Quelques peintures juin 2017

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Ma galerie de tableaux


Mon séjour dans le Morbihan au mois de mai m’aura permis de participer avec deux amis à la mise en place d’une exposition personnelle.

Nous avions choisi Carnac et sa belle salle des expositions pour cela, en pensant que les différents week-ends prolongés du mois de mai, apporteraient un public nombreux et intéressé. Hélas, le calcul s’est avéré mauvais. Malgré des visites (400 sur une douzaine de jours), nous avons reçu des badauds plus motivés par les étals du marché tout proche que par l’exposition de tableaux.

Une très belle et grande salle d’expo

Au cours de longues journées de permanence passées à attendre l’amateur d’art providentiel, j’ai eu le sentiment de recevoir surtout des personnes au cerveau « lobotomisées ». Peu de connaisseurs, peu de personnes enclines à discuter, à partager avis et commentaires. Combien de « quidams » sont entrés dans cette salle, sans un « bonjour ou aurevoir » à notre intention, comme si nous étions « transparents. L’art, et la culture en général ont encore bien du chemin à parcourir pour séduire une grande majorité d’êtres humains. Il est tellement plus facile de se garnir la panse que d’abreuver son cerveau.

Artrio est né de la réunion de trois amis

Ceci n’empêchant pas cela, j’ai pu trouver (en dehors de cette exposition) le temps nécessaire pour réaliser quelques pochades sur le motif. Cette mise à jour comprend également mes réalisations depuis le mois de novembre, peintures, dessins etc…

La Modernité en Bretagne

Le musée de Pont-Aven s’est entièrement modernisé et a réouvert ses portes au public en mars 2016.
Quand on parle de Pont-Aven, on pense immédiatement au synthétisme de Paul Gauguin et à Émile Bernard. Mais, la Bretagne fut aussi à la fin du XIX ème siècle une terre d’accueil et une source d’inspiration pour de nombreux autres artistes peintres. Eugène Boudin, Claude Monet, Maxime Maufra, Armand Guillaumin, le peintre australien John Peter Rusell…s’installeront épisodiquement ou durablement, de Belle-Île à Concarneau ou en campagne, des bords de l’Odet au Faouet tout en faisant vibrer la couleur et la lumière sous leurs pinceaux. La Bretagne leur offrant d’inépuisables sujets.
L’exposition “La Modernité en Bretagne” retrace une période de l’histoire de l’art de la région de 1870 à 1940. Mise en scène d’une vision élargie et détaillée de ce que représente généralement l’art dit “moderne”. Un premier volet est ainsi offert au visiteur de Claude Monet à Lucien Simon. Un accrochage consécutif mettra en valeur la période s’ouvrant de Jean-Julien Lemordant à Mathurin Méheut.
Une centaine d’artistes réunis en deux temps avec des œuvres, pour la plupart d’entre-elles méconnues du grand public.
L’interdiction de photographier les toiles provenant des collections particulières m’a contraint à réaliser des reproductions d’après le catalogue de l’exposition. Certaines œuvres ne sont représentées ici que de façon partielle.

Musée de Pont-Aven
Du 4 février au 11 juin 2017
La Modernité en Bretagne 1
De Claude Monet à Lucien Simon (1970-1920)

Du 1er juillet au 7 janvier 2018
La Modernité en Bretagne 2
De Jean-Julien Lemordant à Mathurin Méheut (1920-1940)

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Britanny inspiration

Je l’ai déjà dit, en peinture il y a deux situations que j’affectionne particulièrement. Celle de peindre à l’extérieur, pour la dimension inégalable que la nature offre à mes sens et celle de scènes vivantes et animées, pour l’excitation du challenge à chaque fois renouvelé. Mais le reste du temps, je dois me faire une raison. Le rectangle de ma fenêtre ne m’offre pas les paysages escomptés. Point de vagues s’écrasant avec fureur sur les rochers, ni de grands espaces ou courent les nuages. Alors, il me faut faire appel à mes souvenirs, faire revenir à moi, comme en un lent développement des images, des situations vécues que mes sens ont pu emmagasiner. Sur les murs, j’agraphe des photos pêle mêle de différents endroits, de multiples angles et par un discret retrait accompagné de musique je tente de me replonger au cœur de l’action. Peu à peu, de la ligne, de la couleur et de la matière, naissent des paysages qui finissent par s’imposer à moi comme des réalités vécues. Tout est faux et cependant chaque peinture n’a jamais été aussi vraie et concrète. Inspiration, interprétation, le Morbihan et ses multiples variations marines, est une source dynamique de création.

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GALERIE DE DÉTAILS

 

 

Danielle et André en académie

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Danielle et André, mes deux gentils élèves sur le motif.

Danielle et André, mes deux » gentils et studieux » élèves sur le motif.

Le mois dernier, j’avais décidé de donner quelques conseils de dessin et de peinture à deux amis “artistes” amateurs. Je mets le mot artistes entre parenthèses, car je sais déjà que leur modestie va s’insurger contre mon qualificatif. Le plus drôle est de voir ce qu’en dit ce bon vieux Larousse :
— Personne qui exerce professionnellement un des beaux-arts ou, à un niveau supérieur à celui de l’artisanat, un des arts appliqués.
— Personne dont le mode de vie s’écarte délibérément de celui de la bourgeoisie ; non-conformiste, marginal.
— Personne qui a le sens de la beauté et est capable de créer une œuvre d’art : une sensibilité d’artiste.
— Personne qui fait quelque chose avec beaucoup d’habileté, selon les règles de l’art : travail d’artiste.
Mais, je garde sous le coude la dernière définition qui me plaît beaucoup :
— Artiste, bon à rien, fantaisiste.

Les œuvres de Danielle.

Parc de Kéravéon à Erdeven (Morbihan) par Danielle.

En chemin vers l’abstraction, parc de Kéravéon à Erdeven (Morbihan) par Danielle.

Marée basse à l'anse du Pô à Carnac par Danielle.

Très synthétique, marée basse à l’anse du Pô à Carnac (Morbihan) par Danielle.

Portrait esquissé à l'essence et huile par Danielle.

Portrait esquissé à l’essence et huile par Danielle.

Portrait presque monochrome à l'huile par Danielle.

Portrait presque monochrome à l’huile par Danielle.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mais bien sûr, l’art ne sert à rien à l’heure où tout le monde vit sous l’influence d’une société à l’intense consommation industrielle. Alors mes petits élèves avec leurs misérables pinceaux à trois poils, ils ont une place où dans tout ce bazar. Vous en voyez beaucoup vous des artistes peintres, dehors, avec leur chevalet et leurs couleurs. Les badauds sont tellement étonnés d’en découvrir un dans la nature qu’ils se demandent si on ne tourne pas dans le coin un film sur Van Gogh, Monet ou Renoir. Il faut le reconnaître, pour la plupart des gens, la peinture s’arrête aux impressionnistes. Les bords de l’eau, les champs de blé aux coquelicots, les ambiances du petit matin. Aujourd’hui les artistes s’orientent vers l’abstrait, l’art conceptuel…tout ça en atelier. La nature n’est plus ressentie ni regardée,  elle est intellectualisée. L’acquisition, l’élaboration ne se montre pas comme ça en direct. La manière de réaliser la sauce ne regarde plus personne. Sur le motif, les gens s’approchent prudemment du peintre par peur de déranger. À moins que ce ne soit par peur de se faire “mordre” par une espèce inconnue ou tout du moins en voie de disparition.

Les œuvres d’André.

Parc de Kéravéon à Erdeven (Morbihan) par André.

Tout en nuances, parc de Kéravéon à Erdeven (Morbihan) par André.

Marée basse à l'anse du Pô à Carnac par André.

Marée basse à l’anse du Pô à Carnac par André.

Il faut oser travailler dehors, non pas à cause du regard des curieux, mais tout simplement pour dominer tous les problèmes que pose l’exercice sur le motif. Changement de lumière, vent, pluie, soleil, froid, bestioles, couleur qui sèche trop vite ou trop lentement, inconfort, fatigue, matériel inadapté etc…La liste pourrait s’allonger facilement. Mais, malgré tous ces inconvénients, rien n’est plus  formateur que cet apprentissage sur le vif. Alors, je félicite mes petits élèves (tout d’abord un peu réticents, habitués qu’ils étaient d’une part à peindre d’après photo et d’autre part, n’ayant aucune expérience du motif extérieur) d’avoir franchi le pas et de s’être lancés avec leurs pinceaux dans la nature.

Changer ses habitudes n’est pas facile, c’était une première pour eux sur le motif, comme pour moi en tant que “conseil”. Beaucoup de choses restent à travailler et à faire évoluer. Ça donnera à chacun l’occasion de se retrouver une prochaine fois et de retravailler ensemble j’espère avec plaisir.

Derniers jours

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morbihan-pointe-percho-008Les derniers jours, je me dépêche toujours pour réaliser tout ce que je n’ai pas pu faire en plusieurs semaines. Bien entendu, je n’y arrive jamais puisque le retard ne se récupère pas. Alors, je remets à l’année prochaine les vagues, les falaises, les sous-bois au fond des marais et les parcs ostréicoles à marée basse…

Morbihan, pointe du Percho

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Morbihan, la pointe du Percho. Ancienne batterie d'artillerie.

Morbihan, la pointe du Percho. Ancienne batterie d’artillerie.

J’ai toujours été fasciné et surtout impressionné par la puissance de la mer. Son mouvement, son vacarme accompagné du mugissement du vent. Il n’est pas nécessaire d’attendre une tempête pour se rendre à la pointe du Percho sur la côte sauvage de Quiberon. Là, quelle que soit la force ou l’amplitude de la marée, les vagues se fracassent avec puissance et parfois démence contre les blocs de granit érigés en sentinelles sombres. Le site est visité par de nombreux curieux, qu’ils soient randonneurs, touristes venus de loin ou tout simplement personnes du cru. Il y a toujours à voir et à ressentir.

Morbihan, la pointe du Percho. En surplomb, mouvement et puissance.

Morbihan, la pointe du Percho. En surplomb, mouvement et puissance.

En surplomb de la mer, cette pointe rocheuse est dès les premiers âges fréquentée par l’homme. Les hommes des mégalithes recherchent les belvédères qui seront propices à l’édification de sanctuaires. Le dolmen de la pointe du Percho orienté vers le soleil couchant, témoigne de l’intérêt du lieu et du sens sacré que l’homme a toujours concédé à la nature. Une petite bâtisse érodée, en pleine désolation marque le point le plus haut de la falaise. Injustement appelée “la maison des douaniers”, elle fut semble t’il, construite à destination militaire en 1696 et équipée de deux canons de marine. Jusqu’en 1918, elle portera le nom de “corps de garde”, ouvrage maçonné associé à une “batterie d’artillerie”. C’est en contrebas de cet endroit, dans un espace aérien, au contact de la roche que j’ai installé (dans un équilibre précaire) mon trépied et mes feuilles de papier ainsi que mes encres. Tout est solidement fixé pour éviter un catastrophique envol dû au souffle imprévisible venu de la mer.

Pointe du Percho. Encre noire sur papier.

Pointe du Percho. Encre noire sur papier.

Tout l’après-midi, les goélands me tiendront compagnie et s’approcheront insidieusement de mon sac pour tenter de me “chipper” un improbable morceau de nourriture. Gonflés les oiseaux !

Pointe du Percho. Encre noire sur papier.

Pointe du Percho. Encre noire sur papier.

 

Pointe du Percho. Encre noire et brou de noix sur papier.

Pointe du Percho. Encre noire et brou de noix sur papier.

 

Pointe du Percho. Encre noire et brou de noix sur papier.

Pointe du Percho. Encre noire et brou de noix sur papier.

 

Pointe du Percho. Encre noire, brou de noix et encre acrylique rouge sur papier.

Pointe du Percho. Encre noire, brou de noix et encre acrylique rouge sur papier.

Naïa, la sorcière

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Naïa, la sorcière de Rochefort-en-Terre, photographiée par Charles Géniaux.

Naïa, la sorcière de Rochefort-en-Terre, photographiée par Charles Géniaux.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Depuis la nuit des temps, bien avant l’érection des menhirs des landes de Lanvaux, j’étais là. J’en ai rencontré des compagnies humaines avec ses cortèges de misère, ses espoirs déçus et ses ambitions destructrices. Je connais la destinée de chaque homme, de chaque femme, de chaque bête et de tout ce que Dieu a mis sur terre.

On me craint plus qu’on me respecte. À mon passage, on fait place. Les gens me tournent le dos et cachent leur parole dans le creux de la main de peur qu’elle ne s’échappe. Mais je sais ce qui se dit. Ceux là même qui me traitent de sorcière, sont les premiers à venir me consulter pour leurs affaires courantes. Beaucoup sont préoccupés par l’avenir de leur richesse. Ont t’ils fait le bon placement qui va les rendre beaucoup plus respectables aux yeux de la communauté. La cupidité rend aimable et hypocrite n’importe quel affairiste. Et cette tendron toute fraîche, qui me parvient encore tremblante et au bord de l’évanouissement, prête à tout pour conquérir le cœur d’un quelconque avorton. Je me souviens d’autant d’un vieux qui voulait connaître absolument l’heure de sa mort.
— Tu mourras le dimanche des Rameaux, lorsque sonnera la troisième sonnerie de la grand’messe ! Je lui ai dit comme ça.
Sitôt dit, sitôt le coquin fila chez le docteur de la ville tout effrayé.
— Docteur, docteur, je ne veux pas mourir. La sorcière m’a jeté un sort. Faites quelque chose, je vous en prie !
Le vieux était vigoureux et bien portant. Le médecin le rassura.
— Mais, vous n’allez pas mourir, je vous assure.
Cependant la terreur envahissait le vieillard. Une hallucination monstrueuse lui occupait tout l’esprit. De minute en minute il défaillait, devint blanc comme marbre et au premier coup de cloche s’accrocha au cou du médecin en le suppliant de le sauver. L’homme de santé essaya bien de le réconforter en vantant les capacités de sa science. Mais au deuxième tintement le vieux s’effondra mollement au sol. Quand le troisième carillon retentit le pauvre diable était mort. Les yeux dilatés, de la laideur qu’il avait entrevue avant le trépas.
Il ne faut pas jouer avec l’au-delà et encore moins défier la puissance de Gnâmi dont je suis l’humble servante. Gnâmi est un démon bien plus fort que la mort. Il est Celui qui peut, Celui qui veut, Celui qu’on ne voit pas !
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Et contre lui, les carabins ne sont que de modestes mouches effrayées par l’odeur du vinaigre. Ça fait bien longtemps que je me tiens éloignée de la science morbide qui découpe les corps et épluche les cerveaux en pensant découvrir le sens de la vie. Je n’ai jamais aimé les médecins et ils me le rendent bien.
Depuis toujours, ils font une guerre méprisable aux pauvresses de mon genre en les accusant de tuer leurs malades par la persuasion. “Malfaisantes” clament t’ils à notre encontre. Leurs malades…ils me font rire. Comme si le pus qui infecte les corps et les âmes noires pouvait être extrait en absorbant une simple pastille. J’en ai sauvé des âmes venues à moi dans les profonds et obscurs souterrains du vieux château. J’en ai dévié des destins qui fonçaient tête baissée vers l’ultime rendez-vous. J’en ai redressé des tordus, raccommodé des brisés grâce à la science de mon père, le rebouteux de Malensac. Que sa mémoire soit honorée.
L’église aussi me regarde d’un mauvais œil. Je fais concurrence au curé paraît-il. En réalité quand je communique avec l’au-delà, le prince en jupe noire prétend que j’empiète sur son commerce. Combien donc se signent à mon apparition comme si j’étais le diable. Je ris de ce que ma silhouette provoque lorsque je file le long des ruelles grises. Nul ne saurait dire comment je peux fréquenter plusieurs endroits en même temps. Celui-ci m’a vu à Questembert et tel autre à Rochefort le même jour, à la même heure. Pourtant, je ne quitte jamais les ruines du château et c’est toujours là que l’on peut me trouver. On dit de moi que je n’ai pas d’âge, que personne ne m’a jamais vu manger. Mais les anges ont t’ils besoin de manger ? Alors !
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Croyez moi, malgré mes yeux malades, blancs comme le lait d’un jeune bique, je les vois tous autant qu’ils sont. Apeurés et méfiants à mon égard. Curieux aussi, comme tous ces étrangers qui viennent de bien loin voir la sorcière de Rochefort en Terre. C’est ce maudit aubergiste qui les pousse vers ma retraite. Ma réputation lui profite à bien remplir sa bourse. Une fois, c’est un monsieur très bien qui est venu de Paris pour me photographier. Je m’en souviens très bien. Il se nommait Charles…Charles Géniaux même. En s’approchant de la vieille poterne où je me tenais avec mon bâton ferré en main, son jeune guide s’esquiva furtivement. Mon visiteur se retrouva seul.
— Bonjour, mon fils! je t’attendais. Assieds-toi donc sur cette pierre et causons.
Je sentis tout de suite sa stupéfaction de me trouver en pareil endroit.
— Ah ! ah! mon fils! tu voulais voir la sorcière ! Il m’expliqua son souhait de mieux me connaître.
— Oui, tu viens pour rire ensuite avec les autres!
Il protesta vivement et je me rendis compte de la sincérité de l’homme. Il m’expliqua vouloir faire des photographies de moi, .
— Non, non, pas aujourd’hui, je ne veux pas. Ainsi tu parleras de moi dans les journaux, et tu dessineras ma figure? Dis-leur aussi que je ne suis pas une sotte bonne femme, comme leurs somnambules de ville. J’ai la puissance, moi, et Gnâmi est plus fort que la mort!
Il était drôle après tout ce monsieur. Il me demanda si, avec la puissance, je possédais des richesses fabuleuses.
— Celui qui peut tout avoir n’a besoin de rien, lui dis-je.
Là-dessus, en lui signifiant congé, je lui promis solennellement de me mettre à sa disposition pour les photographies.
La semaine suivante, au jour fixé, il arriva au château avec son appareil sous le bras. Je le vis subir une soudaine averse et se réfugier sous l’ancien pont-levis. Je l’interpelai.
— Mon fils ! mon fils ! je t’ai deviné, et je sors de là- bas !
En jouant de la surprise, je me jetai à genoux devant lui, les bas levés dans la posture effrayante d’une évocation. Je m’amusai de son ahurissement.
— Tu vois, je ne suis pas méchante. Promets-moi de l’affirmer quand tu parleras de moi. Ah ! Ah ! Viens-t’en voir ce qu’ils appellent la cuisine de Naïa. Là, vois-tu cette ancienne cheminée du château ? Eh bien ! ces sots prétendent que je prépare en cet endroit ma nourriture, moi qui ne mange pas !
Je fis la pose avec plaisir. Finalement mon hôte était charmant et de bonne conversation. Voici ce qu’il écrivit par la suite dans un livre qu’il me consacra.

“Ensuite nous allâmes nous asseoir auprès de la niche enlierrée où je l’avais rencontrée la première fois. J’acquis la conviction que je me trouvais avec une femme intelligente et instruite; cette sorcière de campagne lisait même les journaux, et ses réflexions dénotaient du bon sens. Après un moment, la causerie languit. J’écrivais sur mon carnet quelques notes, quand j’entendis la conversation de deux personnes qui s’approchaient de nous. Je regardai; les voix paraissaient se rapprocher. Cependant les causeurs mystérieux semblaient stationner derrière un muret de terre, à quelques mètres de là. Je me levai, et j’en fis le tour sans rien découvrir. La sorcière dormait paisiblement, bouche close, dans une posture abandonnée. Vivement intrigué, je repris mon crayon et mon papier, lorsque mon nom fut prononcé trois fois, derrière moi et assez haut, comme descendant des arbres qui entourent les ruines de leur forêt miniature. Cette fois, je ne quittai pas des yeux Naïa, laquelle reposait innocemment. Je la secouai et lui racontai l’aventure. Son visage demeura impassible et elle termina :
— Tu as rêvé, mon fils !”

Jamais personne d’autre ne me fit un portrait aussi élogieux ! Quand je vous disais que c’était un vrai “Monsieur”. Ce jour là, il me pria de faire devant lui l’épreuve du feu sans doute pour vérifier les dires des uns et des autres concernant mon insensibilité à la brûlure. Il me mit entre les mains des allumettes enflammées sans que j’en fus affectée. De mon propre chef, pour l’impressionner un peu plus, je sortis du feu des tisons rougeoyants et les posai sur ma paume ouverte en les laissant se consumer jusqu’à ce qu’ils noircissent.
— Oh ! Tu ne me prendras pas en défaut, mon fils, et je te dirai, si tu le veux, tous tes secrets d’amour. Ah ! vois-tu, il m’en vient des galants d’ici et d’ailleurs, cherchant des pouvoirs pour être aimés; et aussi des filles, des chambrières, des gardeuses de bêtes, qui rêvent d’être choisies du fils de leur fermier pour devenir bourgeoises et maîtresses du logis. Tiens, regarde là-bas cette jolie fille de la métairie de Rieux; elle est ma petite amie. Jeanie épousera le fils d’un monsieur de la ville. Je le lui ai promis, et elle sera une dame.
Tout en laissant mon sympathique photographe dans une grande perplexité et profitant d’un souffle qui agitait les grands marronniers, je m’en fus en silence dans un léger bruissement. Je ne revis jamais ce Charles Géniaux, mais grâce à lui, je peux réapparaître ici et là, aujourd’hui et demain. Il m’arrive toujours de hanter les souterrains du château de Rieux. Un jour, si vous y faites une petite visite pour me rencontrer (si ma foi, la révélation de votre misérable destinée ne vous effraie pas trop), prononcez doucement mon nom trois fois: “Naïa, Naïa, Naïa !” Et vous verrez !

Rochefort-en-Terre est une jolie cité du Morbihan nichée sur une crête rocheuse. Elle est bordée au nord par les Landes de Lanveaux et est entourée de Pluherlin et de Malansac. Vannes est à une quarantaine de kilomètres.

Un peu d’eau…

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On le sait, la Bretagne n’est pas la région idéale pour trouver du beau temps. Pourtant, dans le Morbihan, au mois de mai/juin, j’y ai souvent vécu de belles journées douces et ensoleillées. Cette année 2015 aura donné raison à tous ceux qui pensent que cette région est d’une beauté exceptionnellle en regrettant qu’elle soit en même temps située sous un immense nuage d’eau. En septembre dans le Vaucluse, pendant quatre semaines, il m’arrive de peindre chaque jour. Je parviens alors à produire une trentaine d’aquarelles. Le nombre n’est certes pas facteur de qualité, mais participe à l’apprentissage.
Cette année, le Morbihan ne m’aura pas favorisé. Journées infiniment pluvieuses, ou averses fréquentes, imprévisibles, auront été mon lot durant un mois. Un comble pour l’aquarelle de ne pas pouvoir profiter de la moindre goutte de pluie. Impossible de sortir une feuille de papier sans qu’elle se gondole sitôt franchi le pas de la porte. Il m’aura fallu jongler avec cette météo capricieuse, jouer au plus rapide en limitant ma présence sur le terrain pour réaliser une douzaine d’aquarelles.

Ce mauvais temps m’aura permis de réaliser quelques interprétations à partir d’aquarelles faites en live. Simplification des détails, travail sur l’ensemble, couleurs fondées davantage sur un ressenti personnel que sur une chromie réaliste.

Au fond d’un étang, dans un recoin inaccessible, j’ai découvert une confusion d’arbres et de branches fusionnant dans une eau noire. Une sorte de forêt vierge inexplorée, complexe. Le refuge de quelques bêtes à la recherche de tranquilité à en croire les traces relevées aux abords de la mare. L’ambiance était “glauque” à souhait, suintant l’humidité de toute part. Bactéries et champignons faisaient leur œuvre. Tout ce qui faisait “bois” se revêtait d’une couche verdâtre de pourriture. Aussi mystérieuse et profonde que la surface d’une laque noire, la mare rejetait de temps à autre un “rôt” à l’aide de quelques bulles venues de ses entrailles. Le motif était complexe, mais c’est avec délectation que j’ai aimé m’y aventurer…picturalement bien entendu.

Les gens pensent souvent qu’un paysage connu pour sa beauté, ou un endroit touristique très visité, donc dignes d’intérêt sont des bons sujets pour un peintre. Personnellement, j’aime la banalité d’un lieu. Et plus cette banalité est forte, plus le challenge m’apparaît excitant. Mettre en évidence les aspérités d’un lieu banal, n’est pas sans déconvenue et le résultat ne fait pas forcément l’unanimité. Après la verdure, j’ai tenté d’exploiter le minéral. L’univers minéral et principalement celui des rochers demeure moins séduisant aux yeux de la majorité des gens. Les principales difficultés que j’ai pu rencontrer, sont celles de la lumière. Contrejours, lumières trop fortes écrasant les relief, tonalités uniformes. Grisailles tantôt froides, tantôt chaudes selon l’heure. Sur le plan de la construction et du dessin, il est facile de se perdre dans les nombreuses fractures de la roche. La multitude de cassures, de saignées finissent par tromper l’œil et il arrive un moment ou il faut suivre son instinct et ne pas trop tenter de coller à la réalité. Résultat un peu âpre à l’image du sujet.

Ayant épuisé mon papier Canson Montval, je me suis dirigé vers un papier Moulin du Coq, 325 gr, grain torchon, 100% cellulose. Pour ma part, je regrette ce choix. C’est un papier au grain très grossier qui absorbe très mal l’eau. La trame de la feuille très marquée dans le sens vertical laisse couler l’aquarelle avec trop de facilité. La couleur ne semble jamais pénétrer au cœur du papier. J’ai fortement peiné sur les sujets que j’ai entrepris sur ce papier qui ne correspond pas à ma façon de travailler.

 

La citadelle de Port-Louis.

Le premier pont et la première porte de la citadelle.

Le premier pont et la première porte de la citadelle.

Après avoir passé deux ponts puis deux portes fortifiées, on pénètre enfin dans l’austère citadelle de Port-Louis. C’est marée basse, mais on comprend vite l’intérêt stratégique de cette défense en bout de presqu’île. Commandant l’entrée de la rade de Lorient, l’ouvrage se présente sous un plan rectangulaire bastionné aux angles. À marée haute, la citadelle est entièrement isolée par la mer qui vient écraser ses vagues contre les hautes murailles. Pendant les guerres de la ligue, catholiques et protestants s’affrontent partout en France. Le gouverneur de Bretagne, le Duc de Mercœur expulse les protestants, partisans du futur Henri IV retranchés dans la ville de Blavet (nommée Port-Louis désormais). En 1590, trois mille Espagnols conduits par Don Juan Del Aguila viennent soutenir le duc,  mettent à sac la ville et massacrent les habitants. Don Juan Del Aguila relève les retranchements de la ville tout en posant la première pierre d’une forteresse qu’il baptise de son nom “fuerte del aguila” (le fort de l’aigle).

Avant de franchir la deuxième porte.

Avant de franchir la deuxième porte.

En 1598, le traité de Vervins met fin à l’occupation espagnole, les Etats de Bretagne demandent alors la démolition de la citadelle. Mais la destruction de celle-ci ne sera jamais complète. Deux bastions, une courtine, les piles du pont, les casernes, deux corps de garde et la chapelle restent érigés.
Après l’assassinat d’Henri IV, quelques insurgés, en juin et juillet 1610 commencent à rétablir le fort. Mais les années suivantes sont l’objet de bien des hésitations sur son édification. La citadelle est reconstruite entre 1618 et 1621, lorsque Louis XIII décide de donner à Port-Louis le statut de ville royale. L’aspect actuel de la citadelle date de cette époque et malgré les apparences, on doit peu de chose à Vauban si ce ne sont les édifices construits dans la basse-cour (arsenal et parc à boulet) à une date plus tardive.

Le plan de la citadelle. Une inspiration des fortifications Vauban.

Le plan de la citadelle. Une inspiration des fortifications Vauban.

En 1666, la Compagnie des Indes Orientales s’implante dans la rade de Port-Louis. La ville de Lorient se crée à cette époque, et la citadelle, comme poste avancé dans la défense de la rade est considérée comme une protection suffisante contre une attaque venue de la mer. Les quelques modifications qu’elle subit pendant cette période lui permettent de soutenir un siège : citernes, puits et jardins potagers sont aménagés au XVIII ème siècle.

Jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale (elle est contrôlée par les Allemands de 1940 à 1945) la citadelle sert à la défense de la rade, puis elle est affectée à la surveillance du trafic maritime. Les derniers militaires quittent les lieux en 2007. Aujourd’hui, la citadelle abrite le musée de la Compagnie des Indes, le musée de la Marine, le musée des Armes, la donation Franck Goddio dédiée aux “Trésors des Océans”, ainsi qu’un important espace dédié au sauvetage en mer.
Le long des murailles, sur les bastions du fort, les goélands ont élu domicile et nichent en toute quiétude, sans se préoccuper des visiteurs. Les voiliers en fin d’après-midi, tirent quelques bords pour rejoindre Lorient, là-bas au fond de la rade, sous la protection superflue des lourds canons de fonte qui se décomposent inexorablement au gré des intempéries.

Le lac de Guerlédan

le barrage de Guerlédan entièrement découvert en mai.

le barrage de Guerlédan entièrement découvert en mai.


Le lac de Guerlédan à la limite du Morbihan et des Côtes d’Armor, allait être vidé afin de procéder à un minutieux examen technique du barrage du même nom. La vidange d’un lac, d’un étang ou de toute autre étendue d’eau maîtrisée par l’homme, est toujours un moment extraordinaire. La pratique attire bien toujours une foule très curieuse.

Aujourd’hui, avec une campagne media d’importance nationale, plaçant l’assec du lac sous le signe d’un événement exceptionnel et rare, il fallait vivre hors du temps pour ignorer la chose. L’idée de barrer le canal de Nantes à Brest au niveau de l’écluse de Guerlédan est imaginée dès 1921. Il faudra près de dix ans pour édifier le barrage et son inauguration se fera le 12 octobre 1930. Ainsi formé le lac stoppe l’activité des carrières de schiste et immerge les abris de carriers, de nombreuses écluses (17) et plusieurs maisons d’éclusiers. Depuis son inauguration, le lac avait été mis à sec par deux fois. En 1975 et 1985, plus deux millions de visiteurs s’étaient pressés pour découvrir la vallée engloutie.

En avril de cette année 2015, l’ouverture des vannes est décidée. L’eau s’écoulera pendant un mois jusqu’à l’assec complet du lac au mois de mai. Le Blavet retrouvera son lit ancestral et la vallée de Guerlédan se découvrira figée par trente ans de silence et d’obscurité.

Avant d'emmener des visiteurs, notre guide inspecte le circuit au fond du lac.

Avant d’emmener des visiteurs, notre guide inspecte le circuit au fond du lac.

L’occasion est trop belle pour visiter le site et prendre quelques immortelles photos. C’est décidé, on ira ce jour à Guerlédan. La météo nous annonçait une belle journée ensoleillée. Ça sera une belle journée bretonne, c’est à dire grisaille et petit crachin. Routes interdites, circulation automobile canalisée par des circuits aux couleurs vives, tout est organisé pour un débarquement en masse. La dimension des parkings, tracés à même les champs avoisinants (qui devaient produire il y a quelques semaines encore patates, artichauts ou céréales), ne me rassure pas plus. En cas de pluie persistante, le terrain risque de se transformer en véritable bourbier, duquel il sera délicat de sortir la voiture. À partir du parking, trouver le point de départ des visites du site est d’une facilité enfantine. Il suffit de suivre, comme un fil d’Ariane, le petit chemin bien marqué par les milliers de pédestres qui nous ont précédé le week-end dernier.

Nous ne serons que six à nous présenter à l'ouverture des visites.

Nous ne serons que six à nous présenter à l’ouverture des visites.

Le propriétaire va pouvoir récupérer son canoë...

Le propriétaire va pouvoir récupérer son canoë…

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Attention danger. Les fonds sont encore très liquides et la vase atteint 1,20 mètres à certains endroits.

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La vase commence à sécher.

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Les berges encore très liquides du Blavet semblent si douces.

Des jeunes filles transies dans une cabane cubique attendent les premiers visiteurs et se présentent comme guides. Nous attendrons une petite demi-heure dans le vent, le froid et la bruine qu’un groupe se forme. Loin de la “populace” que je craignais, nous sommes six à enfiler des chasubles orange fluo marquées EDF. Une façon de ne pas perdre un visiteur au fond du lac, mais surtout le moyen de repérer les resquilleurs qui profitent des explications d’un guide sans  concéder la moindre obole. Je m’embrouille un peu avec la chasuble, les sangles du sac à dos, celles de l’appareil photo et la capuche du K-Way. À hauteur du barrage, je suis impressionné par la profondeur du site et par le degré de pente de la vallée découverte. Le niveau du marnage est marqué par une nette différence de couleur de la roche. Quarante mètres plus bas, le Blavet coule paisiblement bordé par des rives molles et brillantes chargées de vase olivâtre. Quelques arbres comme pétrifiés, tendent encore  leurs branches vers l’espace enfin découvert. Il règne un calme impressionnant, étrange.
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On n’entend aucun oiseau et nul d’entre eux ne survole la profonde dépression. La question fuse parmi le groupe : “— Et les poissons où sont-ils ?”. C’est vrai ça ! Que sont-ils devenus ? Le lac contenait 20 à 30 tonnes de poissons dont 4 à 5 tonnes de carnassiers qui ne pouvait pas survivre à cette vidange totale.

Les plus beaux spécimens, surtout les reproducteurs ont été transportés dans les plans d’eau les plus proches. Par ailleurs, plus de 200 kg de poissons de la vidange du lac, ont été vendus au public à Mûr-de-Bretagne. Une fois le site remis en eau, 13 tonnes de poissons sont prévus pour le rempoissonnement. Les pêcheurs devront attendre 2 ans avant de plonger leur ligne dans les eaux de Guerlédan. Notre jeune guide nous abreuve de chiffres. Tant de tonnes de ciment pour le barrage, tant de milliers de kilowattheures gagnés en énergie, et une énumération de dates des “temps anciens”. Autant de précisions que ma mémoire oublie immédiatement puisque tout ce qui ressemble à un chiffre m’est particulièrement indigeste. Moi, ce que je veux, c’est descendre au fond du “puits”. Là-bas, au plus proche de l’humide qui scintille. À pas comptés, nous descendons vers le Blavet en contrebas par un chemin en forte pente. Je félicite la guide pour le tracé du circuit. Celle-ci me réplique que tous les chemins visibles et notamment celui que nous empruntons, datent de l’époque à laquelle les habitants se rendaient dans la vallée. L’eau n’a fait que conserver en l’état tous les sentiers existants.

Le bateau langoustier coulé pendant la guerre par la RAF.

Le bateau langoustier coulé pendant la guerre par la RAF.

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La vase se pare d’une peau reptilienne.

Au plus bas, et sur la droite, à l’entrée d’une entaille profonde dans la gorge rocheuse, une épave se dévoile mi-enfouie dans la vase. Ce bateau langoustier  qui mena une vie tranquille au gré des visites officielles, fut réquisitionné par l’armée allemande pendant la guerre, et servit à la surveillance du barrage. Attaqué par la RAF en 1943, il repose désormais par plus de 40 mètres de fond sur l’ancien lit du ruisseau de Poulham. La visite est terminée. Au “Rond Point du Lac”, nous n’en verrons pas plus.

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Le nettoyage du lac ne s’est pas fait partout avec application.

Les visites sont interdites sous le niveau de marnage du lac en raison d’une part du risque d’enlisement (plus de 1,20 m de vase liquide), et de la dégradation du site par des visiteurs pas toujours là pour profiter des paysages spectaculaires. La saison estivale séchera peu à peu les berges aqueuses du lac. De la vase craquelée, émergera une végétation rase qui s’étendra en un somptueux tapis vert tendre. Pour l’heure, nous sommes déçus et nous restons sur notre faim. Sur les recommandations d’un connaisseur, nous filons à  l’anse de Trégnaton où la vue en surplomb est magnifique. Le regard embrase un vaste panorama. Mon attention est tout de suite captée par les traces de constructions et la présence d’anciennes maisons émergées qui contrastent par leurs formes géométriques dans le paysage sirupeux. Tout est parfaitement conservé, figé dans le temps. Une dénivellation dans le terrain a créé une petite cascade qui entraîne sur quelques mètres la rivière dans une course accélérée. Ce sera le seul mouvement de vie visible et auditif au fond de la vallée. Je descends de quelques mètres pour m’approcher des anciennes exploitations d’ardoises. Les trous béants (70 m de profondeur) sont bien là, comme des bouches voraces, insatisfaites ou à la recherche d’oxygène…ou prêtes à avaler un malheureux visiteur ! D’habitude cachées sous les eaux, elles conservent toute leur mystérieuse noirceur. Et bien fou celui qui tenterait de s’y aventurer. De part et d’autre, des cuvettes retiennent encore un peu d’eau croupie. Sous l’action de la chaleur, les bords de ces petits cratères se fendent dans une géométrie inattendue. La vase étend une palette de couleurs incroyables allant du blanc au rouge comme le témoignage d’une inflammation sur une peau monstrueuse.

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Des cuvettes d’eau croupie, finissent de s’assécher.

Les légendes vont bon train à propos du lac de Guerlédan. Sa forme de dragon a sans doute contribué à enflammer les imaginations. Mais, point de village englouti ou de clocher dont on pourrait entendre parfois, par une nuit sans lune, le sombre tocsin. À propos des temps historiques certains évoqueront Konomor (VIè siècle), effrayant Barbe Bleue breton qui tuait ses épouses successives dès qu’elles accouchaient. Puis de l’horrible Hervé de Kerguézangor seigneur de Ville-Audrain et de Mûr-de-Bretagne qui au XVIè siècle, rançonnait, pillait, violait tout ce qui circulait dans la région. Il s’empoisonnera pour échapper à la justice et sa femme sera décapitée en 1570 à Rennes. Plus proche de nous, on parle aussi d’un crime dans une des maisons du lac. En 1900, un règlement de compte entre carriers de l’époque qui extrayaient le schiste ardoisier provoqua l’émoi dans la région. Un contremaître fut tout simplement saigné comme un porc et dépecé sur une planche.

Une vue générale depuis l'anse de Trégnanton.

Une vue générale depuis l’anse de Trégnanton.

Novembre 2015 marquera le début du remplissage de la retenue d’eau par le débit naturel du Blavet. Il faudra plusieurs mois avant que le lac ne retrouve son niveau habituel. La centrale hydroélectrique sera remise en service début 2016. Une fois rempli, Guerlédan retrouvera sa forme de dragon chinois et les randonneurs continueront de suivre sa berge torturée en ayant parfois l’impression de revenir sur leur pas. La base de loisirs s’animera de nouveau bruyamment. Les travaux effectués sur le barrage permettront désormais à EDF d’inspecter l’édifice en toute sérénité sans procéder à la moindre vidange. 2015 est donc un événement exceptionnel, l’année ultime pour voir une dernière fois le spectacle de la vallée engloutie. Il reste encore quelques mois pour en profiter.