les artistes, je citerai cette phrase d’Isabelle Bourger (interview Géant des Beaux Art) que je trouve simple, et très compréhensible :
Depuis quand pratiquez-vous votre art ? Quelles ont été vos motivations ? Etes-vous professionnelle ?
— Si on parle d’art, ma pratique est finalement assez récente. J’ai toujours dessiné mais de façon décousue et sans quête réelle. Le besoin de dépasser cela, d’aller plus loin dans la démarche, construire autour et avec la pratique picturale, s’est petit à petit imposé à moi jusqu’à occuper une place entière dans ma vie. Dorénavant, chaque pensée me ramène à la peinture.
C’est un processus qui met en jeu la personne dans son entier, physiquement, intellectuellement et émotionnellement. Je crois que c’est seulement à partir de ce moment là que l’on peut se qualifier d’artiste.

Work in progress (1)

homme-5

Il m’arrive de temps en temps de conserver sous forme de photos, les diverses étapes d’un tableau. Une sorte de » step by step” qui me permet, sur des sujets que je présume difficiles, de conserver une trace de ce que j’ai pu faire.
Avec cette mémorisation, je peux comparer la version immédiate avec une version antérieure et définir ce que j’ai pu apporter de mieux ou ce que j’ai pu perdu à force d’insister. Car chaque toile, à un moment donné, refuse de donner sa plénitude. Il faut reconnaître que c’est surtout le peintre qui n’a plus les capacités à apporter un bénéfice à son travail. Fatigue, perte de concentration, lumière changeante, peinture trop fraîche ou toile trop chargée en matière…et aussi mauvais sujet etc…
Combien de fois, après un coup de pinceau trop énergique, ai-je voulu faire un retour en arrière comme on le fait en informatique pour annuler l’action précédente. Là, impossible. Une modification d’un détail, ou d’une couleur à un simple endroit, oblige peu à peu à tout modifier. D’où des versions en évolution permanente. C’est cette progression, de l’esquisse en passant par les différentes versions jusqu’au tableau définitif que j’ai enregistrée ci-dessous.
Certains visuels, peuvent séduire par leur aspect plus figuratif que le final.  Pour ma part, je leur trouve un manque de présence, avec soit des contrastes trop forts, une chromie inadéquate ou un aspect pas suffisamment « pictural ».

Construction, déconstruction, ce petit tableau de 30 x 40 cm, m’aura donné baucoup de mal et accaparé mon attention pendant presque un mois.
homme-1
version 2

34 ans d’absence.

duos
34 ans, c’est le nombre d’années qui séparent ces deux autoportraits. Le premier, oublié quelque part dans ma cave date de 1981. Le second a été réalisé ce mois ci, en novembre 2015. Tant d’années qui ont été marquées par ce que j’appelle une absence. Absence, oubli de peinture due à une vie professionnelle boulonnée à la rentabilité, aliénée au rythmes frénétiques et convulsifs d’un monde un peu fou, incompatible avec le temps indécis et secret que réclame le silence de l’atelier. Aujourd’hui, c’est une « reprise du temps », comme le fait l’arbitre lorsqu’il relance le chronomètre et les joueurs après un événement qui a altéré le « match ».
Le modèle a changé. Il a pris un coup de vieux et je pourrais même ne pas me reconnaître. Mais, plus que le modèle, c’est le style pictural qui a évolué. Moins de dureté, dans le coup de pinceau. Une touche plus ronde, moins carrée, plus nuancée et colorée. La couleur blafarde, pratiquement monochrome qui a envahi le portrait, fait place à une gamme chromatique plus chaude, plus ensoleillée. Comme si le temps avait adoucit et le sujet et la manière de l’exprimer.