Reliquat Morbihan

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Je solde sous forme d’une grande galerie un reliquat de peintures réalisées dans le Morbihan. Je vous épargne la masse de dessins réalisés conjointement aux peintures. Tout cela n’étant plus d’actualité pour moi, je dois dire que mon intérêt artistique est aujourd’hui dirigé vers d’autres sujets. Ayant été testé positif au Covid 19, les sujets de grand air ont perdu beaucoup de leur saveur. La figure humaine plus facilement exploitable dans mon environnement de “surconfiné”est devenue incontournable dans mes objectifs.

J’avais commencé dans un camping désaffecté à travailler une série sur la dégradation des biens. Je n’ai pas eu le temps d’approfondir la démarche. Je dirai que j’en suis resté uniquement à la marge, sans vraiment en avoir saisi l’essentiel. À poursuivre si tant est que la prochaine fois il existe quelques éléments encore visibles.

Été 2020 (3)

Ria d’Étel près de Nestadio.

Après les mois de juillet et d’août envahis par des vacanciers déconfinés en manque de liberté et à la recherche de grands espaces, le Morbihan a retrouvé un peu de calme. J’ai profité du mois de septembre pour explorer une certaine partie des paysages de la rivière d’Étel.
La rivière d’Étel ou ria d’Étel est un petit fleuve côtier du Morbihan, qui coule dans un aber, c’est-à-dire que sa vallée profonde est envahie par la mer Atlantique à marée montante. Mer et rivière forment une baie longue au total de 35 km parsemée d’îlots plus ou moins recouverts. Du fait des marées, des volumes d’eau importants entrent et sortent de cette nasse. La ria produit des courants très violents. À l’embouchure de la rivière, la barre d’Étel, un banc de sable sous-marin formé par le croisement des courants, rend la navigation très difficile. En atteste ce drame qui reste dans la mémoire des plus anciens.
Le 3 octobre 1958, Alain Bombard se rend à la barre d’Etel pour tester un nouveau type de radeau de survie. Un rouleau provoqué par la barre retourne l’embarcation. Le canot de sauvetage venu à son secours chavire aussi. Quatre personnes périssent parmi les occupants du bateau de Bombard et cinq parmi les sauveteurs.

Mais la ria d’Etal au delà de la frontière avec l’océan est un mode à part. C’est un havre de paix et de calme où les eaux semblent glisser lentement sur les estrans au gré de chaque mouvement marin. Les chemins sont pris de tournis et ne comptent plus les tours et le détours, longeant au plus près les avancées et reculées des terres. D’une route ou d’une voie carrossable, il me faut faire bien du chemin à pied, chargé de tout mon matériel pour m’installer au plus sauvage. Je profite aussi des lueurs de l’aube, des levers du jour roses et jaunes dans une quiétude incroyable juste troublée par quelques cris d’oiseaux de mer.

Curieux de me confronter à un sujet plus dynamique, peut-être par lassitude du calme bienveillant de la ria, j’ai posé ensuite mon chevalet aux Roches du Diable à Guilligomarc’h. Au milieu d’un énorme chaos granitique, coule l’Éllé, rivière impétueuse et torrentielle dont les eaux fraîches ne cessent de se fracasser contre les rochers aux formes étranges qui – dit la légende – étaient autrefois la propriété du Diable.

Pour la partie technique, toujours la même difficulté de peindre sur le motif en raison de la lumière qui change bien plus vite qu’il m’en faut pour rendre l’aspect. De ce fait, chaque peinture est réalisée en une seule séance n’excédant jamais trois heures. Comme à chaque fois, j’ai dû m’adapter à ce problème de timing en essayant de garder en mémoire tout au long de la séance, ma toute première impression.

Été 2020 (2)

(Série 2, campagne et monotype)

Pas de discours car il n’y a pas grand chose à dire. Un peu de verdure, la campagne, le parc alentour et des monotypes toujours réalisés avec les moyens du bord. Côté climat, la Bretagne ne tient pas ses promesses et le Morbihan encore moins. Il fait chaud, très chaud en ce moment et les sorties peinture ne se font que le matin tôt à la fraîche. L’après-midi il est impensable de sortir ses tubes, même à l’ombre. 

Été 2020 (1)


(Série 1 côte sauvage de Quiberon)

Il existe une grande différence entre le Morbihan que je connais en avril/mai ou septembre et le même Morbihan en été. En juillet/août comme ailleurs, la région devient le lieu privilégié de hordes envahissantes chaussées de tongs plastique et enduites de crème solaire. Il faut s’éloigner des côtes et des plages de sable blanc pour trouver un peu de calme et ressentir enfin les odeurs naturelles. Pas de chance pour moi qui ai décidé de peindre la côte sauvage de Quiberon comme je le fais systématiquement à chacune de mes visites ici. Une seule et rectiligne route transporte dans un sens et dans l’autre matin et soir des milliers de véhicules, mélangeant sans distinction les autochtones pressés et les “tongs” indolents. Inutile de vous dire que cette route est un enfer et que pour parcourir chaque jour quelques kilomètres, qui relie la terre à la presqu’île, il faut n’avoir aucun rendez-vous urgent. L’heure de départ est certaine, celle d’arrivée est hypothétique. La seule alternative valable et éprouvée que j’ai adoptée, c’est de me trouver face à la mer, matériel en place dès 7h30 et d’organiser mon retour avant 11h. Évidemment, il ne faut pas trop traîner le pinceau en main. Toutes les peintures de petit format sont des pochades impressionnistes réalisées en 1 ou 2 h maximum. Une bonne séance me permet de peindre 2 sujets à la suite. Lorsque les touristes sont trop nombreux sur le chemin côtier ou que les parkings “squattés” par ces foutus camping-cars sont inaccessibles, je me tourne vers la zone dunaire délaissée par tous…à part les promeneurs de chiens. Je me suis rendu compte que la plupart de mes peintures représentaient la falaise à gauche et la mer à droite. Ce choix est la plupart du temps conditionné par la météo, la couleur du ciel, la hauteur du soleil qui crée des zones d’ombre et de lumière. Et puis il y a souvent du vent. Lui tourner le dos est aussi une bonne raison pour se positionner.

Tristes restes

Quelques baraquements au milieu de la dune grise infestée de lapins insouciants, des pistes qui se croisent en direction de la côte toute proche, des voies étroites qui se perdent dans des massifs épineux, il n’était pas nécessaire de rajouter une couche de brume poisseuse pour rendre l’endroit particulièrement désolant. J’ai pu m’imaginer tout un passé très dramatique au risque d’une interprétation bien loin de la réalité. De l’occupation allemande jusqu’à nos jours, en passant par l’installation de l’armée française qui y effectuait des essais de tirs, cette lande balayée par les vents marins, n’offre pas grand intérêt historique à part ces quelques signes ou débris datés d’hier et d’avant hier. Difficile de faire la part des choses entre ce qui appartient vraiment à l’histoire et ce qui appartient à la banalité de notre époque. Les couches d’histoire se sont superposées dans la plus grande indifférence. Aujourd’hui, le vent balaie la pelouse rase et fait plier les pins maritimes, l’air salin ronge le métal, arrache au béton sa peau rugueuse, et expose au froid et à la solitude le squelette cramoisi de quelques gardiens fantomatiques.

Inside one

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Ayant passé un certain temps sur le dessin avec l’encre, j’avais besoin de renouer avec l’odeur de l’essence de térébenthine et de la couleur. J’apprécie les petits formats qui permettent de changer de sujet plus rapidement, et de rester toujours à la limite d’une peinture trop finalisée. C’est aussi la possibilité de changer un peu ma manière de peindre, de faire des tentatives techniques ou tout simplement d’expérimenter des rapports de couleur différents. Les trois premières huiles ont pour sujet le Morbihan, la côte sauvage de Quiberon (comme bien souvent). Les quatre peintures suivantes sont des représentations de villages du Vaucluse. 

J’ai employé différentes manières pour traiter ces sujets. Une touche plus libre pour les paysages de mer et une expression en applat, basée davantage sur les contrastes pour les villages. J’ai imaginé les maisons comme des cubes de construction, s’emboîtant les uns dans les autres. Il y a souvent un équilibre à trouver entre le respect de la perspective et la liberté d’expression. La dernière huile est en cours de réalisation et sera plus “structurée”.

Étapes

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J’ai entrepris une peinture de la côte sauvage de Quiberon sur une grande toile (92×65 cm). Je dois dire que j’avais un peu sous estimé le travail à effectuer compte tenu du format. Et d’ailleurs, même aujourd’hui, je ne sais pas si cette peinture est réellement terminée. Je réalise parfois quelques photos des étapes en cours. Ces images me permettent de voir ce que j’améliore et aussi ce que je perds à chaque modification ou avancée du travail. Car il est loin de croire que l’on ne fait qu’améliorer les choses. Bien souvent on dégrade certaines parties et contrairement à l’ordinateur où l’on peut faire un retour arrière…là, c’est trop tard.

Vue 1

Vue 2

Vue 3


Je passe vite fait sur les 3 premiers clichés qui ne sont que la mise en place des éléments par rapport au format. Les principales couleurs sont indiquées assez grossièrement. Si le bleu n’avait pas été aussi “brillant”, le cliché 3 aurait pu constituer une bonne pochade et se suffire à elle-même.

Vue 4

Sur la vue 4, je suis à l’achèvement de la peinture. L’ensemble est pour moi beaucoup trop “coloré”. Je trouve le ciel en mauvaise adéquation avec la couleur de la mer. Les rochers à droite sont trop “orangés”, ceux de gauche sont trop clairs, pas suffisamment dans l’ombre. Tous les verts sont trop acides et “crient” beaucoup trop. Le regard est surtout attiré par la zone claire de la mer.

Vue 5

La vue 5 présente une couleur générale plus harmonieuse, plus douce. Le ciel est plus cohérent avec la mer et la lumière générale. La falaise à gauche est un peu trop assombrie sur ses flancs. Par contre, à droite j’ai perdu toute la lumière sur les rochers et j’ai également perdu le dessin des blocs et les contrastes. Les verts sont moins agressifs et le chemin clair en bas à droite rentre plus dans le champ de vision.


La vue 6 est donc la version “définitive” actuelle. Le ciel est traité assez gris avec une mer dans le même rapport de couleur. La mer est bien trop lisse à mon goût. Elle manque d’animation. J’ai reconstruit et éclairci les rochers à droite. Enlevé du noir et re-dessiné un peu les rochers à gauche. La partie bord de falaise avec la butte a été retravaillée et ravivée en couleur afin de se décoller des rochers dont elle se confondait à certains endroits.

Je ne suis pas satisfait du résultat, mais j’en reste là…pour l’instant !

Carbon Ink

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Un moment lors des grandes marées

Si le mois de septembre passé dans le Morbihan n’aura pas été très prolifique sur le plan de la peinture, c’est aussi parce que je me suis investi davantage dans le dessin. Le dessin est une activité qui ne réclame pas un matériel très conséquent. On peut se satisfaire d’un minimum de choses. Ce qui a l’avantage de reléguer boite-chevalet, tubes, pinceaux et autre médiums et essence à la maison. Il est vrai que parfois, j’en ai un peu marre, chargé comme une mule, de marcher à la découverte d’un coin pour peindre.
J’ai acheté un grand carnet de dessin qui me fournit une fois ouvert, un format de papier bien blanc de 42×60 cm. Il y a de quoi s’exprimer ! Le dessin avec de l’encre, s’est imposé comme une évidence puisque je voulais “voyager” léger. J’ai déjà manié le porte plumes et le stylo plume pour les croquis sur le vif. Pour croquer la mer il me fallait un outil plus rapide. Passer immédiatement d’un trait léger et vif à un trait épais et lourd, sans oublier que la matière solide comme les rochers nécessitent souvent des aplats bien contrastés. J’avais donc besoin d’un outil flexible, se laissant manipuler sans rechigner.

Des cure dents plastiques en guise de plumes

Finalement, c’est en taillant selon mes besoins des cure-dents plastique en forme plume d’oie, que j’ai trouvé l’outil idéal. Engagé dans une tige de bambou, c’est devenu mon “porte plume” préféré. Matériel très primaire, fonctionnel, léger et d’un coût ridicule, complété d’une bouteille d’encre et le tour est joué. Personnellement je n’utilise pas à l’extérieur l’encre de chine qui a tendance à sécher trop vite et qui empâte plumes et pinceaux. À cette encre épaisse et grasse, je préfère l’encre noire Colorex de chez Pébéo ou des encres indélébiles comme celles de chez Noodler’s Ink, de De Atramendis, ou Platinium Carbon Ink…qui sont très très noires et parfaitement liquides. Tous mes dessins sont réalisés avec l’encre de chez Pébéo.

De mer et de vert

Petite moisson de peintures pour cette période de septembre dans le Morbihan. Moins de campagne cette fois-ci et un intérêt renouvelé pour le bord de mer. Principalement la côte sauvage de Quiberon qui reste un point attractif pour son aspect constamment tumultueux. Les conditions d’installation ont été parfois difficiles en raison de places accidentées peu pratiques à l’installation d’un chevalet. Tenir soi-même sur une plateforme réduite ne proposant aucun recul m’a souvent demandé de l’attention. Malgré le beau temps et une mer entre le turquoise et le bleu/violet, les rafales de vent m’ont parfois empêché de poser avec précision, mon pinceau sur la toile à l’endroit voulu. Même en prévoyant les séances de peinture selon le guide des marées, il m’a été difficile de retrouver deux fois de suite soit la même lumière, soit la même hauteur d’eau.

J’ai dû m’adapter aux conditions comme toujours avec la nature. Il m’est arrivé sur une deuxième séance, de repeindre en partie ou en totalité le même sujet tant la lumière, les couleurs avaient changé. Mes peintures de mer sont des représentations cumulées des effets de la mer. Impossible de saisir dans l’instant un effet de houle, d’écume jaillissante, du fracas d’une vague sur une roche dressée comme un menhir. L’observation minutieuse du rythme des vagues permet de prévoir le moment où celles-ci reviennent avec la même intensité. Tout cela reste malgré tout du domaine de l’interprétation. Pousser trop loin le réaliste dans ses détails serait sans doute aussi figer le mouvement. Figurer la mouvance générale ma parait être le meilleur compromis.

Sous le soleil et en terme de couleur de l’eau, j’ai été surpris de l’intensité du bleu dans les zones les plus profondes. Lorsque la lumière éclaire une roche submergée à faible profondeur, et que la vague vient la recouvrir, par transparence des reflets verts apparaissent. Le rocher, dont la tête hors d’eau s’illumine au soleil levant, projette des miroitements jaunes sur la crête de la houle. Ces subtilités sont très fugitives et difficiles à rendre dans le temps de la peinture en plein air.
Tous les éléments de la côte sauvage, rochers, mer, plages et pelouses rases, changent de couleur en fonction de la lumière. Au lever du soleil le jaune orangé domine pour les parties claires et les tons de marron, de violet, de bleu sont dévolus à l’ombre froide. Puis vient l’ambiance blanche, composée de gris à peine colorés ou la matière s’écrase sous la lumière. Les ombres sont dures et noires comme des taches d’encre de chine. Sous une ambiance triste et morne, la roche prend une teinte marron, rose, avec une pointe de bleu/violet pour les zones sombres. Parfois sur le motif, j’adopte la solution de la photo. Une prise de vue en début de séance de peinture et une autre en fin de séance. Si pour diverses raisons, je n’ai pas la possibilité de revenir au même endroit pour continuer la peinture, la photo me permettra d’achever tranquillement le sujet.


Cette côte sauvage de Quiberon a été peinte de nombreuses fois par Maxime Maufra, qui fut un ami de Gauguin, de Pissaro, de Sisley ou de Seurat. Maufra était un peintre paysagiste de grand talent dont la peinture très vivante ne faisait aucune concession aux détails.
Arrivé le 12 septembre 1886 à Belle Ile en mer, toute proche de Quiberon, Claude Monet en repart le 25 novembre après avoir réalisé près de 40 toiles. C’est le début des réalisations en “série” qu’il produira ensuite toute sa vie (les peupliers, la cathédrale de Rouen, les nymphéas etc…)
Voici ce que disait Claude Monet de son travail à Belle Ile en mer :
“Pour peindre la mer, il faut la voir tous les jours, à toute heure et au même endroit pour en connaître la vie à cet endroit-là”.
“Je travaille aux mêmes places par tous les temps. J’ai fait une excellente journée, j’ai travaillé à sept toiles, je ne me suis pas arrêté une heure dans toute la journée”.

Morbihan in pace

Morbihan, la côte sauvage de Quiberon, pointe du Percho.


Je ne sais pas si la réussite d’un séjour peut-être liée proportionnellement à son niveau d’ensoleillement. En ce mois de mai, dans le Morbihan le temps aura été jour après jour idéal et presque constant avec de douces journées propices aux promenades méditatives et à une activité de peinture assez intense.

Les moments partagés avec de nombreux amis, autour d’un bon repas ou lors d’autres occasions moins friandes, ont aussi largement occupé mes journées. J’ai retrouvé avec plaisir mes “amis peintres”. Les “pros”, ceux qui manient avec certitude le pinceau et aussi mes “gentils élèves amateurs” dont la confiance qu’ils accordent à mes conseils ne fait que renforcer ma responsabilité envers eux.
Partager selon le niveau de sa propre expérience n’est pas toujours chose aisée, surtout dans le domaine artistique qui comprend certes une partie matérielle et technique facilement identifiable, mais et surtout, un univers du sensible et de l’interprétation qui est propre à chacun. Cette partie que je regrette toujours de ne pas pouvoir développer plus longuement est victime des disponibilités des uns et des autres. Avec un nombre de séances restreint, il faut aller au plus significatif. La confrontation avec la nature, celle qui bouge à tout instant est une bonne expérience. Mes “gentils élèves” ont été servis et surpris de se retrouver parfois dans des endroits improbables que seuls les goélands pouvaient leur disputer.

Danielle et André prêts à prendre leur envol à la pointe du Percho.

L’équilibre est instable, mais la vue imprenable.

Rester concentrée en milieu délicat.

Dans le paysage perçu des premiers jours ce qui m’a incroyablement étonné, c’est l’abondant volume de verdure, son intensité, sa variété de nuances. Des verts épais et profonds comme sculptés dans la masse, mêlés aux tonalités tendres et lumineuses, à l’instar d’une absinthe avant le trouble du goutte à goutte. Une fois de plus, je me suis battu sang et eau avec cette verdure envahissante et souvent changeante.
Alors que la douce et belle campagne m’environnait totalement sitôt le seuil de la porte franchi, la possibilité du rivage, de la mer, du roc ne m’aura attiré que dans un deuxième mouvement.
Sur cette côte hérissée de rochers, planter mon chevalet et trouver un équilibre se fit parfois avec difficulté. C’est là au milieu de ces blocs noirs, par un petit matin frais alors que le soleil pointait à peine, que j’ai vécu ma plus belle rencontre. Silencieusement, tout timide dans son allure un peu “chiffonnée” un vieux monsieur s’est approché de moi en s’excusant presque de me déranger. Il portait un bonnet de marin en laine bien enfoncé sur un visage tranquille, une veste de toile décolorée qui avait vu la mer plus qu’il n’en fallait.
“Lorsque je vous ai vu de loin, en ombre chinoise sur cette pointe de rochers en train de peindre, j’ai eu un choc !”
Il y eut un silence, le temps qu’une vague vienne se fondre à nos pieds.
“En une fraction de seconde, ça m’a fait tout drôle, je me suis senti dans un autre siècle. J’ai songé immédiatement à cette époque fantastique des impressionnistes où les peintres se rencontraient dans la nature. Vous savez, le tableau de Courbet “Bonjour monsieur Courbet”…ça m’est apparu immédiatement. Mais là maintenant, c’est la réalité. Vous ne pouvez pas savoir combien ça me fait plaisir de vous voir.”
Nous avons parlé un bon moment, de peinture, de l’importance de la contemplation, de l’avantage et de l’inconvénient de l’âge, tout simplement de la vie qui est en nous. Nos phrases étaient suivies d’un long silence comme pour en peser véritablement le sens.

Sept petits coquillages Trivia, aux appellations nombreuses…porcelaine, grains de café etc.

Plusieurs fois mon visiteur m’a rappelé son plaisir d’échanger. Nous avons partagé un sourire complice et après un silence un peu plus long que tous les autres, il fouilla dans sa poche. Dans un mouvement silencieux il déposa à mes pieds, dans le creux d’un rocher, sept petits coquillages.
“C’est pour vous, un porte bonheur, pour vous remercier de la bonne journée que je vais passer grâce à vous. Je suis très content.” 
Il prit congé et disparut aussi discrètement que pouvait le laisser supposer sa frêle silhouette. J’étais confus et heureux en même temps. Cet échange venait de renforcer mon sentiment qu’avec quelques mots simples, quand les êtres sont capables de s’ouvrir aux autres, il est facile de trouver le chemin de l’intelligence. Finalement, dénué de haine et de préjugés l’être humain n’est peut-être pas si mauvais que ça 

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