Trait-portrait.

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L’automne est là, bien installé maintenant et il sera difficile d’arrêter sa progression vers l’hiver qui, il paraît devrait être rigoureux. Même si quelques belles journées fleurissent encore par-ci par là, je ne suis pas dupe, nous allons vers des journées grises, sans lumière. Tout ça n’est pas pour m’inciter à sortir peindre dans le froid ou l’humidité. Et pourtant, il y a de belles choses à faire sur le vif. J’attendrai que le courage me revienne.

Pour l’heure, je fais une petite mise à jour comme toujours en parallèle de Facebook. Pas de paysages, ni d’inspirations maritimes cette fois-ci. Je ne pensais pas me lancer avec autant de plaisir dans les portraits. Une certaine appréhension face à la difficulté que représente la figure humaine et pire encore, celle de la ressemblance surtout avec les enfants, m’a longtemps fait hésiter à me lancer. Quelques rencontres, quelques échanges avec des amis peintres, m’ont encouragé à mettre mon appréhension de côté. Mais, comme la chose n’est jamais gagnée, il y a encore un grand écart entre ce que je vois et ce dont je suis capable de réaliser. Il me reste comme toujours, de sérieux progrès à faire.

John Singer Sargent - Autoportrait 1906

John Singer Sargent – Autoportrait 1906

John Singer Sargent, était un peintre américain qui excellait dans les portraits, il disait avec une pointe d’humour :
“Chaque fois que je peins un portrait,
je perds un ami.”

 

 

 

 

 

 

Naïa, la sorcière

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Naïa, la sorcière de Rochefort-en-Terre, photographiée par Charles Géniaux.

Naïa, la sorcière de Rochefort-en-Terre, photographiée par Charles Géniaux.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Depuis la nuit des temps, bien avant l’érection des menhirs des landes de Lanvaux, j’étais là. J’en ai rencontré des compagnies humaines avec ses cortèges de misère, ses espoirs déçus et ses ambitions destructrices. Je connais la destinée de chaque homme, de chaque femme, de chaque bête et de tout ce que Dieu a mis sur terre.

On me craint plus qu’on me respecte. À mon passage, on fait place. Les gens me tournent le dos et cachent leur parole dans le creux de la main de peur qu’elle ne s’échappe. Mais je sais ce qui se dit. Ceux là même qui me traitent de sorcière, sont les premiers à venir me consulter pour leurs affaires courantes. Beaucoup sont préoccupés par l’avenir de leur richesse. Ont t’ils fait le bon placement qui va les rendre beaucoup plus respectables aux yeux de la communauté. La cupidité rend aimable et hypocrite n’importe quel affairiste. Et cette tendron toute fraîche, qui me parvient encore tremblante et au bord de l’évanouissement, prête à tout pour conquérir le cœur d’un quelconque avorton. Je me souviens d’autant d’un vieux qui voulait connaître absolument l’heure de sa mort.
— Tu mourras le dimanche des Rameaux, lorsque sonnera la troisième sonnerie de la grand’messe ! Je lui ai dit comme ça.
Sitôt dit, sitôt le coquin fila chez le docteur de la ville tout effrayé.
— Docteur, docteur, je ne veux pas mourir. La sorcière m’a jeté un sort. Faites quelque chose, je vous en prie !
Le vieux était vigoureux et bien portant. Le médecin le rassura.
— Mais, vous n’allez pas mourir, je vous assure.
Cependant la terreur envahissait le vieillard. Une hallucination monstrueuse lui occupait tout l’esprit. De minute en minute il défaillait, devint blanc comme marbre et au premier coup de cloche s’accrocha au cou du médecin en le suppliant de le sauver. L’homme de santé essaya bien de le réconforter en vantant les capacités de sa science. Mais au deuxième tintement le vieux s’effondra mollement au sol. Quand le troisième carillon retentit le pauvre diable était mort. Les yeux dilatés, de la laideur qu’il avait entrevue avant le trépas.
Il ne faut pas jouer avec l’au-delà et encore moins défier la puissance de Gnâmi dont je suis l’humble servante. Gnâmi est un démon bien plus fort que la mort. Il est Celui qui peut, Celui qui veut, Celui qu’on ne voit pas !
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Et contre lui, les carabins ne sont que de modestes mouches effrayées par l’odeur du vinaigre. Ça fait bien longtemps que je me tiens éloignée de la science morbide qui découpe les corps et épluche les cerveaux en pensant découvrir le sens de la vie. Je n’ai jamais aimé les médecins et ils me le rendent bien.
Depuis toujours, ils font une guerre méprisable aux pauvresses de mon genre en les accusant de tuer leurs malades par la persuasion. “Malfaisantes” clament t’ils à notre encontre. Leurs malades…ils me font rire. Comme si le pus qui infecte les corps et les âmes noires pouvait être extrait en absorbant une simple pastille. J’en ai sauvé des âmes venues à moi dans les profonds et obscurs souterrains du vieux château. J’en ai dévié des destins qui fonçaient tête baissée vers l’ultime rendez-vous. J’en ai redressé des tordus, raccommodé des brisés grâce à la science de mon père, le rebouteux de Malensac. Que sa mémoire soit honorée.
L’église aussi me regarde d’un mauvais œil. Je fais concurrence au curé paraît-il. En réalité quand je communique avec l’au-delà, le prince en jupe noire prétend que j’empiète sur son commerce. Combien donc se signent à mon apparition comme si j’étais le diable. Je ris de ce que ma silhouette provoque lorsque je file le long des ruelles grises. Nul ne saurait dire comment je peux fréquenter plusieurs endroits en même temps. Celui-ci m’a vu à Questembert et tel autre à Rochefort le même jour, à la même heure. Pourtant, je ne quitte jamais les ruines du château et c’est toujours là que l’on peut me trouver. On dit de moi que je n’ai pas d’âge, que personne ne m’a jamais vu manger. Mais les anges ont t’ils besoin de manger ? Alors !
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Croyez moi, malgré mes yeux malades, blancs comme le lait d’un jeune bique, je les vois tous autant qu’ils sont. Apeurés et méfiants à mon égard. Curieux aussi, comme tous ces étrangers qui viennent de bien loin voir la sorcière de Rochefort en Terre. C’est ce maudit aubergiste qui les pousse vers ma retraite. Ma réputation lui profite à bien remplir sa bourse. Une fois, c’est un monsieur très bien qui est venu de Paris pour me photographier. Je m’en souviens très bien. Il se nommait Charles…Charles Géniaux même. En s’approchant de la vieille poterne où je me tenais avec mon bâton ferré en main, son jeune guide s’esquiva furtivement. Mon visiteur se retrouva seul.
— Bonjour, mon fils! je t’attendais. Assieds-toi donc sur cette pierre et causons.
Je sentis tout de suite sa stupéfaction de me trouver en pareil endroit.
— Ah ! ah! mon fils! tu voulais voir la sorcière ! Il m’expliqua son souhait de mieux me connaître.
— Oui, tu viens pour rire ensuite avec les autres!
Il protesta vivement et je me rendis compte de la sincérité de l’homme. Il m’expliqua vouloir faire des photographies de moi, .
— Non, non, pas aujourd’hui, je ne veux pas. Ainsi tu parleras de moi dans les journaux, et tu dessineras ma figure? Dis-leur aussi que je ne suis pas une sotte bonne femme, comme leurs somnambules de ville. J’ai la puissance, moi, et Gnâmi est plus fort que la mort!
Il était drôle après tout ce monsieur. Il me demanda si, avec la puissance, je possédais des richesses fabuleuses.
— Celui qui peut tout avoir n’a besoin de rien, lui dis-je.
Là-dessus, en lui signifiant congé, je lui promis solennellement de me mettre à sa disposition pour les photographies.
La semaine suivante, au jour fixé, il arriva au château avec son appareil sous le bras. Je le vis subir une soudaine averse et se réfugier sous l’ancien pont-levis. Je l’interpelai.
— Mon fils ! mon fils ! je t’ai deviné, et je sors de là- bas !
En jouant de la surprise, je me jetai à genoux devant lui, les bas levés dans la posture effrayante d’une évocation. Je m’amusai de son ahurissement.
— Tu vois, je ne suis pas méchante. Promets-moi de l’affirmer quand tu parleras de moi. Ah ! Ah ! Viens-t’en voir ce qu’ils appellent la cuisine de Naïa. Là, vois-tu cette ancienne cheminée du château ? Eh bien ! ces sots prétendent que je prépare en cet endroit ma nourriture, moi qui ne mange pas !
Je fis la pose avec plaisir. Finalement mon hôte était charmant et de bonne conversation. Voici ce qu’il écrivit par la suite dans un livre qu’il me consacra.

“Ensuite nous allâmes nous asseoir auprès de la niche enlierrée où je l’avais rencontrée la première fois. J’acquis la conviction que je me trouvais avec une femme intelligente et instruite; cette sorcière de campagne lisait même les journaux, et ses réflexions dénotaient du bon sens. Après un moment, la causerie languit. J’écrivais sur mon carnet quelques notes, quand j’entendis la conversation de deux personnes qui s’approchaient de nous. Je regardai; les voix paraissaient se rapprocher. Cependant les causeurs mystérieux semblaient stationner derrière un muret de terre, à quelques mètres de là. Je me levai, et j’en fis le tour sans rien découvrir. La sorcière dormait paisiblement, bouche close, dans une posture abandonnée. Vivement intrigué, je repris mon crayon et mon papier, lorsque mon nom fut prononcé trois fois, derrière moi et assez haut, comme descendant des arbres qui entourent les ruines de leur forêt miniature. Cette fois, je ne quittai pas des yeux Naïa, laquelle reposait innocemment. Je la secouai et lui racontai l’aventure. Son visage demeura impassible et elle termina :
— Tu as rêvé, mon fils !”

Jamais personne d’autre ne me fit un portrait aussi élogieux ! Quand je vous disais que c’était un vrai “Monsieur”. Ce jour là, il me pria de faire devant lui l’épreuve du feu sans doute pour vérifier les dires des uns et des autres concernant mon insensibilité à la brûlure. Il me mit entre les mains des allumettes enflammées sans que j’en fus affectée. De mon propre chef, pour l’impressionner un peu plus, je sortis du feu des tisons rougeoyants et les posai sur ma paume ouverte en les laissant se consumer jusqu’à ce qu’ils noircissent.
— Oh ! Tu ne me prendras pas en défaut, mon fils, et je te dirai, si tu le veux, tous tes secrets d’amour. Ah ! vois-tu, il m’en vient des galants d’ici et d’ailleurs, cherchant des pouvoirs pour être aimés; et aussi des filles, des chambrières, des gardeuses de bêtes, qui rêvent d’être choisies du fils de leur fermier pour devenir bourgeoises et maîtresses du logis. Tiens, regarde là-bas cette jolie fille de la métairie de Rieux; elle est ma petite amie. Jeanie épousera le fils d’un monsieur de la ville. Je le lui ai promis, et elle sera une dame.
Tout en laissant mon sympathique photographe dans une grande perplexité et profitant d’un souffle qui agitait les grands marronniers, je m’en fus en silence dans un léger bruissement. Je ne revis jamais ce Charles Géniaux, mais grâce à lui, je peux réapparaître ici et là, aujourd’hui et demain. Il m’arrive toujours de hanter les souterrains du château de Rieux. Un jour, si vous y faites une petite visite pour me rencontrer (si ma foi, la révélation de votre misérable destinée ne vous effraie pas trop), prononcez doucement mon nom trois fois: “Naïa, Naïa, Naïa !” Et vous verrez !

Rochefort-en-Terre est une jolie cité du Morbihan nichée sur une crête rocheuse. Elle est bordée au nord par les Landes de Lanveaux et est entourée de Pluherlin et de Malansac. Vannes est à une quarantaine de kilomètres.

Figures (1)

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Travail en cours…

Il y a de tout dans cette mise à jour. Portraits, nus, huile sur toile, sur papier et acrylique. C’est une galerie hétéroclite qui compile une partie d’un mois de travail. Les choses ne vont pas toujours à la vitesse que je souhaite. L’huile, contrairement à l’aquarelle sèche lentement et même si parfois l’envie de poursuivre mon travail sur une toile se fait sentir, la viscosité de la matière me rappelle vite à la réalité.

Aux questions que se posent parfois certaines personnes concernant l’art et les artistes, je citerai cette phrase d’Isabelle Bourger (interview Géant des Beaux Art) que je trouve simple, et très compréhensible :
Depuis quand pratiquez-vous votre art ? Quelles ont été vos motivations ? Etes-vous professionnelle ?
— Si on parle d’art, ma pratique est finalement assez récente. J’ai toujours dessiné mais de façon décousue et sans quête réelle. Le besoin de dépasser cela, d’aller plus loin dans la démarche, construire autour et avec la pratique picturale, s’est petit à petit imposé à moi jusqu’à occuper une place entière dans ma vie. Dorénavant, chaque pensée me ramène à la peinture.
C’est un processus qui met en jeu la personne dans son entier, physiquement, intellectuellement et émotionnellement. Je crois que c’est seulement à partir de ce moment là que l’on peut se qualifier d’artiste.

Work in progress (1)

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Il m’arrive de temps en temps de conserver sous forme de photos, les diverses étapes d’un tableau. Une sorte de » step by step” qui me permet, sur des sujets que je présume difficiles, de conserver une trace de ce que j’ai pu faire.
Avec cette mémorisation, je peux comparer la version immédiate avec une version antérieure et définir ce que j’ai pu apporter de mieux ou ce que j’ai pu perdu à force d’insister. Car chaque toile, à un moment donné, refuse de donner sa plénitude. Il faut reconnaître que c’est surtout le peintre qui n’a plus les capacités à apporter un bénéfice à son travail. Fatigue, perte de concentration, lumière changeante, peinture trop fraîche ou toile trop chargée en matière…et aussi mauvais sujet etc…
Combien de fois, après un coup de pinceau trop énergique, ai-je voulu faire un retour en arrière comme on le fait en informatique pour annuler l’action précédente. Là, impossible. Une modification d’un détail, ou d’une couleur à un simple endroit, oblige peu à peu à tout modifier. D’où des versions en évolution permanente. C’est cette progression, de l’esquisse en passant par les différentes versions jusqu’au tableau définitif que j’ai enregistrée ci-dessous.
Certains visuels, peuvent séduire par leur aspect plus figuratif que le final.  Pour ma part, je leur trouve un manque de présence, avec soit des contrastes trop forts, une chromie inadéquate ou un aspect pas suffisamment « pictural ».

Construction, déconstruction, ce petit tableau de 30 x 40 cm, m’aura donné baucoup de mal et accaparé mon attention pendant presque un mois.
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version 2

34 ans d’absence.

duos
34 ans, c’est le nombre d’années qui séparent ces deux autoportraits. Le premier, oublié quelque part dans ma cave date de 1981. Le second a été réalisé ce mois ci, en novembre 2015. Tant d’années qui ont été marquées par ce que j’appelle une absence. Absence, oubli de peinture due à une vie professionnelle boulonnée à la rentabilité, aliénée au rythmes frénétiques et convulsifs d’un monde un peu fou, incompatible avec le temps indécis et secret que réclame le silence de l’atelier. Aujourd’hui, c’est une « reprise du temps », comme le fait l’arbitre lorsqu’il relance le chronomètre et les joueurs après un événement qui a altéré le « match ».
Le modèle a changé. Il a pris un coup de vieux et je pourrais même ne pas me reconnaître. Mais, plus que le modèle, c’est le style pictural qui a évolué. Moins de dureté, dans le coup de pinceau. Une touche plus ronde, moins carrée, plus nuancée et colorée. La couleur blafarde, pratiquement monochrome qui a envahi le portrait, fait place à une gamme chromatique plus chaude, plus ensoleillée. Comme si le temps avait adoucit et le sujet et la manière de l’exprimer.

Femmes artistes

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Suzanne Valadon
(1865-1938)
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Fille naturelle d’une blanchisseuse, Suzanne Valadon devient acrobate de cirque en 1880, jusqu’à ce qu’une chute mette fin prématurément à cette activité. Dans le quartier de Montmartre où elle est établie avec sa mère elle a la possibilité de s’initier à l’art.
Elle devient le modèle de nombreux peintres, les observant en posant et apprenant ainsi leurs techniques. Elle est le modèle de Pierre Puvis de Chavannes, Pierre-Auguste Renoir, ou encore Henri de Toulouse-Lautrec, nouant des relations avec certains.1-valadon art
Edgar Degas remarque les lignes vives de ses dessins et peintures et encourage ses efforts. Elle connaît de son vivant le succès et réussit à se mettre à l’abri des difficultés financières de sa jeunesse, pourvoyant aux besoins de son fils, qui prendra plus tard le nom d’Utrillo. Suzanne Valadon peint des natures mortes, des bouquets et des paysages remarquables par la force de leur composition et leurs couleurs vibrantes. Elle est aussi connue pour ses nus. Ses premières expositions au début des années 1890 comportent principalement des portraits, parmi lesquels celui d’Erik Satie avec qui elle a une relation en 1893. En 1894, Suzanne Valadon est la première femme admise à la Société nationale des beaux-arts.
Son mariage, en 1896, avec un agent de change, prend fin en 1909. Suzanne quitte son mari pour le peintre André Utter. Cette union, houleuse, dure près de trente ans. À la fin de sa vie, Suzanne Valadon se lie d’amitié avec le peintre Gazi le Tatar et, poussée par cette rencontre, se remet à peindre.
Suzanne Valadon meurt le 7 avril 1938, entourée de ses amis peintres André Derain, Pablo Picasso et Georges Braque, et est enterrée au cimetière parisien de Saint-Ouen.

Marie Laurencin
(1883-1956)
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Marie Laurencin est une peintre française, portraitiste, illustratrice, graveuse et poétesse. Désireuse de devenir peintre sur porcelaine, elle s’inscrit à l’école de Sèvres et à l’académie Humbert où elle suit des cours de dessin et de gravure avec talent, notamment aux côtés de Francis Picabia et de Georges Braque, ce dernier lui faisant rencontrer en 1906 Pierre Roché qui devient alors son amant et mécène.
En 1907, Marie Laurencin réalise sa première exposition et participe au salon des Indépendants. Elle rencontre Picasso qui lui présente Guillaume Apollinaire avec qui elle mène un amour passionné jusqu’en 1912. Elle vit alors en femme libre pour l’époque, entretient de nombreuses relations.
En 1913 ses tableaux se vendent hors de France et elle expose aux côtés de Marcel Duchamp à l’Armory Show de New York. Marie Laurencin se marie en 1914 au baron allemand Otto von Wätjen, mais la Première Guerre mondiale les pousse à s’exiler en Espagne jusqu’en 1919.2-laurencin art
En 1921, le couple revient à Paris et divorce la même année. Malgré un cancer de l’estomac en 1923, elle mène une carrière très prolifique et devient une artiste reconnue, réalisant de nombreuses illustrations pour Gide et Lewis Caroll par exemple, mais aussi des décors pour des ballets comme « Les biches ».
Alors que Marie Laurencin est consacrée en recevant la Légion d’honneur en 1935 et en présentant 16 de ses oeuvres lors de l’exposition universelle de 1937, la Seconde Guerre mondiale éclate. Elle continue toutefois ses portraits durant cette dure période et publie en 1942 « Le carnet des nuits ». Sa santé se fait alors plus fragile.
A partir de 1945, Marie Laurencin s’affaiblit, mais continue de réaliser plusieurs oeuvres entre différentes retraites. Elle décède en 1956 d’une crise cardiaque.

Louise Bourgeois
(1911-2010)
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Ses parents étaient restaurateurs de tapisseries anciennes. Dès l’âge de dix ans, elle commençe à aider ses parents pour les dessins des tapisseries.
En 1982, elle publiera dans le magazine d’art américain Artforum un récit illustré de photographies de son enfance et intitulé « Child’s Abuse », dont l’esthétique est proche de celle des revues surréalistes des années 1930. Elle évoque dans ce texte un épisode devenu fondateur dans la critique qui se déploie autour de son œuvre. Au cours de son adolescence, sa jeune nounou anglaise est la maîtresse de son père et sa mère ferme les yeux sur cette relation.
Pour exprimer des tensions familiales insupportables, il fallait que son anxiété s’exerce sur des formes qu’elle pouvait changer, détruire et reconstruire. Elle commence des études d’art à Paris, d’abord à l’École des beaux-arts, puis dans de nombreuses académies, ainsi qu’à l’École du Louvre. Elle a comme professeurs des artistes comme Paul Colin, Cassandre ou bien encore Fernand Léger.
En 1937, elle rencontre l’historien d’art américain Robert Goldwater. Elle l’épouse et s’installe avec lui à New York dès l’année suivante. C’est là qu’elle entre en relation avec le milieu des surréalistes, dont la plupart ont quitté la France pour les États-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale et présente sa première exposition personnelle en 1945.
Elle meurt le 31 mai 2010, à l’âge de 98 ans.3-bourgeois art
Louise Bourgeois a travaillé particulièrement sur les thèmes de l’universalité, des relations entre les êtres, de l’amour et de la frustration entre des amants ou les membres d’une même famille, ainsi que l’érotisme.
Depuis ses premiers dessins, peintures et gravures, son œuvre se centre sur le sujet de la procréation, de la naissance et de la maternité, sous la forme de “femmes-maisons”, mêlant le corps à l’architecture, l’organique au géométrique, buste en brique, maison à colonnes sur les épaules, cage thoracique en forme d’escaliers et de portes. Le fil rouge de son œuvre est le phallus (le père), qu’elle baptise “fillette” et l’araignée (la mère). L’araignée représente la mère, “parce que ma meilleure amie était ma mère, et qu’elle était aussi intelligente, patiente, propre et utile, raisonnable, indispensable qu’une araignée”. L’araignée est pour elle le symbole des tapisseries que réparait sa mère (toile de l’araignée) et de tout ce qui s’y rapporte,aiguilles, fils…

Tamara de Lempicka 
(1898-1980)
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Tamara de Lempicka est née Maria Gorska le 16 mai 1898, à Varsovie, en Pologne. Elle est la peintre polonaise la plus célèbre de la période Art déco. Brillante, belle et audacieuse, inclassable, mystérieuse et contradictoire, elle a fait de sa vie une succession de mises en scène très élaborées. Fille de Boris Gorski, un juif russe, et d’une mère polonaise, son enfance se passe dans un milieu aisé et cultivé entre Saint-Pétersbourg, Varsovie et Lausanne. En 1914, elle est retenue par la guerre à Saint-Pétersbourg où elle s’inscrit à l’académie des Beaux-Arts. Elle épouse Tadeusz Lempicki, un jeune avocat polonais en 1916. La Révolution d’octobre bouleverse sa vie et après un détour par Copenhague, elle gagne Paris. Tamara commence alors avec beaucoup de ténacité une carrière de peintre. 4-lempicka art
En 1920, à l’Académie Ranson, elle reçoit l’enseignement de Maurice Denis et à l’Académie de la Grande Chaumière celle d’André Lhote. C’est là qu’elle forge petit à petit son style qui, dans une synthèse inattendue de l’art maniériste de la Renaissance et du néo-cubisme, va coller parfaitement à son époque. L’envol de sa carrière coïncide avec sa première exposition personnelle à Milan en 1925.
En 1929, appelée par Rufus Bush, un riche américain qui lui a commandé le portrait de sa fiancée, Tamara fait son premier voyage à New York. Outre le portrait de commande, elle exécutera sur place plusieurs tableaux, dont d’intéressantes études de gratte-ciel. Elle expose simultanément en Pologne, à Paris et aux États-Unis.
Fuyant les menaces de guerre, elle s’installe aux États-Unis en 1939 où elle fait trois expositions à New York et à San Francisco chez Paul Rheinardt et chez Julien Levy. Après-guerre, son œuvre tombe dans un profond oubli jusqu’à ce que la redécouverte de l’Art déco, dans les années 1970, fasse ressurgir son nom.

Frida Kahlo
(1907-1954)
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Frida Khalo est l’une des plus grandes figures de l’art mexicain du XXe siècle. Auteur de plusieurs centaines de tableaux, dont de nombreux autoportraits, elle est célèbre pour ses toiles réalistes, qui sont le reflet de ses passions et sa souffrance, mais aussi du Mexique. Elle entre en école préparatoire en 1922 et souhaite étudier la médecine. Mais, en 1925, un accident de bus la laisse gravement blessée, notamment aux jambes et à la colonne vertébrale. Elle doit rester de longs mois alitée et porter des corsets. Pour pallier ce manque d’activité, Frida commence à peindre et sa mère lui installe un miroir au-dessus de son lit. C’est ainsi qu’elle commence à réaliser ses célèbres autoportraits, notamment l' »Autoportrait à la robe de velours », en 1926. 5-kahlo art
En 1928, ayant recouvré presque toute sa mobilité, Frida Khalo s’inscrit au Parti communiste. Cette même année, elle rencontre le peintre très connu Diego Rivera et lui montre quelques-uns de ses tableaux. C’est le début d’une histoire d’amour tumultueuse. En 1929, ils se marient et s’installent l’année suivante à San Francisco, où Frida rencontre de nombreux artistes. Mais elle subit deux fausses couches en 1930 et 1932.
En 1938, Frida Khalo rencontre André Breton à Mexico. Grâce à lui, cette même année, elle peut exposer ses oeuvres dans la galerie de Julien Levy, à New York. Elle vend de nombreux tableaux. En 1953, une première exposition de son oeuvre est organisée à Mexico. Mais durant l’été, on doit lui amputer la jambe droite.
Elle meurt en 1954 à 47 ans et laisse des oeuvres importantes telles que « Quelques petites piqûres »(1935), ou encore « La Colonne brisée » (1944).

(Source des textes Internet)

Portraits d’artistes

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Auguste Renoir
(1841-1919)
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Auguste Renoir privilégie les portraits et les nus, influencé notamment par les tableaux d’Eugène Delacroix. Il s’inspire aussi tout au long de sa carrière des oeuvres de Raphaël, de Fragonard, de Courbet et de Manet. Il compte parmi les plus grands représentants du mouvement impressionniste français. Renoir commence comme apprenti dans un atelier de porcelaine. En 1862 à l’école des Beaux-Arts de Paris, il côtoie de grands noms comme Monet, Bazille et Sisley, avec qui il se lie d’amitié. Dès la fin des années 1860, il peint régulièrement en plein air, dans la forêt de Fontainebleau. Cette habitude marque particulièrement son style et ses sujets.
renoir-8-bis C’est en 1877, alors qu’il expose depuis plusieurs années déjà au salon des impressionnistes, qu’il réalise son célèbre tableau « Le Bal du moulin de la Galette ». Après une période de pauvreté, il revient petit à petit vers le portrait et connaît un immense succès en réalisant le « Déjeuner des canotiers ». En 1890, trois ans après les « Grandes Baigneuses », il épouse Aline Charigot. Il est atteint pour la première fois, en 1898, de rhumatismes aigus, maladie qui sera le calvaire de la fin de sa vie. De 1905 à 1909, sa maladie s’aggrave et il décide de se fixer définitivement dans le Midi. Il poursuit inlassablement son travail, ne pouvant plus peindre qu’en faisant attacher les pinceaux à ses poignets. Il meurt en 1919, reconnu et comblé. Il est le père de cinq enfants, dont Jean Renoir, célèbre réalisateur et scénariste français.

 Henri de Toulouse-Lautrec
(1864-1901)lautrecConsidéré comme l’une des sources du mouvement expressionniste, on ne peut saisir la violence d’expression de l’art de Toulouse-Lautrec sans tenir compte de sa vie, entièrement commandée par son infirmité.
Deux fractures des jambes le laissent infirme, il a quatorze ans, il ne grandira plus. Ce drame fait naître en lui le besoin d’expression d’une violence qui constituera son art. Très doué pour le dessin, il reçoit les conseils du peintre animalier René Princeteau et commence par peindre des scènes hippiques et militaires.lautrec-2-bis
Arrivé à Paris en 1882, il rencontre Émile Bernard et Van Gogh, avec lequel il se lie. Montmartre dont le monde le fascine, le voit des nuits entières au Moulin Rouge, au Moulin de la Galette, au Mirliton (le cabaret d’Aristide Bruant), crayonnant les silhouettes de la Goulue, de Jeanne Avril ou de Valentin le Désossé.
Toulouse-Lautrec ne trouve pas seulement son inspiration au cabaret, mais aussi au champ de course, dans les maisons closes, au palais de Justice et dans les hôpitaux.
L’alcoolisme et la syphilis viennent à bout de sa santé fragile en 1901, date à laquelle il se trouve paralysé. Il meurt le 9 septembre 1901 à l’âge de 37 ans et laisse inachevée sa dernière composition.

Eugène Delacroix
(1798-1863)delacroix

Eugène Delacroix est un peintre français de la première moitié du XIXe siècle, considéré comme l’un des précurseurs du mouvement romantique. Portraitiste, peintre d’Histoire et de natures mortes, paysagiste et animalier, Eugène Delacroix se veut être l’égal des grands maîtres qui firent de la peinture une encyclopédie de l’homme et de la nature. De Pierre Guérin son professeur aux Beaux-Arts, il reçoit un enseignement classique. Pour compléter sa formation, il demande à Rubens, aux vénitiens, à Constable de lui enseigner les principes de l’expression par la richesse de la couleur et de la résonnance des ombres. delacroix-5-bisUn voyage au Maroc lui révèle l’Orient en 1832. dans ses œuvres de jeunesse, la composition tourbillonnante qui traverse le tableau n’obéit à d’autre loi que celle de la vie, et l’intensité dramatique ne recule pas devant l’outrance des moyens. À l’âge mûr cependant il tend à intégrer l’expressionnisme romantique dans l’art réglé des classiques. Ces tendances l’amènent à demander des inspirations à la culture antique dans ses grandes décorations des Bibliothèques du Sénat, de la Chambre des députés et du Louvre. La chapelle des Saints-Anges, peinte à Saint-Sulpice est son testament artistique et philosophique.


Pierre Bonnard

(1867-1947)
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La personnalité de Bonnard s’est façonnée entre la fin de l’impressionnisme, le mouvement nabi dont il est l’un des principaux artisans, pour ensuite s’affranchir de tout courant artistique et de toute convention développant une image très personnelle. Il se fait remarquer en 1905 au salon d’Automne de Paris, par l’exubérance de sa peinture, à la manière des fauves et dans la lignée de Gauguin. En 1926, il acquiert sa villa au Cannet (Alpes maritimes) et voyage de moins en moins. Sa femme lui sert de modèle ainsi que tous les paysages qui l’entourent. L’entrée en guerre l’affecta, mais il sut garder la peinture en exutoire. Elle acquit une gravité nouvelle, même extrêmement lumineuse.bonnard-6-bis
En 1942, il perd sa femme Marthe, très affecté, il vit alors solitaire. Cet évènement sera un tournant dans son œuvre, elle devient alors empreinte de tristesse. Il décède au Cannet le 23/01/1947 chez lui.
Sa mort aura été comme sa vie, d’une discrétion exemplaire. Le monde peint par Bonnard a quelque chose d’originel, de pur : couleurs chatoyantes et immaculées, beauté primitive des formes, comme si la civilisation et le mal n’avaient pas encore sali le monde. On retiendra de pierre Bonnard des tableaux empreints de vie à l’image de l’Amandier en fleur (1946), son dernier tableau.
Sous une apparence de tranquille simplicité, l’oeuvre de Bonnard se révèle complexe, pleine de nuances et comme détachée du temps.

Auguste Rodin
(1840-1917)
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C’est le sculpteur à l’origine de la sculpture moderne. En 1857, il tente le concours d’entrée pour l’Ecole des Beaux-Arts, soutenu par ses professeurs qui ne tarissent pas d’éloges quant à son talent. Il réussit l’épreuve de dessin, mais échoue à plusieurs reprises pour celle de la sculpture. Afin de pouvoir vivre, il travaille et apporte ses services dans des ateliers de sculpteurs.
Il rencontre en 1864 une jeune ouvrière couturière, Rose Beuret, qui lui sert de modèle. Pendant plus de 50 ans, Auguste Rodin partagera sa vie avec Rose, mais ne l’épousera qu’en 1917, peu de temps avant leur mort à tous les deux. Auguste Rodin a eu plusieurs relations en parallèle, la plus connue étant celle qu’il a entretenue avec Camille Claudel, qu’il rencontre en 1883. Leur relation artistique et amoureuse dure plus de 10 ans. Son amour passionnel pour le sculpteur se termine dans un internat psychiatrique, dans lequel elle meurt en 1943.rodin-4-bis
Rodin illustre les Fleurs du mal de Baudelaire en 1887, est sélectionné pour l’Exposition universelle de Paris en 1889 avec Le Baiser, est fait Commandeur de la Légion d’honneur en 1903. Il devient membre fondateur de la société nationale des Beaux-Arts et réalise le monument en hommage à Victor Hugo pour le Panthéon de Paris. Claude Monet et Paul Cézanne sont ses plus proches amis et collaborateurs. En 1906, l’une de ses plus célèbres œuvres, Le Penseur, est installée devant le Panthéon. En 1910, Rodin est nommé Grand officier de la Légion d’honneur. Malgré un état de santé peu avantageux, le sculpteur reçoit plusieurs commandes, comme celle d’un monument à la mémoire des combattants de Verdun. Il finit ses jours à Meudon, le 17 novembre 1917 dans la Villa des Brillants. Rodin y est enterré auprès de Rose Beuret.

(Source des textes Internet)

Portraits

Peinture du Fayoum - Du 1er au 4ème siècle après J.C

Peinture du Fayoum – Du 1er au 4ème siècle après J.C

L’art antique n’ignorait pas l’art du portrait réaliste. Le développement du christianisme au regard tourné vers l’au-delà a rompu ce lien avec la représentation de l’individu. Les images sont devenues des figures “symboliques”, éloignées des réalités terrestres. Les artistes s’orientent alors vers les représentations de scènes sacrées. C’est une période de déclin pour l’art du portrait.

Piero della Francesca - Duc d'Urbino 1460/1470

Piero della Francesca – Duc d’Urbino 1460/1470

Au XIV ème et au XV ème siècle, le retour au naturalisme renoue avec la représentation de l’individu. Les premiers portraits de la fin du Moyen Âge sont exclusivement ceux de souverains, représentés de profil, une disposition inspirée des médailles antiques. La recherche de la ressemblance n’abandonne pas cependant la volonté d’idéaliser le modèle. Ainsi, le duc d’Urbino (Federigo da Montefeltro), qui a perdu un œil et une partie du nez à la guerre, est représenté par Piero della Francesca selon son “bon profil”.

Jan Van Eyck - L'homme au turban rouge 1433

Jan Van Eyck – L’homme au turban rouge 1433

 

 

 

Dans les années 1420-1440, les peintres flamands et notamment Jan Van Eyck ont une pratique artistique qui s’oppose à l’art du portrait italien. Le modèle n’est plus de profil, mais positionné de trois-quarts, face au spectateur. Les buste est cadré plus bas. Les mains sont visibles, jointes en prière ou tenant un objet significatif de la personne. Les défauts de la peau sont finement examinés et retranscrits : rides, cicatrices, verrues, boutons, veines saillantes…C’est de l’hyper-réalisme “humanisé” avant l’heure. Pour simuler la vie du regard, une petite pointe de blanc est posée dans l’œil. Le modèle regarde droit dans les yeux celui qui le regarde.

Raphaël - Baltassare castiglione 1514/1515

Raphaël – Baltassare castiglione 1514/1515

Avec Léonard de Vinci, Raphaël, Titien, l’Italie reprend l’initiative du portrait. Les peintres adoptent des formats plus grands pour peindre des hommes et des femmes à mi-corps dans des poses sereines et des costumes sobres.

Au XVI ème siècle l’art du portrait atteint toute sa maturité. L’intérêt grandissant pour la compréhension des sentiments humains engendre des artistes soucieux de la

Pierre-Auguste Renoir - Jeanne Samary 1877

Pierre-Auguste Renoir – Jeanne Samary 1877

physionomie des émotions. Les impressionnistes tels que Monet, Degas ou Renoir, qui utilisaient principalement comme modèles leur famille et leurs amis, peignaient des individus ou de petits groupes, en plein air ou en atelier. Caractérisés par la luminosité de leur surface et la richesse de leurs teintes, ces portraits présentent souvent un caractère intimiste, éloigné du portrait officiel.

Les artistes du début du siècle élargissent les champs d’exploration du portrait, en le libérant des contraintes de ressemblance visuelle.

Henri Matisse - Madame Matisse à la raie verte 1905

Henri Matisse – Madame Matisse à la raie verte 1905

Henri Matisse simplifie la ligne et les couleurs pour leur donner toute leur force expressive. Pablo Picasso réalise de nombreux portraits, dont plusieurs portraits cubistes où le modèle est à peine reconnaissable. L’art du portrait en peinture décline au milieu du siècle, sans doute en raison de l’intérêt croissant pour l’abstraction et l’art non figuratif. Malgré la forte présence de la photographie, ou peut-être à cause de cette même invasion de l’image photographique, à la représentation trop souvent « lissée et mécanisée », le portrait peint ou dessiné à l’aspect « plus artisanal », connait aujourd’hui un certain renouveau. La peinture demeurant par essence même, la réalisation d’une œuvre originale et unique peu propice à la duplication.

Algérie. Une mauvaise guerre

Raymond et Yvon Lebrun à Carteret (Manche)

Raymond Hamel et Yvon Le Brun à Carteret (Manche). Le 8 mai 2013

Je les ai rencontrés tous deux s’en allant tranquillement, leurs drapeaux sous le bras avec sans doute le sentiment d’un devoir de mémoire bien accompli.

Il y avait peu de monde pour cette commémoration du 8 mai 1944 à Carteret (Manche). C’est une évidence, presque plus personne ne se soucie de commémorer des événements qui s’éloignent de nos mémoires. Et puis, les anciens combattants, ceux de 14/18, ne vivent plus que dans les récits. Ceux de la dernière guerre sont de moins en moins nombreux et bientôt auront rejoint leurs camarades de combat. On parle toujours de 39/45 comme l’évidence de la dernière guerre. Mais n’aurait t’on pas la mémoire sélective ou mal formée pour oublier que la guerre d’Algérie fut une véritable guerre et que des milliers de soldats français sont morts sur une terre qu’ils n’avaient pas choisie.

Raymond Hamel et Yvon Le Brun, en ce jour du 8 mai 2013 représentent ces anciens combattants de la guerre d’Algérie. Qui étaient-ils ces discrets « soldats » d’une guerre qui eut du mal à dire son nom. Entre 1954 et 1962, près de 2 millions de jeunes soldats français se sont succédés en Algérie. De tous temps les politiques ont su mentir au peuple pour mener à bien leurs desseins. L’intervention en Algérie fut appelée « simple opération de maintien de l’ordre ». Il était question de réduire quelques rebelles menaçant la république française en Algérie. Et la population trompée crut longtemps cette fable. En quelque sorte, le contingent d’appelés et leurs familles imaginèrent vivre une « expérience touristique ». N’est-il pas habituel de dire que les voyages forment la jeunesse !

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Yvon Le Brun, jeune appelé en Algérie.

Cette jeunesse là, elle est revenue…ou pas ! Ces adolescents qui avaient 20 ans se sont révélés en hommes, mais en hommes morcelés, meurtris avec le sentiment d’avoir fait une guerre sans vraiment la comprendre. De retour en France, à la descente des trains, des bateaux, ils sont totalement dépaysés. L’accueil sur la terre patrie est bien indifférent, voire hostile. Ce n’est pas la fête tant attendue qui célèbre le retour des héros valeureux, ou des combattants d’une juste cause. Les appelés trouvent peu de soutien, peu d’écoute, comme si cette guerre de l’autre côté de la Méditerranée avait anesthésié peu à peu la population française. L’époque a changé, la France est entrée dans une nouvelle modernité. L’heure est à l’exubérance, à l’outrance. C’est l’heure des « yé-yé », Claude François est une idole, outre manche les Beatles enregistrent leur premier disque. Personne ne veut plus rien avoir à faire avec cette « guerre » qui a divisé les Français. Alors, les appelés d’Algérie ont enfoui leur peur, leur sueur, leur fatigue, leur détresse au plus profond d’eux-mêmes. Leur parole s’est faite discrète, secrète même pour ne s’ouvrir qu’en de rares occasions.

L'album photo revoit le jour après des années de mise à l'écart.

L’album photo revoit le jour après des années de mise à l’écart.

C’est la femme d’Yvon Le Brun, Sabina, qui est allé cherché l’album photos là-haut, enfoui dans l’armoire de la chambre. Cet album à la couverture de cuir, c’est celui qui raconte en quelques pages toute la vie gâchée d’un adolescent parti à 19 ans contre son gré en Algérie. Il saisit l’album que lui tend Sabina.
— Ça fait longtemps que je ne l’ai pas vu celui-là ! Les 3/4 de mes photos, c’est ma sœur aînée qui les a. Quand j’écrivais, j’envoyais des photos. C’est elle qui les récupérait. J’avais envoyé des photos qui étaient assez « dures ». Elle n’a jamais voulu me les rendre. Elle ne veut même pas que je les regarde. Elle me dit « ça va te faire des misères ! ».

L'ennui en poste au régiment. Yvon Le brun préfère assurer ses fonctions de radiotélégraphiste sue le terrain.

L’ennui en poste au régiment. Yvon Le brun préfère assurer ses fonctions de radiotélégraphiste sur le terrain.

Le regard s’attarde sur les premières photos dévoilées. En silence. Yvon prend son temps. Il plonge lentement dans un quotidien figé là en noir et blanc ou en sépia. Des toiles de tentes à perte de vue, des hommes en djellaba, du désert, des pierres, de la misère surtout. Le premier choc.
— Oh là là ! Je n’ai pas regardé ces photos au moins depuis 40 ans. Ça me fait tout drôle.

Dans l’album, sur les pages de gauche il ne reste plus que quelques traces de colle. Les photos ont disparu. Yvon ne sait plus ou elles sont.
— Ça, c’est Trézel. Il y avait un rassemblement. Un colonel  nous a annoncé « On vous maintient 3 mois de plus. Qu’est-ce que c’est que 3 mois dans la vie d’un homme ! » Là, à l’annonce, il y a des mecs qui sont tombés dans les pommes. Faire 3 mois de plus, c’était augmenter le risque d’y passer. Moi, j’étais radio télégraphiste (morse). Quand il y avait un officier avec un radio à côté, c’est le radio qui dégustait. L’ennemi savait qu’un officier ou une compagnie ne pouvait plus rien faire sans le radio.

Sur le terrain avec les "potes.

Sur le terrain avec les « potes.

En tournant les pages, le papier cristal de protection se froisse, brise le silence. Les noms des copains peu à peu reviennent au regard des photos. Les souvenirs se font aussi plus précis. Il pose un doigt assuré sur certains visages. Hésite sur d’autres. Il me montre.
— Là, c’étaient des « potes ». Lui il a été blessé. Lui, c’était le marrant de la bande. Vous voyez, ce n’est pas du baratin ce que je vous raconte !

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Le colonel Bigeard comprend très vite l’intérêt de l’utilisation des hélicoptères (Vertol H-21C ou « bananes volantes »)

Yvon confirme de temps à autre l’authenticité de son récit, comme si ce dernier pouvait être mis en cause ou contrarié. Il y a un besoin de rendre palpable « l’indicible ».
— Au régiment, je me faisais « chier ». Pour moi, ce n’était pas ça. Il me fallait être sur le terrain malgré le danger. Lors d’une opération héliportée, un gars s’est fichu de moi parce que je me suis allongé à la porte de l’hélico. Pauvre gars. La différence c’est que moi je suis vivant et que lui est mort. Il a pris une balle. Plus vous êtes à plat, moins vous êtes une cible, surtout à une porte d’hélicoptère comme ça. L’hélico restait toujours à 2, 3 mètres du sol. Il fallait sauter. J’ai fait passer la « gégène » devant moi et j’ai plongé la tête la première. Ça m’a sauvé.

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Automitrailleuse légère Panhard.

L’homme parfois se redresse de la table en croisant les bras comme dans un geste de défense. Il semble retenir ses sentiments ou peut-être se protéger de lui-même. Peur de trop en dire, crainte de se laisser submerger par ses sentiments, par ses souvenirs. De temps en temps une larme se forme au coin de ses yeux. La souffrance intérieure est sans doute trop forte. Je ne veux pas trop insister. Je laisse à Yvon l’initiative du rythme de son récit.
— On allait vers une ville…je ne me souviens plus du nom de la ville. Nous étions dans le 4×4. Là, on était 3 radios, plus un homme de garde et le chauffeur, un normand que j’aimerai bien retrouver. Et, on se fait klaxonner par une jeep derrière nous qui avait visiblement une urgence. C’était un gradé. Notre chauffeur râle un peu, puis s’écarte pour le laisser passer. La jeep nous double à toute vitesse. 150 mètres plus loin…une boule de feu. Il a sauté sur une mine. Logiquement, c’était pour nous car on était en tête. Ça, ça fait réfléchir. La chance, le hasard, la destinée…Pourquoi lui au lieu de nous ? On en a parlé longtemps entre nous et dans la compagnie.

Sur les photos, je ne parviens pas à reconnaître Yvon. Je vois des jeunes hommes, unis, souriants, un bras posé sur l’épaule du copain, de l’ami en signe de fraternité. Il y a les visages de ceux qui sont morts, qui resteront à jamais imprimés autant dans la mémoire que sur le papier photo. Il me parle de la torture qu’il n’acceptait pas. Mais pour lui, c’était des actes pratiqués par des « équipes spéciales ». Il était rare que des appelés soient mêlés à ces exactions.
— Une fois, j’ai assisté à une scène de torture. J’ai fait halte là à tout ça. Je me suis présenté au garde à vous au capitaine et je lui ai dit que ça ne devait pas exister ça ! Mais enfin, dans le fond…après, ils faisaient ça ailleurs. Il ne fallait pas se plaindre, au 1er régiment on était « propre ». Il y avait une sorte de respect. C’est quand même un régiment qui a un sacré historique. Fondé en 1479 par Louis XI. « Praeteriti fides exemplum que futuri » (Fidélité au passé et exemple pour l’avenir). On devait aussi honorer notre devise.

Au moment du départ en opération, Yvon Le Brun agenouillé à droite sur la photo.

Au moment du départ en opération, Yvon Le Brun agenouillé à droite sur la photo.

Les moments de silence se font de plus en plus présents. Yvon me parle encore un peu de son retour en France, des regrets, du mal qu’il aura à vivre après avoir refermé l’album photos. Je comprends qu’il est temps de clore bientôt l’enregistrement.
— Le retour, s’est fait dans l’indifférence. Il fallait ménager les susceptibilités du peuple. Ma mère, elle, croyait que j’étais en vacances là-bas. La radio racontait ce qu’elle voulait. Que des mensonges. Les parents croyaient qu’on était en mission de maintien de l’ordre. Maintien de l’ordre, qu’est ce que ça veut dire. Pour éviter les manifestations. Mais, ce n’était pas du tout ça. C’est pour ça qu’on n’aime pas en parler. Là, j’ai l’estomac noué. Je suis quelqu’un d’assez calme. Mais ça, ça me travaille. Et si j’en parle, pendant 8 jours je ne vais pas dormir. Il y a trop de souvenirs qui reviennent et là, c’est pas bon. J’ai réussi à chasser ça. À ne pas en parler. Même à mes enfants quand ils voulaient savoir quelque chose…j’expliquais pourquoi je ne pouvais pas. Comme ça, ils comprenaient et n’insistaient pas trop. La guerre est un traumatisme que l’on ne peut pas comprendre quand on ne l’a pas vécue. Surtout ce genre de guerre, c’est dégueulasse, c’est pas beau.

La guerre d’Algérie aura tué plus de 30 000 soldats français – des milliers d’autres atteints de graves séquelles – 400 000 Algériens tués – 1 million 500 000 paysans déplacés.algerie_yvon lebrun_07

Yvon Le Brun, a été incorporé en 1956 (contingent 56/2C) à l’âge de 19 ans en Algérie pour une durée de 33 mois au 1er Régiment d’Infanterie . En 33 mois de guerre, il n’a obtenu que 12 jours de permission pour voir sa famille. Il était radiotélégraphiste (transmission radio des messages en morse). Aujourd’hui agé de 76 ans, c’est un membre de longue date de l’UNC (Union des Anciens Combattants). Chaque année, les anciens d’Algérie voient leur rangs diminuer. C’est une partie de notre mémoire collective qui disparaît.

Je remercie Yvon Le Brun pour avoir accepté de me livrer un peu de sa vie passée, malgré les souffrances que ma présence a dû raviver. Merci aussi à Sabina pour son accueil. Et un salut particulier à son très cher ami Raymond Hamel avec lequel il peut partager sans un mot sa jeunesse volée.