Fin de partie

Malgré le scepticisme des gens du coin, il avait eu une bonne idée Roger en 1983 de créer ce camping à Kerlann tout près de Carnac. Entouré d’une campagne bien verte, cet écrin de calme pas loin de la mer et des plages de sable blond, avait attiré dès la deuxième saison pas mal de monde. Ce n’était pas un camping de grand standing et les prix encore modestes à l’époque convenaient bien aux familles qui voyaient là une manière de passer de bonnes vacances plutôt économiques dans une région très fréquentée en été. Un grand nombre de propriétaires d’une caravane ou d’un mobil-home, avait fait du camping des Pins leur résidence secondaire pour la famille. Le règlement semblait cool, trop cool peut-être.
En tout cas que se passe t’il réellement en 2008, difficile de le savoir. L’établissement ferme ses portes brutalement après 30 ans d’activité. Incapacité d’adaptation face à la concurrence, réponses inadéquates aux exigences des nouveaux vacanciers, mauvaise gestion ou tout simplement problèmes de santé du propriétaire. Bref, Roger met une pancarte à l’entrée du camping pour indiquer que la soixantaine de propriétaires devront enlever leur mobil-home avant l’hiver. Malgré les rumeurs qui courraient l’été précédent, c’est la douche froide. Né ici où se trouve encore la ferme familiale, Roger 80 ans, refuse de vendre et semble avoir d’autres projets pour son terrain. Sur les 4 hectares et les 200 emplacements, certains mobile-homes et caravanes resteront sur place, abandonnés au pourrissement. Roger ne réalisera aucun projet sur son terrain.
En 10 ans, le camping subira les outrages du temps, la visite de nombreux casseurs et bien entendu servira de décharge à tous ceux qui ne savent toujours pas où déposer leurs déchets. Certains disent aussi – mais ce sont sans doute de mauvaises langues – que les campings du coin, sont venus récupérer pour leur propre compte du matériel en parfait état sitôt la fermeture du site.

Aujourd’hui le camping des Pins, est entièrement dévasté. Caravanes et mobil-homes sont broyés, déchiquetés avec une telle violence qu’il est difficile d’imaginer que la main de l’homme puisse en être à l’origine. C’est triste, horrible et surtout incompréhensible que ce site soit ainsi laissé en maquis. Il y a quelque chose d’obscène dans cet abandon là. La nature foisonnante reprend peu à peu ses droits, engloutit et digère lentement les stigmates d’une société avide de loisirs. Roger lui, s’est retiré du monde des actifs. Il reste le propriétaire responsable, sans complexe, à l’origine de ce champ de dévastation. Quel avenir ? No future !

Chronologie

Je me suis souvent servi des tutoriels qu’ils soient photo ou vidéo pour apprendre à peindre. Il est vrai que bien souvent je me suis demandé comment certains tableaux étaient faits, par quelles étapes, ils avaient pu passer pour aboutir à une forme définitive. L’inconvénient de tous les exemples que j’ai pu voir émanaient d’artistes très confirmés, des maîtres dans leur univers. La promesse de réussite et de qualité étant supposée dès le premier coup de pinceau ou de crayon, n’était pas à mettre en doute. Face à cette compétence superlative, on se sent aisément un peu ridicule, avec nos hésitations, nos faiblesses, qu’elles soient artistiques comme techniques. Pourtant, la peinture est faite de questionnements, d’hésitations, de tâtonnements et d’erreurs. C’est je pense toujours intéressant de voir l’évolution ou plutôt la construction d’une peinture à travers quelques arrêts sur l’action en cours.

1/ L’autoportrait est à l’italienne avec un assez grand dégagement à droite. Je simule un couloir avec deux portes ouvertes. Le visage est juste esquissé, avec un contraste très fort que je tiens à conserver jusqu’au final. Un cadre au mur est indiqué rapidement derrière la tête et une zone foncée derrière l’épaule signale un autre cadre.

2/ Le visage est un peu plus poussé en terme de couleur et d’éclairage. Les principales masses sont posées pour préparer le travail de ressemblance. Afin de lier le visage au fond, je peins ce dernier d’une couleur légèrement violette, couleur déjà contenue dans le visage. Dans le couloir, la deuxième porte ne me semble pas indispensable. Je supprime une porte. Je précise l’image accrochée.

3/ Je mets en place la ressemblance du visage avec des larges touches franches de lumière et d’ombre. Je rajoute la porte supprimée à l’étape précédente. Je la représente entrouverte afin qu’elle prenne la lumière froide de la pièce voisine et contraste avec les couleurs chaudes du reste de la peinture. Je supprime l’image derrière le visage et la zone foncée derrière qui casse la courbe de l’épaule.

4/ Je ne touche pas au visage. La zone à droite avec les portes me paraît bien compliquée. L’accumulation des éléments raconte une histoire trop compliquée par rapport au portrait. Autant créer une ambiance plus simple avec une pincée de “psychologique”. Je crée une porte comme si elle se situait dans la même pièce que moi. Entrouverte elle évoque un échappatoire, ou une entrée vers un autre univers. Tout autre interprétation “symbolique” (et elles sont nombreuses) restant à la charge du spectateur. J’harmonise le fond avec les couleurs un peu violettes du portrait.

5/ Je densifie le fond en contrastant la couleur tout en accentuant l’ombre et la lumière. Je tente de créer ainsi un effet un peu dramatique, voire mystérieux. Je me mets ensuite en pause. J’encadre le format d’une marie-louise blanche pour bien isoler le sujet. Je m’extrait du processus. J’observe le résultat de loin. Finalement l’aspect symbolique donné par cette porte entrouverte dans la pénombre ne me plait pas. La distance entre le visage et le mur est trop importante. La profondeur met l’autoportrait en dehors d’une zone “d’intimité” avec le spectateur. La présence est perdue au détriment d’une histoire qui transforme le sujet en une “histoire bavarde et intellectuelle”. Ce que finalement je ne veux pas puisque je veux que seule la “peinture” compte” sans artifice. 

6/ Je coupe définitivement le format pour accorder toute la présence qui manque au portrait dans l’étape précédente. C’est une décision sans retour. En peignant un encadrement frontal, assez présent et plus clair sur le mur, je réduis la distance entre le portrait et le fond. J’élimine les tonalités trop sombres de bruns et de gris foncés. Dans le format, l’autoportrait prend la place qui est la sienne. Les éléments de fond, ne sont plus des signes qui se surajoutent au portrait, mais des éléments qui participent à sa mise en valeur.

7/ Je retravaille le portrait en apportant plus de tons chauds dans la zone de lumière et dans celle de l’ombre. Je repeins les cheveux. J’essaie de retrouver une harmonie de couleur entre le visage et le fond. Pour structurer et faire vivre le fond, je tente l’apport d’une zone de lumière qui traverse la peinture d’un bord à l’autre en formant une sorte de “z”.
Je m’en suis arrêté là en considérant ce sujet comme suffisamment travaillé.

Pour celles et ceux que le processus créatif intéresse, je vous conseille de regarder la vidéo ci-dessous : 
Le chaos dans la peinture
Anne Vincent, maître conférence en esthétique, sciences et technologies des arts.

Pose portrait

Quand je prends le pinceau pour faire le portrait de ma femme à partir de sa photo, je me demande plusieurs fois si je n’ai pas un peu surestimé mes compétences.
La toile est relativement grande pour un portrait (50 x 65 cm) et un format de cette taille mérite une grande attention concernant la composition. L’autre précaution à prendre est de bien préparer son dessin. Une proportion mal fichue et on se traîne jusqu’à la fin une difficulté qui sera très difficile de régler. Sur la base d’un quadrillage, je mets en place la figure directement au pinceau  avec une couleur sienne naturelle. Je marque les zones principales en aplats rapides. J’esquisse le visage avec quelques couleurs afin de lui donner du volume. Impérativement, mettre de la couleur partout. Remplir le tableau de matière pour avoir une vision d’ensemble et ne pas imaginer la peinture comme un puzzle à assembler.

Je laisse sécher un jour ou deux. Pendant ce temps de repos, le pull noir aux lignes colorées me hante quant à sa réalisation. Faut t’il que je réalise les lumières et les ombres du vêtement sur toute la surface ou est t’il préférable que je réserve en blanc toute la partie colorée. Je tente un “mixte”. Toute la partie foncée est travaillée en valeur de noir et de gris en créant le volume, la restitution des plis etc…Je traite en gris uniquement toute la partie sous la zone des lignes de couleur. Dans un premier temps, le pull sera noir avec une manche et les épaules grises. Je rajoute par la suite les lignes colorées en intercalant les zones noires.

J’avance sur le visage par étapes successives. Pose de couleur et séchage. En alternance, j’en profite pour travailler le fond. À l’origine c’est une surface plane, sans aucun décor, à part un cadre vaguement esquissé. Des zones sombres devant le sujet représentent des fauteuils mais trop recadrés, ils deviennent totalement  incompréhensibles. Devant le visage, la surface est bien vide et pauvre. Je peins un couloir, une porte entrouverte…ça ne colle pas car la composition est coupée en plusieurs parties. J’efface ! Je reviens à l’origine avec un grand cadre…pas extra non plus. J’efface à nouveau ! Je cherche et finalement j’opte pour une plante que j’agrandirai et réduirai plusieurs fois jusqu’à satisfaction.

Le fond change plusieurs fois de couleur par rapport à la couleur du visage…Les cheveux sont traités assez rapidement et sans problème particulier. L’expression du visage me donne quelques difficultés. Sur la couleur, sur le dessin, je reviendrai de nombreuses fois retoucher le léger sourire et l’œil malicieux.

Après plusieurs jours de travail le portrait me semble être au meilleur stade auquel je peux prétendre à ce moment là. Il est temps de poser les pinceaux. 

Si j’en fais aujourd’hui la critique positive, je citerai sa composition en diagonale qui fonctionne bien, commençant par la main gauche et se prolonge avec le bras et le visage. L’expression est relativement bien rendue et les couleurs sont somme toutes assez agréables. 
Je suis plus réservé sur la facture que je trouve trop figée, pas assez en touches libérées. Bien que cette zone soit laissée volontairement non finalisée, il existe dans le dos du personnage et le fauteuil, une liaison couleur qui est mal gérée. Autant d’éléments qui démontrent qu’une peinture n’est jamais finie et que refaire un tour sur le sujet plusieurs jours voire plusieurs mois après, est toujours bénéfique car on y pose un regard neuf. Rien n’est jamais parfaitement absolu et tout est infiniment perfectible…

Movimento

Encre noire et pinceau sur papier aquarelle

Lundi de modèle vivant un peu spécial dernièrement puisque toute la séance a été consacrée au mouvement. Le principe en est très simple puisqu’il s’agit de demander au modèle de se mouvoir en permanence. Les gestes de la vie quotidienne, du sport, du spectacle… vont inspirer Chantal dans sa gestuelle.

Sur des poses successives d’une durée de 1 à 5 minutes, l’après midi sera intensif de concentration. Cet exercice de rapidité dont la difficulté est de capter les éléments essentiels dans une figure en action, m’était déjà familier. C’est la base même du croquis réalisé sur le vif, tout comme je l’ai pratiqué sur les concerts de jazz, le flamenco ou tout simplement dans la rue. Les participants ont très certainement apprécié cette session particulière, en tout cas ils ne semblaient pas déçus.

Encre noire et pinceau sur papier aquarelle

Pour ma part, je trouve l’exercice plutôt ludique et amusant, à défaut d’avoir été très fructueux. Je pense que certains mouvements en grande harmonie avec la musique auraient pu profiter d’une halte afin d’en saisir toute la grâce. Je regrette aussi les belles lumières, les magnifiques modelés qui se sont développés sur le corps du modèle et qui n’ont été que fugaces. Ces croquis rapides et vivants ne nécessitent pas spécifiquement un modèle.

Encre noire et pinceau sur papier aquarelle

Cet entraînement à la prise de notes peut parfaitement se réaliser dans la vie quotidienne, au spectacle, sur un quai de gare ou dans un parc public. Sur la base des croquis réalisés sur le vif, j’ai tenté d’en reprendre à postériori quelques uns à la craie de couleur. Je ne pense pas avoir réussi ce pari. Un croquis possède sa force et son dynamisme propre. C’est l’ADN de la spontanéité. Essayer d’en reprendre les ingrédients, c’est tenter d’en percer le secret et ça, c’est une autre histoire.

Couleur & Forme 2109

Désormais organisé tous les deux ans, le salon Couleur et Forme 2019, a ouvert ses portes aux peintres et sculpteurs de Mesnil le Roi et de sa région. Comme toujours, beaucoup de monde pour le vernissage; les artistes exposant certes, mais aussi les amis, les invités des artistes, les personnalités de différents horizons. Irène Lussou ( Lien Irène Lussou) pour la sculpture  et Hratch Demirdjian ( Lien Hratch Femirdjian) pour la peinture sont les artistes invités dont l’honneur sera de magnifier cette exposition locale.
Il est demandé aux visiteurs de voter pour l’œuvre qui les séduira le plus. Je fais un premier tour sans remarquer véritablement ce qui mériterait mon approbation pour constituer le choix du public. Je délaisse les sempiternelles peintures abstraites qui envahissent les salons et qui paraissent sortir tout droit  des catalogues Ikéa ou Alinéa. J’ai bien du mal à trouver une réalisation avec suffisamment de personnalité qui suscite mon intérêt. Pas mal d’œuvres reflètent cet aspect encore très “amateur” par manque de maîtrise, ou d’émotion tout autant absente.
Certaines peintures manquent de dessin, de qualité picturale ou d’originalité. Je refais un tour et je remarque deux paysages assez bien campés, à la facture très personnelle ainsi que deux peintures très enlevées et vivantes ou je sens la fluidité et la qualité de dessin de l’artiste. Finalement ce dernier emportera ma décision.
Le discours du maire qui se félicite (d’année en année) de la qualité de l’expo et du nombre de participants, ne me convainc pas du tout. Si l’on ne peut mettre en doute et en cause la qualité des invités d’honneur, je trouve pour ma part l’exposition d’un niveau très faible. La moitié des œuvres exposées, ne méritent pas l’accrochage pour une expo qui se veut désormais bi-annuelle.
J’ai trouvé ce salon profondément triste, sans originalité et surtout avec une absence totale de jeunesse. Je ne saurais pas définir avec précision quels ingrédients manquent à la réussite. Pas assez de communication pour attirer des talents jeunes et nouveaux, sélection pas assez rigoureuse, bienveillance consentie au plus grand nombre… ou tout simplement désintérêt de la forme diptyque ou triptyque imposés.
Pour ma part, je n’ai rien préparé de spécial pour ce salon et je me suis interrogé longtemps sur ma participation. J’ai ressorti trois peintures de la série “les animaux et la mort” en jouant “la provocation” par rapport à ce qui se fait de “joli et de convenu ”. Je ne vendrai rien et ne recevrai pas le prix du public, mais là n’était pas l’objet de ma contribution. Et la question de ma participation dans deux ans à ce Salon Couleur et Forme reste très incertaine.

Au risque de l’asphyxie

La météo annonçait une journée toute printanière, douce et lumineuse et une tiède brise caresserait mon visage tout juste sorti de la nuit. Et puis crac ! Tromperie sur toute la ligne, le printemps anticipé avec force calculs et probabilités ne s’est pas produit ce matin. Trois ou quatre degrés au bas mot, une grisaille funeste et humide, tout juste bonne à produire des ombres fantomatiques. Chercher un signe sur le chemin, repérer le point clé et lancer ses pas dans la bonne direction. Le paysage se découvre au fur et à mesure. Se devine plus qu’il n’existe. Là, dans ce champ, je crois deviner un animal tapi et ce n’est qu’une motte de terre grasse. Tout au long du parcours, les bois morts s’enchaînent comme autant de forêts mystérieuses. Les contours de quelques marres noires portent les traces anarchiques de l’affairement des bêtes de la nuit. Je traverse des villages inanimés, ankylosés par la brume. Des écoliers transis, écouteurs aux oreilles quittent un abri et s’engouffrent dans un autocar qui peine à virer dans les rues étroites. Incertitude. Au loin, au delà des sombres futaies, le sillon sonore de l’autoroute rejette ses gaz polluants partout dans l’atmosphère. L’alerte pollution est déclarée, l’asphyxie a déjà commencé.

Le blanc et le jaune

L’union c’est la farce

Au début, tout ce jaune ça brillait un peu comme un beau soleil, comme une grande fraternité qui n’avait plus existé depuis bien longtemps. Voilà, on allait enfin s’aimer, s’aider, partager comme des frères et des sœurs trop longtemps éloignés les uns des autres. On allait marcher ensemble pour réclamer notre part de bonheur. Ils allaient voir – ces nantis – ce que c’est qu’un peuple en colère ! On allait leur dire aux politicards comment on survit dans les provinces de la France profonde. Baisser la tête sans rien dire, c’est fini messieurs les élites. Chacun se reconnaissait dans son voisin, mêmes inquiétudes à propos de l’avenir, mêmes galères éprouvées. Un seul récit de vie ressemblait à tous les autres. C’était l’expression d’une voix unanime, universelle, populaire. Il y avait du bien, du bon, de la générosité dans toutes ces expressions du peuple des périphéries. Les fourberies des politiques et des récupérateurs de tous poils étaient décryptées promptement et inévitablement remises en cause. Les idées fusaient dictées par l’expérience. Il émanait des premiers jours, une intelligence qui faisait force de vie et d’espoir.

Et puis…et puis, comme un être humain n’est jamais un tout parfaitement pur, le peuple a produit aussi son purin. Sont apparues avec violence les scories identitaires, de l’ultra gauche comme celles de l’extrême droite, sans oublier tout simplement une cohorte de casseurs qui, on le sait, ont autant de réflexion et d’idéologie qu’une éponge privée d’eau. Les maux des uns sont toujours consécutifs à la présence des autres. On parle de parole libérée, mais j’entends surtout des vociférations, des insultes à tout va. Sous prétexte de solidarité a un mouvement populaire, ce sont les populistes homophobes, sexistes, racistes, antisémites qui viennent polluer un mouvement qui se veut avant tout social. Les barbares occupent la rue afin de créer le chaos. Ceux qui ont la rancœur au cœur, la lâcheté chevillée au corps, profitent de l’anonymat du nombre pour déverser leur haine. Tous unis, mais unis à qui ?

Tête de Turc

J’ai le sentiment de ne plus être vraiment quelque part, de ne plus habiter là ou je suis. Ce matin chose étrange, devant la glace je me suis observé sous toutes les coutures avec une précision quasi obsessionnelle. Je me suis examiné trait après trait, afin de savoir si je n’avais pas une tête anormale. Je finis par douter ! Avec tout ce qui se passe, tout ce que l’on voit et qu’on entend on devient vite paranoïaque. Pour un rien, on peut se transformer en “tête de Turc”. On ne se reconnaît plus entre amis. Le jaune devient une couleur “mot de passe” qu’il faut revêtir pour tourner en rond. Afficher sa différence, c’est montrer une “gueule”  (un état) incompatible avec le sens du courant. Il ne fait pas bon porter une étiquette politique ou idéologique. Certains se retrouvent abreuvés d’insultes, les murs de leur maison tagués d’une haine inouïe, quand ce ne sont pas des attaques physiques ou tout simplement l’intimidation par le feu. J’essaie de me rassurer en me disant que finalement ma tête est assez quelconque. C’est ça que je veux, être n’importe qui, me fondre dans le monde d’en bas. Pas trop de signes physiques ou ostentatoires qui me différencieraient de façon excessive. Tout de même, c’est paradoxal qu’un mouvement qui réclame plus de justice sociale et qui prône la liberté de parole, impose une si grande intolérance à la moindre tête qui dépasse. Une pratique révocatoire à propos de certaines personnes, ou idées ne cacherait-elle pas un léger goût pour l’exclusion sociale, ethnique ou religieuse. L’idée qui laisse à penser que la physionomie de l’individu permet d’en déduire sa personnalité compte encore beaucoup de supporters. Nous serions comme un livre ouvert sur nos origines et sur notre être le plus intime. Je pensais que la “morphopsychologie” avait montré ses limites et ses dangers, surtout utilisée de manière caricaturale par des gens peu informés ou malfaisants. L’histoire en témoigne. 

Brouillon de culture

Désormais je fais aussi très attention à mon langage. J’utilise des mots simples, de mots pas trop recherchés ou trop élaborés. Je m’évertue à parler en ponctuant de temps en temps mes phrases avec un mot choquant…histoire de montrer ma détermination (c’est viril d’être un peu fruste) et surtout je ne veux pas qu’on me confonde avec l’élite. C’est très mal vu de faire partie de l’élite ou des nantis. La culture serait très mauvaise pour la démocratie. J’ai lu sur les réseaux sociaux des messages remettant en cause l’éducation nationale. L’éducation nationale favoriserait la servitude des enfants vis à vis du pays. Étudier, devenir un bon élève serait une manœuvre du gouvernement pour domestiquer les cerveaux. Enseigner serait donc une bonne méthode (un complot, il faut le dire) pour produire de bons soldats au service du grand capital ou d’un certain mondialisme. C’est vrai, on n’est jamais aussi bien informé que par les réseaux sociaux. Maintenant, je sais que la terre est vraiment plate, que les attentats de Nice et de Strasbourg n’en étaient pas et que les vaccins ne servent à rien, voire sont dangereux pour la santé. Mais de cela, il ne faut pas parler car il y a une collusion entre les laboratoires et le gouvernement. Et sachez le des sociétés secrètes dirigent le monde. Mais chut…nous sommes écoutés !

Vaucluse en janvier

C’est le premier dessin réalisé à partir de la terrasse du gîte que j’occupe où j’ai une belle vue sur le village de Bedoin et de son église actuellement en réfection. Les couchers de soleil sont magnifiques et de beaux arbres aux espèces et aux couleurs variées occupent le premier plan.

Le temps n’aura pas été au rendez-vous dans le Vaucluse. Je pouvais raisonnablement imaginer que le réchauffement climatique apporterait de belles journées hivernales. En fait il n’en fut rien. J’ai appris bien au contraire, que l’influence du réchauffement sur la calotte glaciaire avait tendance à favoriser des hivers particulièrement durs. N’en déplaise à cet “imbécile climatosceptique” de Donald Trump. C’est ce qui expliquerait par exemple la vague de grand froid qui a sévi sur la région des Grands Lacs aux USA avec des températures ressenties de -50°.

Notre Planète Info.
https://www.notre-planete.info/actualites/2647-fonte_banquise_froid_Europe

Bref, il m’a fallu faire avec le froid, l’humidité, la grisaille et oublier les magnifiques journées successives avec ciel bleu azur que j’avais pu connaître auparavant. Après quelques heures de travail, le froid commence à figer mes doigts auxquels même des gants polaires ne parviennent pas à réchauffer. La tenue du pinceau est aléatoire, le manche vernis à tendance à glisser à chaque pression. Après de nombreux essais, un bon ami trouve la solution. C’est équipé de surgants de travail en caoutchouc qu’il me propose que je parviens à lutter contre le froid et à bien utiliser mon pinceau.
Les séances de peinture ont alterné tranquillement entre les journées de promenade, les matinées chasse ou la recherche de truffes et les moments de mauvais temps. Tout cela fait que le bilan pictural (en volume) est loin de se comparer à celui de l’automne Morbihanais
J’ai fait quelques concessions à ce que j’appelle habituellement des “anecdotes” en intégrant quelques maisons ou autre édifice…La ligne droite et la surface plane constituant pour moi un certain manque d’engouement.


 Les Demoiselles Coiffées. L’endroit sauvage que j’affectionne particulièrement pour l’originalité de sa terre rouge, ses mûriers centenaires et sa tranquillité en hiver. Les arbres y sont enchevêtrés et paraissent se tenir par les branches comme autant de bras solidaires.

Les Couguious est un lieu-dit proche des Demoiselles Coiffées. Quelques maisons forment le lieu-dit sous forme d’un compact agglomérat de ruines et de restaurations d’habitats aux façades de pierres jaunes. Il s’est mis à pleuvoir…beaucoup et j’ai dû replier le matériel.


Sur une petite hauteur, face au Mont Ventoux, les Jacomets, un petit hameau domine un environnement de vignes, de quelques parcelles plantées de fruitiers. Ces hameaux portent souvent le nom de la famille qui s’y installa en premier lieu ou le métier qu’elle exerçait. Bien placé ce groupe de maisons bénéficie du soleil toute la journée.
J’ai planté mon chevalet une bonne partie du temps aux Colombets. Autour de la maison de Georges, un ancien corps de ferme au pied du Mont Ventoux, et à l’entrée de la combe de Curnier. Il y a dans ce lieu tout ce qu’il faut pour peindre. Vues sur le Ventoux, vieux arbres, paysages, maisons, hangars, et même chiens et poules pour les plus courageux. La maison de Georges étant toujours des plus accueillantes, je ne compte plus le nombre de café dégustés chez lui pour me réchauffer.


Les vieilles granges. Une partie de la ferme de Georges au pied du Ventoux, ou vient se ranger le vieux Lada dédié à la chasse et où se conservent dans les congélateurs les morceaux de sangliers.

La Combe de Curnier vue des Colombets. Sauvage, elle ne se découvre qu’à pied, à travers un sentier étroit qui serpente encadré de parois verticales.
La tempête de neige se développe au loin sur le Mont Ventoux.

https://www.youtube.com/watch?v=4tJw8dn5xCk
Aux Colombets, les vieux arbres gris, argentés, sous un faible soleil dans un écrin verdâtre de buis et de chênes verts, révèlent des corps maigres et fragilisés par l’hiver.
Toujours au Colombets, les chênes verts regroupés en famille se parent d’une lueur chaude lorsque la lumière effleure leur tête. Dans l’ombre, les feuillages virent au gris vert, dans une couleur insaisissable.
L’église de Bedoin est ma dernière peinture avant rangement du matériel. Temps gris, pluie, vent froid, j’hérite d’un bon refroidissement qui m’accompagnera plusieurs jours après mon retour.

Nus d’hiver 2018

Après les portraits, les nus méritaient bien une petite mise à jour d’autant que ces 3 derniers mois ont été assez intensifs. Les séances du jeudi matin avec modèle vivant cumulées avec les reprises de croquis et les interprétations en atelier ont vite rempli quelques cartons à dessin et autres boîtes.
En atelier libre, nous avons expérimenté les croquis sur des poses courtes d’une minute. Le fait de devoir travailler à une allure “supersonique”, impose une très forte attention, ainsi qu’un matériel répondant le plus efficacement possible à la vitesse. Fusain, pinceau, encre etc…sont favorables au crayon ou à tout autre outil qui aurait tendance à imposer la ligne comme une évidence. Dans un tel exercice, il faut capter le mouvement, se servir de la lumière, des contrastes pour modeler rapidement les formes qui vont identifier le personnage.

croquis minute, pinceau et encre de chine sanguine

J’ai aussi tenté la technique de l’encre de chine et du pinceau sec, qui produit un traité assez dur, très contrasté qui met en évidence les caractéristiques particulières du modèle. La grande difficulté est de ne pas en faire de trop, sinon on tombe vite dans une réalisation très “charbonneuse”. Il faut garder des blancs, préserver des lumières et des respirations.

croquis au pinceau sec, encre de chine noire et sanguine

Pour le dessin de modèle vivant il faut se situer à une certaine distance du sujet afin d’englober d’un coup d’œil rapide tout le sujet. Bien que cette distance ne soit pas favorable à l’élaboration d’un portrait (on ne distingue pas nettement les traits), je réserve toujours quelques croquis aux visages. La ressemblance n’est pas une préoccupation majeure. La construction d’un profil en quelques touches de couleur est surtout une manière d’entretenir le “coup de patte” et la capacité d’interprétation.

croquis huile mixable à l’eau (taille environ 10 cm)

Certaines peintures sont faites sur le motif dans les temps de poses impartis qui oscillent entre dix et vingt minutes maximum. D’autres sont des reprises d’après des croquis noir et blanc, en réinventant la lumière, la couleur. Le but est de créer une nouvelle image tout en conservant les qualités particulières du dessin spontané.

Portraits

crayon de couleur et craie sur papier gris.

WordPress, qui est l’éditeur de ce blog est en train d’évoluer vers une version totalement différente quant à la manière de créer des articles. Comme tout changement majeur, il est recommandé à tous les blogueurs d’en faire l’essai avant de basculer vers la version définitive. On peut à juste titre s’inquiéter de la totale compatibilité avec tous les articles déjà existants. Je ne compte pas aujourd’hui utiliser la nouvelle version de WordPress. Mais, dans un avenir proche, je serai obligé de mettre mon éditeur à jour puisque la version de WordPress que j’utilise sera supprimée. Le risque sera donc de voir ce blog un peu “perturbé”.

Ceci étant précisé…beaucoup de retard ! Retard dans les publications. Les dessins, croquis et peintures s’accumulent et je finis par ne plus savoir comment les organiser, ni sur quelle base les sélectionner. Portraits ensemble, noir et blanc ou couleur, croquis de modèle vivant à part, mais j’y réalise aussi des portraits alors…comment rendre tout ça cohérent pour le visiteur. Je stocke, je range, j’empile, j’élimine, j’agite le filtre et il reste encore trop de choses. Devant cette difficulté de faire le tri, le temps passé à écrire, de récupérer les photos, de les traiter pour le blog, sont autant de moments qui consument mon énergie.
Alors pour aujourd’hui, vous aurez droit à quelques portrait peints ou dessinés selon diverses techniques. Quelques autoportraits aussi, qui sont un peu comme à chaque fois des incontournables. Quoi de plus pratique entre la poire et le fromage, de se tirer le “profil”, histoire de boucher un petit creux…comme ça vite fait un “p’tit” crobard avec ce que l’on a sous la main. J’entends revenir la sempiternelle remarque “mais tu fais la gueule”, “souris un peu”. Je défie chacun de se dessiner en rigolant sans se prendre en photo. La concentration réclame un peu de sérieux…et même beaucoup. Je crois que Rembrandt a fait un autoportrait avec l’amorce d’un sourire. Mais, je ne suis pas Rembrandt. Voilà, c’est dit !