Conte de Noël.

Noël approche. Nous avons acheté un sapin et agrémenté la crèche avec les santons et les petites lumières (ma petite fille adore). Le soir devant la télé, j’apprécie cette ambiance de fête qui se prépare tout en visionnant un bon match. Généralement je dis à ma femme « ce soir j’ai rugby »! C’est juste après le dîner que je m’installe dans le mœlleux du canapé pour encourager des grands gaillards se vautrant sur une pelouse, qui tient d’avantage du champ de manœvres que du terrain de sport.

Je ne sais pas si vous avez remarqué mais dans tous les matchs, il y a des temps forts et des temps faibles. Des momenst ou il ne se passe pas grand chose, des moments ou les organismes se refont une santé. Et pour ma part, pire que des temps faibles, j’ai des temps morts. Mais carrément!
Devant la télé, il arrive un moment ou je vois des joueurs de 120 kilos voltiger comme des cabris en se donnant la main, d’autres plâner harmonieusement dans un pas de deux. C’est là que j’entends la douce voix de ma femme « – tu dors!!!! » Ma femme n’aime pas vraiment le rugby. Je crois surtout qu’elle n’y comprend pas grand chose. Déjà que moi j’ai du mal à en assimiler les règles…
Bref, il faut que je vous parle deux minutes de ma femme pour comprendre la suite de l’histoire. Comme vous le savez déjà (enfin pour ceux qui ont lu mon papier sur Théophraste), ma femme « adoooore » les orchidées. Mais pas seulement, elle aime aussi les figurines de personnages célèbres. Non pas les hommes illustres ou les femmes célèbres comme les politiques, les acteurs, les comédiennes, les aviatrices comme Jacqueline Auriol ou Marie Curie… et je ne sais qui encore. Elle voue un amour particulier à Bécassine et Pinocchio.

bécassine

Bécassine a été créée par Émile Pinchon en 1905. Et apparut le 2 février 1905 dans le premier N° de la Semaine de Suzette. À partir de 1913 Bécassine devient l’héroïne d’histoires bien structurées.

Pinocchio bibliothèque

Pinocchio est né en 1881 de l’imagination du journaliste et écrivain Toscan Carlo Collodi (1826-1890). En 1991 les 100 ans de Pinocchio ont été fêtés par tous les admirateurs du petit pantin..

C’est comme ça que j’ai dans ma bibliothèque sur des étagères distantes, entre les « oiseaux du Morbihan » et « mes photographes préférés », une Bécassine en résine et un Pinocchio en bois.
Et l’autre soir vers la fin du match, dans la pénombre, alors que ma femme était partie se coucher (elle n’aime vraiment pas le rugby), j’entends cogner faiblement du côté de ma bibiothèque. Quelques coups répétés mais timides, très atténués. Intrigué et maugréant un peu, je m’approche de la bibliothèque tout en jetant un œil du côté de la télé pour ne pas râter le cours du jeu. J’écoute…Rien! Et puis j’entends comme un murmure suivi de petits coups contre la vitre d’une des portes de la bibliothèque. Je m’approche…et là, je découvre Pinocchio qui agite ses petits bras de bois pour attirer mon attention. Depuis le temps que je raconte des histoires « abracadabrantes » à ma petite fille, il fallait bien que tôt ou tard, je finisse par passer du côté de l’invraisemblable. J’ouvre la bibliothèque tout étonné et curieux.
Le pantin articule alors sa bouche rouge tracée d’un fin trait de pinceau.
J’ai bien cru que tu n’ouvrirais jamais la porte. Je commençais à étouffer coincé entre tous tes livres.
Ben, excuse moi! Mais je n’ai pas l’habitude de voir des pantins de bois qui bougent et qui parlent.
Pourtant, tu sais bien que Gepetto m’a donné la vie et la parole.
Oui, c’est vrai, mais de là croire tout ce que l’on raconte…
J’ai tout de suite senti que je l’avais vexé.
Si tu ne crois en rien, ta vie doit être bien triste.
Je n’allais pas laisser un pantin me donner une leçon de vie…tout de même!
Mais je crois aux gens, à l’amour, à l’intelligence, aux fleurs, aux oiseaux enfin à plein de choses de la vie.
D’un geste il me fit comprendre que ce que j’aimais était insignifiant.
La vie excitante, c’est celle des personnages qui habitent dans les livres, qui naissent dans les histoires. Une fois créés, ces personnages envahissent l’immagination des petits et des grands et t’accompagnent tout au long de l’existence. Les humains dépensent une énergie folle à découvrir qui est le gentil et qui est le méchant parmi ceux qu’ils rencontrent. Et souvent les rôles changent. Avec les héros des contes, tu sais à quoi t’en tenir. Le méchant est toujours méchant. Et le gentil est toujours gentil. Je connais presque tout le monde dans ta bibliothèque.
Il commençait à m’agacer avec ses sous-entendus.
Et comment se fait-il que tu te manifestes à moi si tu es si bien en compagnie des personnages de ma bibliothèque.
Et bien voilà, j’ai un rendez-vous important à honorer et tu dois m’aider!
C’est alors que Bécassine sur l’étagère supérieure se fit entendre d’une voix aigrelette :
– C’est bien ça, nous avons rendez-vous Pinocchio et moi et ça presse!
Baissant les yeux comme peut le faire un pantin embarassé, Pinocchio me confie :
C’est un rendez-vous que nous avons prévu depuis longtemps!
Et voilà que ma bibliothèque devait servir depuis un bon moment aux ébats amoureux d’un bout de bois et d’une poupée en résine…à des marmousets d’un siècle passé. Mon visage dût exprimer une profonde contrariété car le pantin enchaîna :
Non! Non, ce n’est pas ce que tu crois. Bécassine, c’est ma « cousine » et nos intentions sont strictement amicales et tout à fait chastes. Ce que nous te demandons pour ce soir, c’est de laisser la porte de la bibliothèque légèrement entrouverte pour que nous puissions nous organiser. Je compte sur toi. Tu nous dois bien ça.

Ce furent ces derniers mots. Je jettai un coup œil à Bécassine sur l’autre étagère. Puis sur Pinocchio. Rien, pas un mouvement, le silence complet. Je me dis intérieurement :
Mon pauvre ami, il va falloir que tu te réveilles. Les temps morts te jouent des tours.
Je suis resté un petit moment encore pour voir la fin de mon match. J’ai éteint l’écran plat, les lumières du sapin, celles de la crèche…et j’ai entrouvert en souriant la porte de la bibliothèque. Qu’est-ce que je peux être ridicule tout de même!
Le lendemain matin en me levant, j’ai repensé à ma conversation avec Pinocchio. J’ai dit à ma femme :
Tu ne me croiras pas, mais hier soir, j’ai discuté avec Pinocchio.
Arrête de dire des bêtises, tu t’es endormi devant ton match. Je t’ai entendu ronfler!

Oui, c’est sans doute vrai que je me suis endormi comme d’habitude devant la télé, mais quand je suis allé dans le salon, la porte de la bibliothèque était largement ouverte et devant la crêche j’ai trouvé Pinocchio et Bécassine en totale adoration devant le Petit Jésus…