Visite guidée

Je sais bien que ce ne sont pas vos lectures sur mon blog qui vont combler vos longues journées de confinement. J’essaie toutefois avec les moyens dont je dispose de garder un peu d’animation avec mes plus fidèles visiteurs. Je tente d’apporter un petit détournement artistique ou amusant à notre quotidien qui est aujourd’hui bien introversif. Je ne sais pas si vous êtes très absorbés, mais pour moi ces publications m’occupent suffisamment pour être presque débordé. Réfléchir au prochain sujet et le préparer, que ce soit du dessin de la peinture ou autre chose, m’occupe bien quelques bonnes heures. Aujourd’hui, je n’ai pas de peinture à montrer et comme j’avais envie de faire quelques photos (oui, ça me prend comme ça), j’ai fait une petite exploration avec l’appareil photo dans la pièce ou je peins.

Personnellement j’ai toujours aimé découvrir les ateliers des peintres. J’ai toujours cru qu’en les visitant, j’allais y découvrir des secrets. Le plus souvent j’en ai ramené des odeurs d’essence et de vernis, reçu parfois de bons conseils, vécu des moments chaleureux, mais jamais aucun secret ne me fût révélé. Et ma modeste officine dont vous ferez bien vite la visite virtuelle, ne vous délivrera elle non plus aucun secret. Chez moi, pas de “poétique capharnaüm”. J’ai dû organiser les choses de manière très rationnelle pour profiter d’un peu d’espace et de recul. Chacun organise sa manière de travailler comme il l’entend et la peinture, quoique certains puissent en penser, c’est une activité très manuelle dont les outils lui sont aussi indispensables qu’une truelle à un maçon, ou un masque à un chirurgien. Le peintre est maniaque, j’en suis convaincu. Untel préfère tels pinceaux en poil de blaireau, de telle marque en excluant toutes les autres, car ils conviennent parfaitement à sa technique. Tel autre ne jure que par les pastels qu’il fabrique lui-même.  Enfin celui-ci commande ses couleurs auprès d’une maison artisanale réputée, véritable institution fréquentée des seuls initiés. Je n’ai pas tant d’exigences et pourtant, je n’échappe pas à la règle.  J’ai aussi mes propres usages, pour ne pas dire mes habitudes. L’outil le plus indispensable (hormis le chevalet) est pour moi la palette.

J’ai fait la mienne à partir de 2 plaques de verre. L’une me sert de palette tandis que j’utilise l’autre comme couvercle pour conserver la couleur ou préparer certains mélanges. La couleur même totalement sèche après des semaines, s’enlève sans problème avec un couteau de peintre très rigide. Je suis pour les efforts faciles. Le gros pot lave-pinceaux, j’en suis amoureux ! Je le trouve beau avec son allure de chaudron hors siècle. L’acier et le cuivre rouge se marient en parfaite harmonie. Avec son ressort repose pinceaux, il ne manque pas d’allure et même d’une certaine technicité. Il est en proportion de la grosseur de mes tubes de peinture.

Je ne suis ni Rembrandt ni Bonnard. Pas de couleurs de qualité “extra fine”, simplement des couleurs “étude” de différentes marques et au meilleur prix. Une palette assez limitée qui m’oblige à chercher la teinte par des mélanges successifs. Il me manque parfois une couleur particulière, intense pour illuminer une peinture…mais je fais sans. Mes “œuvres” ne traverseront pas les siècles. Comme un bon alchimiste, j’ai essayé une bonne dizaine de médiums pour appliquer la couleur. Je n’ai jamais trouvé la “solution” idéale. Je les conserve dans des petites bouteilles comme des onguents néanmoins précieux. J’utilise parfois tel médium selon le sujet, parfois tel autre en fonction du support. Dedans ou dehors je choisis quelquefois mes émulsions selon l’humeur du moment. Ça m’amène à des découvertes toujours intéressantes.

Mes nombreux pinceaux sont au garde à vous dans des pots en verre. Pots de confitures, de haricots, de cornichons…tout est bon pour les classer. Les pinceaux neufs d’un côté, les plus usés de l’autre. Les peintures sitôt finies rejoignent des cartons obèses, où s’entassent, se pressent des dessins, des peintures en nombre attendant de trouver un espace plus généreux à la cave. J’expose peu de choses aux murs à part ce qui m’est indispensable lorsque je travaille et les peintures en cours de séchage. J’observe beaucoup la peinture pendant sa réalisation pour en poursuivre correctement son avancement. Une fois terminée celle-ci perd pour moi très rapidement de son intérêt, et s’en va rejoindre, pour s’y reposer…le carton obèse !

Voilà, vous avez fait le tour de mon domaine de 9m2.
En sortant, n’oubliez pas le guide.
Merci de votre visite et au plaisir de vous revoir bientôt.

14 réflexions sur « Visite guidée »

  1. On se sent évidemment tout petit parmi cet atelier si bien à ton image !!!!! organisé, pensé, tout y est prêt pour faire du beau travail…et comme tu le dis des outils extraordinaires ne remplacent ne peuvent pas faire de miracle. C’est un “plus” ! moi je rêve devant tes brosses et pinceaux et j’ai honte devant les miens dont tu connais hélas l’état souvent ! tes photos sont en soi des toiles …..ton atelier fait rêver.

  2. Une caverne d’ Ali Baba , se trouver dans son monde avec de quoi s’ amuser , se lâcher avec toutes ses panoplies d’ apprentis créatifs , nous sommes toujours entrain de découvrir …. avoir son espace à soi bien “confiné” dans son antre perso, pouvoir laisser reposer les premières esquisses puis les redécouvrir , certes 9 m2 c’ est pas l’ atelier le plus grand, mais il doit se suffire pour celui qui le monde dans sa tête 🙂 à bientôt !

  3. Merci Serge pour cette visite organisée…. peut-être une motivation perso pour reprendre mes pinceaux, confinés, eux, depuis le 10 mars… A bientôt

  4. c’est sensationnel de pouvoir découvrir ainsi votre “antre”. excellente idée, bien éloignée, en effet, de ce qu’on peut imaginer d’un atelier d’artiste, qui serait désordonné ..
    grâce à vos explications aussi rationnelles que votre atelier, et couronné par de très belle photos, c’est un vrai cadeau que vous nous offrez là!

    • Les ateliers sont tous très différents et ne se ressemblent pas. En appartement il y a de fortes contraintes, il faut tout ranger faute de place, limiter les bruits pour les voisins, éviter les odeurs d’essence pour les autres personnes etc…c’est parfois très compliqué. C’est pour ça que je préfère travailler dehors, sur le vif 😉

  5. Délicieux! Merci Serge pour cette petite visite dans tes 9 m2 très bien rangés, organisés ! Un peu d’air frais dans notre propre confinement. Tu nous montres ton petit radeau de l’art avec beaucoup de générosité. Tout est beauté car tout est vrai. Merci infiniment!

    • Merci beaucoup Martine. C’est peu de chose que ce petit tour de mon univers. Aujourd’hui compte tenu de l’ambiance de confinement, je suis content d’avoir ce petit espace que j’utilise en bureau, en studio photo et en atelier. Couteau Suisse en quelque sorte 😉

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