Monotypes Morbihan

Mis en avant


J’ai déjà fait un petit article détaillé sur la technique du monotype (tout du moins la façon dont je pratiquais).  

Suivre ce lien : Monotypes essais

Ma méthode, est toujours la même et elle reste très artisanale à mettre en œuvre, mais c’est là l’avantage de cette technique. La difficulté que j’avais rencontrée la fois précédente venait principalement du manque d’une presse. Presse que je ne possède pas plus aujourd’hui. J’ai pourtant réussi à reproduire plus de subtilités dans mes transferts. Finalement j’ai tout simplement piétiné ma plaque de verre et le papier en les posant au sol…et on ne rigole pas. Ça fonctionne très bien. Faut-il encore faire un certain poids ou plutôt un poids certain !

Cette série de monotypes représente ici la côte sauvage de Quiberon dans le Morbihan avec différentes atmosphères.

Le monotype 09 est le résultat d’une première pression. Le monotype 10 est l’objet d’une seconde pression sans ajout d’encre. Ce qui signifie que l’on peut obtenir d’un seul encrage, deux version avec de valeurs très différentes.

02 Côte Sauvage de Quiberon (Morbihan)
03 Côte Sauvage de Quiberon (Morbihan)
04 Côte Sauvage de Quiberon (Morbihan)
05 Côte Sauvage de Quiberon (Morbihan)
06 Côte Sauvage de Quiberon (Morbihan)
07 Côte Sauvage de Quiberon (Morbihan)
08 Côte Sauvage de Quiberon (Morbihan)
09 Côte Sauvage de Quiberon (Morbihan)
10 Côte Sauvage de Quiberon (Morbihan)

Étapes

Mis en avant

J’ai entrepris une peinture de la côte sauvage de Quiberon sur une grande toile (92×65 cm). Je dois dire que j’avais un peu sous estimé le travail à effectuer compte tenu du format. Et d’ailleurs, même aujourd’hui, je ne sais pas si cette peinture est réellement terminée. Je réalise parfois quelques photos des étapes en cours. Ces images me permettent de voir ce que j’améliore et aussi ce que je perds à chaque modification ou avancée du travail. Car il est loin de croire que l’on ne fait qu’améliorer les choses. Bien souvent on dégrade certaines parties et contrairement à l’ordinateur où l’on peut faire un retour arrière…là, c’est trop tard.

Vue 1

Vue 2

Vue 3


Je passe vite fait sur les 3 premiers clichés qui ne sont que la mise en place des éléments par rapport au format. Les principales couleurs sont indiquées assez grossièrement. Si le bleu n’avait pas été aussi « brillant », le cliché 3 aurait pu constituer une bonne pochade et se suffire à elle-même.

Vue 4

Sur la vue 4, je suis à l’achèvement de la peinture. L’ensemble est pour moi beaucoup trop « coloré ». Je trouve le ciel en mauvaise adéquation avec la couleur de la mer. Les rochers à droite sont trop « orangés », ceux de gauche sont trop clairs, pas suffisamment dans l’ombre. Tous les verts sont trop acides et « crient » beaucoup trop. Le regard est surtout attiré par la zone claire de la mer.

Vue 5

La vue 5 présente une couleur générale plus harmonieuse, plus douce. Le ciel est plus cohérent avec la mer et la lumière générale. La falaise à gauche est un peu trop assombrie sur ses flancs. Par contre, à droite j’ai perdu toute la lumière sur les rochers et j’ai également perdu le dessin des blocs et les contrastes. Les verts sont moins agressifs et le chemin clair en bas à droite rentre plus dans le champ de vision.


La vue 6 est donc la version « définitive » actuelle. Le ciel est traité assez gris avec une mer dans le même rapport de couleur. La mer est bien trop lisse à mon goût. Elle manque d’animation. J’ai reconstruit et éclairci les rochers à droite. Enlevé du noir et re-dessiné un peu les rochers à gauche. La partie bord de falaise avec la butte a été retravaillée et ravivée en couleur afin de se décoller des rochers dont elle se confondait à certains endroits.

Je ne suis pas satisfait du résultat, mais j’en reste là…pour l’instant !

Mise à nus 01/2020

Mis en avant

Cela faisait un bon moment que je n’avais pas fait une petite mise à jour de « nus ». Voici donc un peu d’actualité sous forme de croquis à l’encre, réalisés avec mes traditionnels cure-dents taillés au cutter. Les séances de « modèle vivant » sont toujours menées de la même façon, c’est à dire avec un timing de poses courtes allant de quelques secondes à 10 minutes, voire 15 minutes maxi parfois. Je considère qu’un modèle, ne peut pas exister sans son environnement immédiat. Le fond (sa couleur claire ou foncée), les objets, les ombres etc…sont autant d’éléments qui permettent de construire le nu et de le faire exister dans l’espace. Cela étant dit, le challenge est bien de parvenir à faire figurer cet environnement (aussi minime soit-il) dans le temps imparti à la pose. Et plus la pose est courte, plus la concentration se fait sur le modèle au delà de ce qui l’entoure. Ainsi, les premiers croquis de « chauffe » de 2 ou 3 minutes sont concentrés uniquement sur le corps et ne comportent aucun autre élément.

Les dessins sur  fond blanc sont l’expression des poses les plus courtes et ils m’ont toujours donné le sentiment d’un manque, d’un résultat trop scolaire. J’essaye depuis quelques temps (selon le chrono) d’intégrer un peu de décor avec le nu. Il me semble que ça produit un croquis plus fini, plutôt ressenti comme un dessin en tant que tel. Beaucoup d’artistes dans l’atelier cherchent à représenter le modèle dans son entier. Le respect des proportions est aussi une préoccupation constante, au détriment de la vie, du dynamisme graphique ou de la qualité du trait. Je pense qu’il vaut mieux avoir un dessin vivant même faux au niveau des proportions humaines qu’un dessin juste mais totalement figé. Dans bien des cas, et en fonction du temps imparti à la pose, il est préférable de ne représenter qu’une partie du modèle.

Certains modèles adoptent des poses très complexes qui ne peuvent pas être rendues en quelques minutes. Le réflexe doit être de sélectionner un détail plus attractif (un raccourci, le mouvement d’une épaule ou d’une main) et de ne traiter que cette partie et de se consacrer à l’ensemble sur une pose plus longue..

Carbon Ink

Mis en avant

Un moment lors des grandes marées

Si le mois de septembre passé dans le Morbihan n’aura pas été très prolifique sur le plan de la peinture, c’est aussi parce que je me suis investi davantage dans le dessin. Le dessin est une activité qui ne réclame pas un matériel très conséquent. On peut se satisfaire d’un minimum de choses. Ce qui a l’avantage de reléguer boite-chevalet, tubes, pinceaux et autre médiums et essence à la maison. Il est vrai que parfois, j’en ai un peu marre, chargé comme une mule, de marcher à la découverte d’un coin pour peindre.
J’ai acheté un grand carnet de dessin qui me fournit une fois ouvert, un format de papier bien blanc de 42×60 cm. Il y a de quoi s’exprimer ! Le dessin avec de l’encre, s’est imposé comme une évidence puisque je voulais “voyager” léger. J’ai déjà manié le porte plumes et le stylo plume pour les croquis sur le vif. Pour croquer la mer il me fallait un outil plus rapide. Passer immédiatement d’un trait léger et vif à un trait épais et lourd, sans oublier que la matière solide comme les rochers nécessitent souvent des aplats bien contrastés. J’avais donc besoin d’un outil flexible, se laissant manipuler sans rechigner.

Des cure dents plastiques en guise de plumes

Finalement, c’est en taillant selon mes besoins des cure-dents plastique en forme plume d’oie, que j’ai trouvé l’outil idéal. Engagé dans une tige de bambou, c’est devenu mon “porte plume” préféré. Matériel très primaire, fonctionnel, léger et d’un coût ridicule, complété d’une bouteille d’encre et le tour est joué. Personnellement je n’utilise pas à l’extérieur l’encre de chine qui a tendance à sécher trop vite et qui empâte plumes et pinceaux. À cette encre épaisse et grasse, je préfère l’encre noire Colorex de chez Pébéo ou des encres indélébiles comme celles de chez Noodler’s Ink, de De Atramendis, ou Platinium Carbon Ink…qui sont très très noires et parfaitement liquides. Tous mes dessins sont réalisés avec l’encre de chez Pébéo.

De mer et de vert

Mis en avant

Petite moisson de peintures pour cette période de septembre dans le Morbihan. Moins de campagne cette fois-ci et un intérêt renouvelé pour le bord de mer. Principalement la côte sauvage de Quiberon qui reste un point attractif pour son aspect constamment tumultueux. Les conditions d’installation ont été parfois difficiles en raison de places accidentées peu pratiques à l’installation d’un chevalet. Tenir soi-même sur une plateforme réduite ne proposant aucun recul m’a souvent demandé de l’attention. Malgré le beau temps et une mer entre le turquoise et le bleu/violet, les rafales de vent m’ont parfois empêché de poser avec précision, mon pinceau sur la toile à l’endroit voulu. Même en prévoyant les séances de peinture selon le guide des marées, il m’a été difficile de retrouver deux fois de suite soit la même lumière, soit la même hauteur d’eau.

J’ai dû m’adapter aux conditions comme toujours avec la nature. Il m’est arrivé sur une deuxième séance, de repeindre en partie ou en totalité le même sujet tant la lumière, les couleurs avaient changé. Mes peintures de mer sont des représentations cumulées des effets de la mer. Impossible de saisir dans l’instant un effet de houle, d’écume jaillissante, du fracas d’une vague sur une roche dressée comme un menhir. L’observation minutieuse du rythme des vagues permet de prévoir le moment où celles-ci reviennent avec la même intensité. Tout cela reste malgré tout du domaine de l’interprétation. Pousser trop loin le réaliste dans ses détails serait sans doute aussi figer le mouvement. Figurer la mouvance générale ma parait être le meilleur compromis.

Sous le soleil et en terme de couleur de l’eau, j’ai été surpris de l’intensité du bleu dans les zones les plus profondes. Lorsque la lumière éclaire une roche submergée à faible profondeur, et que la vague vient la recouvrir, par transparence des reflets verts apparaissent. Le rocher, dont la tête hors d’eau s’illumine au soleil levant, projette des miroitements jaunes sur la crête de la houle. Ces subtilités sont très fugitives et difficiles à rendre dans le temps de la peinture en plein air.
Tous les éléments de la côte sauvage, rochers, mer, plages et pelouses rases, changent de couleur en fonction de la lumière. Au lever du soleil le jaune orangé domine pour les parties claires et les tons de marron, de violet, de bleu sont dévolus à l’ombre froide. Puis vient l’ambiance blanche, composée de gris à peine colorés ou la matière s’écrase sous la lumière. Les ombres sont dures et noires comme des taches d’encre de chine. Sous une ambiance triste et morne, la roche prend une teinte marron, rose, avec une pointe de bleu/violet pour les zones sombres. Parfois sur le motif, j’adopte la solution de la photo. Une prise de vue en début de séance de peinture et une autre en fin de séance. Si pour diverses raisons, je n’ai pas la possibilité de revenir au même endroit pour continuer la peinture, la photo me permettra d’achever tranquillement le sujet.


Cette côte sauvage de Quiberon a été peinte de nombreuses fois par Maxime Maufra, qui fut un ami de Gauguin, de Pissaro, de Sisley ou de Seurat. Maufra était un peintre paysagiste de grand talent dont la peinture très vivante ne faisait aucune concession aux détails.
Arrivé le 12 septembre 1886 à Belle Ile en mer, toute proche de Quiberon, Claude Monet en repart le 25 novembre après avoir réalisé près de 40 toiles. C’est le début des réalisations en “série” qu’il produira ensuite toute sa vie (les peupliers, la cathédrale de Rouen, les nymphéas etc…)
Voici ce que disait Claude Monet de son travail à Belle Ile en mer :
“Pour peindre la mer, il faut la voir tous les jours, à toute heure et au même endroit pour en connaître la vie à cet endroit-là”.
“Je travaille aux mêmes places par tous les temps. J’ai fait une excellente journée, j’ai travaillé à sept toiles, je ne me suis pas arrêté une heure dans toute la journée”.

Fort en thème

Mis en avant

Je ne peux pas vous parler du fort de Port-Louis sans vous en faire un petit historique à ma manière…mais néanmoins très documenté. 

À la fin du XVIème siècle, le duc de Mercœur (gouverneur de Bretagne) voit d’un mauvais œil la succession du trône de France filer au profit du roi protestant Henri de Navarre. Ni une ni deux, il appelle en renfort le roi Philippe II d’Espagne qui, tout heureux de mettre les pieds dans une si belle région, lui envoie 10 000 espagnols en armes dès 1590. Tout ce petit monde, pas toujours très catholique, prend garnison à Blavet (ancien nom de Port-Louis) sous les ordres de Don Juan del Aguila, commandant de la place. Ces gentils mercenaires, indécrottables pilleurs, saccagent avec une certaine émulation le pays Blavétin que les accueille. Ils construisent bien vite un fort qui leur assure une bonne protection contre d’éventuelles représailles. Ce fort prend le nom de « fuerte del Aguila », évidemment traduit pas « fort de l’Aigle ». Pourquoi compliquer les choses! Après bien des péripéties sans intérêt, les espagnols s’en vont en 1598 et Henri IV investi de son pouvoir de roi demande la destruction de la citadelle. On détruit un morceau à droite, on en garde un autre à gauche, et on reconstruit là. Enfin, avec du vieux, on refait du neuf, comme bien souvent. En 1641 Richelieu en bon ministre de Louis XIII y met aussi son grain de sel. Vauban en visite à Port-Louis quarante ans plus tard est admiratif du bâti défensif. Ce qui ne l’empêche pas (sans doute un peu jaloux) de formuler quelques critiques fort constructives. Tant et si bien que durant la seconde guerre mondiale, les Allemands trouvant la citadelle à leur goût, l’occupent de 1940 à 1945 en vue de protéger la rade de Lorient. Aujourd’hui la citadelle abrite une station de surveillance maritime entièrement automatisée. Le moindre esquif qui rentre et qui sort  de la rade est suivi, enregistré, capté par la vidéo, radiographié par les radars….on n’échappe pas comme ça au regard perçant du fort de l’Aigle.

Bienvenue à la citadelle de Port Louis. C’est ainsi que le petit prospectus à l’entrée du fort me souhaite une bonne visite. La gentille dame qui vend les tickets, réfugiée dans un bastion sitôt la première passerelle franchie, me paraît diluée dans la pierre. Le prospectus n’est pas de trop car l’endroit n’inspire pas la fantaisie. Sur le grand pont qui mène aux principaux bâtiments de la citadelle c’est déjà le coup de vent glacial. Avertissement. La marée commence à gagner les remparts, à les caresser de sa langue humide. En pénétrant par la voûte du corps de garde on découvre un univers entièrement minéral. Le gris est général et ce n’est pas un ou deux carrés de mauvaise herbe savamment entretenus et militairement cadrés qui donnent à l’ensemble un aspect féérique. Vauban est passé par là et son « pré carré » manque littéralement de poésie.

La citadelle est une sorte de prison construite de hauts murs à ciel ouvert. Seuls les pigeons et les goélands semblent y trouver une certaine convivialité. Il faut avoir parcouru les remparts tout du long avec le vent dans les narines pour comprendre combien il ne devait pas faire bon pour y vivre toute l’année.

Aujourd’hui, la citadelle est destinée à la visite des touristes qui souhaitent découvrir la magnificence passée de la Compagnie des Indes. Un musée de la Marine ainsi que l’épopée courageuse des sauveteurs en mer trouvent place dans les principaux bâtiments qui encadrent l’ancienne place d’armes. J’ai visité ce lieu plusieurs fois, au printemps et en automne et je n’y ai jamais trouvé foule. Par contre, j’y ai toujours eu froid. L’entrée de la rade de Lorient souffre sans doute de conditions climatiques particulières. Je me demande comment Don Juan del Aguila, habitué à la douceur de la Castille a bien pu supporter la garnison pendant des années dans ces murailles froides et humides. À moins que ce dernier profitant des honneurs dus à son rang n’ait eu un confortable hébergement en centre ville. En quittant le fort bien transi, je me suis consolé et vite réanimé avec quelques « crêpes pour soldat » dans le premier bar trouvé au delà des grandes murailles à échauguettes.

Sixième extinction

Mis en avant

Depuis plusieurs années j’ai abandonné la macrophoto en raison de la disparition de la plupart des insectes qui présentaient un aspect intéressant sur le plan du comportement et pour ma part sur un plan surtout esthétique. J’ai toujours eu l’habitude au printemps comme à l’automne de visiter un étang auprès duquel je pouvais trouver libellules, agrions et autres bestioles…Dans un petit espace formant une zone humide, un marais de quelques dizaines de mètres carrés, il m’arrivait de rencontrer d’autres photographes, spécialistes des Odonates, parfois à la recherche de la perle rare. L’endroit était riche de prises. J’ai vu cet endroit se transformer peu à peu et perdre son intérêt pour toute espèce vivante.

Thomise

Des arbustes ont pris essor sur quelques mottes coiffées de grandes herbes. Les laîches se balancent au moindre souffle venu de l’étang voisin. L’endroit paraît mort…et pourtant, en me frayant un chemin parmi la végétation sauvagement implantée, plusieurs agrions s’envolent, quelques sauterelles me sautent dans les jambes. Est-ce le résultat d’un changement climatique plus favorable qui a fait éclore cette faune si discrète jusqu’à présent ?

Agrion

Sur une salicaire, je découvre une libellule rouge (sympetrum rouge sang), puis deux puis trois perchées sur les branches sèches d’un pin abattu.  Elles me donnent beaucoup de mal pour les approcher. De leurs gros yeux « robotisés » elles me détectent à plusieurs mètres. D’autant qu’en cette belle fin de journée, bien réchauffées, elles restent en chasse et très nerveuses. En examinant de plus près les tiges des phragmites, je découvre de nombreux agrions au thorax électrique…et même un argus bleu endormi (petit papillon beige aux ailes bleues intérieures) qui semble bien seul. Égaré sans doute, au risque de devenir la proie d’une libellule. Une grande sauterelle verte empêtrée dans les herbes me fait penser à un sauteur à la perche qui loupe son saut. Un peu plus loin, au bord d’un chemin je m’amuse avec une araignée crabe (thomise) qui passe d’un côté et de l’autre d’une fleur blanche, me menaçant de ces pattes tenailles. Quelques petits insectes ici et là complètent ma collection (mouche limnia unquicornis, araignée épeire diadème, charançon…). Finalement une récolte pas si mauvaise pour cette fin d’après-midi et cette 6ème extinction en voie de devenir.

Agrion

L’absence

Mis en avant

Le tableau que tu aimais tant dans la chambre et que tu redressais chaque fois d’un doigt léger, est désormais tout de travers. Il s’abandonne à la pesanteur, tout comme moi. De guingois nous sommes. Ton absence a créé un si grand vide. J’ai l’impression que l’air de la maison tout entier est parti avec toi. Le réveil bleu marque bien l’heure, mais chaque jour qui passe me semble durer plus qu’il ne doit. Dans les placards j’ai commencé à faire du vide. Tu sais combien j’ai horreur de m’encombrer de l’inutile. Surtout pour les vêtements. Je me souviens bien du nombre de fois où nous nous sommes accrochés sur ce sujet. Tu avais honte parfois de m’accompagner tant ma tenue insouciante choquait ton sens de l’ordre et du conventionnel. Pour te taquiner, je te disais toujours de marcher devant moi comme si tu ne me connaissais pas. Sans répondant, tu enrageais et ça me faisait bien rire. Je t’ai sans doute semblé imperméable, insensible à beaucoup de petites choses qui te touchaient tant. Comme s’il n’y avait que « l’exceptionnel, le grandiose » qui pouvaient me séduire et qui méritaient d’être vécus. Mais vois-tu, j’ai gardé malgré tout tes broches, toutes tes petites breloques – comme tu disais – avec lesquelles les enfants jouaient lorsqu’ils venaient à la maison. Ils joueront encore un peu avec…le temps de grandir. Puis les années passant, ils ne viendront plus et les breloques se terniront au fond du tiroir. J’ai gardé ton livre précieusement. Le dernier que tu n’as pu finir. Il est marqué d’un coin de page repliée là où ton regard s’est posé la dernière fois. Prudente, tu avais aussi glissé un marque page que je t’avais offert. Je n’ai pas eu le courage de lire les mots de cette page cornée. Je ne veux pas savoir les secrets que tu as pu emporter au delà de moi. Ton absence, c’est surtout ce silence qui envahit chaque pièce de la maison, qui étouffe les bruits et même mes pas que je ne reconnais plus. Je ne retrouve plus ma place au milieu des objets. Sans toi tout me paraît hostile. Avant nous étions deux à leur tenir tête…aux choses…au monde. Nous étions deux, même dans les moments de silence à occuper l’espace. Dans le quotidien morne d’aujourd’hui, je ne suis plus qu’un inconnu dans ma propre maison, un orphelin du jour et de la nuit. 

Je t’en veux – mais si tendrement – d’être partie sans m’attendre.

Portraits (juillet 2019)

Mis en avant

Après la série de nus pour Octobre Rose, j’ai eu envie de revenir à des formats plus petits et surtout de rejouer avec la couleur. Rien de tel qu’une petite série de portraits pour se refaire la main. En choisissant un format égal ou légèrement supérieur à 21×29,7, je me suis amusé à expérimenter différentes manières de faire. Toujours sur un support papier, j’ai appliqué différents apprêts avant de me lancer dans la couleur. J’ai pu tester et obtenir des différences notables dans l’exécution des portraits. L’ajout de “primers” sur des supports devenus lisses, rugueux, ou absorbants ainsi que des combinaisons techniques comme pastel sec ou gras, plus couleur à l’huile, m’ont permis d’obtenir des effets assez variés. En allant parfois trop loin tant sur la technique que sur la forme, on enrichit souvent son écriture presque sans s’en rendre compte. Il faut pourtant être un peu attentif aux voies sans issue, aux chemins séduisants qui ne correspondent pas à “qui l’on est”.