Sixième extinction

Mis en avant

Depuis plusieurs années j’ai abandonné la macrophoto en raison de la disparition de la plupart des insectes qui présentaient un aspect intéressant sur le plan du comportement et pour ma part sur un plan surtout esthétique. J’ai toujours eu l’habitude au printemps comme à l’automne de visiter un étang auprès duquel je pouvais trouver libellules, agrions et autres bestioles…Dans un petit espace formant une zone humide, un marais de quelques dizaines de mètres carrés, il m’arrivait de rencontrer d’autres photographes, spécialistes des Odonates, parfois à la recherche de la perle rare. L’endroit était riche de prises. J’ai vu cet endroit se transformer peu à peu et perdre son intérêt pour toute espèce vivante.

Thomise

Des arbustes ont pris essor sur quelques mottes coiffées de grandes herbes. Les laîches se balancent au moindre souffle venu de l’étang voisin. L’endroit paraît mort…et pourtant, en me frayant un chemin parmi la végétation sauvagement implantée, plusieurs agrions s’envolent, quelques sauterelles me sautent dans les jambes. Est-ce le résultat d’un changement climatique plus favorable qui a fait éclore cette faune si discrète jusqu’à présent ?

Agrion

Sur une salicaire, je découvre une libellule rouge (sympetrum rouge sang), puis deux puis trois perchées sur les branches sèches d’un pin abattu.  Elles me donnent beaucoup de mal pour les approcher. De leurs gros yeux “robotisés” elles me détectent à plusieurs mètres. D’autant qu’en cette belle fin de journée, bien réchauffées, elles restent en chasse et très nerveuses. En examinant de plus près les tiges des phragmites, je découvre de nombreux agrions au thorax électrique…et même un argus bleu endormi (petit papillon beige aux ailes bleues intérieures) qui semble bien seul. Égaré sans doute, au risque de devenir la proie d’une libellule. Une grande sauterelle verte empêtrée dans les herbes me fait penser à un sauteur à la perche qui loupe son saut. Un peu plus loin, au bord d’un chemin je m’amuse avec une araignée crabe (thomise) qui passe d’un côté et de l’autre d’une fleur blanche, me menaçant de ces pattes tenailles. Quelques petits insectes ici et là complètent ma collection (mouche limnia unquicornis, araignée épeire diadème, charançon…). Finalement une récolte pas si mauvaise pour cette fin d’après-midi et cette 6ème extinction en voie de devenir.

Agrion

Le lucane

Lucane aussi appelé couramment "cerf-volant"

Lucane aussi appelé couramment “cerf-volant”

Je me souviens dans mon enfance, nous étions des garnements toujours prêts à parcourir prairies et forêts à la recherche d’un potentiel ennemi soit-il déguisé en indien ou simplement doté d’un chapeau de cow-boy.
Malgré notre affairement à la pacification de notre territoire, et quoique les adultes puissent penser de l’attention des enfants, nous n’en étions pas moins attentifs à la nature environnante. En fait, nous l’examinions à notre échelle et à notre hauteur. Plus celle-ci se présentait de façon minuscule, plus nous avions le sentiment de pouvoir la maîtriser. C’est ainsi, que nous dénichions près des châtaigniers, mais le plus souvent à proximité des gros chênes, cet insecte caparaçonné aux imposantes cornes que nous appelions “cerf-volant”. Le lucane ou Lucanus cervus de la famille des Lucanidae.

Dressé sur ses pattes en signe de défi.

Dressé sur ses pattes en signe de défi.

Des mandibules impressionnantes même pour un humain.

Des mandibules impressionnantes même pour un humain.

Parmi les valeureux guerriers que nous étions, il en fallait toujours un, plus courageux que les autres pour se saisir du monstre. Contrairement à ce que l’on croyait, le mâle avec ses grandes “défenses” pinçait beaucoup moins que la femelle avec ses mandibules très courtes et très puisantes. Mais, la plupart du temps, nous ne trouvions que des mâles que nous présentions face à face en nous réjouissant à l’avance d’un combat de “titans”. Après s’être précipités l’un vers l’autre, et saisis dans une étreinte brutale, arc-boutés tête contre tête, les deux guerriers s’immobilisaient subitement, mandibules entremêlées. Notre impatience était à son comble. Du bout d’une brindille, nous aiguillions l’un puis l’autre. Mais rien n’y faisait. Était-ce le besoin de reprendre des forces avant un nouvel assaut ou le temps nécessaire de mettre au point une stratégie de victoire. J’avoue n’avoir jamais vraiment compris selon quelles règles, définissant les combats, l’un des protagonistes abandonnait la partie. Lorsque nous trouvions une femelle, nous ne manquions pas de la mettre en présence d’un gros mâle. Mais, la plupart du temps, il ne se passait pas grand chose. La rencontre ne provoquait pas en nous l’excitation que nous procurait l’affrontements des mâles.

Des cornes de taureau et l'étreinte se resserre.

Des cornes de taureau et l’étreinte se resserre.

Une trompe ou une défense menaçante...

Une trompe ou une défense menaçante…

Je n’avais plus entrevu de lucane depuis ces moments de l’enfance. Et là, aujourd’hui, sous mes yeux, un magnifique spécimen se promène paisiblement sur une vieille bûche de chêne dans le jardin. Petit insecte courageux, l’approche de l’objectif photo le fait se dresser mandibules écartées dans un geste de défi. Je ne peux qu’admirer ce courage malgré l’aspect dérisoire de l’intimidation. Si je devais faire de l’anthropomorphisme, je miserais sur l’inconscience et la présomption de l’insecte. Mais, la nature même du lucane est tout simplement de défendre son territoire et de préserver son espèce. Précisément, l’espèce tend globalement à se raréfier et est désormais protégée. Elle fait même l’objet d’une enquête nationale depuis 2013. Sur son écorce, le temps de quelques photos, le cerf-volent est resté pétrifié. La séance terminée il a repris sa marche lente et saccadée pour disparaître enfin entre deux rondins. Les jours suivants, j’ai tenté vainement de le rencontrer à nouveau, mais il avait définitivement disparu.

Caparaçonné comme un monstre antédiluvien.

Caparaçonné comme un monstre antédiluvien.

Il s'en fut en père peinard.

Il s’en fut en père peinard.

Lumière d’été

On pense souvent que l’été avec ces beaux jours, son soleil radieux et son ciel bleu représente la saison la plus favorable pour la photographie. C’est vrai dans une certaine mesure si l’on respecte certaines conditions.

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Les périodes de belle lumière sont relativement courtes en été. Et en photo, la lumière est un élément primordial. Il faut donc être sur le terrain un peu avant le lever du soleil et plier bagage 2 heures après. Pour moi ce matin, ça sera un réveil à 5h. Le temps de me préparer, de me rendre sur le lieu de prise de vue en voiture, de marcher un peu, il sera 6h30. Le soleil n’est pas encore levé. En me plaçant dans une pente, face au soleil, je profite d’une lente et progressive arrivée de la lumière. Je teste l’ambiance en saisissant la lumière encore froide du petit jour sur quelques “scabieuses des champs”. Le contrejour naissant me fait apparaître petit à petit toutes sortes de détails jusqu’ici dissimulés. J’ai repéré parmi les hautes herbes, encore dans l’ombre de la nuit, une trés belle araignée au centre de sa toile (argiope bruennichi ou argiope frelon). Il me faut patienter encore un peu afin que le soleil vienne éclairer la toile. Des petits escargots s’aventurent timidement en haut des plantes. Je m’agenouille, m’allonge pour faire quelques images. Mes vêtements sont trempés par la rosée. Je sens le froid me prénétrer par les épaules. L’astre blanc monte irrésistiblement silencieux. La lumière change, l’atmosphère se réchauffe. En lisière de forêt des “lauxanidae” se prélassent sur des larges feuilles et jouent un peu à cache cache avec l’objectif. Sur le plateau calcaire en plein soleil, les papillons commencent à virevolter en tous sens. Je peine à photographier les “Azurés” et les “Tabacs d’Espagne” (Argynnis paphia) qui s’enfuient à mes moindres mouvements. Il est déjà 9 h. C’est le moment de ranger le matériel et de laisser la nature reprendre ses droits. L’herbe foulée va se redresser et faire disparaître les traces de mon passage. Dans quelques heures, la zone sera redevenue sauvage comme elle l’était à mon arrivée. La lumière d’ici peu aura perdu de sa douceur enveloppante et imposera ce que j’appelle en me moquant, la bonne lumière pour les touristes. 

Une récréation à la campagne

Il faisait bien frais ce matin à 8 heures.
Le temps idéal pour saisir quelques images au ras du sol.

Comme une toile d’araignée, la rosée recouvrait les prés, parsemant ses perles brillantes telles des diamants. Le soleil se levait à peine derrière les grands arbres. En quelques enjambées dans les hautes herbes, mes chaussures ont pris l’eau. “Encore des chaussures made in China !”. Ce qu’il y a de bien quand-même avec la macrophotographie, c’est qu’on peut “tournicoter” dans un petit périmètre et qu’il n’est pas nécessaire de faire des kilomètres pour trouver un sujet. Le problème est … qu’il faut sans cesse se coucher, se relever, s’accroupir, se relever, installer un plastique pour ne pas se mouiller entièrement, replier le plastique, le déplier un mètre plus loin, s’allonger à nouveau etc…bon, vous m’avez compris. Donc, je veux dire par là que c’est quand-même du sport. Même si on ne voit pas bien le résultat sur ma personne. Ne pensez pas que je cherchais un prétexte pour rentrer au chaud, mais au bout d’une heure de cette gymnastique, le soleil étant déjà haut, la lumière devenant sans intérêt pour mes images… j’ai rangé mon matériel. La suite est ci-dessous en cliquant sur les images.

L’averse.

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Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais un de mes plaisirs un peu pervers, c’est de subir une bonne vieille tempête avec bourrasqques de vent et de pluie, confortablement installé dans ma voiture. Arrêtez vous. Prenez un peu de temps pour savourer. Ça a dû vous arriver, de sentir la voiture remuer de gauche à droite au gré des rafales. Vous devez les connaître ces grosses gouttes en furie qui tambourinent sur le parebrise, toquent sur le toit du véhicule, et essaient de s’engoufrer par quelque joint un peu fatigué. Non, ne lancez pas les essuie-glaces, laissez l’eau créer librement des paysages fantômatiques semblant sortir tout droit d’une imagination un peu embrumée. Ne contrôlez rien, laissez libre cours au hasard, vous ne le regretterez pas. Le calme revenu reprenez votre route doucement en laissant vos pneus chanter sur la route humide.
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Le “vrai travail”.

L’humanité n’est pas marrante, jamais satisfaite, souvent incohérente. Prenez l’exemple de la météo ! Ne vous est-il jamais arrivé de vous plaindre de la pluie…et deux jours plus tard alors que le soleil est revenu, vous éponger le front ruisselant de sueur en pestant contre cette chaleur subite. Et pendant ce temps là, elle fait quoi la nature ? Elle poursuit son petit bonhomme de chemin pour nous offrir ce qu’elle a de plus beau et de plus mystérieux. Bon, ce n’est pas encore la profusion de toutes les espèces ni le feu d’artifice de couleurs, mais déjà en portant son regard vers le bas, on peut apprécier la vitalité du petit monde qui “travaille”.

L’anémone pulsatille est une plante vivace des endroits calcaires. D’avril à juin, la plante se pare d’une floraison aux délicats coloris violet-pourpre.
Dès que la fleur est fécondée, elle fane, son pédoncule s’allonge et le fruit se développe. Il est constitué par un bouquet d’akènes prolongés par une longue arrête plumeuse qui bouge au moindre vent comme les fines folioles poilues.

Le lézard vert, comme tous les reptiles apprécie le soleil pour faire le plein d’énergie. Il grimpe facilement dans les arbres et nage très bien. Il mue une fois par mois et hiverne de novembre à mars sous une racine ou un amas de végétation. Les accouplements qui ont lieu d’avril à juin, sont précédés de violents combats qui peuvent entrainer la mort de l’un de deux protagonistes. Violent le lézard !!!

Anthocharis cardamines, son nom latin inspire le respect pourtant, c’est un petit papillon très commun. Appelons le familièrement “Aurore”. C’est l’un des nombreux représentants de la famille des Piéridae (piéride du cresson). Le dimorphisme sexuel est très marqué et apparent. L’apex des ailes antérieures du mâle portent des taches orangées assimilées au soleil levant. Les femelles sont souvent plus grandes et leurs ailes sont blanches à pointes noires.

Andrena haemorrhoa est une abeille solitaire que l’on appelle communément abeille des sables. C’est la plus petite andrène de nos régions (une dizaine de millimètre). Elle fait son nid dans le sable ou la terre et apparait très précocément au printemps. Vous aurez toutes les chances de la voir butiner plus particulièrement sur ses plantes favorites…épine noire, pissenlit, saule.