Portraits (juillet 2019)

Mis en avant

Après la série de nus pour Octobre Rose, j’ai eu envie de revenir à des formats plus petits et surtout de rejouer avec la couleur. Rien de tel qu’une petite série de portraits pour se refaire la main. En choisissant un format égal ou légèrement supérieur à 21×29,7, je me suis amusé à expérimenter différentes manières de faire. Toujours sur un support papier, j’ai appliqué différents apprêts avant de me lancer dans la couleur. J’ai pu tester et obtenir des différences notables dans l’exécution des portraits. L’ajout de “primers” sur des supports devenus lisses, rugueux, ou absorbants ainsi que des combinaisons techniques comme pastel sec ou gras, plus couleur à l’huile, m’ont permis d’obtenir des effets assez variés. En allant parfois trop loin tant sur la technique que sur la forme, on enrichit souvent son écriture presque sans s’en rendre compte. Il faut pourtant être un peu attentif aux voies sans issue, aux chemins séduisants qui ne correspondent pas à “qui l’on est”.

Octobre Rose

Mis en avant

En mai dernier mon amie Danielle Mongin, m’a proposé de participer avec
André Bodin à Octobre Rose par le biais d’une exposition de peinture commune.

Octobre Rose, c’est une campagne annuelle de communication destinée à sensibiliser le public au dépistage du cancer du sein et à récolter des fonds pour la recherche. Elle a vu le jour au début des années 90 aux États-Unis à l’initiative d’Évelyn Lauder, une icône du monde des cosmétiques atteinte de la maladie. Les études statistiques démontrent qu’une femme sur huit risque de développer cette pathologie. Durant un mois, des initiatives comme des courses à pied, des ventes aux enchères, ou des collectes de toutes sortes sont organisées. Cette manifestation annuelle, permet de rassembler autour d’un thème fédérateur des associations et des professionnels de santé autour de l’information sur le dépistage du cancer du sein. L’événement est consacré aussi à l’information des aidants entourant les personnes souffrant d’un cancer du sein.
Cependant, tout n’est pas rose dans un monde de bienveillance.
Alors que de nombreuses actions sont menées pour lever des fonds chaque année, l’opération Octobre Rose possède quelques détracteurs qui dénoncent une pratique dite de “pinkwashing”, soit de profiter d’Octobre Rose à des fins commerciales.

(Le terme de “pinkwashing” a été inventé par la Breast Cancer Action, une association américaine de patientes souffrant du cancer du sein, en 2002 pour désigner les campagnes des entreprises qui utilisent le cancer du sein comme levier marketing. Il est aussi utilisé pour critiquer une technique de communication fondée sur une attitude bienveillante vis-à-vis des personnes LGBT par une entreprise ou par une entité politique, qui essaye de modifier son image et sa réputation dans un sens progressiste, tolérant et ouvert. Cette stratégie de “relations publiques” s’inscrit dans l’arsenal des méthodes d’influence, de management des perceptions et de marketing des idées ou des marques).

Dans le cadre d’Octobre Rose 2019, une exposition est réalisée sur une initiative du Centre Hospitalier Bretagne Atlantique de Vannes.
Notre participation à cette exposition en tant que peintres est parfaitement bénévole et sans but lucratif.  Notre objectif est d’animer par nos réalisations certaines parties du Centre et d’apporter aux visiteurs, aux patients, aux personnels soignants, un environnement artistique inhabituel pendant tout le mois de l’opération d’Octobre Rose. Les peintures sont toutes associées d’une manière symbolique, abstraite ou figurative au corps de la femme ou au bénéfice des traitements du cancer du sein.
Pour ma part, j’ai choisi de traiter huit toiles à l’huile dans une monochromie gris/bleu (gris de payne+blanc) ainsi que cinq peintures sous encadrement verre d’une technique mixte aquarelle+acrylique. J’ai opté pour une figuration réaliste en représentant volontairement des corps de femmes loin des modèles esthétiques idéalisés. J’ai voulu des femmes réelles telles qu’elles sont présentes dans la vie quotidienne, telles qu’on les connaît et telles qu’on les aime.

L’exposition aura lieu du 4 octobre au 3 novembre 2019.
Centre Hospitalier Bretagne Atlantique.
20 Boulevard Général Maurice Guillaudot. 56017 Vannes.

Entre mer et rivière.

Le comble, c’est d’avoir passé 5 semaines en Bretagne sans jamais avoir déplacé une seule fois mon chevalet vers la mer.
En effet, à aucun moment je n’ai porté mon attention vers l’océan tout proche. Lorsque je suis arrivé dans le Morbihan, j’ai été littéralement saisi par l’intensité de la nature. Je n’ai eu qu’une envie, celle de me plonger dans cet univers d’arbres et de campagne qui s’imposait partout sous mes yeux. En cherchant à me perdre parmi les nombreuses petites routes entre mer et rivières, j’ai découvert de beaux endroits nichés dans un écrin verdoyant. J’ai passé un certain nombre d’heures, voire de jours auprès d’une place herbeuse entourée d’arbres vénérables. De nombreuses peintures sont nées de cet endroit très inspirant. Ces arbres séculaires, châtaigniers et chênes, sont des personnages possédant chacun une véritable personnalité. Chaque corps massif, porte les marques de son âge. Branches biscornues ou brisées, plaies béantes ouvertes aux intempéries. Comme toujours en plein air, la modification de la lumière tout au long de la séance de peinture aura été la plus grosse difficulté à surmonter. S’adapter sans cesse, et même repeindre des zones entières dont l’ambiance et les couleurs ont changé en quelques dizaines de minutes, voilà l’historique secret de chaque peinture. J’ai rarement intégré des éléments architecturaux dans mes peintures. J’ai représenté cette fois, de manière plus ou moins discrète quelques pierres, quelques toits au-delà des éléments naturels. La peinture du dolmen en est la démonstration contraire puisque la pierre même devient le principal sujet. Ce monument aura eu le mérite de favoriser une sympathique rencontre avec le propriétaire de la maison située à proximité.

Pose portrait

Quand je prends le pinceau pour faire le portrait de ma femme à partir de sa photo, je me demande plusieurs fois si je n’ai pas un peu surestimé mes compétences.
La toile est relativement grande pour un portrait (50 x 65 cm) et un format de cette taille mérite une grande attention concernant la composition. L’autre précaution à prendre est de bien préparer son dessin. Une proportion mal fichue et on se traîne jusqu’à la fin une difficulté qui sera très difficile de régler. Sur la base d’un quadrillage, je mets en place la figure directement au pinceau  avec une couleur sienne naturelle. Je marque les zones principales en aplats rapides. J’esquisse le visage avec quelques couleurs afin de lui donner du volume. Impérativement, mettre de la couleur partout. Remplir le tableau de matière pour avoir une vision d’ensemble et ne pas imaginer la peinture comme un puzzle à assembler.

Je laisse sécher un jour ou deux. Pendant ce temps de repos, le pull noir aux lignes colorées me hante quant à sa réalisation. Faut t’il que je réalise les lumières et les ombres du vêtement sur toute la surface ou est t’il préférable que je réserve en blanc toute la partie colorée. Je tente un “mixte”. Toute la partie foncée est travaillée en valeur de noir et de gris en créant le volume, la restitution des plis etc…Je traite en gris uniquement toute la partie sous la zone des lignes de couleur. Dans un premier temps, le pull sera noir avec une manche et les épaules grises. Je rajoute par la suite les lignes colorées en intercalant les zones noires.

J’avance sur le visage par étapes successives. Pose de couleur et séchage. En alternance, j’en profite pour travailler le fond. À l’origine c’est une surface plane, sans aucun décor, à part un cadre vaguement esquissé. Des zones sombres devant le sujet représentent des fauteuils mais trop recadrés, ils deviennent totalement  incompréhensibles. Devant le visage, la surface est bien vide et pauvre. Je peins un couloir, une porte entrouverte…ça ne colle pas car la composition est coupée en plusieurs parties. J’efface ! Je reviens à l’origine avec un grand cadre…pas extra non plus. J’efface à nouveau ! Je cherche et finalement j’opte pour une plante que j’agrandirai et réduirai plusieurs fois jusqu’à satisfaction.

Le fond change plusieurs fois de couleur par rapport à la couleur du visage…Les cheveux sont traités assez rapidement et sans problème particulier. L’expression du visage me donne quelques difficultés. Sur la couleur, sur le dessin, je reviendrai de nombreuses fois retoucher le léger sourire et l’œil malicieux.

Après plusieurs jours de travail le portrait me semble être au meilleur stade auquel je peux prétendre à ce moment là. Il est temps de poser les pinceaux. 

Si j’en fais aujourd’hui la critique positive, je citerai sa composition en diagonale qui fonctionne bien, commençant par la main gauche et se prolonge avec le bras et le visage. L’expression est relativement bien rendue et les couleurs sont somme toutes assez agréables. 
Je suis plus réservé sur la facture que je trouve trop figée, pas assez en touches libérées. Bien que cette zone soit laissée volontairement non finalisée, il existe dans le dos du personnage et le fauteuil, une liaison couleur qui est mal gérée. Autant d’éléments qui démontrent qu’une peinture n’est jamais finie et que refaire un tour sur le sujet plusieurs jours voire plusieurs mois après, est toujours bénéfique car on y pose un regard neuf. Rien n’est jamais parfaitement absolu et tout est infiniment perfectible…

Couleur & Forme 2109

Désormais organisé tous les deux ans, le salon Couleur et Forme 2019, a ouvert ses portes aux peintres et sculpteurs de Mesnil le Roi et de sa région. Comme toujours, beaucoup de monde pour le vernissage; les artistes exposant certes, mais aussi les amis, les invités des artistes, les personnalités de différents horizons. Irène Lussou ( Lien Irène Lussou) pour la sculpture  et Hratch Demirdjian ( Lien Hratch Femirdjian) pour la peinture sont les artistes invités dont l’honneur sera de magnifier cette exposition locale.
Il est demandé aux visiteurs de voter pour l’œuvre qui les séduira le plus. Je fais un premier tour sans remarquer véritablement ce qui mériterait mon approbation pour constituer le choix du public. Je délaisse les sempiternelles peintures abstraites qui envahissent les salons et qui paraissent sortir tout droit  des catalogues Ikéa ou Alinéa. J’ai bien du mal à trouver une réalisation avec suffisamment de personnalité qui suscite mon intérêt. Pas mal d’œuvres reflètent cet aspect encore très “amateur” par manque de maîtrise, ou d’émotion tout autant absente.
Certaines peintures manquent de dessin, de qualité picturale ou d’originalité. Je refais un tour et je remarque deux paysages assez bien campés, à la facture très personnelle ainsi que deux peintures très enlevées et vivantes ou je sens la fluidité et la qualité de dessin de l’artiste. Finalement ce dernier emportera ma décision.
Le discours du maire qui se félicite (d’année en année) de la qualité de l’expo et du nombre de participants, ne me convainc pas du tout. Si l’on ne peut mettre en doute et en cause la qualité des invités d’honneur, je trouve pour ma part l’exposition d’un niveau très faible. La moitié des œuvres exposées, ne méritent pas l’accrochage pour une expo qui se veut désormais bi-annuelle.
J’ai trouvé ce salon profondément triste, sans originalité et surtout avec une absence totale de jeunesse. Je ne saurais pas définir avec précision quels ingrédients manquent à la réussite. Pas assez de communication pour attirer des talents jeunes et nouveaux, sélection pas assez rigoureuse, bienveillance consentie au plus grand nombre… ou tout simplement désintérêt de la forme diptyque ou triptyque imposés.
Pour ma part, je n’ai rien préparé de spécial pour ce salon et je me suis interrogé longtemps sur ma participation. J’ai ressorti trois peintures de la série “les animaux et la mort” en jouant “la provocation” par rapport à ce qui se fait de “joli et de convenu ”. Je ne vendrai rien et ne recevrai pas le prix du public, mais là n’était pas l’objet de ma contribution. Et la question de ma participation dans deux ans à ce Salon Couleur et Forme reste très incertaine.

Vaucluse en janvier

C’est le premier dessin réalisé à partir de la terrasse du gîte que j’occupe où j’ai une belle vue sur le village de Bedoin et de son église actuellement en réfection. Les couchers de soleil sont magnifiques et de beaux arbres aux espèces et aux couleurs variées occupent le premier plan.

Le temps n’aura pas été au rendez-vous dans le Vaucluse. Je pouvais raisonnablement imaginer que le réchauffement climatique apporterait de belles journées hivernales. En fait il n’en fut rien. J’ai appris bien au contraire, que l’influence du réchauffement sur la calotte glaciaire avait tendance à favoriser des hivers particulièrement durs. N’en déplaise à cet “imbécile climatosceptique” de Donald Trump. C’est ce qui expliquerait par exemple la vague de grand froid qui a sévi sur la région des Grands Lacs aux USA avec des températures ressenties de -50°.

Notre Planète Info.
https://www.notre-planete.info/actualites/2647-fonte_banquise_froid_Europe

Bref, il m’a fallu faire avec le froid, l’humidité, la grisaille et oublier les magnifiques journées successives avec ciel bleu azur que j’avais pu connaître auparavant. Après quelques heures de travail, le froid commence à figer mes doigts auxquels même des gants polaires ne parviennent pas à réchauffer. La tenue du pinceau est aléatoire, le manche vernis à tendance à glisser à chaque pression. Après de nombreux essais, un bon ami trouve la solution. C’est équipé de surgants de travail en caoutchouc qu’il me propose que je parviens à lutter contre le froid et à bien utiliser mon pinceau.
Les séances de peinture ont alterné tranquillement entre les journées de promenade, les matinées chasse ou la recherche de truffes et les moments de mauvais temps. Tout cela fait que le bilan pictural (en volume) est loin de se comparer à celui de l’automne Morbihanais
J’ai fait quelques concessions à ce que j’appelle habituellement des “anecdotes” en intégrant quelques maisons ou autre édifice…La ligne droite et la surface plane constituant pour moi un certain manque d’engouement.


 Les Demoiselles Coiffées. L’endroit sauvage que j’affectionne particulièrement pour l’originalité de sa terre rouge, ses mûriers centenaires et sa tranquillité en hiver. Les arbres y sont enchevêtrés et paraissent se tenir par les branches comme autant de bras solidaires.

Les Couguious est un lieu-dit proche des Demoiselles Coiffées. Quelques maisons forment le lieu-dit sous forme d’un compact agglomérat de ruines et de restaurations d’habitats aux façades de pierres jaunes. Il s’est mis à pleuvoir…beaucoup et j’ai dû replier le matériel.


Sur une petite hauteur, face au Mont Ventoux, les Jacomets, un petit hameau domine un environnement de vignes, de quelques parcelles plantées de fruitiers. Ces hameaux portent souvent le nom de la famille qui s’y installa en premier lieu ou le métier qu’elle exerçait. Bien placé ce groupe de maisons bénéficie du soleil toute la journée.
J’ai planté mon chevalet une bonne partie du temps aux Colombets. Autour de la maison de Georges, un ancien corps de ferme au pied du Mont Ventoux, et à l’entrée de la combe de Curnier. Il y a dans ce lieu tout ce qu’il faut pour peindre. Vues sur le Ventoux, vieux arbres, paysages, maisons, hangars, et même chiens et poules pour les plus courageux. La maison de Georges étant toujours des plus accueillantes, je ne compte plus le nombre de café dégustés chez lui pour me réchauffer.


Les vieilles granges. Une partie de la ferme de Georges au pied du Ventoux, ou vient se ranger le vieux Lada dédié à la chasse et où se conservent dans les congélateurs les morceaux de sangliers.

La Combe de Curnier vue des Colombets. Sauvage, elle ne se découvre qu’à pied, à travers un sentier étroit qui serpente encadré de parois verticales.
La tempête de neige se développe au loin sur le Mont Ventoux.

https://www.youtube.com/watch?v=4tJw8dn5xCk
Aux Colombets, les vieux arbres gris, argentés, sous un faible soleil dans un écrin verdâtre de buis et de chênes verts, révèlent des corps maigres et fragilisés par l’hiver.
Toujours au Colombets, les chênes verts regroupés en famille se parent d’une lueur chaude lorsque la lumière effleure leur tête. Dans l’ombre, les feuillages virent au gris vert, dans une couleur insaisissable.
L’église de Bedoin est ma dernière peinture avant rangement du matériel. Temps gris, pluie, vent froid, j’hérite d’un bon refroidissement qui m’accompagnera plusieurs jours après mon retour.

Nus d’hiver 2018

Après les portraits, les nus méritaient bien une petite mise à jour d’autant que ces 3 derniers mois ont été assez intensifs. Les séances du jeudi matin avec modèle vivant cumulées avec les reprises de croquis et les interprétations en atelier ont vite rempli quelques cartons à dessin et autres boîtes.
En atelier libre, nous avons expérimenté les croquis sur des poses courtes d’une minute. Le fait de devoir travailler à une allure “supersonique”, impose une très forte attention, ainsi qu’un matériel répondant le plus efficacement possible à la vitesse. Fusain, pinceau, encre etc…sont favorables au crayon ou à tout autre outil qui aurait tendance à imposer la ligne comme une évidence. Dans un tel exercice, il faut capter le mouvement, se servir de la lumière, des contrastes pour modeler rapidement les formes qui vont identifier le personnage.

croquis minute, pinceau et encre de chine sanguine

J’ai aussi tenté la technique de l’encre de chine et du pinceau sec, qui produit un traité assez dur, très contrasté qui met en évidence les caractéristiques particulières du modèle. La grande difficulté est de ne pas en faire de trop, sinon on tombe vite dans une réalisation très “charbonneuse”. Il faut garder des blancs, préserver des lumières et des respirations.

croquis au pinceau sec, encre de chine noire et sanguine

Pour le dessin de modèle vivant il faut se situer à une certaine distance du sujet afin d’englober d’un coup d’œil rapide tout le sujet. Bien que cette distance ne soit pas favorable à l’élaboration d’un portrait (on ne distingue pas nettement les traits), je réserve toujours quelques croquis aux visages. La ressemblance n’est pas une préoccupation majeure. La construction d’un profil en quelques touches de couleur est surtout une manière d’entretenir le “coup de patte” et la capacité d’interprétation.

croquis huile mixable à l’eau (taille environ 10 cm)

Certaines peintures sont faites sur le motif dans les temps de poses impartis qui oscillent entre dix et vingt minutes maximum. D’autres sont des reprises d’après des croquis noir et blanc, en réinventant la lumière, la couleur. Le but est de créer une nouvelle image tout en conservant les qualités particulières du dessin spontané.

Portraits

crayon de couleur et craie sur papier gris.

WordPress, qui est l’éditeur de ce blog est en train d’évoluer vers une version totalement différente quant à la manière de créer des articles. Comme tout changement majeur, il est recommandé à tous les blogueurs d’en faire l’essai avant de basculer vers la version définitive. On peut à juste titre s’inquiéter de la totale compatibilité avec tous les articles déjà existants. Je ne compte pas aujourd’hui utiliser la nouvelle version de WordPress. Mais, dans un avenir proche, je serai obligé de mettre mon éditeur à jour puisque la version de WordPress que j’utilise sera supprimée. Le risque sera donc de voir ce blog un peu “perturbé”.

Ceci étant précisé…beaucoup de retard ! Retard dans les publications. Les dessins, croquis et peintures s’accumulent et je finis par ne plus savoir comment les organiser, ni sur quelle base les sélectionner. Portraits ensemble, noir et blanc ou couleur, croquis de modèle vivant à part, mais j’y réalise aussi des portraits alors…comment rendre tout ça cohérent pour le visiteur. Je stocke, je range, j’empile, j’élimine, j’agite le filtre et il reste encore trop de choses. Devant cette difficulté de faire le tri, le temps passé à écrire, de récupérer les photos, de les traiter pour le blog, sont autant de moments qui consument mon énergie.
Alors pour aujourd’hui, vous aurez droit à quelques portrait peints ou dessinés selon diverses techniques. Quelques autoportraits aussi, qui sont un peu comme à chaque fois des incontournables. Quoi de plus pratique entre la poire et le fromage, de se tirer le “profil”, histoire de boucher un petit creux…comme ça vite fait un “p’tit” crobard avec ce que l’on a sous la main. J’entends revenir la sempiternelle remarque “mais tu fais la gueule”, “souris un peu”. Je défie chacun de se dessiner en rigolant sans se prendre en photo. La concentration réclame un peu de sérieux…et même beaucoup. Je crois que Rembrandt a fait un autoportrait avec l’amorce d’un sourire. Mais, je ne suis pas Rembrandt. Voilà, c’est dit !

Morbihan d’octobre 2018


Cette année, septembre dans le Vaucluse n’aura pas été une saison peinture prolifique. Un seul et unique sujet à l’huile et trois ou quatre dessins. L’ambiance n’y était pas. Et en peinture, lorsque certaines circonstances ne s’accordent pas l’envie de sortir ses couleurs n’existe pas.

Heureusement, l’enchantement s’est présenté dans le Morbihan pendant trois semaines avec une bonne quinzaine de jours consacrés à peindre et à dessiner. La mer et ses abords toujours en perpétuels changements ont toujours un aspect magique. Loin des clichés d’une Bretagne grise toujours dans les frimas pluvieux, j’ai vécu chaque journée sous un soleil radieux et ce ne sont pas quelques heures “pluvioteuses”, justes bonnes à essuyer la sueur des feuilles qui pouvaient entamer mon ardeur retrouvée.

J’ai comme d’habitude peint sur le vif en une ou deux séances rapides selon le sujet. J’ai pour principe, de prendre une photo du sujet après l’avoir mis en place en quelques touches sur mon support. J’actualise la prise de vue en fin de séance. Cela me permet de conserver du paysage deux moment de lumière très différents. En deux heures, l’ambiance chromatique (température de couleur) change énormément. Entre 8 et 11 heures du matin, la couleur se modifie énormément. Au plus tôt, juste avant que le soleil ne perce, l’ambiance est froide, propice aux bleus et teintes sourdes. À son apparition ce sont les jaunes d’or et les ombres violettes qui émergent. Le jeu des complémentaires est optimum. En s’approchant de midi l’ambiance devient plus dure. Les teintes blanchissent, perdent leur couleur. Travailler en noir et blanc est une bonne option. Dans l’après midi, le soleil restant à une certaine hauteur plus longtemps, l’ambiance couleur évolue peu. C’est l’heure des contrastes. Lumières et ombres vont s’affronter le plus fortement au détriment d’une atmosphère colorée plus stable. La température couleur se modifie très significativement en fin d’après midi lorsque le soleil entame sa descente à l’horizon.

Les deux photos réalisées à des moment différents de la matinée sont donc une sorte de mémoire condensée de l’ambiance. Cette technique a l’avantage de me permettre de poursuivre ma peinture à l’intérieur. Je peux, soit la préciser, soit supprimer ou rajouter des éléments ou même en réaliser une nouvelle version. 

Peinture originale. La découpe de l’estran en double forme arrondie n’est ni très harmonieuse ni bien répartie et complique la lecture. Le bateau n’est pas dans les bonnes proportions. Je ne sais plus où est le sujet.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nouvelle peinture sur le même sujet. Pour ne pas couper ma peinture en deux zones distinctes (eau et estran), j’ai supprimé l’eau et redonné la priorité au sujet (bateau) après l’avoir remis dans de bonnes proportions.

Ce bassin ostréicole abandonné est tout de « guingois » et cette descente en béton construite dans un plan bizarre, heurte la compréhension de la perspective.

Reprise de la peinture originale par une correction partielle du sujet. Suppression de la descente bétonnée et recréation d’un motif nature et estran.

Après avoir exploré les parcs à huîtres avec mon chevalet, j’ai découvert un chantier ostréicole abandonné avec un environnement très intéressant. Cabane en partie ruinée, palettes, poches à naissains (sacs plastiques alvéolés pour les huîtres), bassins et épaves en cours de dislocation, m’ont apporté de nombreux sujets sur un espace très restreint.
Pour la peinture à l’huile en extérieur, je suis fidèle à la technique du papier toilé (Figueras de Canson) enduit d’une ou deux couches de Gesse, tendu à l’adhésif papier sur planche de contreplaqué. Esquisse à l’essence de térébenthine, ou Liquin + essence (ou médium 084 Talens) et poursuite du travail avec ce même mélange ou couleur directe. L’avantage est un séchage rapide et la possibilité de retravailler le même sujet le lendemain ou parfois quelques heures après.

Conjointement à la peinture à l’huile pour laquelle je plantais le chevalet le matin, j’ai aussi consacré quelques après-midi à l’encre couleur. D’une mise en route moins contraignante, avec un matériel plus léger j’ai abordé entre autre les rochers qui forment la côte sauvage de Quiberon. Exercice toujours très lié aux horaires des marées et aux conditions météo. En l’occurence plein soleil, équilibre précaire sur les rochers, souvent du vent assez fort etc…Il faut se battre avec une nature pour le moins “rustique”.

Quelques dessins à la plume et encre noire (toujours sur le motif) viennent compléter la production de cette fin d’été. À défaut de peinture, la plus grande partie de la série à la plume a été réalisée dans le Vaucluse.

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In memoriam

Aborder la Shoah (extermination des juifs) que ce soit par l’écriture, l’image ou tout autre mode d’expression est un sujet aussi difficile que délicat à mettre en œuvre. La monstruosité, l’horreur sont telles que tout entreprise, paraît bien dérisoire, voire vouée à l’échec à en produire les moindres mots, les moindres images.
C’est justement d’une tentative d’images qu’il est question ici, d’interprétation à partir de documents photographiques existants. J’ai essayé de poser une fenêtre sur cet événement tragique comme pour mieux en appréhender toute l’inhumanité. À travers ce cadre se sont imposées des figures, silencieuses, graves, mêlées comme dans un cauchemar où chaque porte entrouverte laisse échapper un flot d’ombres et de lumières.

Aussi loin que je me retourne sur mon passé, bien des récits et bien des images concernant l’Holocauste hantent mes souvenirs. Rien, dans ma famille ou parmi mes proches amis ne peut expliquer la présence de ces spectres qui m’habitent depuis un demi siècle à part la défaillance de ma sensibilité ou de l’hypertrophie de mon émotion dont l’horreur serait la génitrice maléfique. Il me fallait produire ces images, mes images. Il me fallait un jour avec tout le respect que je dois aux victimes et une toute aussi grande répugnance pour leurs bourreaux, tenter – non pas de me débarrasser de fantômes – mais au contraire, de les rendre visibles en les faisant passer de la représentation photographique à la représentation picturale. Comme si la matière, apportée par le pinceau, le geste qui pose chaque touche intensément, pouvait permettre une ultime survie. Comme si perpétuer encore une fois le souvenir allait contribuer à une certaine “incarnation”. Mais, faire ressurgir les archives, c’était aussi rappeler son cortège de perversité. Si on peut penser que l’histoire ne se répète pas, je peux imaginer qu’il existe parmi nous tout autant de prochaines victimes que de bourreaux et les “identifier” aujourd’hui est impossible car on ne sait jamais comment se révèle l’homme dans certaines circonstances.

Il me fallait représenter les monstres qui de leur haine aveugle ont participé, persécuté, mis à mort des hommes, des femmes, des enfants en les réduisant en cendres après avoir anéanti leur dignité. Cela pouvait paraître incongru, voire inutile. Cependant ne pas montrer le tortionnaire c’était aussi l’exonérer de toute responsabilité. Et les visages de ces tortionnaires – en les observant et en les détaillant pour les peindre – se sont révélés encore plus monstrueux par leur apparente “normalité”.

Je ne prétends nullement faire une exposition historique ou documentaire à travers ces peintures et encore moins en retirer une quelconque reconnaissance morale ou artistique. Les portraits se veulent être surtout un rappel à la mémoire à l’heure où l’antisémitisme, le racisme de tout poil, l’extrémisme religieux, et toute forme de bêtise qui exclut l’autre renaît ici et là, aussi bien en Europe que dans le monde. J’aurai pu aussi, comme chacun peut le penser, m’abstenir de peindre à partir des documents sur l’Holocauste mis à ma disposition. Mais là est un autre débat concernant la relation que peut entretenir tout “être humain” avec ses propres ténèbres.

Des camps de concentration et d’extermination, il ne reste souvent en mémoire que des images de charniers, des corps démembrés, des visages émaciés sur des châlits, des êtres fantomatiques qui semblent errer parmi leurs libérateurs. Il existe une grande confusion dans les images, souvent éditées dans la précipitation de l’époque. Des photographies publiées sans grande précaution d’exactitude concernant les identités des victimes, mal légendées sur les dates, les lieux etc…Mes peintures ne sont pas la copie exacte des documents photographiques. Mais, malgré leur interprétation (souvent éloignée de la représentation photographique), j’ai essayé de les légender dans la mesure du possible sans prétendre à l’exactitude. Les comparatifs de libellés que j’ai pu entreprendre pour certaines photos et publications témoignent de grandes contradictions.

Une exposition photographique, est très souvent construite selon un cheminement bien établi. Selon une chronologie, historique, artistique ou émotionnelle et des panneaux explicatifs, accompagnent les œuvres ou documents. Cet itinéraire permet au visiteur, de photo en photo, de salle en salle, d’appréhender correctement l’exposition selon le rythme souhaité par l’organisateur. Ce processus didactique n’existe pas forcément sur internet et les les images sont le plus souvent livrées brutes à l’internaute. En réponse à cette carence j’ai tenté une sorte de progression virtuelle qui était somme toute très conceptuelle et n’a peut-être pas été bien perçue.

Sur les portraits j’ai tenté dans un premier temps la technique de “distanciation” (floutage)”. Comme le définit le peintre “Gerhard Richter” dans le texte suivant, je me suis rendu compte bien vite que cet éloignement par rapport à la réalité, ne me permettait plus de rendre les visages expressifs.
J’ai donc commencé avec une facture habituelle cette série en noir et blanc comme le sont la plupart des documents réalisés à l’époque de la libération des camps. Il m’était nécessaire tout d’abord de poser le thème en quelques images symboliques et “redondantes” des camps d’extermination. Il n’a jamais été question de céder à un voyeurisme malsain en représentant des charniers ou d’exploiter l’atrocité en utilisant des photos choquantes ou obscènes. La couleur s’est initiée progressivement dans la galerie pour rendre chaque portrait plus éloquent, comme faisant partie de notre quotidien, de notre temps d’aujourd’hui. L’idée étant de faire oublier que nous étions dans un autre espace temps, et de ne plus considérer ces hommes et ces femmes comme des silhouettes du passé, mais comme des personnes bien réelles le temps d’une vision. Il me fallait implanter chacun des personnages ici et maintenant. Puis la couleur défraichit, pâlit, se flétrit pour certains portraits comme les teintes d’une image trop longtemps exposée au soleil. D’autres peintures se sont durcies à l’exemple d’une image reproduite encore et encore telle une photocopie qui sombre dans un uniforme bitume .

Cette série de peintures a immédiatement posé le problème de la reconnaissance. Que convenait t’il de commenter ? La peinture, le style, la maîtrise du peintre, le sujet, l’émotion que l’image suscitait. Comment apprécier des images qui reposent sur un thème relatif à la monstruosité. Je n’ai pas la réponse. Je pense que les visiteurs ont leur propre idée. En tout état de cause, j’ai le sentiment d’avoir fait ce que ma conscience m’indiquait de faire.

Les images, lorsqu’elles ne deviennent pas des “icônes” tendent vers l’indifférence, vers le commun, remplacées par d’autres plus récentes, plus en accord avec notre époque. Les photos de la Shoah, leur durabilité, leur conservation sont comparables au travail de notre mémoire…fragiles, soumises à l’effacement et parfois aussi à la manipulation. Un ami me disait que la visite du camp d’Auschwitz comptait plus de touristes asiatiques que d’européens alors que nous ne sommes qu’à deux heures d’avion du site. L’oubli est-il donc en marche ?

Je rapporterai ce texte d’Arno Gisinger (dans Mémoire de camps : Photographies des camps de concentration et d’extermination nazie – 1933-1999) à propos de Gerhard Richter, qui montre la difficulté que la peinture peut avoir à traduire l’extermination de manière frontale.
“Dans les productions contemporaines, il existe enfin une dernière catégorie d’artistes qui a choisi d’utiliser comme vecteur de la mémoire culturelle les images d’archives plutôt que les objets, les lieux ou les êtres humains. La tentative du peintre Gerhard Richter, de retranscrire sous la forme de tableaux peints des photographies d’archives, peut être considérée comme un point de référence pour cette catégorie de travaux. Richter effectua dans les années 1960 des recherches préparatoires pour une série sur les camps. Comme en témoigne Atlas, son recueil « d’esquisses photographiques », il collecta alors des images d’archives dont il réalisa des reproductions volontairement floues. Aucun tableau utilisant, de près ou de loin, ces photographies ne vit cependant le jour. Richter expliqua d’ailleurs qu’il avait rapidement dû renoncer à sa technique habituelle de distanciation par le flou. Selon Fred Jahn c’est parce qu’il « ne voulait pas mettre en jeu de manière inconsidérée l’exigence morale de l’art ». La transformation de documents photographiques mimétiques en images peintes, procédé maintes fois utilisé par l’artiste, semblait vouée à l’échec car « l’horreur et les souffrances atroces montrées par les prises de vue originales ne [pouvaient] subir aucune transformation esthétique, celle-ci ayant pour résultat la disparition de l’individu, et finalement la banalisation ». Il est tentant d’interpréter cet « échec » de Richter comme un constat d’impuissance de la peinture face à l’effet percutant des photographies d’archives. Mais, à y regarder de plus près, il semble que les interrogations éthiques et esthétiques de Richter aient été finalement productives. Car, par la suite, Richter établit un rapport direct entre ce constat d’échec et la genèse en 1970 de sa série de monochromes gris. Par cette série, l’abstraction, c’est-à-dire l’impossibilité de la figuration, s’était imposée à lui comme la seule et unique solution pour représenter l’extermination.”